Parfois,
en très peu de mots, des poètes arrivent à concentrer une longue
histoire.
Juan Gelman que vous avez souvent rencontré sur ce blog, et dont l’histoire personnelle, absolument tragique mais illuminée vers la fin (cet article le raconte vraiment bien), est joliment résumée dans ce court poème qui ne peut, je crois, bien se comprendre qu’en connaissant les drames de sa vie.
La victoire
Juan Gelman
Dans un livre de vers éclaboussé
d'amour, de tristesse, du monde,
mes enfants ont dessiné des femmes jaunes,
des éléphants qui avancent sur des parapluies rouges,
des oiseaux arrêtés au bord d'une page,
ils ont envahi la mort,
le grand chameau bleu repose sur le mot cendre,
une joue glisse sur la solitude de mes os,
la candeur vainc le désordre de la nuit.
(Trad: Colo)
La victoria
-- de Juan Gelman --
En
un libro de versos salpicado
por el amor, por la tristeza, por
el mundo,
mis hijos dibujaron señoras amarillas,
elefantes
que avanzan sobre paraguas rojos,
pájaros detenidos al borde de
una página,
invadieron la muerte,
el gran camello azul
descansa sobre la palabra ceniza,
una mejilla se desliza por la
soledad de mis huesos,
el candor vence al desorden
de la noche.
