7 août 2022

Pause chaleur

 Le cerveau en bouillie, les doigts qui s'emmêlent sur le clavier...il est temps de 

faire une pause. Non pas que je parte où que ce soit, ni le potager, ni les arbres, ni

les poules/lapins/chien ne le permettent. 

Tous souffrent, on se soulage mutuellement, du moins on essaye...



À bientôt, prenez soin de vous aussi !

2 août 2022

Les années '70 et '80 d'Annie Ernaux

 

Samedi dernier le festival de cinéma Atlàndida de Mallorca avait programmé “The super 8 years” réalisé par Annie Ernaux et son fils, David Ernaux Briot. 

 Belle surprise pour moi, Annie Ernaux et son fils étaient présents et ont répondu à quelques questions sur la réalisation de ce documentaire. 


                                    Devant la cathédrale de Palma (La Seu)


“En revoyant nos films super huit pris entre 1972 et 1981, il m’est apparu que ceux-ci constituaient non seulement une archive familiale mais aussi un témoignage sur les loisirs, le style de vie et les aspirations d’une classe sociale, dans la décennie qui suit 1968. Ces images muettes, j'ai eu envie de les intégrer dans un récit croisant l'intime, le social et l'histoire, de rendre sensible le goût et la couleur de ces années-là." Annie Ernaux


Elle n’y commente pas les images mais raconte sa vie, celle de la France, celle du monde, leur évolution à tous durant ces années. Ils voyagent, vont au Chili, en Albanie, en Russie...

On comprend comment peu à peu son couple se délite, son malaise croissant, puis la parution de son premier livre qu’elle a écrit en cachette “Les armoires vides”, puis “La femme gelée”.

 



Jamais elle n’a oublié “sa race” comme elle le dit dans le film, sa classe sociale.


On note des chansons de l’époque comme “Le sud” de Nino Ferrer” ou “L’été indien” de Joe Dassin, l’affaire des bijoux de Bocassa et Giscard d’Estaing, ou l’assassinat de Allende qu’ils avaient rencontré au Chili.

 

Ce film a eu le prix du Festival de Cannes et, si mes informations sont bonnes, il sortira en salle en France vers novembre.


J’y suis allée avec mon mari et ma fille qui, tous deux, comprennent bien le français; une chance car , s’il y avait des sous-titres en espagnol, ils ont pu apprécier la beauté du texte et la diction si agréable à l’oreille d’Annie Ernaux.

Si certains critiques l’ont trouvé fade ou monotone, nous on a adoré.



28 juil. 2022

Siesta

 Je republie, car il est vraiment de saison, ce poème de JL Borges. Depuis 2015 vous l'avez peut-être oublié, sinon relire un beau poème est toujours agréable.

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Borges, le grand; des tas de spécialistes ont traduit ses poèmes et je n'aurais jamais osé me lancer si je n'avais lu celui-ci qui est assez abordable et si imagé.

La traduction du vers marqué par une étoile ne me satisfait pas vraiment mais je n'arrive pas à faire mieux en respectant le poème de JL Borges.

Borges, el grande; un montón de especialistas han traducido sus poemas y nunca me hubiera atrevido al no haber leído este, bastante ameno y tan lleno de imágenes.

 

 

Jorge Luis Borges

SIESTA     SIESTE

Des foules de soleil
    bloquent la maison
et le temps intimidé stagne
derrière les volets
    verts comme des cannaies
Laissant tout de côté
    retrouvons notre corps
  pareil à une vaine annotation  *
jusqu’à ce que les cloches débordantes
        versent le soir
et s'agenouille le ciel humilié
et nous nous vêtons de paysages prévus
 
 (trad. timide, Colo)
 
Fenêtre au caractère ombrageux (Ph. JEA/DR). Du blog Mosaïques 2
 
Muchedumbres de sol
    bloquean la casa
y el tiempo acobardado se remansa
detrás de las persianas
    verdes como cañaverales
Margenándolo todo
      hallamos nuestro cuerpo
   como una misma acotación inútil
hasta que las campanas rebosantes
            vierten la tarde
y se arrodilla el humillado cielo
y nos vestimos de previstos paisajes



22 juil. 2022

Ne garder que l'étendue du ciel / No guardar más que la extensión del cielo

 

                                                              Mingo, Chile, Révéler l'origine /Revelando el origen    https://noticiassobreartecultura.blogspot.com/2010/03/exposicion-ojos-al-cielo-pies-en-la.html

Voilà ce que nous propose Silvia Baron Supervielle.  Le poème a été écrit en français.

 

je ferai tomber les pierres
des murs qui m'encerclent
puis j'abattrai les portes
qui supportent la structure
où se cantonne le néant
je détacherai les chaînes
des ancres qui enfoncent
dans le sable leur crochet
je mettrai à ras les tours
les colonnes et les poteaux
je renverserai les piliers
des poèmes sur les feuilles
j'arracherai de ma poitrine
la médaille de mon cœur
je repousserai mon corps
et je lâcherai mes yeux
sur la vaste surface
qui naît du ciel


Silvia Baron Supervielle


haré caer las piedras

de los muros que me encierran

después derrumbaré las puertas

que aguantan la estructura

donde se encierra la nada

desataré las cadenas

de las anclas que hunden

sus ganchos en la arena

arrasaré las torres

las columnas y los postes

tumbaré los pilares

de los poemas sobre las hojas

arrancaré de mi pecho

la medalla de mi corazón

rechazaré mi cuerpo

y abandonaré mis ojos

sobre la extensa superficie

que nace del cielo


Trad: MAH gracias

13 juil. 2022

Marcher / Andar

 

Choisir un paragraphe dans “Aussitôt que la vie” de Marie Gillet n’a pas été une mince affaire. Lequel privilégier parmi les arbres, les bleus, le thym, les carnets ?


Celui-ci pose tant de questions sur notre façon de marcher, sur celle de nos libertés, sur “faire autrement” que...le voici.


Je marchais comme cela parce que je ne m’autorisais pas à penser que marcher autrement était possible, d’autant plus que je n’imaginais pas en avoir le droit. (J’ai longtemps vécu sans savoir que j’avais des droits). J’avais décidé de faire des courses car c’était une façon de me rendre intéressante aux yeux du Chef dont je quémandais l’intérêt. Je voulais lui montrer que moi aussi, j’étais forte. Je devais être plus forte que les sentiers les plus rudes ? J’y arrivais. Je devais être plus forte que les autres marcheurs ? J’avais du mal mais j’avais acquis une place honorable, hélas, pas la première, mais dans un bon classement. Je devais ramener le meilleur des butins ? Là, je m’en sortais bien: mes photographies étaient admirées, mes cailloux exposés. Butin. Le mot-clé avec pouvoir. Car je n’imaginais pas qu’on puisse marcher gratuitement, pour le plaisir, pour la beauté du monde, tranquillement,” 

 (p.73)

                                Collines, vent, bleus, plantes....


Yo andaba así porque no me permitía pensar que andar de otra manera fuera posible, tanto más cuanto que no me imaginaba tener ese derecho. (he vivido mucho tiempo sin saber que tenia derechos). Había decidido correr pues era una forma de volverme interesante a los ojos del Jefe del cual suplicaba su interés. Quería enseñarle que yo también era fuerte. ¿tenía que ser más fuerte que los senderos más escarpados? Lo era. ¿Debía ser más fuerte que los otros caminantes? Me costaba, pero había alcanzado una plaza honrosa, no la primera, pero bien clasificada. ¿Tenía que traer los mejores botines? Eso se me daba bien: mis fotografías eran admiradas, mis guijarros expuestos. Botin. La palabra clave con poderes puesto que yo no imaginaba que se pudiera andar gratuitamente, por placer, por la belleza del mundo, tranquilamente, pararse de trepar porque ya basta, pararse de correr para respirar un poco, simplemente gozar; no, hacía falta que todo eso sirviera de algo.” Trad: MAH, gracias.


Este libro no está traducido al español, así que os dejo pensar sobre el andar, lo permitido y la libertad.

5 juil. 2022

Au centre de l'univers

L'idée est de vous faire rêver - éveillés - aujourd'hui.

Il va falloir vous transporter où j'étais il y a quelques jours: la meseta castillane entre Madrid et Segovia. Un plateau à 1200m, aucune habitation, personne, et une vue de 380º. 

Peut-être arriverez-vous, comme je l'ai senti, à vous sentir au centre de l'univers.

Le soir, vers 20h, le ciel différent selon l'angle de vue, voilà des photos prises au même moment (cliquez pour l'immensité) !



 

28 juin 2022

Sommeil /Sueño

 

Nous poursuivons avec un poème sur le sommeil. Thème que JL Borges a tant 

abordé, ces heures où nous nous perdons, oublions, rêvons...

 

                            
Evelyn De Morgan, La Noche y el Sueño, 1878 

 

Le sommeil JL Borges. 

 

La nuit nous dicte sa tâche magique.

Détricoter l’univers,  

les ramifications infinies

des effets et des causes,

qui se perdent

dans ce vertige sans fond, le temps.

 

La nuit veut que cette nuit 

tu oublies ton nom, tes ancêtres, ton sang
chaque parole humaine et chaque larme,
ce que la veille a pu t’enseigner,
le point illusoire des géomètres,
la ligne, le plan, le cube, la pyramide,
le cylindre, la sphère, la mer, les vagues,
ta joue sur l’oreiller et la fraîcheur
du drap neuf, les jardins,
les empires, les César et Shakespeare
et, plus difficile, ce que tu aimes.

Étrangement un comprimé peut
gommer le cosmos, ériger le chaos.

(Trad: Colo)


                                        
                             Eros dormido / endormi (Córdoba museo arqueológico)

 



El sueño

La noche nos impone su tarea
mágica. Destejer el universo,
las ramificaciones infinitas
de efectos y de causas, que se pierden
en ese vértigo sin fondo, el tiempo.


La noche quiere que esta noche olvides
tu nombre, tus mayores y tu sangre,
cada palabra humana y cada lágrima,
lo que pudo enseñarte la vigilia,
el ilusorio punto de los geómetras,
la línea, el plano, el cubo, la pirámide,
el cilindro, la esfera, el mar, las olas,
tu mejilla en la almohada, la frescura
de la sábana nueva, los jardines,
los imperios, los Césares y Shakespeare
y lo que es más difícil, lo que amas.
Curiosamente, una pastilla puede
borrar el cosmos y erigir el caos.



21 juin 2022

Rêves

 

C’est en lisant “ Je ne reverrai plus le monde” de Ahmet Altan que j’ai 

souligné ce passage sur les rêves.

Rêves oubliés ou non, rêves éveillés ou endormis, nous allons nous promener dans

 ce monde onirique en littérature, poésie, art...et/ou rêves personnels. le temps de

 quelques billets.


                                          A. Rodin Le sommeil vers 1894

https://collections.musee-rodin.fr/fr/museum/rodin/le-sommeil/S.01829?anneeDeCreation%5B0%5D=1894&position=50



Comme n’importe qui, je rêve de tout et n’im­porte quoi.

Chaque nuit à l’heure de nous endormir, de mystérieux tailleurs de pierre se 

mettent au travail dans les ténèbres de notre esprit, brisant à grands coups de 

marteau, ainsi que des blocs de marbre, les idées et les sentiments que notre 

intelligence a su extraire et sculpter hors de la matière de l’expérience. Le marbre, 

entre leurs mains puissantes, s’effrite et perd sa dureté jusqu’à se fondre en une 

marée d’eaux noires, profondes et mouvantes.

 

Alors, libérés de leurs chaînes, jaillissant hors des cadres de la logique et de la 

raison qui jusque-là en endiguaient l’ardeur, pensées, peurs et désirs se répandent

 en nous dans un grand flot d’extrême indiscipline, façonnant tels des dieux un 

univers rebelle à toute loi.

Les rêves sont le dieu qui est en nous… Ou bien le fou…

 

Or ce soulèvement désordonné, propre aux dieux et aux fous, ne répond-il pas à un 

besoin de folie par laquelle, l’espace d’un court moment, notre existence voudrait se

 libérer du joug de la raison qui trop souvent l’opprime ? Ou bien veut-il nous 

arracher définitivement à elle pour nous laisser au bord de la folie ?

 

Je n’en sais rien… Mais j’aimerais savoir à quoi rêvent les fous.

 

Que voient-ils dans leurs rêves ?

 

Si la nuit, les gens sains d’esprit déraisonnent en rêve, les fous, eux, y retrouvent-ils la raison ?

 

La réponse à ces questions m’échappe.”

A. Altan. 

16 juin 2022

Tisser, défaufiler / Tejer, deshilvanar

 

L'Heure des oiseaux *


LUZ MARY GIRALDO (Colombienne)


                                 Insaisissable couseuse                                       
la parole
tisse d'une toile trompeuse
la blessure de la nuit:
joue à être libre
ou rêve d'aventure.
Telle l'éternelle Pénélope 
elle tisse la tunique de tous
défaufile le secret de l'attente
jusqu'à inventer un nouveau visage
ou un miroir sans nom.
Insaisissable couseuse
elle écoute passer le vent
fatigué par les oiseaux.

 

                                                 (Trad: Colo)

La couseuse de mots

https://bibliotecaregional.carm.es/agenda/la-costurera-de-palabras-de-mar-domenech/
 

* Déjà publié ici, il y a longtemps...


LA HORA DE LOS PÁJAROS



LUZ MARY GIRALDO (Colombiana)

 

Inasible y costurera               
la palabra
teje con tela engañosa
la herida de la noche:
juega a la libertad
o sueña la ventura.
Como eterna Penélope
teje la túnica de todos
deshilvana el secreto de la espera
hasta inventar un nuevo rostro
o un espejo sin nombre.
Inasible y costurera
oye pasar el viento
fatigado por los pájaros.

10 juin 2022

S'énerver / Enojarse

 

En relisant des poèmes de mon propre blog, certains totalement oubliés comme 

celui-ci publié en 2015, féministe si vrai et amusant, d'une contemporaine de 

Gioconda Belli, Ana María Rodas.(Guatemala 1937)


Le poème en espagnol et sa belle traduction je les ai trouvés ici


 

                          
                                          Jennifer Walters is ready to SMASH! | Foto: Marvel Studios 

 

 

                               Miss Hulk





Je suis une femme incroyable

                  quand je m’énerve
 

                  je grandis


                  je deviens verte

                  je déchire tout

en dedans.

                  Bill Bixby

                  fait tout cela

mais 
 
lui

c’est

un homme

il le fait
                 en dehors. 

 
 


                             Ms. Hulk


Soy una mujer increíble
           
           cuando me enojo
           
           crezco
            
        me pongo verde
          
           desgarro todo

adentro.
            
           Bill Bixby
         
           hace todo eso
pero

él

es

hombre

lo hace
 
           a fuera.



Nota: Bill Bixby, si vous l'ignoriez est l'acteur qui joue Hulk / el el actor 

que representa a Hulk