12 juil. 2026

La nature pleure / Llora la naturaleza

    

Voici, j’espère, le dernier poème destiné à nous rafraîchir les idées. Espérons donc

 que les températures reviendront à la normale d’été d’ici une bonne semaine.

Cette fois, un poème en français.

L’étang porte l’ombre et la lune

de Anna de Noailles ·L’Ombre des jours (1902) 

 

 



L’étang porte l’ombre et la lune
Sur son eau,
Dans le silence qu’importune
Un oiseau.

Il monte des voix de grenouilles
Des roseaux,
La langueur et le rêve mouillent
Jusqu’aux os,

Les parfums et les bruits de l’heure
Sont sur nous,
La nature s’irrite et pleure
À genoux.

— Le soir, la lune, l’arbre et l’ombre
Ne sont là
Que pour ton cœur, et mon cœur sombre,
— C’est cela.

— Ah ! le mal que ces deux cœurs, certes,
Se feront ;
Le vent éperdu déconcerte
L’arbre rond.

La lune au ciel et sur l’eau tremble,
Rêve et luit ;
Nos deux détresses se ressemblent
Cette nuit.

Il monte des joncs de la mare
Un encens ;
C’est l’appel du cœur, de la flamme
Et du sang…


El estanque lleva la sombra y la luna
Anne de Noailles

El estanque lleva la sombra y la luna
sobre su agua,
en el silencio que importuna
un ave.

Suben las voces de las ranas
entre los juncos;
la languidez y el sueño empapan
hasta los huesos.

Los perfumes y los rumores de la hora
nos envuelven;
la naturaleza se irrita y llora
de rodillas.

La tarde, la luna, el árbol y la sombra
están aquí
solo para tu corazón y mi corazón sombrío;
—Así es.

¡Ay, cuánto daño estos dos corazones, sin duda,
se harán!
El viento, fuera de sí, desconcierta
al árbol redondo.

La luna tiembla en el cielo y en el agua,
sueña y resplandece;
nuestras dos desdichas se parecen
esta noche.

Sube de las hojas afiladas como espadas
un incienso;
es la llamada del corazón, de la llama
y de la sangre…

(Trad: Colo)

6 juil. 2026

Sois arbre ! / Sé árbol !

Encore une semaine très chaude, alors de l’eau, une source, et F. García Lorca, 

ça vous dit ? Un long poème que j'ai trouvé superbe. 



Source (extraits)

F. García Lorca



L'ombre s'est endormie en la prairie.

Les sources chantent.

 

Face au vaste crépuscule d'hiver,

Mon cœur songeait.

Que ne puis-je comprendre les sources,

Le secret de l'eau

Nouveau-née : chant occulte

À tous les regards

De l'esprit, douce mélodie,

Au-delà des âmes ? ...

 

Luttant sous le poids de l'ombre

Chante une source.

Je m'approche pour écouter son chant

Mais mon cœur ne perçoit rien.

C'est un jaillissement d'invisibles étoiles

Au ras de l'herbe chaste,

La naissance du Verbe de la terre

En un sexe sans tache.

 

(….)


Mais je perçois dans l'eau

Quelque chose qui m'émeut... comme un souffle

À travers le feuillage de mon âme.

Sois arbre ! dit une voix lointaine.

Et un torrent d'étoiles

Roula dans le ciel clair.

 

Mon doux feuillage n'entendra-t-il jamais

Le secret de l'eau ?

Est-ce que ma racine atteindra le royaume

Où il naît et se fige ?

J'inclinai mon ramage vers le ciel

Que l'onde répétait.

Je le mouillai au cristallin

Diamant bleu qui chante

Et je sentis les sources bouillonner

Ainsi qu'elles faisaient à mon oreille humaine.

C'était le même flux plein de musique

Et de science ignorée.

 

À lever mes bras gigantesques

Face à l'azur, j'étais

Plein de brouillard épais, de rosée

Et de lumière fanée.

J'éprouvai la tristesse des arbres :

Je désirai des ailes

Pour pouvoir me jeter dans le vent

Jusqu'aux étoiles claires.

Pourtant mon cœur dans les racines,

Triste, me murmurait :

Si tu ne comprends pas les sources,

Meurs et brise tes ramées !

 

Seigneur, arrache-moi du sol. Fais-moi entendre

Le langage de l'eau !

Donne-moi une voix amoureuse qui tire

Leur secret aux ondes enchantées.

Pour allumer leur phare, je ne veux

Que l'huile des paroles.

 

Sois rossignol ! dit une voix perdue

En la morte distance.

Et un torrent d'astres de feu

Jaillit alors du sein de la nuit.



Traduit de l'espagnol par André Belamich

Gallimard, 1954






. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Manantial


F. García Lorca


La sombra se ha dormido en la pradera.
Los manantiales cantan.


Frente al ancho crepúsculo de invierno
mi corazón soñaba.
¿Quién pudiera entender los manantiales,
el secreto del agua
recién nacida, ese cantar oculto
a todas las miradas
del espíritu, dulce melodía
más allá de las almas...?


Luchando bajo el peso de la sombra,
un manantial cantaba.
Yo me acerqué para escuchar su canto,
pero mi corazón no entiende nada.
Era un brotar de estrellas invisibles
sobre la hierba casta,
nacimiento del Verbo de la tierra
por un sexo sin mancha.


(…)


Mas yo siento en el agua
algo que me estremece..., como un aire
que agita los ramajes de mi alma.
¡Sé árbol! (Dijo una voz en la distancia.)
Y hubo un torrente de luceros
sobre el cielo sin mancha.




¿No podrán comprender mis dulces hojas
el secreto del agua?
¿Llegarán mis raíces a los reinos
donde nace y se cuaja?
Incliné mis ramajes hacia el cielo
que las ondas copiaban,
mojé las hojas en el cristalino
diamante azul que canta,
y sentí borbotar los manantiales
como de humano yo los escuchara.


Era el mismo fluir lleno de música
y de ciencia ignorada.
Al levantar mis brazos gigantescos
frente al azul, estaba
lleno de niebla espesa, de rocío
y de luz marchitada.
Tuve la gran tristeza vegetal,
el amor a las alas.
Para poder lanzarse con los vientos
a las estrellas blancas.
Pero mi corazón en las raíces
triste me murmuraba:
"Si no comprendes a los manantiales,
¡muere y troncha tus ramas"!
¡Señor, arráncame del suelo! ¡Dame oídos
que entiendan a las aguas!
Dame una voz que por amor arranque
su secreto a las ondas encantadas,
para encender su faro sólo pido
aceite de palabras.


"Sé ruiseñor!", dice una voz perdida
en la muerta distancia,
y un torrente de cálidos luceros
brotó del seno que la noche guarda.



 

3 juil. 2026

Bavarde, la fontaine.../ Parlanchina, la fuente

  

La fontaine dit....

Manuel Machado Ruiz  (Frère d'Antonio Machado) 

 

Elle ne se taisait pas la fontaine,

ne se taisait pas...

 

Elle riait,

sautait,

bavardait...Et personne ne savait

ce qu’elle disait,

    

Claire, gaie, polyphonique,

colonnette salominique*

elle perforait

le silence du couchant

et volubile se dressait

pour voir le soleil mourant. 

 

Elle ne se taisait pas la fontaine,

ne se taisait pas...

 

Comme veine

de la nuit, sa vrille,

argent froid,

se repliait

et s’étirait…

Montait,

descendait,

bavardait...Et personne ne savait

ce qu’elle disait

 

Quand l’aurore revenait…

Trad: Colo. (gracias MC)

 

*”La colonne salomonique est un type de colonne de forme torsadée, c'est-à-dire dont le fût tourne en hélice. Elle trouve son origine traditionnelle dans les colonnes qui auraient été rapportées du grand temple de Salomon de Jérusalem pour la construction de la crypte de la tombe de saint Pierre à Rome.” 

 

Fuente de Neptuna. (La Granja de San Idelfonso- Segovia)
 

 

«Dice la fuente…» Manuel Machado Ruiz

No se callaba la fuente,
no se callaba…

Reía,
saltaba,
charlaba… Y nadie sabía
lo que decía,

Clara, alegre, polifónica,
columnilla salomónica
perforaba
el silencio del Poniente
y, gárrula, se empinaba
para ver el sol muriente.

No se callaba la fuente,
no se callaba…
      

Como vena
de la noche, su barrena,
plata fría,
encogía
y estiraba…
Subía,
bajaba,

Como vena
de la noche, su barrena,
plata fría,
encogía
y estiraba…
Subía,
bajaba,
charlaba… Y nadie sabía
lo que decía.

Cuando la aurora volvía…

      

Cuando la aurora volvía…