9 janv. 2026

Herbier et poèmes / Herbario y poemas

 

Un autre beau cadeau ce livre à la fois herbier et poèmes choisis d'Emily Dickinson, en

 anglais et espagnol, avec des illustrations de fleurs et plantes. Gracias, Carmen.

 

 



J’y ai ajouté, bien sûr, une traduction en français...


Who robbed the woods,
The trusting woods?
The unsuspecting trees.
Brought out their burrs and mosses,
His fantasy to please.
He scanned their trinkets, curious,
He grasped, he bore away.
What will the solemn hemlock,
What will the fir-tree say?



Qui a volé les bois,
Les bois confiants ?
Les arbres peu méfiants.
Ils sortirent leurs écorces et leurs mousses,
Pour satisfaire leur fantasme.
Il examina leurs trophées, curieux,
Il s’en saisit, les emporta.
Que dira le cèdre solennel,
Que dira le sapin ?



¿Quién robó los bosques,

Los bosques confiados?

Los negligentes árboles

Sacaron sus cortezas y sus musgos

Para complacer su fantasía.

Observó curioso sus adornos,

Se los arrebató, huyó.

¿Qué dirá el solemne pino,

El abeto, qué dirá ?

2 janv. 2026

Abriter les années

 

Un cadeau, ce recueil de poèmes de Robert Desnos, surréaliste,  intitulé “Poèmes de minuit”. Merci !

Maurice de Vlaminck

 

14/4/36

Campagnes que je traverse

Statues dépassées sans s’arrêter

Danse des fils télégraphiques

Vol d’un oiseau à l’horizon

Coin perdu où l’on voudrait une seule

Maison où l’on voudrait abriter toutes les années

Terre toute la terre

Où vivent les hommes

Mes amis


20 déc. 2025

Espérer

 

Bonne fin d'année, je vous souhaite, je nous souhaite, des crépitements lumineux.

Portez-vous bien et on se retrouve, j'espère, en poésie en 2026.  

24 nov. 2025

Apprenties actrices du 3º âge....

Il y a un temps, un long temps, l’idée de monter une pièce de théâtre a surgi. C’était peut-être Marga qui l’a lancée. Elle venait de lire, en français, “La cantatrice chauve” d’Ionesco et elle avait tellement ri...

Quand ces cinq Majorquines, presque toutes d’anciennes profs, sont venues me demander de les aider à adapter le texte au catalan et d’être...la capitaine des pompiers, comment refuser ?

 

                                             Ce qui est sûr, c'est que je ne lui ressemblerai pas.

   https://maldoror-theatre.com/evenements/cantatrice-chauve/

 

Alors nous voilà, 6 retraitées, n’ayant jamais été actrices, embarquées dans une aventure que nous ne prévoyions pas si compliquée. Déjà mémoriser ce texte, la plupart du temps sans queue ni tête, est un exploit. En partie parce que nous sommes prises de fous rires. L’autre partie c’est l’âge,(je suis la plus âgée), et le manque d’habitude d’apprendre par cœur.

L’enthousiasme ne manque pas, mais il nous faudrait une directrice maintenant.

L’idée est de la représenter, une fois qu’on sera prêtes, seulement à nos familles et amis.

Si par le plus grand des hasards c’était pas trop trop moche, on le ferait au village aussi.

 À lui non plus....

https://lestroiscoups.fr/la-cantatrice-chauve-eugene-ionesco-theatre-lalbatros-festival-off-avignon/

                                        

Le catalan (version majorquine) est une langue que je comprends assez bien maintenant, que je parle quand il le faut, mais pas vraiment couramment. Alors une amie et voisine s’est offerte comme “coach-prononciation-intonation” ! Il y a du travail ;-))…elle est patiente.

Voilà pourquoi je suis et serai peu présente sur les blogs.

Mais, si vous avez des idées à me suggérer pour ce rôle de pompière, je vous en serais très reconnaissante.

 


17 nov. 2025

Pluies / Lluvias

 

Aujourd'hui il pleut ici; ces gouttes ont pris une autre vie après la lecture du poème. Quand on y met des mots, du rythme, du talent... 

Alors je republie ce poème( 1º publication 2018). 



Ida Vitale

Gouttes

Se blessent et se fondent-elles?
Déjà elles ne sont plus la pluie.
Coquines à la récré,
petits chats d'un royaume transparent,
elles courent, libres, sur vitres et rampes,
seuils de leur limbe,
elles se suivent, se poursuivent,
peut-être vont-elles, de solitude en noces,
se fondre et s'aimer.
Imaginant une autre mort.
(Trad:Colo)


Gotas


¿Se hieren y se funden?
Acaban de dejar de ser la lluvia.
Traviesas en recreo,
gatitos de un reino transparente,
corren libres por vidrios y barandas,
umbrales de su limbo,
se siguen, se persiguen,
quizá van, de soledad a bodas,
a fundirse y amarse.
Trasueñan otra muerte.

10 nov. 2025

Madrid, une visite / Madrid, una visita

Comme un peu partout, à Madrid il y a de “grands musées”, Le Prado, Reina Sofía et Thyssen, puis ceux que les guides touristiques appellent “petits”.

Ce dimanche-là nous sommes allés visiter l’un de ces musées à taille humaine, je veux dire où on peut tout voir sans en sortir épuisé ou frustré. C’est le Musée Lázaro Galdiano.

Pas besoin de réserver, d’acheter un ticket auparavant, il y a peu de monde.





Le bâtiment est un “Palacete” (hôtel particulier), appelé Parque Florido en honneur à sa femme, Paula Florido y Toledo, Argentine, trois fois veuve, héritière d’une fortune considérable. Elle était  amatrice et collectionneuse d’art.

Son mari, le quatrième donc, Lázaro Galdiano, Espagnol, (1862-1947), était financier, homme d’affaires, avocat, collectionneur d’objets d’art et bibliophile. À deux ils parcoururent le monde et réunirent le tout dans le Palacete. À la mort de Paula, n’ayant pas d’héritiers, il légua maison et collections à l’État Espagnol.


Alors, cette visite très agréable est aussi fort intéressante.

Parmi les œuvres connues il y a ce tableau de Jérôme Bosch, "El Bosco", ici méditation de Saint Jean Baptiste.

 



Et les sorcières de Goya. 

 

Les plafonds, le mobilier, les nombreux objets, certains tableaux ou statues, magnifiques. La collection d'armes ne m'a pas intéressée, ni les très nombreux tableaux de la Vierge, de qualités variables. 

 Je vous mets quelques photos, et, si vous allez un jour à Madrid, essayez de vous y rendre.


 

 











Hortense de Beauharnais, Bronze, Atelier François Bosio 1768-1845    

 

 

Et des coffres exceptionnels comme celui-ci, qui date de 1577, en bois de chêne et ébène, 

garnis d'ivoire et d'argent.



 Si vous voulez en voir plus, ici

 

Enfin, une vidéo (en espagnol mais vous y verrez des tas d'autre œuvres).


 

4 nov. 2025

Le vide, espace du possible / El vacío, espacio de lo posible

 

Peu connu, je pense, Juan Rodolfo Wilcock, et c’est fort dommage. Si je le connais peu comme traducteur, sa poésie m’enchante, et si vous me suivez depuis longtemps, vous aurez déjà lu l’un ou l’autre poème de lui ici.

Simplicité et profondeur dans le poème d’aujourd’hui. 

Dos esculturas de Jorge de Oteiza . Izquierda: Caja vacía, 1958; derecha: De la serie de la desocupación de la esfera, 1957

 
 

ESPACE

Juan Rodolfo Wilcock *Argentina 1919-1978

 

Dans ma chambre il n’y a rien,

sauf un tourne-disques et un lit;

et dans le cœur rien non plus,

sauf un fils différent de moi.


Ainsi il y a de l’espace pour bouger

tant dans le cœur que dans la chambre

j’ai jeté les guenilles au feu,

les sentiments, à la mer.


Tout le monde n’a pas une chambre vide,

tout le monde n’a pas le cœur vide:

on peut y laisser entrer

chaque matin un monde nouveau.

(Trad.Colo)


*”Né de père anglais et de mère italienne, Wilcock se forma dans une Buenos Aires cosmopolite, où il se lia d’amitié dès 1941-1942 avec Borges, Silvina Ocampo et Bioy Casarès, et il se définit comme un « écrivain européen7 », qui aurait finalement choisi d’écrire en italien car c’est la langue qui ressemble le plus au latin ! Fixé définitivement en Italie en 1957, Wilcock est un écrivain qui touche à tous les genres, un journaliste, un essayiste, un traducteur aussi, capable de traduire vers l’italien aussi bien l’espagnol que le français ou l’anglais.”

Source: https://books.openedition.org/pur/39154?lang=fr

 

Fábrica MDK     https://www.tccuadernos.com/blog/solido-vacio-arquitectura-fran-silvestre-david-cohn/

ESPACIO

Juan Rodolfo Wilcock

En mi cuarto no hay nada,
salvo el tocadiscos y una cama;
y en el corazón tampoco hay nada,
salvo un hijo distinto a mí.

Así hay espacio para moverse
tanto en el corazón como en el cuarto
tiré los harapos al fuego,
los sentimientos, al mar.

No todos tienen el cuarto vacío,
no todos tienen el corazón vacío:
se puede dejar entrar
cada mañana un mundo nuevo.

 

29 oct. 2025

Papillons et champignons / Mariposas y champiñoñes

 

Partant de cet extrait de poème d’Antonio Machado je suis arrivée à de belles

 découvertes sur le rôle des papillons.

 




Je vous recommande à ce sujet un très intéressant billet de Kwarkito sur deux sortes de champignons, qui pourraient être extrêmement utiles. https://kwarkito.blogspot.com/2025/10/lavenir-serait-il-dans-les-champignons.html



Papillon de la Sierra

N’est-ce pas toi, papillon,

l’âme de ces terres solitaires,

de ses ravins profonds

et de ses cimes rudes?

Pour que tu naisses,

de sa baguette magique

un jour une fée fit taire

les tempêtes de pierre

et elle enchaîna les monts

afin que que tu voles. (...)

Trad:Colo 

 Mariposa de la Sierra

-- de Antonio Machado --

¿No eres tú, mariposa,
el alma de estas sierras solitarias,
de sus barrancos hondos
y de sus cumbres agrias?
Para que tú nacieras,
con su varita mágica
a las tormentas de la piedra, un día,
mandó
callar un hada,
y encadenó los montes
para que tú volaras
.

(….)

A. Machado était andalou, on peut raisonnablement penser qu’il parle de la Sierra Nevada, à côté de Granada, car c’est là que vivent 120 espèces de papillons, plus de la moitié des papillons diurnes qui vivent sur la Péninsule Ibérique, et, par exemple, la moitié du nombre total qui habitent en France.

Beaucoup d’espèces endémiques, certaines plus répandues.

Ils vivent surtout dans la moyenne montagne, entre 1.500 et 1900 mètres d’altitude. Ils sont étudiés de près car ils sont des indicateurs du changement climatique. Ainsi les chercheurs ont pu observer une récente migration vers l’altitude.

Mais ont-ils vu la fée….?

 



Una mariposa apolo ('Parnassius apollo nevadensis') en Sierra Nevada

(Source https://www.granadahoy.com/granada/Mariposas-Sierra-Nevada-cambio-climatico_0_1408359512.html)

20 oct. 2025

Perdre la notion du temps / Perder la noción del tiempo

 

Que ce soit à Montevideo ou à Shanghai, au XVIIº ou en 2025, la passion amoureuse est la même. Et on n’oublie pas ces moments fous où rien d’autre ne compte.On est d'accord ?

Cristina Peri Rossi, poétesse uruguayenne aux multiples distinctions, la raconte avec talent et rythme. 

 

La Passion

Cristina Peri Rossi, Montevideo-Uruguay 1941



Nous sortîmes de l’amour

comme d’une catastrophe aérienne

Nous avions perdu nos vêtements

le nord

il me manquait une dent

et à toi la notion de temps

Était-ce une année longue comme un siècle

ou un siècle court comme un jour ?

Sur les meubles

dans la maison

des restes brisés:

verres photos livres effeuillés

Nous étions les survivants

d’un effondrement

d’un volcan

d’eaux déchaînées

et nous nous quittâmes avec la vague sensation

d’avoir survécu

sans bien savoir pour quoi.

 

Venus y Adonis José de Ribera 1637 / Mitología

La pasión

Cristina Peri Rossi, Montevideo-Uruguay 1941

Salimos del amor
como de una catástrofe aérea
Habíamos perdido la ropa
los papeles
a mí me faltaba un diente
y a ti la noción del tiempo
¿Era un año largo como un siglo
o un siglo corto como un día?
Por los muebles
por la casa
despojos rotos:
vasos fotos libros deshojados
Éramos los sobrevivientes
de un derrumbe
de un volcán
de las aguas arrebatadas
y nos despedimos con la vaga sensación
de haber sobrevivido
aunque no sabíamos para qué.

12 oct. 2025

Couleurs / Colores

 

Granadas 2025 Colo

En ce beau jour d’automne je republie 10 ans après un poème du Majorquin Jaume 

Mesquida, né  à Palma de Mallorca (1948) mais qui a toujours vécu à Manacor 

(patrie de Rafael Nadal aussi).  

 

 Il raconte bien l'immense amour des majorquins pour la nature, le vent, la mer, 

leur île.

Dans le recueil “Majorque, l'île aux poètes”, il se trouve en Catalan, mais aussi 

traduit en Espagnol et en Français.

Je n'ai pas résisté à l'envie d'en faire une traduction très personnelle;-))

 


Obole de silence I


La nuit battit en retraite et laissa intacte la couleur
rouge des cerises.
L'ombre resta prisonnière dans la jarre de terre.
Le vent cacha le murmure odorant de la forêt dans la flûte
que soutenaient, alanguies, des mains blanches.

Mille petits éclats de lune étaient restés accrochés aux branches odorantes
du citronnier.
Dans les branches de l'oranger, devant le porche de bois,

se prirent les mille grains vermeils du soleil
qui approcha timidement les lèvres au bord ébréché
de la cruche, pour boire à satiété.
Les yeux des maisons s'étaient ouverts et regardaient surpris
l'azur si pur de ce jour ensoleillé.

De bon matin les vieilles se sont installées devant la mer
tissant un souvenir sur le métier rougi de leur sang,
tandis que le jour, d'un fil de lumière doré, cousait un tablier
d'écume à la brise des hautes falaises.
Là le vent du sel soufflait dans leurs cheveux gris,
longs et lisses
et les petites fleurs jaunes insulaires de camomille
réunies en bouquets sauvages et odorants
par les poings âpres des rochers.

Chacune trouvait très facilement son aiguille de douleur
dans le pailler de la tristesse.


(Trad Colo) 

 

                                             Mazanilla silvestre /camomille sylvestre de Mallorca







Camomille /Manzanilla

 




Clic sur les textes catalans et espagnols pour agrandir