26 août 2022

Pour toujours ? / ¿Para siempre?

 Fin des vacances, des amours d'été peut-être. 

Sur les îles les bateaux sont bondés de passagers qui rentrent chez eux, ou pour les habitants, reviennent, souvent avec leur voiture, d'un tour en Espagne, en France. Plus loin parfois.

 Départs et arrivées, sourires et larmes. 


                              Ignacio Iturria, en casa



Départ     Renée Ferrer (Paraguay 1944)



Te voir

loin

pour toujours,

pour toujours dans le soupir des prés

que la brise agenouille.


Te voir partir

par le vrombissement du bourdon

devant le soleil dilapidé,

ton ombre pleine de lucioles

flottant dans l'incandescence vibrante.


Mon corps couché sur l’haleine de la terre,

obscurci par cette lumière qui s’éloigne

- papillon de lunes innombrables-

te regardant décroître

par le corridor de l’absence.


(…)

(Trad: Colo)

                                              Raphaël Collin, le départ


Partida Renée Ferrer (Paraguay-1944)

Verte
lejano
para siempre,
para siempre en el suspiro de los pastos
que la brisa arrodilla.

Verte partir
por el zumbido del abejorro
ante un sol dilapidado,
tu sombra llena de luciérnagas
flotando en la temblorosa incandescencia.

Mi cuerpo tendido sobre el aliento de la tierra,
ensombrecido por esa luz que se distancia
-mariposa de incontables lunas-,
mirándote decrecer
por el corredor de la ausencia.

(…)

20 août 2022

Plaisir d'été

 Chaque été des cours d’aquagym gratuits et ouverts à tous les gens du troisième âge sont proposés au village. Le cadre est superbe, arbres, montagnes, calme.


Cette année un seul homme s’est inscrit: un anglais de 83 ans qui ne comprend pas un traître mot de majorquin, sourit, s’essaye à quelques mouvements et dit: “Less pain in the water”. Il est touchant.

Les 33 autres sont des femmes.

Des corps pesants, souvent malhabiles sur l’échelle qui descend dans la piscine, ces femmes du village, la majorité a 70 ans ou plus avec qui je fais de l’aquagym l’été provoquent en moi une grande tendresse.


Corps déformés par les grossesses, les allaitements, le travail, l’arthrose, ces corps qui deviennent si légers et indolores dans l’eau ! Et on s’amuse et rit beaucoup tout en essayant de suivre le rythme rapide et énergique dicté par la professeure.

Ces femmes, je les connais bien, on bavarde, je les vois transporter leurs cabas à travers le village, ou marcher avec des voisines. On s’arrête pour demander des nouvelles, se taquiner aussi. 

 

P. Gauguin, femmes se baignant


Ces femmes devenues invisibles sont si attachantes.

Jamais je n’aurais imaginé ma mère ou encore moins ma grand-mère se lancer dans une telle activité physique, ni montrer leurs corps vieillis.

Un vrai plaisir.




7 août 2022

Pause chaleur

 Le cerveau en bouillie, les doigts qui s'emmêlent sur le clavier...il est temps de 

faire une pause. Non pas que je parte où que ce soit, ni le potager, ni les arbres, ni

les poules/lapins/chien ne le permettent. 

Tous souffrent, on se soulage mutuellement, du moins on essaye...



À bientôt, prenez soin de vous aussi !

2 août 2022

Les années '70 et '80 d'Annie Ernaux

 

Samedi dernier le festival de cinéma Atlàndida de Mallorca avait programmé “The super 8 years” réalisé par Annie Ernaux et son fils, David Ernaux Briot. 

 Belle surprise pour moi, Annie Ernaux et son fils étaient présents et ont répondu à quelques questions sur la réalisation de ce documentaire. 


                                    Devant la cathédrale de Palma (La Seu)


“En revoyant nos films super huit pris entre 1972 et 1981, il m’est apparu que ceux-ci constituaient non seulement une archive familiale mais aussi un témoignage sur les loisirs, le style de vie et les aspirations d’une classe sociale, dans la décennie qui suit 1968. Ces images muettes, j'ai eu envie de les intégrer dans un récit croisant l'intime, le social et l'histoire, de rendre sensible le goût et la couleur de ces années-là." Annie Ernaux


Elle n’y commente pas les images mais raconte sa vie, celle de la France, celle du monde, leur évolution à tous durant ces années. Ils voyagent, vont au Chili, en Albanie, en Russie...

On comprend comment peu à peu son couple se délite, son malaise croissant, puis la parution de son premier livre qu’elle a écrit en cachette “Les armoires vides”, puis “La femme gelée”.

 



Jamais elle n’a oublié “sa race” comme elle le dit dans le film, sa classe sociale.


On note des chansons de l’époque comme “Le sud” de Nino Ferrer” ou “L’été indien” de Joe Dassin, l’affaire des bijoux de Bocassa et Giscard d’Estaing, ou l’assassinat de Allende qu’ils avaient rencontré au Chili.

 

Ce film a eu le prix du Festival de Cannes et, si mes informations sont bonnes, il sortira en salle en France vers novembre.


J’y suis allée avec mon mari et ma fille qui, tous deux, comprennent bien le français; une chance car , s’il y avait des sous-titres en espagnol, ils ont pu apprécier la beauté du texte et la diction si agréable à l’oreille d’Annie Ernaux.

Si certains critiques l’ont trouvé fade ou monotone, nous on a adoré.