19 janv. 2020

Le silence est ma voix / El silencio es mi voz


Après “Sagesse de l’herbe” que j’avais tant aimé, je découvre “Journal d’une pierre” d’Anne Le Maître.

https://alm-bleudeprusse.blogspot.com/
 

Comme un cahier très soigné à emporter avec soi, à chaque page un court texte poétique et une illustration en noir encre, gris et blanc réalisée par elle-même. L’ensemble est des plus réussis.


Diario de una piedra” por Anne Le Maître
El librito, como un cuaderno muy cuidado para llevar consigo, en cada página un texto corto y una ilustración hecha por ella en tinta china, gris y blanco. El conjunto es precioso.

J’ai choisi deux pages et les ai traduites en espagnol.

VI
Pierre à secret
pierre à mémoire

        je dis

Pierre de patience
et de silence

Sans chagrin
sans voix
sans espoir

Que connais-tu des larmes
que sais-tu d’être tendre
que sais-tu de l’amour
que sais-tu de la joie
que je pourrais t’apprendre?

VII

- Et à qui parles-tu,
toi qui bruisses et qui geins
et de quoi?
Et pourquoi?

La leçon
je la donne

Se taire est mon langage
le silence
       est ma voix.

                          …
Ce que j’ai dans le cœur,
dit la pierre,
m’appartient.
                               
Carte postale Anne Le Maître, photo Colo


VI
Piedra de secretos
piedra de memoria

          digo

Piedra de paciencia
y de silencio

Sin pena
sin voz
sin esperanza

¿Qué sabes de las lágrimas
qué sabes de ser tierno
qué sabes del amor
qué sabes de la alegría
que podría enseñarte?

VII

- ¿Y con quién hablas,
tú que susurras y gimes
y de qué?
Y por qué?

La lección
la doy yo

Callar es mi lenguaje
el silencio
es mi voz
---------

Lo que tengo en el corazón,
dice la piedra
me pertenece.


Vous trouverez une présentation et une page sur le blog d’Anne: https://alm-bleudeprusse.blogspot.com/2019/12/parution-dhiver.html








14 janv. 2020

La vie en vert


Voici une non-recette car vous n’y trouverez pas de proportions. Il est peu probable aussi que vous ayez autour de vous les ingrédients qui poussent, sauvages, sur notre terrain.
Mais peut-être cela vous inspirera-t-il?

Ma famille les appellent “Croquettes de sorcière” car à cette époque de l’année je pars avec un panier et récolte des plantes sauvages.
La vie en vert…

Poireaux

Bettes ou blettes

Voici déjà de tendres bettes, de petits poireaux...et puis ces feuilles que je crois être de la chicorée (à gauche sur la photo ci-dessous). Je sais qu’elles sont comestibles car j’en mets depuis des années et nous sommes vivants:-)

                                                            
 













Bien laver toutes les plantes, puis dans une grande poêle (ou casserole), huile et une tête entière de gousses d’ail émincées et des petits piments piquants. À feu lent, poco a poco, on ajoute les poireaux coupés en filles rondelles et finalement les bettes. Saler et laisser cuire un bon moment, les plantes sauvages sont coriaces.

        















Quand l’eau des légumes a disparu, ajouter un peu de farine (celle que vous voulez), la faire cuire quelques minutes en remuant, puis un peu de lait. Il ne s’agit pas faire une béchamel (si souvent on nous sert des croquettes où on distingue à peine le jambon, crevettes ou épinards) mais de lier légèrement les éléments entre eux.
Finalement j’ajoute du fromage râpé.



Voilà, c’est prêt. On laisse le tout à refroidir, couvert, dans la glacière une nuit.

Le lendemain, ça vous le savez, vous formez des croquettes, les passez dans de l’œuf battu et de la chapelure. Les frire, of course.
Bon appétit.

NB. Si vous désirez des précisions, je suis à votre disposition comme on dit.

8 janv. 2020

Le poids du papier / El peso del papel


Une vie parmi les livres
Mercedes  Escolano. Cádiz 1964

Dans la rue attend le camion
chargé des livres d’une vie.
Qu’est-ce qui me retient dans ces
pièces vides? Peut-être l’odeur
laissée par les livres? Les heures, peut-être,
partagées dans l’intimité et la tristesse?
Les étagères sont restées nues
et les pièces commencent à acquérir
un air d’orphelinage et de non-sens.

Le poids de l’encre,
le poids du papier caressé,
le poids subtil et aérien des mots,
quel autre plaisir pourraient-ils me donner?
En bas attend le camion de déménagement.
Les caisses ont été soigneusement empilées,
comme si de porcelaine il s’agissait.
(Trad:Colo) 


UNA VIDA ENTRE LIBROS 
de "Placeres y mentiras" 
 
Mercedes Escolano 
 
 
 En la calle aguarda el camión de la mudanza
cargado con los libros de una vida.
¿Qué me retiene en estas
habitaciones vacías? ¿Tal vez el olor
que los libros dejaron? ¿Las horas, tal vez,
compartidas en intimidad y tristeza?
Los estantes han quedado desnudos
y los cuartos comienzan a adquirir
un aire de orfandad y sinsentido. 
 
 El peso de la tinta,
el peso del papel acariciado,
el peso sutil e ingrávido de las palabras,
¿qué más placer podrían darme?
Abajo aguarda el camión de la mudanza.
Las cajas han sido cuidadosamente apiladas,
como si de fina porcelana se tratase.
 


 
 
 
 
 

3 janv. 2020

Communiquer / Comunicar


 
 
Photo Colo, Nord de Mallorca
 

 
Le mur
il ne sait rien de la mer

La mer
elle ne sait rien du mur

Entre eux
le va-et-vient du vent
 
La pared
no sabe nada del mar

El mar
no sabe nada de la pared

Entre ellos
el vaivén del viento

(Trad, Colo) 
 
extrait de Komboloï, Werner Lambersy
 
(Billet en partie repris d'un précédent, il y a des lunes..)

27 déc. 2019

La lisère des mots / La linde de las palabras



LISIÈRES
(extrait)


Quand trop de voix familières
jonchaient le bas-côté des jours
j’écrivais
pour détourner le temps
prendre le pouls de la mémoire
dans le ravissement d’un arrêt sur image.

Mais déjà le chemin s’effaçait
à la lisière des mots

et l’on n’entendait plus que des voix
indistinctes
rudes comme la rouille
des faux abandonnées

et l’image n’était plus
qu’un obscur reflet
qui à tout moment
pouvait blesser la lumière.

 Irène Dubœuf, « Lisières » in Effacement des seuils, éditions Unicité, 2019, page 45. 

Poème et références trouvés sur le blog Terres de Femmes:
https://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2019/12/ir%C3%A8ne-dub%C5%93uf-lisi%C3%A8res.html 

Vicente Verdú




Orillas
(Extracto)

Cuando demasiadas voces familiares
cubrían el arcén de los días
escribía
para desviar el tiempo
para tomar el pulso de la memoria
en el encanto de un estudio minucioso.

Pero el camino ya se borraba
en la linde de la palabras

y ya sólo se oían voces
indistintas
rugoso como el óxido
de las hoces abandonadas

y la imagen ya no era más
que un oscuro reflejo
que en cualquier momento
podía herir la luz.
 
(Traducción Colo)

24 déc. 2019

Comme j'ai aimé.../ !Cómo me ha gustado...

...cette crèche du XXIº siècle que m'a envoyée une jeune amie! Sans hésiter, je la partage avec vous.

...este belén del siglo XXI que me ha enviado una joven amiga! Sin dudarlo, lo comparto con vosotros.



20 déc. 2019

Une lettre d'Espagne / Una carta de España


D'abord il y a une enveloppe...
Primero hay un sobre....



...suivie d'un timbre,
...seguido de un sello,
                                                                   



À l'intérieur ce court poème pour vous souhaiter une bonne fin d'Année.
Y dentro este corto poema para desearos un buen fin de Año.


 NOCTURNE (extrait)
JR Jimenéz

«Que t’importe toute chose,
si nous pouvons brûler
chaque peine oh passion ! en chaque étoile,
si nous pouvons faire
de l’immense ciel noir
notre immense joie toute illuminée ? 
 
(Trad. Trouvée sans nom du traducteur sur le site http://emmila.canalblog.com)

Nocturno (Extracto)
JR Jimenéz

¡Qué te importa de todo,
si podemos quemar
cada pena ¡o, pasión! en cada estrella,
si podemos hacer
del negro cielo inmenso
nuestra inmensa alegría iluminada?





12 déc. 2019

Une fleur sans épines / Una flor sin espinas

Les longues soirées devant la cheminée, ce vague à l’âme qui peut nous envahir en laissant notre regard se perdre dans les flammes...et ce poème que j'ai lu un soir.
Il est de Claribel Alegría, (Nicaragua, 1924-2018) nous l'avons déjà rencontrée sur ce blog; son nom m'a toujours enchantée.


 Évoquant des souvenirs

Évoquant des souvenirs
j’ai trouvé le tien.
Il ne faisait pas mal.
Je l’ai sorti de son étui,
j’ai secoué ses racines
dans le vent,
je l’ai mis à contre-jour:
C’était un cristal poli
qui reflétait des poissons de couleurs,
une fleur sans épines
qui ne brûlait pas.
Je l’ai jeté contre le mur
et la sirène de mon alarme a sonné.
Qui a éteint son feu?
Qui a usé le fil
de mon souvenir-lance
que j’aimais tant?
(Trad: Colo)

 
In memoriam, Enrique Grau 1990, Colombia


Barajando recuerdos

Barajando recuerdos
me encontré con el tuyo.
No dolía.
Lo saqué de su estuche,
sacudí sus raíces
en el viento,
lo puse a contraluz:
Era un cristal pulido
reflejando peces de colores,
una flor sin espinas
que no ardía.
Lo arrojé contra el muro
y sonó la sirena de mi alarma.
¿Quién apagó su lumbre?
¿Quién le quitó su filo
a mi recuerdo-lanza
que yo amaba?

6 déc. 2019

De méchants coups de foudre


Pause obligée, la foudre est tombée près de chez nous et a tout bousillé.
Retour dès que possible...vive la cheminée.

2 déc. 2019

Ils brisent le mythe de la mort / Rompen el mito de la muerte


Les plus vieux / Los más viejos

Rafael Felipe Oteriño (Argentina 1945)

Acostumbrados a caminar por la sombra,
los más viejos tienen conductas extravagantes:
van al mercado, cultivan flores,
como si la muerte no fuera un telón sino un reto

Habitués à marcher dans l'ombre

les plus âgés ont des conduites extravagantes:

ils vont au marché, cultivent des fleurs,
comme si la mort n'était pas un rideau mais un défi.


Guardan la moneda de hoy para el concierto de mañana,
anotan, con tinta gruesa, los números de teléfono,
mantienen una conversación con los difuntos,
disimulando las ofensas para que no parezcan excesivas.

Ils gardent la monnaie d'aujourd'hui pour le concert de demain,
ils notent, à l'encre épaisse, les numéros de téléphone,
entretiennent des conversations avec les défunts,
et dissimulent les offenses pour qu'elles ne semblent pas excessives.


Adolf Humborg (1847-1921)
Dicen que fueron felices,
aunque las pruebas demuestran lo contrario,
hablan de los hijos como si los vieran a diario,
comienzan un tejido y aprenden computación.

Ils disent qu'ils furent heureux,
bien que les preuves démontrent le contraire,
parlent des enfants comme s'ils les voyaient tous les jours,
commencent un tricot et apprennent l'informatique
No hay en ellos señales de alarma
ni sueños malos que los persigan,
no se sienten hostigados ni piden auxilio,
sus relojes no marcan las horas a menos que se rompan.

En eux pas de signaux d'alarme
ni de mauvais rêves qui les poursuivent,
ils ne se sentent pas harcelés et ne demandent pas d'aide,
à moins de se rompre, leurs montres ne marquent pas les heures.


Cecilio Pla y Gallardo / Hombre en la playa

Maestros de lo improbable,
pasan muchas horas con las ventanas abiertas,
están y no están en sus sillas caldeadas, son y no son.

Maîtres de l'improbable,
ils passent de nombreuses heures les fenêtres ouvertes,
ils sont et ne sont pas sur leurs chaises chaudes, ils sont et ne sont pas.


Barren la vereda como si nada estuviera a punto de estallar,
como si los cuatro puntos cardinales
no se hubieran fundido, para ellos, en uno solo.

Ils balayent le trottoir comme si rien n'était sur le point d'exploser
comme si les quatre points cardinaux
pour eux ne s'étaient pas fondus en un seul.

Rompen el mito de la muerte,
sumando un anillo más al árbol que los cobija.
Dicen que fueron felices.

Ils brisent le mythe de la mort,
ajoutant un anneau de plus à l'arbre qui les abrite.
Ils disent qu'ils furent heureux.

Rafael Felipe Oteriño (La Plata, 1945), Viento extranjero,

Trad:Colo