13 nov. 2019

Dialogues avec nous-mêmes / Diálogos con nosotros mismos



Né en Italie en 1886, Antonio Pochia a passé toute sa vie en Argentine où il mourut en 1949.
Au début des années 40 il a réuni ses Voix, ses aphorismes, dans un recueil. VOCES /VOIX. (traduit en français par Roger Caillois en 1949).

L’aphorisme est, selon le dictionnaire: Phrase, sentence qui résume en quelques mots une vérité fondamentale ou énoncé succinct d'une vérité banale mais il est aussi une forme authentique et profonde de dialogue avec soi-même.
Il aide l’écrivain et le lecteur à maintenir les yeux ouverts, à être lucides, à  illuminer des zones de la pensée occulte en niant, doutant, découvrant,

Les aphorismes de Porchia me semblent moins noirs que ceux de Cioran. Je vous en propose quelques uns, en lire beaucoup à la fois sature l’esprit:-)



https://www.quo.es/ser-humano/a62471/curiosa-escultura-de-un-pensador-encontrada-en-israel/




* L’homme ne va nulle part. Tout vient à l’homme, comme le lendemain.
 
* Si tu ne lèves pas les yeux, tu croiras que tu es le point le plus haut.

 

https://www.esculturaurbanaaragon.com.es/ninosentado.htm











* Quand toi et la vérité me parlent, je n’écoute pas la vérité. Je t’écoute toi.

 

* Oui, c’est ça le bien: pardonner le mal. Il n’y a pas d’autre bien.

 

* Tu ne vois pas le fleuve de pleurs parce qu'il lui manque une larme de toi
.

(Trad: Colo) (Merci Dominique)
 (En lire plus ici.)

                             ----------------------------------------


Nacido en Italia en 1886, Antonio Porchia pasó toda su vida en Argentina donde murió en 1949.
A principios de los años 40, reunió sus VOCES, sus aforismos en un libro.

El aforismo es, según el diccionario “Frase o sentencia breve y doctrinal que se propone como regla en alguna ciencia o arte”, pero es también una forma auténtica y profunda de diálogo con uno mismo.
Ayuda al escritor y el lector a mantener los ojos abiertos, a ser lúcido, a iluminar las zonas del pensamiento oculto negando, dudando, descubriendo.

Los aforismos de Porchia me parecen menos negros que los de Cioran, os propongo unos pocos ya que muchos a la vez satura la mente:-)

* El hombre no va a ninguna parte. Todo viene al hombre, como el mañana.

* Si no levantas los ojos, creerás que eres el punto más alto.


http://marthadicroce.blogspot.com/2016/08/

 

* Cuando tú y la verdad me hablan, no escucho a la verdad. Te escucho a ti.

* Sí, eso es el bien: perdonar el mal. No hay otro bien.


* El río del llanto no lo ves, porque le falta una lágrima tuya


Fuente: http://www.materialdelectura.unam.mx/images/stories/pdf5/antonio-porchia-133.pdf

5 nov. 2019

Au centre du cri / En el centro del grito


Il est des animaux aimés, et d’autres qui, souvent à cause de leur laideur, provoquent en nous, et de façon irraisonnée, peur, dégoût voire terreur.
Voici un poème très visuel, surprenant, de la poète, romancière et essayiste Mexicaine Rosario Castellanos (1925-1974).

Hay animales queridos, y otros que, a menudo por su fealdad, nos provocan , de manera irracional, miedo, aversión incluso pánico.
Hoy un poema muy visual, sorprendente, de la poeta, ensayista, novelista Mejicana Rosario Castellanos (1925-1974).



La soirée du crapaud

Assis dans l’ombre
-solennel avec ton goitre exophtalmique; cruel
(en apparence, du moins, dû au gonflement
des paupières); froid,
froid répulsif de sang froid.

Assis dans l’ombre tu regardes brûler la lampe.

Autour de la lampe nous parlons et peut-être
L’un de nous dit ton nom.

(En septembre. Il a plu)

Comme mû par le ressort de la surprise, tu sautes
Et te voilà, au milieu de la conversation,
Au centre du cri.

Quelle peur en sentant palpiter
le cœur nu
de la nuit à la campagne!

(Trad: Colo)



La velada del sapo

Sentadito en la sombra
-solemne con tu bocio exoftálmico; cruel
(en apariencia, al menos, debido a la hinchazón
de los párpados); frío,
frío de repulsiva sangre fría.

Sentadito en la sombra miras arder la lámpara

En torno de la luz hablamos y quizá
Uno dice tu nombre.

(En septiembre. Ha llovido)

Como por el resorte de la sorpresa, saltas
Y aquí estás ya, en medio de la conversación,
En el centro del grito.

¡Con qué miedo sentimos palpitar
el corazón desnudo
de la noche en el campo!












29 oct. 2019

Sensuelle Delmira / Sensual Delmira


Delmira Agustini. Nous y revoilà donc comme annoncé la semaine dernière..
Delmira Agustin. Aquí estamos, tal y como anunciado la semana pasada.
Vous le savez, j’ai l’habitude de vous raconter les poètes plutôt que d’en faire la biographie. Mais voilà que j‘ai découvert que la traductrice, Monique-Marie Ihry, tient un blog, “Dans le jardin des mots” où vous pourrez lire un bel aperçu de la vie de Delmira. C’est ici.

 
Delmira Agustini
Como ya sabéis, tengo por costumbre contaros los poetas más que hacer una biografía. Pero he aquí que la traductora Monique-Marie Ihri, tiene un Blog, “Dans le jardin des mots” donde podréis leer, en francés, una bella introduccióna la vida de Delmira.


En résumé donc, cette jeune fille d’excellente famille, précoce et très douée, éduquée à la maison par un précepteur, -ce qui implique une pauvre socialisation-, publie à 21 ans son premier recueil intitulé “El libro blanco”. Des vers passionnés et sensuels, chargés d’érotisme. Autant dire que les critiques de l’époque étaient des hommes, nous sommes en 1907, et la société, comme en Europe d’ailleurs, était patriarcale. Les femmes avaient un rôle précis à la maison, ces critiques donc n’étaient visiblement pas préparés à cela. L’un d’eux, très en vue, Carlos Vaz Ferreira, lui écrivit une lettre qui disait: “comment vous êtes arrivée, que ce soit à savoir ou à sentir ce que vous avez mis sur certaines pages, est tout à fait inexplicable”.
En resumen: esta joven de excelente familia, precoz y llena de talento, educada en casa por un preceptor, -lo que implica una pobre socialización- , publica a los 21 años su primer poemario titulado “El libro blanco”. Versos apasionados y sensuales cargados de erotismo. Va sin decir que los críticos de la época eran hombres, -estamos en 1907 y la sociedad, al igual que en Europa, era patriarcal. Las mujeres tenían un papel preciso en casa, esos críticos, digo, visiblemente no estaban preparados para eso. Uno de los más destacados, Carlos Vaz Ferreira, le escribió una carta en la que decía: «cómo ha llegado usted, sea a saber, sea a sentir, lo que ha puesto en ciertas páginas, es algo completamente inexplicable».

Bon, bon. Comme si la poésie ne pouvait venir que de l’expérience. Et les rêves? Et le désir?
Bien sûr les thèmes du désir, du plaisir, du corps féminins étaient tabous, même dans les métaphores.
¡Bueno! Como si la poesía sólo pudiera nacer de la experiencia. ¿Dónde los sueños? ¿Dónde el deseo?
Por supuesto lo relacionado con el deseo, con el placer, con el cuerpo femenino era tabú, incluso en las metáforas.

Maxmilián Pirner Leda

   Et mon regard était une couleuvre
Pointée entre des buissons de cils,
Sur le cygne révérant de ton corps.
Et mon désir était une couleuvre
Rampant entre les falaises de l’ombre
Vers la statue de lys de ton corps.

   Tu te penchais encore et encore...et tant,
Et tu te penchas tant,
Que mes fleurs érotiques sont doubles,
Et mon étoile est plus grande depuis.
Toute ta vie se grava dans ma vie.

Traduction: Monique-Marie Ihry

Avec l’aimable autorisation de Cap de l’Étang Éditions, http://www.capdeletang.com.

( Extrait du poème Vision p.42)

   Y era mi mirada una culebra
Apuntada entre zarzas de pestañas,
Al cisne reverente de tu cuerpo.
Y era mi deseo una culebra
Glisando entre los riscos de la sombra
A la estatua de lirios de tu cuerpo.
   Tú te inclinabas más y más... y tanto,
Y tanto te inclinaste,
Que mis flores eróticas son dobles,
Y mi estrella es más grande desde entonces.
(del poema Visión)




Poésie moderniste aussi, avec ses symboles fleurs, cygnes, marbres, dans sa première étape.
Poesía modernista también, con sus símbolos de flores, cisnes, mármoles, en su primera etapa.

Dans ses recueils suivants, “Chants du matin” et “Les calices vides”, l’amour est plus authentique et si féminin.
En las publicaciones siguientes, “Cantos de la mañana” y “Cálices vacíos”, el amor es más auténtico y tan femenino.



    Éros, je veux te guider, Père aveugle…
Je demande à tes mains toutes-puissantes,
Son corps souverain répandu en flammes
Sur mon corps évanoui dans les roses!

    La couronne électrique qu’aujourd’hui je déplie
Offre le nectar d’un jardin d’Épouses;
À ses vautours en ma chair je délivre
Tout un essaim de colombes roses!

(Extrait du poème Une autre lignée, p.53)

Traduction: Monique-Marie Ihry

Avec l’aimable autorisation de Cap de l’Étang Éditions, http://www.capdeletang.com.



Gustav Klimt , vers 1908-1915
  Eros, yo quiero guiarte, Padre ciego...
pido a tus manos todopoderosas
¡su cuerpo excelso derramado en fuego
sobre mi cuerpo desmayado en rosas!
  La eléctrica corola que hoy despliego
brinda el nectario de un jardín de Esposas;
para sus buitres en mi carne entrego
todo un enjambre de palomas rosas.
(del poema Otra estirpe)

À 27 ans elle est assassinée dans d’étranges circonstances par son ex-mari avec lequel elle continuait à avoir des relations charnelles. Éros et Thanatos.
Cette fin tragique et prématurée ne change pas grand chose au rôle que sa poésie a eu pour créer des femmes plus libres, originales et vraies- Rôle qu'a également joué Alfonsina Storni .

A los 27 años fue asesinada en extrañas circunstancias por su ex-marido con e cual seguía teniendo relaciones carnales. Eros y Tanatos.
Este fin trágico y prematuro no cambia mucho al papel que su poesía tuvo para crear mujeres más libres, originales y verdaderas. Al igual que Alfonsina Storni.

NB: Pour écrire ce billet je me suis inspirée de sources variées dont:

Para escribir esta entrada me inspiré de varias fuentes entre las cuales:







24 oct. 2019

Caresser un souvenir / Acariciar un recuerdo




Delmira Agustini
Uruguay, Montevideo 1886-1914
https://www.perfil.com/noticias/cultura/8m-dia-mujer-delmira-agustini-poeta-uruguaya-victima-femicidio.phtml

Au dos du recueil de poèmes “Les calices vides” ceci:
À la fois “fleur d’innocence”, sculptrice de l’amant imaginaire, femme fatale, Delmira Agustini, poète uruguayenne lyrique, féministe et moderniste appartenant à la Génération de 1900 , décrit l’Amour et sa passion démesurée dans son troisième recueil Les calices vides (1913) dédié à Éros et traduit en français par la poète Monique-Marie Ihry.”

Je vous l’ai écrit la semaine dernière, je ne connaissais pas Delmira. Une vie très courte dont je vous reparlerai la semaine prochaine car je suis tombée quasiment amoureuse de cette jeune femme.
Voici la première partie d’un long poème.


Pour tes mains

   Mains faites Vie,
Mains faites rêve;
Qui avez donné toute la beauté,
Que toute la beauté vous ont donné;
Aussi vivantes que deux âmes,
Aussi blanches que la mort,
Aussi douces que l’on croirait
Caresser un souvenir;
Calices des élixirs,
Filtres et venins;
Mains qui me comblèrent,
Mains qui me firent peur!
De vos doigts vous avez pris
La fleur ardente de mon corps…
Mains parées
Du rubis de mon désir,
De la perle de ma tristesse,
Et du diamant de mon baiser:
Emportez dans la fosse-même
Un pétale de mon corps!
Mains faites Vie,
Mains faites Rêves.

(…)

Traduction: Monique-Marie Ihry
Avec l’aimable autorisation de Cap de l’Étang Éditions, http://www.capdeletang.com.

Manos que sois de la Vida,
Manos que sois del Ensueño;
Que disteis toda belleza
Que toda belleza os dieron;
Tan vivas como dos almas,
Tan blancas como de muerto,
Tan suaves que se diría
Acariciar un recuerdo;
Vasos de los elixires
Los filtros y los venenos;
¡Manos que me disteis gloria
Manos que me disteis miedo!
Con finos dedos tomasteis
La ardiente flor de mi cuerpo...
Manos que vais enjoyadas
Del rubí de mi deseo,
La perla de mi tristeza,
Y el diamante de mi beso:
¡Llevad a la fosa misma
Un pétalo de mi cuerpo!
Manos que sois de la Vida,
Manos que sois del Ensueño.

(...)

15 oct. 2019

Un coup de vent / Un golpe de viento



Vous le savez, il y a au moins une dizaine d’années que je publie(principalement) des poèmes espagnols et sud-américains. La plupart du temps je les traduis moi-même. Avec beaucoup de travail et... plus ou moins de succès:-))
Il y a peu un éditeur Français m’a écrit  pour me demander si cela m’intéressait qu’il m’envoie gracieusement deux recueils de poésie traduits en français, un d’Alfonsina Storni, une Argentine déjà présentée ici et puis un autre de l'Uruguayenne Delmira Agustini. Je ne connaissais cette dernière que de nom.
Très vite ils sont arrivés chez moi. Joliment présentés avec une introduction de la traductrice, Monique-Marie IHRY et de nombreux poèmes bilingues.
Un tout grand merci à Monsieur Bruno SALGUES, directeur de la maison d’édition Cap de l’Étang, et à la traductrice.


Le recueil d’Alfonsina Storni s’appelle Langueur.
.

LA BEAUTÉ

Alfonsina Storni

Les enfants m’entourent
Et j’entre dans leurs âmes.
J’y pénètre et j’ai peur:
L’esprit humain est mauvais.
Une phrase mord; un regard
Est lancé de travers.
Je suffoque d’amertume.

Un coup de vent ouvre
La fenêtre fermée:
Le bleu limpide du ciel
Me blesse le regard
Et cette vision m’épuise…

Des mains invisibles
Me libèrent l’âme
À nouveau; à nouveau
Je crois en quelque chose: mon
Amertume s’apaise, et de nouveau
Je dis, sans le comprendre:
                                        merci!

Traduction: Monique-Marie IHRY, éditions Cap de l’Étang, https://capdeletang.com/, Langueur, p.99.
Joaquin Sorolla verano, 1904

LA BELLEZA 
Alfonsina Storni

Me rodean los niños
Y penetro sus almas.
Ahondo y tengo miedo:
La pasta humana es mala.
Muerde una frase; viene
Al sesgo una mirada.
Me ahogo de amargura.

La cerrada ventana
Abre un golpe de viento:

Me hiere la mirada
El limpio azul del cielo
Y esta visión me lava..

Manos que yo no veo
El alma me desatan
De nuevo; nuevamente
Creo en algo; se aplaca
Mi amargura, y de nuevo.
Digo, sin entenderlo:
                                          ¡ gracias !

Dans le prochain billet nous ferons la connaissance de Delmira Agustini.

8 oct. 2019

Quand tu dors... / Cuando duermes...


Roberto Juarroz (1925-1995)

Quand tu dors
ta main me transmet inopinément une caresse.
Quelle zone de toi l’a formée,
quelle région autonome de l’amour,
quelle partie réservée à la rencontre ?

Quand tu dors
je te redécouvre.
Et je voudrais m’en aller avec toi
au lieu d’où vient cette caresse.
*
– Poésie verticale  – Traduit de l’espagnol par Roger Munier.
 
Kokoschka, la novia del viento / La fiancée du vent

Mientras duermes
tu mano me transmite imprevistamente una caricia.
¿Qué zona tuya la ha creado,
qué autónoma región del amor,
qué parte reservada del encuentro?

Mientras duermes
te conozco de nuevo.
Y quisiera irme contigo
al lugar donde nació esa caricia.

Poesía vertical

2 oct. 2019

D'exil en exil / De exilio en exilio

Suite et fin de la vie de Rafael Alberti.

Nous avons laissé le poète lors de son inscription au parti communiste et de son engagement républicain pendant la Guerre civile. Les choses empirent, son ami Federica Garcia Lorca est assassiné. Il écrit plusieurs poèmes en son hommage. En voici un.


A Federico Garcia Lorca
Poète de Grenade.
   Automne 1924

Cette nuit où le poignard du vent 
sabre le cadavre de l’été,
j’ai vu dans ma chambre se dessiner
ton visage brun au profil gitan.
 
La plaine fleurie. Les fleuves, cimeterres
rougis par le sang virginal des fleurs.
Lauriers-roses. Cabanes. Prairies.
 
Dans la sierra, quarante brigands.
 
Tu t’es réveillé à l’ombre d’un olivier,
avec près de toi la fleur des comptines.
Ton âme de terre et brise, captive…
 
Abandonnant, très doux, ses autels,
l’ange des chants populaires a brûlé
devant toi une anémone votive.
(Trad: Colo)
 
Rafel Aberti et F. Garcia Lorca
           
 
A FEDERICO GARCÍA LORCA,
POETA DE GRANADA
(1924)
1
(OTOÑO)
En esta noche en que el puñal del viento
acuchilla el cadáver del verano,
yo he visto dibujarse en mi aposento
tu rostro oscuro de perfil gitano.

Vega florida. Alfanjes de los ríos,
tintos en sangre pura de las flores.
Adelfares. Cabañas. Praderíos.

Por la sierra, cuarenta salteadores.

Despertaste a la sombra de una oliva,
junto a la pitiflor de los cantares.
Tu alma de tierra y aire fue cautiva…

Abandonando, dulce, sus altares,
quemó ante ti una anémona votiva
el ángel de los cantos populares. 



Paloma, dessin de R. Alberti



C’est pour lui et sa femme le moment de s’exiler; Pablo Neruda l’invite dans sa maison Parisienne, Quai de l’Horloge. Picasso leur trouve du travail. Mais très vite, nous sommes en '39-'40, la Guerre Mondiale s’annonce, le Gouvernement de Pétain, allégeant leur affiliation au parti communiste, leur refuse le permis de travail.
Nouvel exil. Ils partent en Argentine où ils resteront une vingtaine d’années. Toujours actif, militantisme et surtout l’écriture de poèmes.
 La souffrance énorme aussi. Et cette amitié profonde avec Neruda.
« Rafael et moi nous sommes ce que j’appellerai simplement des frères. La vie a enchevêtré nos existences, bouleversé nos poésies et nos destinées. » (Neruda)

Parfois un brin d'humour dans ses poèmes de l’époque.


A cinquante ans, aujourd'hui j'ai ma bicyclette.
Beaucoup ont un yacht
et beaucoup plus encore ont une automobile ;
il en est même beaucoup qui ont déjà un avion.
Mais moi,
à cinquante ans tout juste, je n'ai qu'une bicyclette (...)
A los cincuenta años, hoy, tengo una bicicleta.
Muchos tienen un yate
y muchos más un automóvil
y hay muchos que también tienen ya un avión.
Pero yo,
a mis cincuenta años justos, tengo sólo una bicicleta(…)


Arrive  Juan Perón au pouvoir, nouvel exil, à Rome cette fois car Franco est toujours en place. Ce n’est qu’en 1977 qu’il rentre finalement dans son pays natal où il croit que tout le monde l’a oublié. Pas du tout, il est reçu très chaleureusement.

Voilà. Rafael Albert meurt chez lui, dans son village, en 1999. Il avait 97 ans, avait toujours écrit et tant vécu que vous comprendrez que cette biographie soit très incomplète.
Il disait que les poèmes sont faits pour être lus à voix haute, alors, rien que pour les sonorités, écoutez ce très court poème dédié à Picasso et lu par lui-même mais intraduisible car les rimes et assonances en sont le bijou.


25 sept. 2019

Cette héroïque peine bombardée / Esta heroica pena bombardeada


(Suite vie et poèmes de Rafael Alberti)
Vient ensuite une période créative, enthousiaste: dans la Résidence d’étudiants il s’unit à d’autres poètes tels F. Garcia Lorca, Miguel Herńandez, Pedro Salinas...et ensemble, envoûtés par le surréalisme, les rires et les idées folles, ils vont former ce bloc de poètes connus comme ceux de la Génération du ‘27.
Mais cette allégresse ne dure pas longtemps pour notre Rafael qui entre dans une crise existentielle spirituelle; il perd la foi, sa santé est fragile, il a des problèmes d’argent.
De là naît le recueil “Sur les anges” dont voici un poème. (deux autres sur le blog Ma Librairie de Claudialucia https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2009/04/rafael-alberti-sur-les-anges.html)



Sin título, Dalí, surrealismo



LE BON ANGE


Une année, déjà endormi,
quelqu’un d’inattendu
s’arrêta à ma fenêtre.
Lève-toi! Et mes yeux
virent des épées et des plumes.
Derrière moi monts et mers,
nuages, becs et ailes,
les crépuscules, les aubes.
Regarde-la là-bas! Son rêve,
suspendu au néant.
Oh désir, marbre fixe,
fixe lumière, fixes eaux
mobiles de mon âme!
Quelqu’un dit: Lève-toi!
Et me voilà dans ta demeure.
(Trad:Colo)
El ÁNGEL BUENO”
Un año, ya dormido,
alguien que no esperaba
se paró en mi ventana.
¡Levántate! Y mis ojos
vieron plumas y espadas.
Atrás montes y mares,
nubes, picos y alas,
los ocasos, las albas.
‹¡Mírala ahí! Su sueño,
pendiente de la nada.
¡Oh anhelo, fijo mármol,
fija luz, fijas aguas
movibles de mi alma!
Alguien dijo: ¡Levántate!
Y me encontré en tu estancia.


L’écriture de ce recueil l’aide à sortir de la crise. Et le voilà qui se lance en politique pour secouer, dit-il, la conscience endormie d’un pays qui s’achemine vers l’épisode le plus terrible de son histoire, la Guerre Civile. Sa poésie devient un lieu de combat, communiste.
Et c’est là qu’il rencontre, en 1930, une femme extraordinaire, María Teresa León, écrivaine, engagée, féministe avec laquelle il se marie. Elle dissipe tous ses doutes et il s’engage à fond dans la lutte contre le fascisme. 1936, la guerre éclate, il aide à mettre à l’abri des bombardements les tableaux les plus précieux du Prado, accueille les intellectuels de tous bords qui luttent pour la République.
Pour terminer pour aujourd’hui, ce poème à son chien, en pleine guerre.

 

À Niebla, Mon chien (1938)
"Niebla", toi tu ne comprends pas : c'est ce que
chantent tes oreilles,
le tabac innocent, naïf, de ton regard
et les longs flamboiements que dans le bois tu laisses,
en sautant, tendre éclair de rien échevelé.
Regarde ces chiens troubles, orphelins, circonspects,
qui, surgissant soudain des brumes déchirées,
traînent dans leurs timides pas désorientés
tout le récent effroi de leur maison en ruine.
Malgré ces fugaces voitures, sans convoi,
qui transportent la mort dans un caisse nue ;
et malgré cet enfant qui observe, réjoui,
la bataille là-haut, qui aurait pu l'assassiner ;
malgré le meilleur compagnon perdu, malgré
ma sordide famille qui ne comprend pas
ce que j'aurais voulu surtout qu'elle eût compris,
et malgré cet ami qui déserte et nous vend ;

"Niebla", mon camarade,
tu n'en sais rien, bien sûr, mais il nous reste encore,
au milieu de cette héroïque peine bombardée,
la foi, qui est la joie ; la foi : la joie, la joie.

A Niebla, Mi Perro
«Niebla», tú no comprendes: lo cantan tus orejas,
el tabaco inocente, tonto, de tu mirada,
los largos resplandores que por el monte dejas,
al saltar, rayo tierno de brizna despeinada.

Mira esos perros turbios, huérfanos, reservados,
que de improviso surgen de las rotas neblinas,
arrastrar en sus tímidos pasos desorientados
todo el terror reciente de su casa en ruinas.

A pesar de esos coches fugaces, sin cortejo,
que transportan la muerte en un cajón desnudo;
de ese niño que observa lo mismo que un festejo
la batalla en el aire, que asesinarle pudo;

a pesar del mejor compañero perdido,
de mi más que tristísima familia que no entiende
lo que yo más quisiera que hubiera comprendido,
y a pesar del amigo que deserta y nos vende;

«Niebla», mi camarada,
aunque tú no lo sabes, nos queda todavía,
en medio de esta heroica pena bombardeada,
la fe, que es alegría, alegría, alegría.

(Capital de la Gloria,1938)

19 sept. 2019

Arraché à la mer / Arrancado al mar


Rafael Alberti, né près de Cádiz en 1902, était un garçon enjoué, heureux, surtout près la mer. Et partout sauf à l’école des Jésuites où ses parents l’avaient inscrit. La discipline, les matières enseignées, c’était pas pour lui. 

 
Fundación R. Albert, Puerto de Santa María

Il a 13 ans quand son père, pour son travail, décide que la famille va vivre à Madrid. Le changement est radical, Rafael se sent déraciné et, convaincu de ses talents pour la peinture, il passe ses journées au Prado à copier des œuvres des grands maîtres.
Rafael Alberti Frisos de la danza Madrid 1920

C’est à la mort de son père, il a 18 ans, qu’il se rend compte qu’il exprime mieux tout ce qui bouillonne en lui, par des mots, des poèmes.

Voici le premier, qui exprime ce déracinement.

Marin à terre 1
La mer. La mer.
La mer. Rien que la mer !
Pourquoi m’avoir emmené, père,
à la ville ?
Pourquoi m’avoir arraché, père,
à la mer ?
La houle, dans mes songes,
me tire par le cœur
comme pour l’entraîner.
Père, pourquoi donc m’avoir
emmené
ici ?

«Marinero en tierra»1

El mar. La mar.
El mar. ¡Sólo la mar!
¿Por qué me trajiste, padre,
a la ciudad?
¿Por qué me desenterraste
del mar?
En sueños, la marejada
me tira del corazón.
Se lo quisiera llevar.
Padre, ¿por qué me trajiste
acá?

Marin à terre est son premier recueil . Alberti l’a proposé pour le Prix National de Littérature et il fut le lauréat. Le livre a été édité en 1925.  Il avait 23 ans. Et voilà, ça y est, il est entré dans le monde de la poésie . Alberti y gagne un peu d’argent et de notoriété, cela le conduit à rencontrer Garcia Lorca, Dali, Buñuel, et à publier dans des revues.
Sa santé est mauvaise, et il est obligé de vivre reclus pendant des mois. Il lit, écrit des poèmes, lyriques au début, et pose un regard sur la beauté des paysages, l’amour.

 
« L’aube de la giroflée ».
 
Tout ce que j’ai vu grâce à toi
-   l’étoile sur la bergerie,
le charriot de foin en été
et l’aube de la giroflée –
si tu me regardes est à toi.
 
     Tout ce qui t’a plu grâce à moi
-    le sucre doux de la guimauve,
la menthe de la mer sereine
et la fumée bleue du benjoin –
si tu me regardes est à toi »


El alba del Alhelí
Todo lo que por ti vi
- las estrellas sobre el aprisco,
el carro estival del heno
y el alba del alhelí-,
si me miras, para ti.

Lo que gustaste por mí
-la azúcar del malvavisco,
la menta del mar sereno
y el humo azul del benjuí-,
si me miras, para ti.

Nous poursuivrons en poèmes sa vie faite de lutte politiques et d’exils dans les prochains billets.