13 juin 2024

Air et lumière /Aire y luz

                                        Destin du poète

Octavio Paz 


Mots? Oui, d'air,
et dans l'air perdus.

Laisse-moi me perdre parmi les mots,
laisse-moi être l'air sur des lèvres,
un souffle vagabond sans contours
que l'air dissipe.

Même la lumière se perd en elle-même.
 
(trad: Colo)
L'autre côté du village / El otro lado del pueblo



Destino del Poeta
Octavio Paz

¿Palabras? Sí, de aire,
y en el aire perdidas.

Déjame que me pierda entre palabras,
déjame ser el aire en unos labios,
un soplo vagabundo sin contornos
que el aire desvanece.

También la luz en sí misma se pierde.

8 juin 2024

Recherche logis et.../ Se solicita hogar y...

 

 




Avis
          
  Jaime Augusto Shelley (Ciudad de México, 1937)

 

 

 

Recherche patio

avec pots rouges

et vapeur de dalle fraîchement arrosée.


Hauts arbres

avec oiseaux sylvestres

qui prennent leur bain habituel

et leur petit déjeuner

dans une fontaine simple

qui peu à peu verdît son paisible trait.


Un logis aux grilles ouvertes

est demandé.


(Trad:Colo)



Aviso Jaime Augusto Shelley (Ciudad de México, 1937)

Se solicita un patio
con macetas rojas
y vaho de ladrillo recién regado.


Árboles de altura
con pájaros silvestres
que hagan su ritual de baño
y desayuno
en una fuente de labra sencilla
que enmohezca a ritmo su apacible trazo.


Un hogar se solicita.
De cancel abierto.

5 juin 2024

Des gouttes de mélancolie / Gotas de melancolía

 

Mélancolie


Rubén Dario  1867-1916,  Nicaragua


À Domingo Bolivar (un peintre colombien sans succès, grand ami à lui, juste décédé)


Frère, toi qui possèdes la lumière, dis-moi la mienne.

Je suis comme un aveugle. Je vais sans but et je marche à tâtons.

Je vais sous les tempêtes et les orages

aveugle de rêve et fou d’harmonie.


Voilà mon mal. Rêver. La poésie

est la camisole ferrée aux mille pointes sanguinaires

que je porte en mon âme. Les épines sanglantes

laissent tomber les gouttes de ma mélancolie.


Ainsi je vais, aveugle et fou, par ce monde amer ;

parfois le chemin me semble interminable,

et parfois si court…


Et dans ce vacillement entre courage et agonie,

je porte le fardeau de peines que je supporte à peine.

N’entends-tu pas tomber mes gouttes de mélancolie ?

 

 

Edvard Munch Melancholy 1894-96


  

Melancolía

 

Rubén Dario                                                                              

                                                                              A Domingo Bolívar

      

Hermano, tú que tienes la luz, dime la mía.

  Soy como un ciego. Voy sin rumbo y ando a tientas.

  Voy bajo tempestades y tormentas

  ciego de ensueño y loco de armonía.


   Ese es mi mal, soñar. La poesía

    es la camisa férrea de mil puntas cruentas

    que llevo sobre el alma. Las espinas sangrientas    

     dejan caer las gotas de mi melancolía.


     Y así voy, ciego y loco, por este mundo amargo.

      a veces me parece que el camino es muy largo

      y a veces que es muy corto…


      Y en este titubeo de aliento y agonía,

     cargo lleno de penas lo que apenas soporto.

   ¿No oyes caer las gotas de mi melancolía?


Rubén Dario est le fondateur du mouvement littéraire moderniste dans la langue hispano-américaine

29 mai 2024

Une excellente nouvelle

 

Peut-être, si vous suivez ce blog depuis dix ans, vous souvenez-vous de Ramane (j’ai raconté son /notre son histoire ici ) ce brillant et jeune Béninois que nous avions aidé pour ses études à Cotonou, qui avait ensuite obtenu une bourse du gouvernement français pour faire un master à Amiens...qui est venu nous voir plusieurs fois et vit maintenant près de Paris avec sa femme et ses deux enfants. Ils font partie de notre famille et viendront passer quelques jours prochainement.


Informaticien, il s’est spécialisé en cybersécurité, a monté sa propre entreprise qui est florissante. Banques, compagnies privées, tout le monde doit protéger son système informatique...

Il a développé en même temps un programme ambitieux pour l’Afrique et vient de recevoir un prix.

 


 

(Ramane à droite)


Voilà l’excellente nouvelle que je tenais à partager avec vous.

Le lauréat de ce prix prestigieux a été sélectionné pour son engagement continu à informer et à éduquer le public sur les défis et les meilleures pratiques en matière de cybersécurité. Son travail remarquable a contribué à sensibiliser un large public aux risques cybernétiques et à promouvoir une culture de la sécurité numérique sur le continent.”

https://cybersecuritymag.africa/africa-cybersecurity-mag-recompense-lors-du-cyber-africa-forum-2024


21 mai 2024

Histoire et géant

 

Transformé en centre culturel, La Misericordia est à l’origine un bâtiment austère fondé en 1677 pour être une institution bénéfique où on accueillait pauvres et malades et cultivait un potager. Au XIXºs il a été reconstruit puis on y ajouta un second bâtiment.

Cet ensemble se trouve à l’extrême nord de La Rambla, Costa de la Sang, à côté du vieil Hôpital Général. Dans la partie ancienne de la ville de Palma.





Ce centre culturel est superbe, il dispose d’une grande bibliothèque, (dont la bibliothèque Luís Alemany spécialisée dans tout ce qui est relatif aux Baléares). Dans la chapelle il y a des nombreuses expositions, dans le jardin des statues.

L’ensemble est inattendu et vert, agréable, intéressant.



Mais ce qu’il y a de plus impressionnant c’est un arbre qui date plus ou moins de 1827 quand on y créa un jardin botanique. Un Ficus macrophylla,

J’ai essayé de le photographier le mieux possible, il est tellement gigantesque que ce n’est pas mince affaire. Arbre emblématique de Palma que les habitants sont fiers de montrer aux visiteurs. 


 



14 mai 2024

L'arbre et le ciel / El árbol y el cielo

Peut-être ce poème  vous rappellera-t-il des souvenirs.

 JR Wilcock, injustement peu connu était Argentin mais avait passé une bonne partie de

 sa vie en Italie. Poète, écrivain, professeur de lettres, et surtout traducteur. Décédé à 58 

ans en Italie.

 

                                                   Yeuse( ou chêne vert) 

 

Jardin botanique


Juan Rodolfo Wilcock


Te souviens-tu de cet arbre aimé,

ciel d’après-midi verts et jaunes ?


C’était une yeuse accueillante et elle était

comme une auberge, gravée de façons diverses

par les clients d’autres printemps.


Nous n’avons pas inscrit là notre nom;

pourtant, quand tout sera mort,

ne restera-t-il pas le souvenir de deux ombres

qui un jour se baisaient les mains,

même si les ombres ne sont plus celles-là ?


Les questions rhétoriques n’ont pas de réponse.


Pour te revoir intensément, je m’éloigne:

si jeune, telle une barque au soleil.


Trad: Colo

 

]ardín Botánico

Juan Rodolfo Wilcock



¿Recuerdas aquel árbol querido,
cielo de tardes verdes y amarillas?


Era una encina, era acogedora y era
como una posada, grabada de diversas formas
por los clientes de otras primaveras.


No escribimos en ella nuestro nombre;
sin embargo, cuando todo haya muerto,
¿no quedará el recuerdo de dos sombras
que un día se besaban las manos,
aunque ya las sombras no sean aquellas?


Las preguntas retóricas no tienen respuesta.


Para verte de nuevo intensamente, me alejo:
tan joven, como una barca al sol.


5 mai 2024

Où on parle de sourires et de larmes / Donde se habla de sonrisas y lágrimas

 La vida de las nubes es una vida de reuniones y despedidas; de lágrimas y sonrisas.

 La vie des nuages est une vie de réunions et d'au revoir; de larmes et sourires. 

Gibrán Khalil Gibrán

 


                                     ©Myriam Chenard

 

Mario Benedetti

Arco iris                                             Arc - en - ciel

A veces
por supuesto
usted sonríe
y no importa lo linda
o lo fea
lo vieja
o lo joven
lo mucho
o lo poco
que usted realmente
sea

(...)

sonríe
y usted nace
asume el mundo
mira
sin mirar
indefensa
desnuda
transparente


y a lo mejor
si la sonrisa viene
de muy
de muy adentro
usted puede llorar
sencillamente
sin desgarrarse
sin desesperarse
sin convocar la muerte
ni sentirse vacía

llorar
sólo llorar

entonces su sonrisa
si todavía existe
se vuelve un arco iris.

Des fois
bien sûr
vous souriez
et peu importe
qu'en réalité
vous soyez jolie
ou laide
vieille
ou jeune
gens de beaucoup
ou de peu

(...)

vous souriez
et vous naissez
vous assumez le monde
regardez
sans regarder
sans défense
nue
transparente


et peut-être
si le sourire vient
de loin
de très loin à l'intérieur
vous pouvez pleurer
simplement
sans vous déchirer
sans vous désespérer
sans appeler la mort
ni vous sentir vide

pleurer
seulement pleurer

alors votre sourire
s'il existe encore
se transforme en arc-en-ciel
 
                                                                                          (Trad: Colo)

 

28 avr. 2024

Galiciens / Gallegos

 Voici une partie du poème “Al otro lado” ( De l’autre côté) de Alvaro Cunqueiro

grand poète Galicien.



De l’autre côté

Le rêve monte par les veines de l’arbre

une vie entière qui passe

jusqu’à devenir oiseau sur une branche

un oiseau qui se souvient, chante et s’en va

peu avant que tous les arbres ne meurent.


Si je deviens vieil arbre de l’autre côté de la rivière

et je dois être l’arbre qui se souvient et rêve

tu peux être bien sûre que je rêverai de toi

de tes yeux gris comme l’aube

et de ton sourire

dont s’habillèrent les lèvres des rosiers

aux jours les plus heureux.

Alvaro Cunqueiro

(Trad: Colo)

  Manuel Abelenda Zapata, peintre Galicien (A Coruña, 1889 -  A Coruña, 1957) El río del Burgo

 

AL OTRO LADO
Alvaro Cunqueiro

El sueño va subiendo por las venas del árbol
una vida entera que pasa
hasta hacerse pájaro en una rama
un pájaro que recuerda, canta y se marcha
poco antes de que todos los árboles mueran.

Si yo me hago árbol viejo al otro lado del río
y me toca ser el árbol que recuerda y sueña
puedes estar bien segura que soñaré contigo
con tus ojos grises como el alba
y con tu sonrisa
con la cual se vistieron los labios de los rosales
en los días mas felices.

22 avr. 2024

Rodrigo, son père et les autres


C’est une chance, cette fois le livre qui m’a plu et émue est traduit en français. Il s’agit de (le titre français) “ Les adieux de Gabo et Mercedes”, écrit par Rodrigo, le fils de Gabriel García Marquéz.

On se demande d’abord pourquoi ce fils, Colombien donc, l’a écrit en anglais. (il l’explique). Et son titre anglais est “Memoir”. Fort différent donc, mais c’est bien entre la vie et l’adieu définitif que se déroule ce récit, beau et émouvant. 

 

                                             
Gabo e Mercedes Barcha em 1990 (foto: Hernan Diaz/Fundación Gabo.)


Au fil de chapitres courts, Rodrigo raconte les derniers jours de son père, les funérailles, l’après.

Le récit, parfois triste, parfois teinté de douce ironie ou d’humour, relate autant la vie de son père, de sa mère Mercedes qui est “politiquement peu correcte” et pleine de vie, de force, que la sienne, celle de son frère, de leurs familles et proches, et puis les souvenirs.

Le récit est structuré autour de citations de différents romans de G.G Marquéz. C’est fort intéressant. Des anecdotes relient des événements, parfois minuscules, aux grands romans de l'auteur.

Des années avant son décès il avait comencé  à perdre- puis tout à fait perdu la mémoire, “un drame pour un écrivain”. Mais c’est avec humour que Gabo (surnom de son père) disait: Je perds la mémoire mais par chance j’oublie que je suis en train de la perdre.

Nous avons trois vies: la vie publique, la vie privée, puis les secrets” disait-il.

Rodrigo nous balade entre ces vies, la disparition de son père est, inévitablement, un événement public, mais il réussit à doser parfaitement son récit et on entre dans une pudique intimité avec Garbo.

Cette facette de GG Marquéz m’était inconnue et voilà que hier j'ai reçu un livre posthume de lui" En agosto nos vemos" (Nous nous voyons -verrons?, en août).


16 avr. 2024

Bavard / Hablador

Juan avait toujours parlé par les coudes (hablar por los codos), intarissable depuis son enfance. Souvent, faute de compagnie, il parlait seul et là aucune limite à ses rêves, projets.

Intelligent et bon élève, ses parents lui conseillèrent de devenir avocat: “avec une telle verve, ce sera “coudre et chanter” (coser y cantar) " disaient-ils.

Juan les avait crus.

Une fois ses études terminées il pensa, oh erreur, que ce serait “arriver et baiser le saint”(llegar y besar el santo)

Jamais il ne s'était imaginé qu'autant de concurrents se présenteraient au même poste d'avocat de l'entreprise BUHO. On lui donna le numéro 22, chose qui le laissa à carreaux (quedarse a cuadros).

Dans la salle d'attente il rencontra l'ancien avocat de la boîte qui lui dit: celui qui veut des poissons doit se mouiller le cul (el que quiera peces que se moje el culo)

 


 

 Les autres candidats, tous fort bavards, s'approchèrent et une discussion fort animée s'ensuivit.

Fort animée et de plus en plus bruyante, au point que l'avocat général renvoya chaque hibou à son olivier (cada muchuelo a su olivo)

C'est penaud que Juan rentra chez lui; il avait pris sa décision: il deviendrait oiseleur.

 

                                                

"L'OISELEUR INDOU",  AUGUSTE DE WEVER (Belgique, 1836-1910)

 

Ça va, vous avez tout compris ?

9 avr. 2024

Un oiseau, un violon, une fleur / Un pájaro, un violín, una flor

 

Aujourd'hui le billet de Kwarkito intitulé “L’huître et le néant” m’a fait rire !

Aujourd’hui  aussi une épitaphe, très poétique, de Juan Gelman. 

 

 

Épitaphe Juan Gelman


Un oiseau vivait en moi

Une fleur voyageait dans mon sang

Mon cœur était un violon.

 

J'ai aimé ou pas. Mais parfois

on m'a aimé. Moi aussi

je me réjouissais : du printemps

des mains jointes, de ce qui rend heureux.

 

Je dis que l'homme se doit de l'être.

 

(Ci-gît un oiseau.

Une fleur.

Un violon)

(Traduction trouvée sans nom du traducteur, hélas)


 

Epitafio

Un pájaro vivía en mí.

Una flor viajaba en mi sangre.

Mi corazón era un violín.

Quise o no quise. Pero a veces

me quisieron. También a mí

me alegraban: la primavera,

las manos juntas, lo feliz.

¡Digo que el hombre debe serlo!

(Aquí yace un pájaro.

Una flor.

Un violín).


6 avr. 2024

Tête en l'air

 

C’est vraiment par hasard que ce matin à l’aube j’ai vu que le 6 avril est le jour où est décédé Jacques Higelin. En 2018.

Homme aux multiples talents, souvent décalé, j’ai retenu, je le trouve très inspiré,  ce poème qu’il a mis en musique et chante. Vous connaissez peut-être la chanson si vous êtes de ma génération...





Tête en l'air


Texte / Chanson de Jacques Higelin


Sur la terre des damnés, tête en l'air,
Étranger aux vérités premières énoncées par des cons,
Jamais touché le fond de la misère
Et je pleure, et je crie et je ris au pied d'une fleur des champs,
Égaré, insouciant dans l'âme du printemps, cœur battant,
Cœur serré par la colère, par l'éphémère beauté de la vie.


Sur la terre, face aux dieux, tête en l'air,
Amoureux d'une émotion légère comme un soleil radieux
Dans le ciel de ma fenêtre ouverte
Et je chante, et je lance un appel aux archanges de l'Amour.
Quelle chance un vautour, d'un coup d'aile d'un coup de bec
Me rend aveugle et sourd à la colère à la détresse de la vie.


Sur la terre, tête en l'air, amoureux,
Y'a des allumettes au fond de tes yeux,
Des pianos à queue dans la boîte aux lettres,
Des pots de yaourt dans la vinaigrette
Et des oubliettes au fond de la cour…


Comme un vol d'hirondelles échappé de la poubelle du ciel...


31 mars 2024

Les rites du temps / Los ritos del tiempo

 

                                                     

Dan Miravalles Pendás, Arriondas, Asturias, 1985.

Marine

 

 Renée Ferrer, Paraguay 1944-


Marcher

sur les sables de ta pensée

voyager en clandestin dans les cales de l’espoir,

et céder

-en cette attente de toi,

de ton désir survivant d’un cataclysme d’écumes.


L’horizon se loge en moi

s’appuyant

de l’autre côté de mon front.

La mer s’en tient aux rites du temps

et réitère un secret désiré.


Ne me dis pas que j’ai à nouveau rêvé,

qu’il fait déjà jour.


Trad:Colo


Et, si vous fêtez Pâques, bon dimanche! 



Marina 

 

  Renée Ferrer ,Paraguay 1944-


Caminar

por las arenas de tu pensamiento,

viajar de polizón en las bodegas de la espera,

y ceder

-a esa espera de ti,

de tu deseo sobreviviente de un cataclismo de espumas.


El horizonte se aposenta en mí

recostándose

del otro lado de mi frente.

El mar se atiene a los ritos del tiempo

reiterando un llamado secreto.


No me digas que he soñado otra vez,

que ya es de día. 

 


17 mars 2024

Pause

Comme chaque année au moment des plantations (et du désherbage) de printemps, il me faut faire une pause-blog. 

Je passerai chez vous mais pas le temps de faire des traductions...

Portez-vous bien !

                              Variété de laitues du potager.
 

 

Asphodèles, il y en a partout.

9 mars 2024

Soupirs II / Suspiros II

 

                                            Extrait des noces de Figaro-Mozart.

 

Continuons donc à parler des soupirs...


Aujourd’hui un texte en prose, poétique, où le poète colombien José Asunción Silva

 (Bogotá 1865 – 1896, il s’est suicidé à 30 ans) commence par “si j’étais poète…”.

 

Soupirs

 

Si j’étais poète et pouvais fixer, avec des épingles, en rimes brillantes, la voltige des idées

 agiles comme une volée de papillons blancs de printemps si je pouvais

cristalliser

les rêves en peu de strophes, je ferais un merveilleux poème où je parlerais de soupirs, de

 cet air qui retourne à l’air, emportant avec lui quelques espoirs, des fatigues et

la mélancolie des hommes.

 ****

Et pour échapper aux soupirs de convention, ceux des romances sentimentales,

pleines de lunes de

pacotille et de rossignols triviaux, je parlerais des soupirs anxieux qui

flottent dans l’air

épais et imprégné d’odeur d’acide phénique, dans la lumière dorée des cierges

parmi l’arôme

vague des fleurs mortuaires, près de ceux dont les yeux, fermés

pour toujours, gardent

les traces violacées des dernières insomnies, et dont les lèvres s’abîmèrent avec le froid de la

mort.

****

Ah non ! Ce soupir serait trop triste pour en parler; son souvenir voilerait

les yeux neufs des lectrices, les yeux parfois sombres comme des nuits d’hiver, bleus et

clairs parfois, comme l’eau des lacs tranquilles.

Afin qu’ils ne se voilent pas, je parlerais du soupir de volupté et de fatigue

qui flotte dans

l’

air tiède d’une salle de bal, illuminée comme le jour, reflétée par des miroirs vénitiens; du

soupir d’une femme, jeune et belle, agitée par la valse, dont la peau de

pêche rosit,

et

dont les doigts de fée serrent fébrilement l’éventail de plumes flexibles qui

lui baisent la

jupe; du soupir sensuel et vague qui se perd parmi les blancheurs rosées dans

l’air où

palpite l’iris des diamants, où la lumière se brise dans l’air des rubis,

dans le bleu

mystérieux des saphirs, dans l’air qui emporte des tentations de tendresse et de baisers…

 


 

****

Même en étant poète et en écrivant un poème merveilleux, je ne pourrais parler d’un 

autre soupir...du

soupir qui vient à toutes les poitrines humaines quand elles comparent le bonheur 

obtenu,

 le

goût connu, le paysage vu, l’amour heureux avec les bonheurs rêvés

qui jamais

ne se réalisent, ceux qui jamais n'offrent le Ah, non ! ce soupir serait trop

doux pour parler de lui, son souvenir ferait se rider

le front fatigué, et blanchir les cheveux des philosophes dont les veines ne font plus 

courir, en flots

ardents, le sang de la jeunesse. Pour qu’ils puissent me lire je parlerais

plutôt du soupir

de

fatigue d’un vieux, d’un soupir entendu une soirée d’automne sur le chemin

qui va

du village

au cimetière.

(...)


(Trad: Colo. J'ai gardé la mise en forme originale)




Suspiros


José Asunción Silva

Si fuera poeta y pudiese fijar el revoloteo de las ideas en rimas brillantes y ágiles como 

una

bandada de mariposas blancas de primavera con alfileres sutiles de oro; si pudiera

cristalizar

los sueños en raras estrofas, haría un maravilloso poema en que hablara de los suspiros, 

de

ese aire que vuelve al aire, llevándose consigo algo de las esperanzas, de los cansancios y

de

las melancolías de los hombres.

* * *

Y para huir de los suspiros de convención, de las romanzas sentimentales, llenas de luna de

pacotilla y de ruiseñores triviales, hablaría de los suspiros angustiosos que flotan en el 

aire

espeso e impregnado de olor de ácido fénico, en la luz dorada de los cirios, entre el aroma

vago de las flores mortuorias, cerca de aquellos cuyos ojos, cerrados para siempre, 

guardan

las huellas violáceas de los últimos insomnios, y cuyos labios se ajaron con el frío de la

muerte…

* * *

¡Ah no! Ese suspiro sería demasiado triste para hablar de él; su recuerdo haría nublarse los

ojos nuevos de las lectoras, los ojos oscuros unas veces como noches de invierno, azules y

claros otras, como el agua de los lagos quietos.

* * *

Para que no se nublaran, hablaría del suspiro de voluptuosidad y de cansancio que flota en

el

aire tibio de una sala de baile, iluminada como el día, reflejada por espejos venecianos; del

suspiro de una mujer hermosa y joven agitada por el valse, cuya piel de durazno se sonrosa,

y

cuyos dedos de hada estrechan febrilmente el abanico de plumas flexibles que le besan la

falda; del suspiro sensual y vago que se pierde entre las blancuras rosadas en el aire donde

palpita el iris de los diamantes, donde la luz se quiebra en el aire de los rubíes, en el azul

misterioso de los zafiros, en el aire que arrastra tentaciones de ternuras y de besos...

* * *

Aun siendo poeta y haciendo el poema maravilloso, no podría hablar de otro suspiro... del

suspiro que viene a todos los pechos humanos cuando comparan la felicidad obtenida, el

sabor conocido, el paisaje visto, el amor feliz, con las felicidades que soñaron, que no se

realizan jamás, que no ofrece nunca la ¡Ah, no! Ese suspiro sería demasiado dulce para 

hablar de él; su recuerdo haría arrugarse la

frente cansada, y blanquearía las canas de los filósofos, por cuyas venas no corre, en 

oleada

ardiente, la sangre de la juventud. Para que pudieran leerme, hablaría más bien del 

suspiro

de

cansancio de un viejo, de un suspiro oído una tarde de otoño, en el camino que va del

pueblo

al cementerio,

(...)