30 mars 2020

Comment ça, quand? / ¿Cómo que cuándo?


Ébène, de Ryszard Kapuscinski, journaliste polonais, a été publié en l’an 2000 mais couvre les années ‘60-80 en Afrique. Ces années d’indépendance coloniales, de soulèvements...L’auteur y a vécu longtemps , non pas dans des hôtels ou zones pour européens, mais, au risque de sa santé, de sa vie souvent, parmi la population locale.

 En début de livre il fait une longue réflexion sur le temps - le temps africain (qui a peut-être un peu varié depuis, selon les endroits) qui lui paraît si différent de l’européen - qui, en ces moments où il est comme arrêté, figé, m’a semblé très intéressante. 

Il raconte qu'à son arrivée au Ghana, il monte dans un autobus et s’y assied. Un Anglais le suit, s’installe. À ce moment, dit l’auteur, peut se produire une collision entre deux cultures, un choc, voire un conflit qui arrivera si l’étranger (s’il ne connaît pas l’Afrique) commence à s’énerver et à demander quand part l’autobus. “Quand part l’autobus? Comment ça, quand? -dit le conducteur -Quand il y aura assez de gens pour le remplir”.

Kapuscinski, poursuit en expliquant que l’Européen et l’Africain ont une conception différente du temps .
Pour les Européens “le temps vit en dehors de l’homme”, il est comme indépendant, a une existence objective qu’on peut mesurer. Et il s'en sent esclave, il doit respecter des délais, des dates, jours et heures. Comment exister sans eux?
Entre l’homme et le temps existe un conflit insoluble qui se termine toujours par la défaite de l’homme: le temps détruit l’homme.”


Les Africains perçoivent le temps différemment. C’est une catégorie beaucoup plus ouverte, élastique, subjective. Pour eux c’est l’homme qui influe sur la formation du temps, son rythme.
L’homme décide si un événement aura lieu ou non, “Le temps est le résultat de notre action, et il disparaît quand nous n’entreprenons rien ou abandonnons une action.  Une énergie circule qui, quand elle s'approche de nous et nous emplit,  nous donne la force de nous mettre en mouvement: il se passera quelque chose.
Sinon il faut attendre."

Ceci, vous voyez, est tout à fait l’inverse de la pensée européenne.

Et pour beaucoup d'entre nous en ce moment, le temps élastique que nous vivons nous rapproche, je crois, de la conception africaine.

Ébano, de Ryszard Kapuscinski, Fue publicado en el año 2000 pero cubre los año 60-80 en África. Son años de independencia colonial, de revueltas, de sublevaciones… El autor ha vivido mucho tiempo pero no en hoteles o zonas para europeos sino, con riesgo para su salud y con frecuencia para su vida, entre la población local.
Al principio del libro hace una larga reflexión sobre el tiempo. El tiempo africano (que quizás haya cambiado algo desde entonces, en algunos sitios) que le parece tan diferente del europeo y que, en estos momentos en que da la impresión de haberse parado, fijado, me ha resultado muy interesante.

Cuenta como a su llegada a Ghana sube a un autobús y se sienta. Le sigue un Inglés y se instala. En ese momento, dice el autor, puede producirse una colisión entre dos culturas, un choque, un conflicto.” Esto sucederá si el pasajero es un forastero que no conoce África. Alguien así empezara a removerse en el asiento, a mirar en todas direcciones y a preguntar: ¿Cuando arrancará el autobús? ¿Cómo que cuándo?, le contestará, asombrado, el conductor, cuando se reúna tanta gente que lo llene del todo”

Kapuscinski continúa y explica que los europeos y los africanos tienen una concepción diferente del tiempo.

Los europeos están convencidos de que el tiempo funciona independientemente del hombre, de que su existencia es objetiva, en cierto modo exterior, que se halle fuera de nosotros y que sus parámetros son medibles y lineales”...”El europeo se siente como su siervo, depende de él, es su súbdito.”… “Tiene que respetar plazos, fechas, días y horas. Se mueve dentro de los engranajes del tiempo; no puede existir fuera de ellos”… “Entre el hombre y el tiempo se produce un conflicto insalvable, conflicto que siempre acaba con la derrota del hombre: el tiempo lo aniquila.”

Los Africanos perciben el tiempo de manera bien diferente. Para ellos, el tiempo es una categoría mucho más holgada, abierta, elástica y subjetiva. Es el hombre el que influye sobre la horma del tiempo, sobre su ritmo...”
El hombre decide si un acontecimiento tendrá lugar o no. “El tiempo aparece como consecuencia de nuestros actos y desaparece si lo ignoramos o dejamos de importunarlo.” “ En alguna parte del mundo fluye y circula una energía misteriosa, la cual, si viene a buscarnos, si nos llena, nos dará la fuerza para poner en marcha el tiempo: entonces algo empezará a ocurrir.” Sino hay que esperar.

Todo esto es lo contrario del pensamiento europeo.
Y para muchos de nosotros en este momento, el tiempo elástico que vivimos nos acerca, creo yo, de la noción africana.

Sources/ Fuentes : Ébène, aventures africaines, Ryszard Kapuscinski. Coll. Poche
Ébano, Ryszard Kapuscinski, ed Anagramma

Photo 2 https://www.t13.cl/noticia/nacional/asi-quedo-reloj-flores-vina-del-mar-caida-arbol1

25 mars 2020

Il me manque / Lo extraño


Ce voyage à Paris en avril, rêvé depuis des mois, est tombé à l’eau, comme les projets de chacun. Pas d’expo Turner ni de balades le long de la Seine. ni d’amis à y rencontrer. Ce sera pour une autre fois.
Mais le rêve peut se prolonger et mon œil est irrémédiablement attiré par les poèmes où “Paris” apparaît.

Il y a celui-ci, comme une histoire étrange et simple, de Juan Gelman qui s’est carrément inspiré du titre d’un tango du même titre de Carlos Gardel. Un poème comme un tango...

 
Ancré à Paris 

Juan Gelman (1930-2014).

Celui qui me manque c’est le vieux lion du zoo,
on prenait toujours le café au Bois de Boulogne,
il me racontait ses aventures en Rhodésie du Sud
mais il mentait, il était évident qu’il n’était jamais sorti du Sahara.

Quoi qu’il en soit j’aimais beaucoup son élégance,
sa façon de rentrer la tête dans les épaules devant les broutilles de la vie,
il regardait les Français par la fenêtre du café
et disait ”les idiots font des enfants”-

Les deux ou trois chasseurs anglais qu’il avait mangés
provoquaient en lui de mauvais souvenirs voire de la mélancolie,
les choses qu’on fait pour vivre” pensait-il
en regardant sa crinière dans le miroir du café.

Oui, il me manque beaucoup,
il ne payait jamais l’addition,
mais indiquait le pourboire à laisser
et les garçons le saluaient avec une déférence particulière.

Nous nous séparions à la lisière du crépuscule,
il retournait à son bureau*, comme il disait,
non sans m’avertir avant, une patte sur mon épaule
fais attention, mon fils, au Paris nocturne”.

Il me manque vraiment beaucoup,
ses yeux s’emplissaient parfois de désert
mais il savait se taire comme un frère
quand, ému, ému,
je lui parlais de Carlitos Gardel.

Trad: Colo
*En français dans le texte


Anclao en París

Al que extraño es al viejo león del zoo,
siempre tomábamos café en el Bois de Boulogne,
me contaba sus aventuras en Rhodesia del Sur
pero mentía, era evidente que nunca se había movido del Sahara.


De todos modos me encantaba su elegancia,
su manera de encogerse de hombros ante las pequeñeces de la vida,
miraba a los franceses por la ventana del café
y decía “los idiotas hacen hijos”.


Los dos o tres cazadores ingleses que se había comido
le provocaban malos recuerdos y aun melancolía,
“las cosas que uno hace para vivir” reflexionaba
mirándose la melena en el espejo del café.


Sí, lo extraño mucho,
nunca pagaba la cuenta,
pero indicaba la propina a dejar
y los mozos lo saludaban con especial deferencia.


Nos despedíamos a la orilla del crepúsculo,
él regresaba a son bureau, como decía,
no sin antes advertirme con una pata en mi hombro
“ten cuidado, hijo mío, con el París nocturno”.


Lo extraño mucho verdaderamente,
sus ojos se llenaban a veces de desierto
pero sabía callar como un hermano
cuando emocionado, emocionado,
yo le hablaba de Carlitos Gardel.


Juan Gelman (1930-2014).




21 mars 2020

Musique sans mots / Música sin palabras


Trop de mots, on entend trop de mots en ce moment. Des chiffres surtout.

Alors pour ce dimanche, un peu de musique. Le compositeur est espagnol, Mauricio Sotelo ( Madrid 1961), le guitariste Juan Manuel Cañizares et la pièce s'appelle " Comment l'eau pleure" -Como llora el agua.

Passez une paisible journée.

 Si vous ne pouvez pas écouter:
https://www.youtube.com/watch?v=5pycM63yCHQ

19 mars 2020

À la soupe! / ¡ A la sopa, hombre!



Un final inattendu qui m’a fait rire.
Un final inesperado que me hizo reír.


XLIV

LA SOUPE ET LES NUAGES
Ch. Baudelaire 



Ma petite folle bien-aimée me donnait à dîner, et par la fenêtre ouverte de la salle à manger je contemplais les mouvantes architectures que Dieu fait avec les vapeurs, les merveilleuses constructions de l’impalpable. Et je me disais, à travers ma contemplation : « — Toutes ces fantasmagories sont presque aussi belles que les yeux de ma belle bien-aimée, la petite folle monstrueuse aux yeux verts. »
Et tout à coup je reçus un violent coup de poing dans le dos, et j’entendis une voix rauque et charmante, une voix hystérique et comme enrouée par l’eau-de-vie, la voix de ma chère petite bien-aimée, qui disait : « — Allez-vous bientôt manger votre soupe, s…. b….. de marchand de nuages ? » 
 
Constant Le Breton


La sopa y las nubes
Ch. Baudelaire
Mi amada locuela me invitaba a comer, y por la ventana abierta del comedor iba yo contemplando las movedizas arquitecturas que Dios hace con los vapores, las construcciones maravillosas de lo impalpable. Y me decía, a través de mi contemplación: «Todas esas fantasmagorías son casi tan bellas como los ojos de mi hermosa amada, la locuela monstruosa de ojos verdes.»
De pronto, sentí una violenta puñada en la espalda y oí una voz ronca y encantadora, una voz histérica y como enronquecida por el aguardiente, la voz de mi chiquilla amada, que decía «¿Cuándo acabas de comerte la sopa, o... mercader de nubes?»

Todos los poemas en prosa de Charles Baudelaire en a Biblioteca virtual Cervantes



16 mars 2020

À pas de sauterelle / A pasos de saltamonte


J’ai trouvé ce court poème de Rafael Alberti. Il m’a semblé parfait pour alléger l’ambiance...
Encontré este poema corto de Rafael Alberti. Me pareció perfecto para aligerar el ambiente...

Seule

Rafael Alberti (Marins à terre)

Celle qui fut hier mon aimée
marche seule parmi les lavandes.

Derrière elle, un papillon
et une sauterelle guerrière.


Trois sentiers:
Mon aimée, au milieu.
Le papillon, sur la gauche.
Et la sauterelle guerrière,
sautillante, sur la droite.

(Trad: Colo)

Sola
Rafael Alberti
Marinero en tierra

La que ayer fue mi querida
va sola entre los cantuesos.

Tras ella, una mariposa
y un saltamonte guerrero.

Tres veredas:
Mi querida, la del centro.
La mariposa, la izquierda.
Y el saltamonte guerrero,
saltando, por la derecha.

11 mars 2020

E. Cardenal le combatif / E. Cardenal el combativo



Nous retrouvons Ernesto Cardenal en 1971. 




Il publie “Théologie de la libération”, livre qui fut rapidement  traduit en une vingtaine de langues et qui présente une “ nouvelle spiritualité fondée sur la solidarité avec les pauvres et qui exhorte l’Église à participer au changement des institutions sociales et économiques dans le but d’instaurer la justice sociale.
Ce courant emporte une large part de l’église d’Amérique latine dans son sillage, en suscitant de très vives réactions dans le monde catholique, car, accusé par le Vatican et la réaction religieuse officielle de « perversion de la chrétienté » et de « théologie des rues », mais également de « dérive idéologique marxiste dans le discours ».*
De nombreux membres du clergé, dont E. Cardenal, se sont impliqués dans ces luttes politiques, ce qui a éveillé et augmenté la méfiance des pouvoirs de droite du Vatican.
Vu le nombre de pauvres et d’opprimés l’adhésion à ces idées est grande.
« La théologie de la Libération dit aux pauvres que la situation qu’ils vivent actuellement n’est pas voulue par Dieu », écrit Gustavo Gutiérrez. Elle repose sur la prise de conscience que les pauvres attendent une libération réelle et qu’il est vain de parler du Christ et du salut qu’il apporte si ce salut n'est pas immédiat. Le critère le plus précis de l’authenticité évangélique est donc la lutte contre la pauvreté.."*



Je vous passe les détails du coup d’État, de son exil, mais en 1979 le dictateur Somoza est évincé après 18 ans de lutte sandiniste.
Ceci représente bien sûr un immense espoir pour tous les peuples opprimés d’Amérique latine.
Cardenal est nommé ministre de la culture.
Et alors, en 1983, a lieu cette scène inouïe, vous vous en souvenez sans doute, où Jean-Paul ll, sur le tarmac de l’aéroport de Caracas où était agenouillé E. Cardenal, accable le prêtre de remontrances . On lui interdira l’exercice de son ministère sacerdotal.
Le pape Francisco le réhabilitera.
E. Cardenal restera combatif toute sa vie, défendant les plus pauvres, il sculpta et écrivit des poèmes jusqu’à son récent décès.
* Source en français: http://www.leshommessansepaules.com/auteur-Ernesto_CARDENAL-714-1-1-0-1.htmlhttp://www.leshommessansepaules.com/auteur-Ernesto_CARDENAL-714-1-1-0-1.html


Après un poèmed’amour, et celui sur Marylin, en voilà un dans la ligne politico-religieuse, comme beaucoup de ses poèmes.

E. Cardenal


Psaume 25

Rends-moi justice Seigneur
            car je suis innocent
Parce que j’ai eu confiance en toi
                et non dans les leaders


Défends-moi au Conseil de Guerre
défends-moi au Procès des faux témoins
                            et des fausses preuves

Je ne m’assieds pas avec eux à leurs tables rondes
ni ne trinque à leurs banquets
Je n’appartiens pas à leurs organisations
ni ne suis dans leurs partis
ni n’ai d’actions dans leurs compagnies
ils ne sont pas mes associés


     Je me laverai les mains parmi les innocents
      et je serai autour de ton autel Seigneur


Ne me confonds pas avec les politiques sanguinaires
qui n’ont dans leurs cartables que le crime
et dont les comptes bancaires sont faits de pots-de-vin


Ne me livre pas au Parti des hommes iniques
                                     Délivre-moi Seigneur!
Et je bénirai le Seigneur dans notre communauté
                                       dans nos assemblées


(Trad: Colo)
Sculptures de E. Cardenal

Psalmo 25


Hazme justicia Señor
                              porque soy inocente
Porque he confiado en ti
                              y no en los líderes

Defiéndeme en el Consejo de Guerra
defiéndeme en el Proceso de testigos falsos
                                                  y falsas pruebas

No me siento con ellos en sus mesas redondas
ni brindo en sus banquetes
No pertenezco a sus organizaciones
ni estoy en sus partidos
ni tengo acciones en sus compañías
ni son mis socios

          Lavaré mis manos entre los inocentes
          y estaré alrededor de tu altar Señor

No me pierdas con los políticos sanguinarios
en cuyos cartapacios no hay más que el crimen
y cuyas cuentas bancarias están hechas de sobornos

No me entregues al Partido de los hombres inicuos
                                                  ¡Libértame Señor!
Y bendeciré en nuestra comunidad al Señor
                                                            en nuestras asambleas









6 mars 2020

E. Cardenal, le Seigneur et Marylin / E. Cardenal, el Señor y Marylin


D'abord quelques données biographiques...Ernesto Cardenal est né dans une famille de propriétaires et commerçants aisés, en 1925, à Granada, au Nicaragua, son enfance fut heureuse. Le Nicaragua est alors déchiré par une guerre civile entre libéraux et conservateurs. Les États-Unis sont, on le sait, intervenus plus d’une fois pour soutenir les conservateurs.
En 1937, à l’âge de douze ans, Ernesto Cardenal entre comme interne au collège des jésuites puis il fait des études de philosophie et de littérature à l’Université Mexico, puis à la Columbia University à New York.
En 1954, de retour au Nicaragua, il participe à la Révolution d’Avril contre le dictateur Anastasio Somoza. Une grande  pauvreté règne alors dans le pays. Mais cette révolution est un échec et Cardenal entre dans la clandestinité puis, en 1956, il s’exile.
L’histoire dit que le samedi 2 juin 1956, il est « terrassé » par une expérience mystique, voilà une date bien précise! Il entre dans un monastère trappiste et publie des poèmes d’amour, des épigraphes...
En 1965 Cardenal, est ordonné prêtre au Nicaragua, à Managua. Commencent alors, ce qui nous intéresse pour la suite, ses premiers écrits sur la Théologie de la Libération dont on parlera dans le prochain billet.

(Biografía en español aquí
 
Voici un long poème très connu en espagnol, étonnant quant au sujet.  Très long, mais facile à lire, comme une histoire, une prière.
E. Cardenal disait “La poésie doit être au service de l’Homme”, ici Marylin. 



Oraison pour Marylin Monroe (1965)
 Ernesto Cardenal


Seigneur
reçois cette fille connue sur la Terre entière sous le nom de Marylin Monroe,
bien que ce ne soit pas son vrai nom
(mais Tu connais son vrai nom, celui de la petite orpheline violée à 9 ans et petite employée de magasin qui voulut se tuer à 16 ans)
et maintenant qu’elle se présente devant Toi sans aucun maquillage
sans son Agent de Presse
sans photographes et sans signer d’autographes
seule comme un astronaute face à la nuit spatiale.

Elle rêva, enfant, qu’elle était nue dans une église (selon ce que raconte le Times)
devant une multitude prosternée, tête contre le sol,
et elle devait marcher sur la pointe des pieds pour éviter les têtes.
Tu connais nos rêves mieux que les psychiatres.
Église, maison, grotte, sont la sécurité du sein maternel
mais quelque chose de plus aussi…

Les têtes sont les admirateurs, bien sûr
(la masse de têtes dans l’obscurité sous le flot de lumière).
 Mais le temple ce ne sont pas les studios de la 20th Century-Fox.

Le temple- de marbre et or- est celui de son corps
dans lequel se trouve le fils de Homme un fouet à la main
expulsant les marchands du 20th Century-Fox
qui transformèrent Ta maison de prière en repère de voleurs.

Seigneur
dans ce monde contaminé par les péchés et la radioactivité,
Tu ne culpabiliseras pas seulement une petite employée de magasin
qui, comme toute employée de magasin rêva d’être une star de cinéma.

Et son rêve devint réalité ( mais comme la réalité du technicolor).

Elle ne fit qu’agir selon un script que nous lui avions donné,
celui de nos propres vies, et c’était un script absurde.

Pardonne-la, Seigneur, et pardonne-nous
pour notre 20th Century
pour cette colossale Super-Production dans laquelle nous avons tous travaillé.
Elle avait faim d’amour et nous lui avons offert des tranquillisants.
Contre la tristesse de ne pas être des saints
on lui recommanda la Psychanalyse.

Rappelle-toi Seigneur sa crainte grandissante de la caméra
et la haine du maquillage malgré son insistance à se maquiller à chaque scène.
Et comment grandirent l’horreur et
le manque de ponctualité aux studios.

Comme toute petite employée de magasin
elle rêva d’être vedette de cinéma.

Et sa vie fut irréelle comme un rêve qu’un psychiatre interprète et archive.
Ses histoires d’amour furent un baiser les yeux fermés
qui, quand les yeux s’ouvrent
fait découvrir que ce fut sous les projecteurs.
Mais les projecteurs s’éteignent!

(…)
Le film termina sans le baiser final.

On la trouva morte au lit, la main sur le téléphone.

Et les détectives ne surent qui elle allait appeler.

Ce fut comme quelqu’un qui a marqué le numéro de la seule voix amie
et n’entend que la voix d’un disque qui lui dit: WRONG NUMBER.
Ou comme quelqu’un blessé par les gangsters
qui allonge la main vers un téléphone déconnecté.

Seigneur
Qui qu’ait été la personne qu’elle allait appeler
et n’appela pas (et peut-être n’était-ce personne
ou quelqu’un dont le numéro n’est pas dans l’annuaire des Anges)

Réponds, Toi, au téléphone!
 
(Trad:Colo)

Oración por Marylin Monroe

Señor
recibe a esta muchacha conocida en toda la Tierra con el nombre de Marilyn Monroe,
aunque ése no era su verdadero nombre
(pero Tú conoces su verdadero nombre, el de la huerfanita violada a los 9 años
y la empleadita de tienda que a los 16 se había querido matar)
y que ahora se presenta ante Ti sin ningún maquillaje
sin su Agente de Prensa
sin fotógrafos y sin firmar autógrafos
sola como un astronauta frente a la noche espacial.

Ella soñó cuando niña que estaba desnuda en una iglesia (según cuenta el Times)
ante una multitud postrada, con las cabezas en el suelo
y tenía que caminar en puntillas para no pisar las cabezas.
Tú conoces nuestros sueños mejor que los psiquiatras.
Iglesia, casa, cueva, son la seguridad del seno materno
pero también algo más que eso…
Las cabezas son los admiradores, es claro
(la masa de cabezas en la oscuridad bajo el chorro de luz).
Pero el templo no son los estudios de la 20th Century-Fox.
El templo —de mármol y oro— es el templo de su cuerpo
en el que está el hijo de Hombre con un látigo en la mano
expulsando a los mercaderes de la 20th Century-Fox
que hicieron de Tu casa de oración una cueva de ladrones.


Señor
en este mundo contaminado de pecados y de radiactividad,
Tú no culparás tan sólo a una empleadita de tienda
que como toda empleadita de tienda soñó con ser estrella de cine.
Y su sueño fue realidad (pero como la realidad del tecnicolor).
Ella no hizo sino actuar según el script que le dimos,
el de nuestras propias vidas, y era un script absurdo.
Perdónala, Señor, y perdónanos a nosotros
por nuestra 20th Century
por esa Colosal Super-Producción en la que todos hemos trabajado.
Ella tenía hambre de amor y le ofrecimos tranquilizantes.
Para la tristeza de no ser santos
se le recomendó el Psicoanálisis.

Recuerda Señor su creciente pavor a la cámara
y el odio al maquillaje insistiendo en maquillarse en cada escena
y cómo se fue haciendo mayor el horror
y mayor la impuntualidad a los estudios.
Como toda empleadita de tienda
soñó ser estrella de cine.
Y su vida fue irreal como un sueño que un psiquiatra interpreta y archiva.
Sus romances fueron un beso con los ojos cerrados
que cuando se abren los ojos
se descubre que fue bajo reflectores
¡y se apagan los reflectores!
(...)
La película terminó sin el beso final.
La hallaron muerta en su cama con la mano en el teléfono.
Y los detectives no supieron a quién iba a llamar.
Fue como alguien que ha marcado el número de la única voz amiga
y oye tan solo la voz de un disco que le dice: WRONG NUMBER.
O como alguien que herido por los gángsters
alarga la mano a un teléfono desconectado.
Señor:
quienquiera que haya sido el que ella iba a llamar
y no llamó (y tal vez no era nadie
o era Alguien cuyo número no está en el Directorio de los Ángeles)
¡contesta Tú al teléfono!
Ernesto Cardenal


2 mars 2020

Décès d'un poète / Muerte de un poeta


Il avait 95 ans et il est mort hier 1er mars. Je vous parlerai très prochainement de ce personnage extraordinaire qu’était le poète - théologien- révolutionnaire - prêtre Nicaraguayen Ernesto Cardenal. Pour vous donner une idée du personnage,  et alors qu’on le félicitait pour ses 90 ans, il y a 5 ans donc, il a répondu: No sé por qué me felicitan porque cumplí 90 años. Es horrible” ( Je ne sais pas pourquoi on me félicite parce que j’ai eu 90 ans. C’est horrible.) 

 

Son œuvre est immense, j’ai choisi un poème d’amour, pour commencer...


Épigramme

Je te donne, Claudia, ces vers,
parce que tu en es la propriétaire.

Je les ai écrits simples
pour que tu les comprennes.

Il sont pour toi seule
mais s’ils ne t’intéressent pas,
peut-être un jour seront-ils divulgués,
dans toute l’Amérique latine…

Et si l’amour qui les dicta,
toi aussi tu le méprises,

d’autres rêveront
de cet amour
qui ne fut pas pour elles.

Et peut-être verras-tu,
Claudia,
que ces poèmes,
(écrits pour te séduire, toi)
éveillent
dans d’autres couples
amoureux qui les liront
les baisers qu’en toi
n’a pas éveillés le poète.
(Trad:Colo)

Epigrama


Te doy Claudia, estos versos,
porque tú eres su dueña.

Los he escrito sencillos
para que tú los entiendas.

Son para ti solamente,
pero si a ti no te interesan,
un día se divulgarán,
tal vez por toda Hispanoamérica...

Y si al amor que los dictó,
tú también lo desprecias,

otras soñarán
con este amor
que no fue para ellas.

Y tal vez verás,
Claudia,
que estos poemas,
(escritos para conquistarte a ti)
despiertan
en otras parejas
enamoradas que los lean
los besos que en ti
no despertó el poeta.


28 févr. 2020

Préparer le printemps des poètes / Preparar la primavera de los poetas



« À ceux qui descendent dans les mêmes fleuves surviennent toujours d’autres et d’autres eaux » Héraclite.



L’art de la poésie JL Borges
.

Contempler le fleuve fait de temps et d’eau
et se souvenir que le temps est un fleuve aussi,
savoir que nous nous perdons comme fait le fleuve
et que les visages passent comme l’eau. 

 
Sentir que la veille est elle aussi un sommeil
qui rêve de ne point rêver, et que la mort
que craint notre chair est cette même mort
qui vient chaque nuit, qu’on appelle sommeil. 

 
Voir dans le jour, dans l’année un symbole
des jours de l’homme et de ses ans ;
convertir l’outrage des ans
en une musique, un bruit, un symbole. 

 
Voir le sommeil dans la mort, dans le couchant
un or triste, telle est la poésie
qui est immortelle et pauvre. La poésie
revient comme l’aurore et le couchant. 

 
Parfois, le soir, un visage
nous regarde du fond d’un miroir :
l’art doit être comme ce miroir
nous dévoilant notre propre visage. 

 
On raconte qu’Ulysse, rassasié de prodiges,
pleura d’amour en retrouvant son Ithaque
verte et humble. L’art est cette Ithaque
riche d’une verte éternité, non de prodiges. 

 
Il est aussi comme le fleuve sans fin
qui passe et qui reste, toujours le cristal d’un seul
inconstant Héraclite, qui est toujours le même
et autre pourtant, comme un fleuve sans fin.


(Excellente traduction trouvée sur Internet, sans nom de traducteur mais elle semble être de Roger Caillois ... légèrement modifiée par moi)


Santiago Rusiñol- El torrent de Fornalutx





Arte poética Jorge Luis Borges




Mirar el río hecho de tiempo y agua
y recordar que el tiempo es otro río,
saber que nos perdemos como el río
y que los rostros pasan como el agua.

Sentir que la vigilia es otro sueño
que sueña no soñar y que la muerte
que teme nuestra carne es esa muerte
de cada noche, que se llama sueño.

Ver en el día o en el año un símbolo
de los días del hombre y de sus años,
convertir el ultraje de los años
en una música, un rumor y un símbolo,

ver en la muerte el sueño, en el ocaso
un triste oro, tal es la poesía
que es inmortal y pobre. La poesía
vuelve como la aurora y el ocaso.

A veces en las tardes una cara
nos mira desde el fondo de un espejo;
el arte debe ser como ese espejo
que nos revela nuestra propia cara.

Cuentan que Ulises, harto de prodigios,
lloró de amor al divisar su Itaca
verde y humilde. El arte es esa Itaca
de verde eternidad, no de prodigios.

También es como el río interminable
que pasa y queda y es cristal de un mismo
Heráclito inconstante, que es el mismo
y es otro, como el río interminable.

24 févr. 2020

Intermède musical, sublime.


Si vous ne pouvez pas l'entendre, c'est ici https://www.youtube.com/watch?v=unb-z1KT3_c

Nathalie Stutzmann & Philippe Jaroussky - Recording Handel duet "Son nata a lagrimar". 

Émotions, frissons; contralto et contre-ténor.