13 sept. 2014

Lope de Vega et les tumultes amoureux / Lope de Vega y los tumultos amorosos


Le grand, l'immense et prolifique (bel homme aux traits fins aussi!) Lope de Vega 1562-1635, admiré de tous les écrivains (exception faite de Góngora), celui qui a révolutionné le théâtre espagnol pendant le Siècle d'Or, eut une vie amoureuse pour le moins tumultueuse. Ces "agitations" du corps et de l'âme lui firent rater de belles occasions et même mené à l'exil...
Aujourd'hui, un poème sur l'amour qui lui semblait aussi turbulent que le fut sa vie.


El gran, el inmenso y prolífico (y hombre guapo de rasgos finos!) Lope de Vega, admirado por todos los escritores (excepto Góngora), el que revolucionó el teatro español durante el Siglo de Oro, tuvo una vida amorosa tumultuosa. Esas “agitaciones” del cuerpo y del alma le hicieron perder muchas buenas ocasiones y le llevaron incluso al exilio...
Hoy, un poema sobre el amor que le parecía tan turbulento como fue su vida.



S'évanouir, oser, être furieux,
rugueux, tendre, libéral, revêche,
brave, mortel, défunt, vivant,
loyal, traître, lâche et courageux ;

ne pas chercher le repos hors du bien,
se montrer joyeux, triste, humble, fier,
courroucé, vaillant, fuyant,
satisfait, offensé, méfiant ;

fuir le visage à la claire désillusion,
boire le poison comme une suave liqueur,
oublier le profit, aimer la perte ;

croire qu'un ciel tient dans un enfer,
donner vie et âme à une désillusion,
tel est l'amour, qui l'a éprouvé le sait.

(trad: Colo)

                               Lope de Vega, Madrid / Merci Lou!


Desmayarse, atreverse, estar furioso,
áspero, tierno, liberal, esquivo,
alentado, mortal, difunto, vivo,
leal, traidor, cobarde y animoso;

no hallar fuera del bien centro y reposo,
mostrarse alegre, triste, humilde, altivo,
enojado, valiente, fugitivo,
satisfecho, ofendido, receloso;

huir el rostro al claro desengaño,
beber veneno por licor suave,
olvidar el provecho, amar el daño;

creer que un cielo en un infierno cabe,
dar la vida y el alma a un desengaño;
esto es amor, quien lo probó lo sabe.

48 commentaires:

  1. voilà un aspect du monsieur que je ne connaissais pas du tout :-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Lire l'histoire de sa vie est tout sauf ennuyeux Adrienne!
      Bon dimanche.

      Supprimer
  2. un texte magnifique, profond comme l'amour..un raccourci intense :donner vie et âme à une désillusion,
    Une belle découverte pour moi un beso!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tant de facettes de l'amour ici recensées, oui.
      Un beso pour toi aussi, bonne journée.

      Supprimer
  3. Magnifique ce texte ! Merci Colo pour sa traduction !
    Toutes les contradictions de la vie amoureuse, de la vie tout court !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, c'est ça Fifi.
      Merci d'être passée.

      Supprimer
  4. Superbe texte !
    La complexité de la vie et de l'amour - Croire qu'un ciel tient dans un enfer -

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Désillusions de l'amour si bien dites n'est-ce pas Marcelle?

      Supprimer
  5. Si Lope de Vega était à l'image des deux premières strophes il devait être fatigant à vivre ! ! !
    Evidemment je plaisante.
    Ce poème est plein de fougue, vif et " passionnant ".
    Je t'embrasse fort Dame Colo

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Fatigant, oui, j'ai pensé la même chose en le traduisant...je me demandais si, quand j'étais "folle amoureuse" c'était aussi mouvementé!
      Bonne journée, besos dame Sable

      Supprimer
  6. Quelle fougue, oui ! Merci de nous faire découvrir ce poème, dame Colo, et ce beau portrait.
    Bon dimanche, un baiser vaillant.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Illusions et désillusions de l'amour....
      La vaillance est fonction de la chaleur ici, en ce septembre dehors est l'enfer, dedans le paradis...!
      Besos!

      Supprimer
  7. ah voilà quelqu'un que je connais, par contre ce poème je ne l'ai jamais lu mais je me suis empressée de le copier car il me plait beaucoup

    RépondreSupprimer
  8. oups il y a eu comme un problème
    je disais donc que je me sens nettement plus en pays de connaissance avec ce monsieur mais je ne connaissais pas du tout ce poème que j'apprécie

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pas de problème Dominique, relax!
      Il écrit tant écrit qu'il n'est pas étrange que tu ne connaisses pas ce poème.

      Supprimer
  9. Oui, j'aime bien le rapprochement des deux mots "folle" et "amoureuse", j'ai connu cela et je me suis posée des questions sur moi-même. Mais quel doux sentiment, quelque soit la douleur ou la joie ! Voilà pourquoi il me faut, absolument, retourner à Madrid. Aller visiter, entre autre, la Casa de Lope de Vega...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour la photo...et si tu y retournes, je serai ravie de voir su casa...folies de l'amour, haaaa-

      Supprimer
  10. Très vibrant le poème ; je ne connais quasiment pas sa vie, je vais aller à la pêche pour voir un peu l'ampleur des conséquences de ses amours sur son existence.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu me diras? Moi j'ai trouvé l'histoire de sa vie passionnante.
      Bonne semaine Aifelle.

      Supprimer
  11. Il y a des mots dans lesquels je ne me retrouve pas : fuyant, revêche ... Ce poème me semble venir d'un être compliqué. J'ai cherché à en lire d'autres et je suis tombée sur des citations. En voici une assez différente :"Le repos, le vrai bonheur pour moi, c'est auprès de toi."

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour Lily, je me suis demandée si "fuyant et revêche" ne s'appliquaient pas plutôt à lui même qu'à l'amour...simple supposition bien sûr!
      Merci pour cette citation, bien douce à lire!
      Bonne semaine à toi.

      Supprimer
    2. Bien sûr, je l'entendais ainsi. Mais surprenant tout de même. Je pense qu'il mélange volontairement le registre des sentiments qui cohabitent en lui, sans chercher à les démêler. Merci pour cette ouverture. Bonne semaine Colo

      Supprimer
  12. Bouillonnant poème ! On sent un passionné quasi-irraisonné… C'est un beau texte. Fougueux. Emballé. Sans doute un peu déboussolé… Belle traduction. J'aime beaucoup la sonorité du texte original. AU tout début sur "Desmayarse, atreverse, ester furioso" on imagine le roulement de tambour… de cette lettre qui se roule…

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu as raison Obni et je rigole doucement en te lisant.
      Ses "belles" ne risquent pas de s'ennuyer en tout cas....

      Supprimer
  13. La poésie et le théâtre ont beaucoup perdu de leur superbe à notre époque, il faut en convenir. J'en lis peu en fin de compte. Ce qui n'enlève rien au charme de ceux qui les ont fait fleurir.
    J'aime le poème sur la dualité de l'amour passion, ciel en enfer. L'amour nous choisit ; la tendresse se construit délibérément et au bout du compte je la chéris...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour Chris, la tendresse est nettement plus tranquille que la passion amoureuse....aucun doute!

      Il est vrai qu'on n''exprime plus ses sentiments avec autant d'ardeur....et pourtant le ton me semble moderne, vif, pas larmoyant du tout.
      Bonne semaine à vous.

      Supprimer
  14. Chacun sa manière de réagir . Pour d'autres ce sera fondre, se cramoisir, perdre ses moyens, se décomposer, s'attendrir , se réjouir, s'enthousiasmer, aimer tous ses prochains, rire, parler jusqu'à l'épuisement , respirer à pleins poumons... j'en passe et des plus indescriptibles. L'amour est tout sauf ennuyeux.
    Très bonne semaine dame Colo.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oh, oui, sieur Gérard, en perdre l'appétit et le sommeil, se tromper de rue, de maison...et rire, et pleurer. Et à tout âge.
      Je me souviens si bien de mon beau-père, il y a des années de ça; veuf, 80 ans, venu passer un mois chez nous. Après 2 jours ça crevait les yeux: il était fou amoureux d'une Teresa de 78 ans. Il sursautait à chaque sonnerie du téléphone, avait trouvé dans notre bibliothèque un roman où le nom de sa dulcinée était dans le titre et a fait semblant de le lire...douces folies de la passion.
      Rien d'ennuyeux en effet!
      Bonne semaine à vous aussi, nous attendons avec impatience que le thermomètre veuille bien s'éloigner des 30º.

      Supprimer
  15. Puisse l'amour être toujours aussi passionné ! Merci, Colo.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bien sûr Danièle, un amour fade et mou, c'est l'horreur.
      Bonne semaine

      Supprimer
  16. Le temps me manque en ce moment pour vous lire : je passe juste faire un petit bonjour.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour à vous aussi Bonheur, aucun problème. Mon rythme-blogs est lent en ce moment lui aussi.

      Supprimer
  17. Je dirais : encore un homme à problèmes qui s'imagine qu'il trouvera dans l'amour la réponse à ses questions existentielles. Peut-être une manière de se cacher sa propre désillusion face à l'inconstance des sentiments ...
    Mais c'est très énergiquement décrit ...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Qui sait? Inconstance quand tu nous tiens...
      merci pour cette "expertise" de l'âme Lopesque.

      Supprimer
    2. On peut s'imaginer plein de mondes à lire les poésies d'êtres qu'on ne connaît pas !
      Pour certains écrire relève d'une espèce d'analyse ...

      Supprimer
    3. Oui, je suis entièrement d'accord sur tout.
      De fait je déplore souvent l’image d'amour à l'eau de rose donnée par nombre de romans et poèmes qui sont pris pour argent comptant....les désillusions amènent tant de ruptures.
      Ah, bien merci de dialoguer sur ce sujet chère Savarati.

      Supprimer
  18. Shakespeare dirait Beaucoup de bruit pour rien. Moi je suis toujours content, triste, maintenant et plus tard ou bonjour, à bientôt.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Que d'encre a fait et fait couler ce rien, n'est-ce pas!
      Ou bonjour ou bonsoir, hasta pronto!

      Supprimer
  19. Bonsoir Colo
    Pour moi, trop de mots tue les mots. Les poètes occidentaux (excepté quelques uns comme ex Guillevic) ont
    beaucoup de mal pour aller à l'essentiel. Qu'en penses tu ?

    Très amicalement

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour Yanis, je suis partagée pour te répondre.
      L'époque, la forme du sonnet et puis le sujet inépuisable de l'amour justifient sûrement cette accumulation de mots...qui, on le voit, sont loin d'être vides de sens.
      J'aime les textes épurés où l’imagination du lecteur doit combler les écrits, mais ce sont, comme Guillevic, oui, des formes d'expression modernes, ou orientales ou...
      Ceci dit, moi j'essaye simplement par mes traductions d'être une passeuse!

      À bientôt, amicalement

      Supprimer
    2. Je me sentais un peu seul, mais le "trop de mots tue les mots" de Yanis résume assez bien ce que "m'inspire" cette accumulation qui peine - même en contexte - à me toucher.
      Mais ceci dit, bien sûr, chacun voit comme il..... l'entend !
      ;-)

      Supprimer
    3. À deux tout va mieux dit-on ;-)
      Ceci est doit être vrai car en suivant tes conseils éclairés et bienveillants, j'ai réussi à donner à la photo de la bannière la taille désirée! Encore merci sieur K.

      Supprimer
    4. Très beau résultat, bravo Colo !

      Supprimer
  20. Oh quelle est belle ta bannière de ce jour !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne voudrais pas te faire envie Lou, mais c'est une des vues que j'ai de chez moi.
      Un beso, bon dimanche

      Supprimer
  21. Oh qu'il était donc passionné cet homme-là, et qu'il devait être inconstant: tant s'user dans un amour doit tuer à petits feux et il en faut un autre pour se sentir revivre avant de replonger dans ces affres abominables :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est ça, tout comme une addiction!
      Merci pour tes mots toujours subtils et ...qui me font rire!

      Supprimer