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5 juin 2024

Des gouttes de mélancolie / Gotas de melancolía

 

Mélancolie


Rubén Dario  1867-1916,  Nicaragua


À Domingo Bolivar (un peintre colombien sans succès, grand ami à lui, juste décédé)


Frère, toi qui possèdes la lumière, dis-moi la mienne.

Je suis comme un aveugle. Je vais sans but et je marche à tâtons.

Je vais sous les tempêtes et les orages

aveugle de rêve et fou d’harmonie.


Voilà mon mal. Rêver. La poésie

est la camisole ferrée aux mille pointes sanguinaires

que je porte en mon âme. Les épines sanglantes

laissent tomber les gouttes de ma mélancolie.


Ainsi je vais, aveugle et fou, par ce monde amer ;

parfois le chemin me semble interminable,

et parfois si court…


Et dans ce vacillement entre courage et agonie,

je porte le fardeau de peines que je supporte à peine.

N’entends-tu pas tomber mes gouttes de mélancolie ?

 

 

Edvard Munch Melancholy 1894-96


  

Melancolía

 

Rubén Dario                                                                              

                                                                              A Domingo Bolívar

      

Hermano, tú que tienes la luz, dime la mía.

  Soy como un ciego. Voy sin rumbo y ando a tientas.

  Voy bajo tempestades y tormentas

  ciego de ensueño y loco de armonía.


   Ese es mi mal, soñar. La poesía

    es la camisa férrea de mil puntas cruentas

    que llevo sobre el alma. Las espinas sangrientas    

     dejan caer las gotas de mi melancolía.


     Y así voy, ciego y loco, por este mundo amargo.

      a veces me parece que el camino es muy largo

      y a veces que es muy corto…


      Y en este titubeo de aliento y agonía,

     cargo lleno de penas lo que apenas soporto.

   ¿No oyes caer las gotas de mi melancolía?


Rubén Dario est le fondateur du mouvement littéraire moderniste dans la langue hispano-américaine

28 avr. 2024

Galiciens / Gallegos

 Voici une partie du poème “Al otro lado” ( De l’autre côté) de Alvaro Cunqueiro

grand poète Galicien.



De l’autre côté

Le rêve monte par les veines de l’arbre

une vie entière qui passe

jusqu’à devenir oiseau sur une branche

un oiseau qui se souvient, chante et s’en va

peu avant que tous les arbres ne meurent.


Si je deviens vieil arbre de l’autre côté de la rivière

et je dois être l’arbre qui se souvient et rêve

tu peux être bien sûre que je rêverai de toi

de tes yeux gris comme l’aube

et de ton sourire

dont s’habillèrent les lèvres des rosiers

aux jours les plus heureux.

Alvaro Cunqueiro

(Trad: Colo)

  Manuel Abelenda Zapata, peintre Galicien (A Coruña, 1889 -  A Coruña, 1957) El río del Burgo

 

AL OTRO LADO
Alvaro Cunqueiro

El sueño va subiendo por las venas del árbol
una vida entera que pasa
hasta hacerse pájaro en una rama
un pájaro que recuerda, canta y se marcha
poco antes de que todos los árboles mueran.

Si yo me hago árbol viejo al otro lado del río
y me toca ser el árbol que recuerda y sueña
puedes estar bien segura que soñaré contigo
con tus ojos grises como el alba
y con tu sonrisa
con la cual se vistieron los labios de los rosales
en los días mas felices.

1 janv. 2023

Raconter le monde / Contar el mundo

 

                                          Jean Siméon Chardin.Les bulles de savon

 

C’était ce que Diana craignait le plus:

que la réalité débarque”

Liliana Heker


Conséquente, elle commença à laver son linge.

Elle mit de l’eau dans un seau

et agita le savon avec un sentiment ambigu:

c’était une odeur nouvelle et une nouvelle certitude

pour raconter le monde.

Regarder comment se cassent les bulles, dit-elle,

n’est pas plus étrange que se regarder dans le miroir.”


Elle pensait parler pour ses écrits

et elle rit tandis qu’elle touchait l’eau.

Le linge se submergeait lentement, et

la frottait lentement, à mesure qu’elle

apprenait le jeu.


Décidée,

elle prit chaque bulle

et lui donna un nom; c’était

le mieux qu’elle savait faire jusqu’à présent,

nommer, et que les choses

lui explosent dans la main.

Irene Gruss, poétesse, née à Buenos Aires en 1950

Traduction: Colo

 

            BONNE ANNÉE à tous, FELIZ AÑO a todos !


                                    Jean Siméon Chardin. Pompas de jabón, detalle


Era lo que Diana más temía::
que la realidad irrumpiera
Liliana Heker



Consecuente, ella empezó a lavar su ropa.
Puso agua en un balde
y agitó el jabón, con un sentimiento ambiguo:
era un olor nuevo y una nueva certeza
para contar al mundo.
“Mirar cómo se rompen las burbujas, dijo,
no es más extraño que mirarse a un espejo.”


Creía que hablaba para sus papeles
y se rió, mientras tocaba el agua.
La ropa se sumergía despacio, y
la frotaba despacio, a medida que
iba conociendo el juego.


Decidida,
tomó cada burbuja de jabón
y le puso un nombre; era
lo mejor que sabía hacer hasta ahora,
nombrar, y que las cosas
le estallaran en la mano.

Irene Gruss, poeta nació en 1950 en Buenos Aires

30 sept. 2022

La panne d'Amado Nervo

 

On pourrait continuer pendant des lunes à se poser des questions en poèmes, je suis moi-même étonnée de la quantité trouvée, mais on va s’arrêter là avec Amado Nervo.



 Rembrandt, Le philosophe en méditation



En panne


Amado Nervo


Saturé de philosophie,

en raison de l’ardeur qui me dévore,

moi qui connaissais déjà

deux grammes du vivre, je ne sais déjà plus rien .

À force de demander

le chemin aux sages qui passaient,

me voilà sans arriver,

tandis que tant d’imbéciles arrivaient...

(Tr: Colo)

 


En panne

de Amado Nervo

Atiborrado de filosofía,
por culpa del afán que me devora,
yo, que ya me sabía
dos gramos del vivir, nada sé ahora.
De tanto preguntar
el camino a los sabios que pasaban,
me quedé sin llegar,
mientras tantos imbéciles llegaban...

17 mars 2021

Mémoire / Memoria

Restons au Chili.

Michaela Paredes Barraza est une jeune poète Chilienne, née à Santiago de Chile, en 1993

 

                                Álvaro Bindis, Chili,

 

Cérémonies d’intérieur

Il y a quelque chose de permanent dans la distance

entre objet et souvenir, ici ou là,

hier, aujourd’hui et demain.

Répété et différent dans la mémoire

tout reste circonscrit à ce lieu

où un jour il nous fut donné d’aimer le monde.

Perdurent ses images : l’angoisse

du rite des dimanches, les miettes du pain

et du désamour

que nous nions une fois derrière la fenêtre.


Nous changeons de ville, d’endroits,

mais là, et seulement là, nous fûmes et sommes

condamnés pour toujours à l’étreinte

au secret de la lumière qui, les nuits, nous rappelle

notre ruine originaire.

(Trad: Colo)

 

Alvaro Bindis, peintre Chilien 

 

Ceremonias de interior



Micaela Paredes Barraza (Santiago de Chile 1993)



 

Hay algo permanente en la distancia

entre objeto y recuerdo, aquí o allá,

ayer, hoy y mañana.

Repetido y diferente en la memoria

todo queda circunscrito a ese lugar

en que un día nos fue dado amar al mundo.

Perduran sus imágenes: la angustia

del rito los domingos, las migajas del pan

y el desamor

que negamos una vez tras la ventana.

 

Cambiamos de ciudad, contamos sitios,

pero allí y solo allí fuimos y somos

para siempre condenados al abrazo,

al secreto de la luz que nos recuerda por las noches

nuestra ruina originaria.

10 déc. 2020

Le sablier / El reloj de arena

 Si la littérature s'est emparée du sablier pour signifier le temps qui passe et nous mène inexorablement vers la mort, cet objet, tombé en désuétude, avait jadis de multiples usages, vous le savez; navigation, cuisine, église (messe)...

 
Si la literatura ha convertido el reloj de arena en signo del tiempo que pasa y nos lleva irremediablemente a la muerte, ese objeto, hoy en desusso, tenía antaño múltiples usos; navegación, cocina, iglesia (misa)...
 

El reloj de arena (Le sablier) José Cirilo Henao, artista Colombiano
 

 

 
Le sablier
joue
à se remplir de lumière
à se vider d'ombre.
Nous le retournons
jouons à ne pas nous perdre
à ne pas nous vider de lumière
à ne pas nous remplir d'ombre.
 
(Trad: Colo)
 
 
Jorge H Cadavid (poète et essayiste Colombien (1962-   ))
 
 
El reloj de arena
juega
a llenarse de luz
a vaciarse de sombra.
Nosotros le damos vuelta
jugamos a no perdernos
no vaciarnos de luz
no llenarnos de sombra.


NB: Ce billet est plus ou moins une reprise d'il y a des années...

3 avr. 2020

Des chemins ouverts / Caminos abiertos

Maruja Vieira ( 1922) est une poétesse, ex-journaliste et professeur d'université colombienne.


                                     El Rompido 2000 / Soledad Sevilla , 
http://www.soledadsevilla.com/inicio/el-rompido/



Temps défini


Il est bon que parfois la vie
nous dépouille de tout.
Dans l’obscurité les yeux apprennent
à y voir plus clair.
Quand la solitude est le vide intense
du corps et des mains,
il y a des chemins ouverts sur le plus profond
et sur le plus distant.
Dans le silence les voix aimées
renouvellent doucement leurs mots
et les murs veillent sur le bruit infini
des pas absents.
Les lèvres qui avant furent
lieu d’amour, apprennent, par ces après-midi silencieux,
la grandeur
de la chanson rebelle et angoissée.
Sur le haut des arbres, un vent en suspens,
un son de pluie. (...)
(Trad: Colo)
 
Soledad Sevilla El Rompido 2000, http://www.soledadsevilla.com/inicio/el-rompido/






Tiempo definido, Maruja Vieira
Está bien que la vida de vez en cuando
nos despoje de todo.
En la oscuridad los ojos aprenden
a ver más claramente.
Cuando la soledad es el vacío intenso
del cuerpo y de las manos,
hay caminos abiertos hacia lo más profundo
y hacia lo más distante.
En el silencio las amadas voces
renuevan dulcemente sus palabras
y los muros custodian el rumor infinito
de los ausentes pasos.
Los labios que antes fueran
sitio de amor en las calladas tardes
aprenden la grandeza
de la canción rebelde y angustiada.
Hay un viento en suspenso sobre los altos árboles,
un repique de lluvia (...)


2 mars 2020

Décès d'un poète / Muerte de un poeta


Il avait 95 ans et il est mort hier 1er mars. Je vous parlerai très prochainement de ce personnage extraordinaire qu’était le poète - théologien- révolutionnaire - prêtre Nicaraguayen Ernesto Cardenal. Pour vous donner une idée du personnage,  et alors qu’on le félicitait pour ses 90 ans, il y a 5 ans donc, il a répondu: No sé por qué me felicitan porque cumplí 90 años. Es horrible” ( Je ne sais pas pourquoi on me félicite parce que j’ai eu 90 ans. C’est horrible.) 

 

Son œuvre est immense, j’ai choisi un poème d’amour, pour commencer...


Épigramme

Je te donne, Claudia, ces vers,
parce que tu en es la propriétaire.

Je les ai écrits simples
pour que tu les comprennes.

Il sont pour toi seule
mais s’ils ne t’intéressent pas,
peut-être un jour seront-ils divulgués,
dans toute l’Amérique latine…

Et si l’amour qui les dicta,
toi aussi tu le méprises,

d’autres rêveront
de cet amour
qui ne fut pas pour elles.

Et peut-être verras-tu,
Claudia,
que ces poèmes,
(écrits pour te séduire, toi)
éveillent
dans d’autres couples
amoureux qui les liront
les baisers qu’en toi
n’a pas éveillés le poète.
(Trad:Colo)

Epigrama


Te doy Claudia, estos versos,
porque tú eres su dueña.

Los he escrito sencillos
para que tú los entiendas.

Son para ti solamente,
pero si a ti no te interesan,
un día se divulgarán,
tal vez por toda Hispanoamérica...

Y si al amor que los dictó,
tú también lo desprecias,

otras soñarán
con este amor
que no fue para ellas.

Y tal vez verás,
Claudia,
que estos poemas,
(escritos para conquistarte a ti)
despiertan
en otras parejas
enamoradas que los lean
los besos que en ti
no despertó el poeta.


27 juil. 2016

Cees Nooteboom poète/poeta



Cees Nooteboom est à mes yeux une sorte d'homme universel. Ce Hollandais écrivain, voyageur, essayiste, hispaniste est aussi, je viens de le découvrir, poète.
Comme vont les choses... très intéressée par un billet de Dominique sur une étude faite par cet écrivain de tableaux de Jérôme Bosch, je l'ai commandé et suis absolument passionnée (je vous en parlerai quand je l'aurai terminé).
Dans les premières pages, C. Nooteboom cite quelques vers de lui-même. Tiens, tiens...! Je trouve des poèmes de lui, traduits en espagnol, avec l'original en néerlandais. Qui peut m'aider à réaliser une bonne traduction en français (sa poésie est peu traduite dans cette langue, c'est curieux)? Adrienne s'y est gentiment collée, dank u well!
Encore merci à toi Dominique.



Cees Nootebomm es a mis ojos una especie de hombre universal. Ese holandés escritor, viajero, ensayista, hispanista es también, lo acabo de descubrir, poeta.
Como van las cosas...muy interesada por una entrada en el blog de una amiga lectora acerca de un estudio realizado por C. Nooteboom sobre cuadros de El Bosco, lo encargué y me apasiona.(Os hablaré de él en cuanto lo haya terminado).
En las primeras páginas cita unos versos suyos...así lo descubrí. Encontré unos poemas traducidos al español con la versión original en holandés. ¿Quién me puede ayudar para su traducción al francés? Otra amiga-blog, Adrienne, me echó una mano. Dank u well!

ASS

Poëzie kan nooit over mij gaan,
noch ik over poëzie.
Ik ben alleen, het gedicht is alleen,
en de rest is van wormen.
Ik stond aan de straten waar de woorden wonen,
boeken, brieven, berichten,
en wachtte. 

Ik heb altijd gewacht.
De woorden, in lichte of duistere vormen,
veranderden mij in een duister of lichter iemand.
Gedichten passeerden mij
en herkenden zichzelf als een ding.
Ik kon het zien en me zien.

Nooit komt er een einde aan deze verslaving.
Eskaders gedichten zijn op zoek naar hun dichters.
Ze dwalen zonder commando door het grote
district van de woorden
en verwachten het aas van hun volmaakte,
gesloten, gedichte, gemaakte
en onaantastbare
vorm.



Asticot

Le poème ne peut jamais parler de moi
Ni
moi de la poésie.
Je suis seul, le poème est seul,
et le reste est aux asticots.
Je me trouvais dans les rues où habitent les mots,
les livres, les lettres, les annonces,
et j'attendais.
J'ai toujours attendu.
Les mots, de forme légère ou sombre,
me transformaient en quelqu'un de plus sombre ou de plus léger.
Les poèmes passaient devant moi
et se reconnaissaient comme une chose.
Je pouvais le voir et me voir.
Jamais cette servitude ne prend fin.
Des escadrons de poèmes sont à la recherche de leurs poètes.
Ils errent sans commandement par le grand
territoire des mots
et attendent la charogne de leur forme
parfaite, rimée, fabriquée
et intouchable.
Trad: Adrienne-Colo

Cebo

La poesía nunca puede hablar de mí,
ni yo de la poesía.
Yo estoy solo, el poema está solo,
y el resto es de los gusanos.
Me detuve en las calles donde viven las palabras,
libros, cartas, informes,
y esperé.

Siempre supe esperar.
Las palabras, con sus formas claras u oscuras,
me volvieron más oscuro o más claro.
Los poemas me alcanzaron
y se reconocieron como objetos.
Yo pude verlo y verme.

No tiene fin esta adicción.
Escuadrones de poemas están buscando sus poetas.
Vagan sin mando por el amplio
territorio de las palabras
y aguardan el cebo de su perfecta,
hermética, condensada, acabada
e irreductible
forma.

Traducción de Fernando García de la Banda
 

12 janv. 2016

Sur le dos d'un violon / A lomos de un violín



Un poème surréaliste de la galicienne Blanca Andreu (La Coruña, 1959)
 
Photo Colo, port de Valldemossa
Marina

Blanca Andreu‏


Te he visto, océano
te he galopado
a lomos de un violín
de madera pulida
de un potro alabeado
del color del cerezo
y eras, océano
un prado
de hierba azul
en movimiento.

Como si fueras
el propio olvido
te he visitado
océano
emperador de las aguas
espejo profundo del cielo
y he visto en tus eternas barbas de espuma
cereales azules y flores del silencio.

"El sueño oscuro" 1994 



Photo Colo , miroirs de lune?




Marine

Je t'ai vu, océan
je t'ai galopé
sur le dos d'un violon
de bois poli
d'un lutrin courbe
de couleur du cerisier
et tu étais, océan
un champ
d'herbe bleue
en mouvement.

Comme si tu étais
l'oubli même
je t'ai visité
océan
empereur des eaux
miroir profond du ciel
et j'ai vu dans tes éternelles barbes d'écume
des céréales bleues et des fleurs du silence.
(trad: Colo)
"El sueño oscuro" 1994