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19 juil. 2025

Plein soleil / Pleno sol

 

Alchimie

Les ombres ne reviendront pas.
Conserve ma promesse comme une conque intermittente.
Je vais mettre midi à bouillir dans un chaudron
pour que toute la maison sente le soleil. 


(trad: Colo)

 Leandro Calle 1969-     , Zarate, province de Buenos Aires

 

 

   

Mark Rothko

 

Alquimia

No volverán las sombras.
Conserva mi promesa como una intermitente caracola.
Voy a poner a hervir en un caldero el mediodía
para que huela a sol toda la casa.

Leandro Calle 1969 -    , Zarate, provincia de Buenos Aires

 

 

 

1 févr. 2025

Ëcrire le mot amour, pluie / Escribir la palabra amor, lluvia

 Pluie  Juan Gelman
 

aujourd'hui il pleut beaucoup, beaucoup,
on pourrait croire qu'on veut laver le monde.
mon voisin d'à côté regarde la pluie
et pense écrire une lettre d'amour/
une lettre à la femme qui partage sa vie
qui prépare ses repas lave son linge fait l'amour avec lui
           
et ressemble à son ombre/
mon voisin jamais ne dit de mots d'amour à sa femme/
il entre à la maison par la fenêtre et non par la porte/
par une porte on entre en beaucoup d'endroits/
au travail, à la caserne, à la prison, dans tous les bâtiments du monde/
            
mais non au monde/
ni dans une femme/ni dans l'âme/
c'est-à-dire/ dans ce tiroir ou ce navire ou cette pluie que nous appelons ainsi/
comme aujourd'hui/qu'il pleut beaucoup/
et que cela pèse d'écrire le mot amour/
parce que l'amour est une chose et le mot amour autre chose/
et que seule l'âme sait où les deux se rencontrent/
et quand/et comment/mais que peut expliquer l’âme/
c'est pourquoi mon voisin ressent des orages dans la bouche 

                              des mots qui font naufrage/
des mots qui ne savent pas qu'il pourrait faire soleil
parce qu'ils naissent et meurent la nuit même de l'amour/
et qui laissent dans la pensée des lettres qui ne seront jamais écrites/
comme le silence qu'il y a entre deux roses/
ou comme moi/qui écris des mots
dédiés à mon voisin qui regarde la pluie/
à la pluie/
à mon cœur exilé/ 

 
Ce poème figure dans le livre "Isso" publié par l'Université de Brasilia en 2004
http://jean.dif.free.fr/Textes/Nl20051.html




Lluvia Juan Gelman
 
hoy llueve mucho, mucho,
y pareciera que están lavando el mundo
mi vecino de al lado mira la lluvia
y piensa escribir una carta de amor/
una carta a la mujer que vive con él
y le cocina y le lava la ropa y hace el amor con él
y se parece a su sombra/
mi vecino nunca le dice palabras de amor a la
mujer/
entra a la casa por la ventana y no por la puerta/
por una puerta se entra a muchos sitios/
al trabajo, al cuartel, a la cárcel,
a todos los edificios del mundo/ pero no al mundo/
ni a una mujer/ni al alma/
es decir/a ese cajón o nave o lluvia que llamamos así/
como hoy/que llueve mucho/
y me cuesta escribir la palabra amor/
porque el amor es una cosa y la palabra amor es otra cosa/
y sólo el alma sabe dónde las dos se encuentran/
y cuándo/y cómo/
pero el alma qué puede explicar/
por eso mi vecino tiene tormentas en la boca/
palabras que naufragan/
palabras que no saben que hay sol porque nacen y
mueren la misma noche en que amó/
y dejan cartas en el pensamiento que él nunca
escribirá/
como el silencio que hay entre dos rosas/
o como yo/que escribo palabras para volver
a mi vecino que mira la lluvia/
a la lluvia/
a mi corazón desterrado/

7 août 2024

Un conte / Un cuento

 Silvina O Campo était une grande poétesse et écrivaine Argentine, (1903-1993) qui 

raffolait des nouvelles fantastiques. 

Il y a une dizaine d'années, j'avais traduit ce conte fantastique, ici

En voici un autre. 

 

                                           

LA VOIX

 

Silvina O Campo


 

L’automne ressemble plus à l’été que l’été. C’était une chaude journée d’automne. Avec ma robe en soie bleue et le petit pékinois qu’on m’avait offert pour mon anniversaire, je suis arrivée chez mon fiancé. Je me souviens clairement de ce jour.


- Les jalousies gouvernent le monde -disait la dame Yapura, croyant que je ne me

 mariais pas avec Romirio par jalousie-. Mon fils ne dort qu’avec le chat.


Moi je ne me mariais pas ou ne me décidais pas à me marier avec Romirio pour d’autres raisons. Parfois les mots que les gens disent dépendent de l’intonation de la voix de celui qui les prononce. Je semble divaguer mais il y a une explication. La voix de Romirio, mon fiancé, me répugnait. Quel que fût le mot qu’il prononçait, et bien qu’il montrât du respect en le disant, et bien qu’il ne me touchât pas même un doigt de pied, il me semblait obscène. Je ne pouvais l’aimer. Cette circonstance me peinait, non pour lui mais pour sa mère, qui était bonne et généreuse. Son seul défaut connu était la jalousie, mais elle était déjà vieille et l’avait perdue. Et depuis quand faut-il croire les commérages ? Les gens racontaient qu’elle s’était mariée jeune avec un garçon qui très vite la trompa avec une autre. Ayant des soupçons, elle vécut un mois sans dormir en essayant de découvrir l’adultère. Le découvrir fut comme un coup de couteau au coeur. Elle ne dit rien, mais la nuit même, quand son mari dormait à ses côtés, elle se jeta à son cou pour l’étrangler. La mère de la victime vint le sauver, sans elle il serait mort.

 Mes fiançailles avec Romirio se prolongeaient trop. “Qu’est-ce qu’une voix ?”, pensais-je, “ce n’est pas une main qui caresse avec insolence, ce n’est pas une bouche répugnante qui essaye de m’embrasser, ce n’est pas le sexe obscène et protubérant que je crains, ce n’est pas matériel comme les fesses ni chaud comme le ventre”. Pourtant la voix de Romirio signifiait quelque chose de bien plus désagréable que tout ça pour moi. Comment pourrais-je supporter qu’un homme vive à mes côtés distillant cette voix à qui voudrait l’entendre ! Cette voix viscérale, impudique, scatologique. Mais qui ose dire à son fiancé “ta voix me déplaît, me répugne, me scandalise, est comme, dans le catéchisme de mon enfance, le mot luxure”?

Notre mariage se postposait indéfiniment, sans qu’il existât apparemment de vrais motifs pour cela.

Romirio me rendait visite tous les soirs. Je n’allais que rarement à sa maison sombre, car sa mère, qui était malade, se couchait tôt. Je l’aimais beaucoup pourtant, le petit jardin rempli d’ombres, et Lamberti, le chat tigré de Romirio. Il n’y avait dans tout le voisinage de fiancés aussi réservés que nous. Si nous nous sommes embrassés une fois durant l’été ce fut beaucoup. Nous prendre la main ? Même pas pour rire. Nous étreindre ? On ne dansait plus enlacés. Ce comportement inhabituel faisait soupçonner que nous ne nous marierions jamais.

 




Ce jour-là j’ai emmené le petit pékinois qu’on m’avait offert chez Romirio. Romirio l’a pris dans ses bras pour le caresser. Pauvre Romirio, il aimait tant les petits animaux. Nous étions assis dans le salon comme d’habitude quand le poil de Lamberti s’est hérissé et, avec un bruit de crachement il s’est enfui de notre côté, renversant un pot de fleurs. C’est en pleurant que la dame Yapura me téléphona le jour suivant : cette même nuit et comme toujours, Romirio dormit avec Lamberti dans son lit, mais au milieu de la nuit le chat en furie lui enfonça les griffes dans le cou. En entendant les cris, la mère arriva. Elle parvint à arracher le chat du cou de son fils et l’étrangla avec une ceinture. On dit qu’il n’y a rien de plus terrible qu’un chat furieux. Je n’ai aucun mal à le croire. Je les déteste. Depuis lors Romirio est sans voix et les médecins qui l’ont vu ont dit qu’il ne la retrouverait jamais,

-Tu ne te marieras pas avec Romirio -dit la mère en larmes-. Ce n’est pas pour rien que je disais à mon fils de ne pas dormir avec le chat !

-Je me marierai -ai-je répondu

Depuis ce jour j’ai aimé Romirio.

(Trad: Colo)

La voz


El otoño se parece más al verano que el verano. Era un día caluroso de otoño. Con mi vestido de seda azul y el perrito pequinés que me habían regalado para mi cumpleaños llegué a casa de mi novio. Recuerdo patente aquel día.

Los celos rigen el mundo –decía la señora de Yapura, creyendo que yo no me casaba con Romirio por celos–. Mi hijo duerme solo con el gato.

Yo no me casaba o no me decidía a casarme con Romirio por otros motivos. A veces las palabras que las personas dicen dependen de la entonación de la voz con que las dicen. Parece que divago, pero hay una explicación. La voz de Romirio, mi novio, me repugnaba. Cualquier palabra que pronunciara, aunque tuviera mucho respeto por mí al decirla, aunque no me tocara ni un dedo del pie, me parecía obscena. No podía quererlo. Esta circunstancia me apenaba, no por él sino por su madre, que era generosa y buena. El único defecto que se le conocía eran los celos, pero ya era vieja y los habría perdido. ¿Y acaso hay que creer en las habladurías? La gente contaba que se casó muy joven con un muchacho que pronto la engañó con otra. Al sospechar la cosa, ella vivió un mes sin dormir tratando de descubrir el adulterio. Descubrirlo fue como una cuchillada que recibió en el corazón. No dijo nada, pero aquella misma noche, cuando su marido dormía a su lado, se le echó al cuello para estrangularlo. La madre de la víctima acudió para salvarlo; si no hubiera sido por ella habría muerto.

Mi noviazgo con Romirio se prolongaba demasiado. «¿Qué es una voz?», pensaba yo, «no es una mano que acaricia con insolencia, no es una boca repulsiva que intenta besarme, no es el sexo obsceno y protuberante que temo, no es material como las nalgas ni caliente como un vientre». Sin embargo, la voz de Romirio significaba algo mucho más desagradable que todo eso para mí. ¡Cómo soportaría que un hombre viviera a mi lado repartiendo esa voz a quien quisiera oírla! Esa voz visceral, impúdica, escatológica. ¿Pero quién se atreve a decir a su novio: «tu voz me desagrada, me repugna, me escandaliza, es como en el catecismo de mi infancia la palabra lujuria»?

Nuestro casamiento se postergaba indefinidamente, sin que existieran, aparentemente, verdaderos motivos para ello.


 

Romirio me visitaba todas las tardes. Rara vez yo iba a su oscura casa, porque su madre, que era enferma, se acostaba temprano. Asimismo, me gustaba mucho el jardincito, lleno de sombras, y Lamberti, el gato barcino de Romirio. Novios tan recatados como nosotros no existían en todo el vecindario. Si nos besamos una vez durante el verano de aquel año fue mucho. ¿Tomarnos de la mano? Ni por broma. ¿Abrazarnos? Ya no se usaba bailar abrazados. Este desusado comportamiento hacía sospechar que no nos casaríamos nunca.

Aquel día llevé a casa de Romirio el perrito pequinés que me habían regalado. Romirio lo tomó en brazos para acariciarlo. ¡Pobre Romirio, le gustaban tanto los animalitos! Estábamos sentados en la sala como de costumbre cuando el pelo de Lamberti se erizó y con un ruido de escupida huyó de nuestro lado volteando una maceta con flores. Llorando me llamó al día siguiente la señora de Yapura: aquella misma noche, como siempre, Romirio durmió con Lamberti en su cama, pero en medio de la noche el gato enfurecido le clavó las uñas a Romirio en el cuello. La madre acudió al oír los gritos. Logró arrancar el gato del cuello de su hijo y lo estranguló con una correa. Dicen que nada es tan terrible como un gato enfurecido. No me cuesta creerlo. Los detesto. Romirio quedó sin voz desde entonces y los médicos que lo vieron dijeron que no la recobraría jamás.

No te casarás con Romirio –dijo llorando su madre–. ¡Por algo yo le decía a mi hijo que no durmiera con el gato!

Me casaré –le respondí.

Amé a Romirio desde aquel día.




21 juil. 2023

La furtive ambiguïté de la vie..../ La furtiva ambigüedad de la vida

 Roberto Juarroz, l’œuvre de toute sa vie, des recueils qui s'appellent 

tous "Poésie Verticale", des poèmes sans titres et qui sont des réflexions 

sur l'homme, les mots, l'éthique, la morale, la mort et l'amour. Des poèmes qui, 

comme celui d'aujourd'hui, mettent en mots ce que parfois nous percevons sans le

 formuler.



Tout texte, tout mot change
selon les heures et les angles du jour ou de la nuit,
selon la transparence des yeux qui les lisent
ou le niveau des marées de la mort.

Ton nom n’est pas le même,
ma parole n’est pas la même
avant et après la rencontre
avant et après avoir repensé
que demain nous ne serons plus.

Chaque chose est différente
regardée de jour ou de nuit,
mais ils deviennent plus différents encore
les mots qu’écrivent les hommes
et les mots que n’écrivent pas les dieux.

Et il n’y a aucune heure,
ni la plus prometteuse, lucide ou impartiale,
ni même l’heure sans quartiers de la mort,
qui puisse équilibrer les reflets,
ajuster les distances
et faire dire aux mêmes mots les mêmes choses.

Tout texte, toute forme, qu’on le veuille ou non,
est le miroir changeant, chatoyant,
de la furtive ambiguïté de la vie.
Rien n’a une seule forme pour toujours.

Même l’éternité n’est pas pour toujours.


(Trad: Colo, inspirée de celle de Jacques Ancet)


Roberto Juarroz

Todo texto, toda palabra cambia
según las horas y los ángulos del día o de la noche,
según la transparencia de los ojos que los leen
o el nivel de las mareas de la muerte.

Tu nombre no es el mismo,
mi palabra no es la misma
antes y después del encuentro,
antes y después de volver a pensar
que mañana no estaremos.

Cualquier cosa es distinta
si se mira de día o de noche,
pero se vuelven aún más distintas
las palabras que escriben los hombres
y las palabras que no escriben los dioses.

Y no hay ninguna hora,
ni la más promisoria o lúcida o ecuánime,
ni siquiera la hora sin carteles de la muerte,
que pueda equiparar los reflejos,
ajustar las distancias
y hacer que las mismas palabras
digan las mismas cosas.

Todo texto, toda forma, se quiera o no se quiera,
es un mudable, tornasolado espejo
de la furtiva ambigüedad de la vida.
Nada tiene una sola forma para siempre.

Ni siquiera la eternidad es para siempre.

17 juil. 2023

De la nécessité de savoir voler..../ De la necesidad de saber volar...

 

Merci à Sergio qui m’a signalé cet autre poème d’Oliverio Girondo, encore plus surréaliste, fort amusant ai-je trouvé, malgré, c’était l’époque, une image de la femme qui ferait hurler je suppose si publié en 2023. 

 

Épouvantail par Oliverio Girondo. (Buenos Aires 1881-1967)

 

Je me fiche éperdument que les femmes
aient des seins comme des magnolias ou comme des figues sèches,
une peau de pêche ou de papier de verre.
Je n’attache aucune importance
au fait qu’elles se réveillent avec une haleine aphrodisiaque
ou avec une haleine insecticide.


Je suis parfaitement capable de supporter
qu’elles aient un nez digne de remporter le premier prix
d’une exposition de carottes;
-mais il y a une chose- et sur ce point je suis intraitable- que je ne leur pardonne
sous aucun prétexte, c’est de ne pas savoir voler.
Si elles ne savent pas voler, celles qui prétendent me séduire perdent leur temps!


C’est la raison et la seule pour laquelle je suis tombé si follement
amoureux de Maria Luisa.


Que m’importaient ses lèvres à épisodes et ses chaleurs sulfureuses?
Que m’importaient ses extrémités de palmipède
et ses regards de pronostic réservé?
Maria Luisa était une véritable plume!
Dès l’aube elle volait de la chambre à la cuisine,
elle volait de la salle à manger au cellier.
En volant elle préparait mon bain, ma chemise.
En volant elle faisait ses courses, vaquait à ses occupations…
Avec quelle impatience j’attendais qu’elle rentre, en volant,
de quelque promenade dans les environs!


Là-bas au loin, perdu dans les nuages, un point rose.
« Maria-Luisa! Maria-Luisa! » …et en quelques secondes,
elle m’étreignait de ses jambes de plumes,
pour m’emmener, en volant, quelque part.


Durant des kilomètres de silence  nous planions en une caresse
qui nous rapprochait du paradis;
durant des heures entières nous faisions notre nid dans un nuage,
comme deux anges, et soudain,
en vrille, en feuille morte,
l’atterrissage forcé d’un spasme.
Quel délice d’avoir une femme aussi légère…,
même si elle nous fait voir trente-six chandelles, de temps en temps!
Quelle volupté de passer ses journées dans les nuages
et ses nuits dans un vol sans escale!


Après avoir connu une femme éthérée,
Quel sorte d’attrait une femme terrestre peut-elle offrir?
Il n’y a pas de différence substantielle, n’est-ce pas?
entre vivre avec une vache ou  avec une femme
qui a les fesses à soixante-dix huit centimètres au-dessus du sol.


Moi, du moins, je suis incapable de comprendre
la séduction d’une femme pédestre,
et pour autant que je m’efforce de le concevoir,
je ne peux même pas imaginer
qu’on puisse faire l’amour autrement qu’en volant.

Traduit par Juliette Gheerbrant et Olivier Favier.

 


 Igor Shulman

Pauline Bailly https://www.artmajeur.com/pauline-bailly-1/fr?view=grid

 

ESPANTAPÁJAROS Oliverio Girondo, (Buenos Aires 1881-1967)



No se me importa un pito que las mujeres
tengan los senos como magnolias o como pasas de higo;
un cutis de durazno o de papel de lija.
Le doy una importancia igual a cero,
al hecho de que amanezcan con un aliento afrodisíaco
o con un aliento insecticida. 


Soy perfectamente capaz de sorportarles
una nariz que sacaría el primer premio
en una exposición de zanahorias;
¡pero eso sí! -y en esto soy irreductible- no les perdono,
bajo ningún pretexto, que no sepan volar.
Si no saben volar ¡pierden el tiempo las que pretendan seducirme! 


Ésta fue -y no otra- la razón de que me enamorase,
tan locamente, de María Luisa.
¿Qué me importaban sus labios por entregas y sus encelos sulfurosos?
¿Qué me importaban sus extremidades de palmípedo
y sus miradas de pronóstico reservado?
¡María Luisa era una verdadera pluma!
Desde el amanecer volaba del dormitorio a la cocina,
volaba del comedor a la despensa.
Volando me preparaba el baño, la camisa.
Volando realizaba sus compras, sus quehaceres...
¡Con qué impaciencia yo esperaba que volviese, volando,
de algún paseo por los alrededores!
Allí lejos, perdido entre las nubes, un puntito rosado.
"¡María Luisa! ¡María Luisa!"... y a los pocos segundos,
ya me abrazaba con sus piernas de pluma,
para llevarme, volando, a cualquier parte. 


Durante kilómetros de silencio planeábamos una caricia
que nos aproximaba al paraíso;
durante horas enteras nos anidábamos en una nube,
como dos ángeles, y de repente,
en tirabuzón, en hoja muerta,
el aterrizaje forzoso de un espasmo.
¡Qué delicia la de tener una mujer tan ligera...,
aunque nos haga ver, de vez en cuando, las estrellas!
¡Que voluptuosidad la de pasarse los días entre las nubes...
la de pasarse las noches de un solo vuelo! 


Después de conocer una mujer etérea,
¿puede brindarnos alguna clase de atractivos una mujer terrestre?
¿Verdad que no hay diferencia sustancial
entre vivir con una vaca o con una mujer
que tenga las nalgas a setenta y ocho centímetros del suelo?
Yo, por lo menos, soy incapaz de comprender
la seducción de una mujer pedestre,
y por más empeño que ponga en concebirlo,
no me es posible ni tan siquiera imaginar
que pueda hacerse el amor más que volando.

 

11 juil. 2023

En Bretagne / En Bretaña

 Si Oliveiro Girondo est Argentin, il a passé énormément de temps en Europe. 

Audacieux dans ses images, ironique, une poésie d’avant-garde de son pays. 

Ici nous sommes dans une commune française, dans le Finistère, Douarnenez, vous connaissez peut-être, moi pas.




Paysage Breton

Oliveiro Girondo ( Buenos Aires 1891-1967)

Douarnenez,

d’un coup de gobelet

s’embourbe

entre ses maisons-dés

un bout de mer,

avec une odeur de sexe à s’en pâmer.



Barques blessées, au sec, les ailes pliées !

Des tavernes qui chantent avec une voix d’orang-outan !

Sur les quais,

mercurisés par la pêche,

des marins qui se tiennent les bras

pour apprendre à marcher,

et vont s’éclater

avec un élan de vague

sur les murs;

des femmes saumâtres,

iodées

aux yeux aquatiques, aux cheveux d’algue,

qui révisent les filets pendus du toit

tels des voiles nuptiaux.



Le clocher de l’église

est un escamotage de prestidigitation,

il sort de sa cloche

une nuée de pigeons.

Tandis que les petites vieilles

avec leurs bonnets de nuit,

entrent dans la nef

pour se saouler de prières,

et pour que le silence

arrête de ronger un instant

les nez de pierre de saints. 

(Trad: Colo)

 


Paisaje bretón

Oliverio Girondo

Douarnenez,
en un golpe de cubilete,
empantana
entre sus casas como dados,
un pedazo de mar,
con un olor a sexo que desmaya.


¡Barcas heridas, en seco, con las alas plegadas!
¡tabernas que cantan con una voz de orangután!
sobre los muelles,
mercurizados por la pesca,
marineros que se agarran de los brazos
para aprender a caminar,
y van a estrellarse
con un envión de ola
en las paredes;
mujeres salobres,
enyodadas,
de ojos acuáticos, de cabelleras de alga,
que repasan las redes colgadas de los techos
como velos nupciales.


El campanario de la iglesia,
es un escamoteo de prestidigitación,
saca de su campana
una bandada de palomas.
Mientras las viejecitas,
con sus gorritos de
dormir,
entran a la nave
para emborracharse de oraciones,
y para que el silencio

 

1 janv. 2023

Raconter le monde / Contar el mundo

 

                                          Jean Siméon Chardin.Les bulles de savon

 

C’était ce que Diana craignait le plus:

que la réalité débarque”

Liliana Heker


Conséquente, elle commença à laver son linge.

Elle mit de l’eau dans un seau

et agita le savon avec un sentiment ambigu:

c’était une odeur nouvelle et une nouvelle certitude

pour raconter le monde.

Regarder comment se cassent les bulles, dit-elle,

n’est pas plus étrange que se regarder dans le miroir.”


Elle pensait parler pour ses écrits

et elle rit tandis qu’elle touchait l’eau.

Le linge se submergeait lentement, et

la frottait lentement, à mesure qu’elle

apprenait le jeu.


Décidée,

elle prit chaque bulle

et lui donna un nom; c’était

le mieux qu’elle savait faire jusqu’à présent,

nommer, et que les choses

lui explosent dans la main.

Irene Gruss, poétesse, née à Buenos Aires en 1950

Traduction: Colo

 

            BONNE ANNÉE à tous, FELIZ AÑO a todos !


                                    Jean Siméon Chardin. Pompas de jabón, detalle


Era lo que Diana más temía::
que la realidad irrumpiera
Liliana Heker



Consecuente, ella empezó a lavar su ropa.
Puso agua en un balde
y agitó el jabón, con un sentimiento ambiguo:
era un olor nuevo y una nueva certeza
para contar al mundo.
“Mirar cómo se rompen las burbujas, dijo,
no es más extraño que mirarse a un espejo.”


Creía que hablaba para sus papeles
y se rió, mientras tocaba el agua.
La ropa se sumergía despacio, y
la frotaba despacio, a medida que
iba conociendo el juego.


Decidida,
tomó cada burbuja de jabón
y le puso un nombre; era
lo mejor que sabía hacer hasta ahora,
nombrar, y que las cosas
le estallaran en la mano.

Irene Gruss, poeta nació en 1950 en Buenos Aires

14 déc. 2022

Vivre à peine / Vivir apenas

 

Silvina Ocampo, il y a bien longtemps que nous ne la retrouvons pas ici.

Et sa traductrice de choix, Silvia Baron Supervielle.


Décembre gris et pluvieux, moment où les plages offrent des images, des sensations uniques d'infinis confus, brillants et perturbés à la fois où je me sens si bien.


Merci Kwarkito pour cette belle photo.







Sur le sable

Je voudrais pénétrer dans les profonds reflets,
pénétrer dans la lumière de ces grands miroirs
que la mer forme dans les sables de ses rivages,
et de leurs profondeurs horizontales, loin,
mourir, vivre à peine.

Traduction de Silvia Baron Supervielle.


Sobre la arena

Quisiera penetrar en los hondos reflejos,
penetrar en la luz de esos grandes espejos
que forma en sus orillas el mar en las arenas
y en sus profundidades horizontales, lejos,
morir, vivir apenas.



13 sept. 2022

Sans réponses 2 / Sin respuetas 2

                                       La voz del autor, Juan Gelman

QUESTIONS

Vu que tu navigues dans mon sang

et connais mes limites,

et que tu m’éveilles au milieu du jour

pour me coucher dans ton souvenir

et que pour moi tu es furie de ma patience,

dis-moi que diable fais-je,

pourquoi ai-je besoin de toi

qui es-tu, muette, seule, qui me parcours,

motif de ma passion,

pourquoi je veux t’emplir de moi seul,

et t’envelopper, t’épuiser

m’emmêler dans tes cheveux

et pourquoi tu es l’unique patrie

contre les bêtes de l’oubli. 

Trad: Colo

 

PREGUNTAS de Juan Gelman

Ya que navegas por mi sangre

y conoces mis límites,

y me despiertas en la mitad del día

para acostarme en tu recuerdo

y eres furia de mi paciencia para mí,

dime qué diablos hago,

por qué te necesito,

quien eres, muda, sola, recorriéndome,

razón de mi pasión,

por qué quiero llenarte solamente de mí,

y abarcarte, acabarte,

mezclarme en tus cabellos

y eres única patria

contra las bestias del olvido.

 

7 nov. 2021

Après la nuit / Después de la noche

 

Parfois, en très peu de mots, des poètes arrivent à concentrer une longue histoire.

 Juan Gelman que vous avez souvent rencontré sur ce blog, et dont l’histoire personnelle, absolument tragique mais illuminée vers la fin (cet article le raconte vraiment bien), est joliment résumée dans ce court poème qui ne peut, je crois, bien se comprendre qu’en connaissant les drames de sa vie.



La victoire


Juan Gelman


Dans un livre de vers éclaboussé

d'amour, de tristesse, du monde,

mes enfants ont dessiné des femmes jaunes,

des éléphants qui avancent sur des parapluies rouges,

des oiseaux arrêtés au bord d'une page,

ils ont envahi la mort,

le grand chameau bleu repose sur le mot cendre,

une joue glisse sur la solitude de mes os,

la candeur vainc le désordre de la nuit.

(Trad: Colo)

 

 



 

La victoria

-- de Juan Gelman --

En un libro de versos salpicado
por el amor, por la tristeza, por el mundo,
mis hijos dibujaron señoras amarillas,
elefantes que avanzan sobre paraguas rojos,
pájaros detenidos al borde de una página,
invadieron la muerte,
el gran camello azul descansa sobre la palabra ceniza,
una mejilla se desliza por la soledad de mis huesos,
el candor vence al desorden de la noche.




5 sept. 2021

Voix / Voz

 

Un beau visage est le plus beau de tous les spectacles ; et l'harmonie la plus douce est le son de voix de celle que l'on aime. “

Jean de La Bruyère



Pourquoi diable cette citation aujourd’hui penserez vous peut-être avec raison.
Et bien, vous me connaissez un peu, pour introduire ce court poème
d’Alejandra Pizarnik.

 

Présence
ta voix
là où les choses ne peuvent s’extraire
de mon regard
elles me dépouillent
font de moi une barque sur un fleuve de pierres
si ce n’est ta voix
pluie seule dans mon silence de fièvres
tu me détaches les yeux
et s’il te plaît
que tu me parles
toujours

 

(traduction Silvia Baron Supervielle)

 

                           Paul Klee, harmonie des couleurs.

 

Presencia - Pizarnik



tu voz

en este no poder salirse las cosas

de mi mirada

ellas me desposeen

hacen de mí un barco sobre un río de piedras

si no es tu voz

lluvia sola en mi silencio de fiebres

tú me desatas los ojos

y por favor

que me hables

siempre



Bonne semaine à tous, ¡que paséis una buena semana!