18 oct. 2018

En blanc / En blanco




Que faire quand l’inspiration se fait rare? 

Mario Benedetti m’a fait rire, voyez plutôt.



Page blanche   Mario Benedetti


Je suis descendu au marché

et j'ai rapporté

tomates journaux averses

endives et envies

gambas croupes et amen

farine monosyllabes jerez

instantanés éternuements riz

artichauts et cris

rarissimes silences




page blanche

voilà, je te laisse tout

fais-en ce que tu veux

débrouille-toi

ou du moins organise-toi




moi je ferai une sieste

pourvu que tu m’éveilles

avec une chose originale

et suggestive

afin que je la signe


 (Trad: Colo)
Sleeping on a bench, Merle Citron


Página en blanco   Mario Benedetti
Bajé al mercado
y traje
tomates diarios aguaceros
endivias y envidias
gambas grupas y amenes
harina monosílabos jerez
instantáneas estornudos arroz
alcachofas y gritos
rarísimos silencios

página en blanco
aquí te dejo todo
haz lo que quieras
espabílate
o por lo menos organízate


yo me echaré una siesta
ojalá me despiertes
con algo original
y sugestivo
para que yo lo firme

12 oct. 2018

Une brise / Una brisa



Le ciel est redevenu bleu, la terre, les rues sèchent. Plus de mille volontaires nettoient la boue. 

Il fallait un poème lumineux pour terminer cette semaine si difficile sur l’île. Le bilan est de 12 morts et un enfant toujours introuvable.

C’est Pedro Salinas, encore lui, qui m’a apporté un peu de légèreté.

Variation IX
Temps d’île

Qui m’appelle de la voix
d’un oiseau qui chante?

Quel amour m’aime, quel amour
m’invente des caresses,

caché entre deux airs,
simulant la brise?

Le palmier, qui l’a mis
- celui qui m’évente

avec des souffles d’ombres et de soleil -
là où je le voulais?

Le sable, qui l’a lissé,
si lisse, si lisse,

pour qu’en traits légers, légers,
ma main m’écrive,

sur une amante invisible,
sur une amante cachée,

Parmi la pudeur de l’écume,
message d’ondines?

Pourquoi me donne-t-on tant de bleu,
sans que je le demande,

le ciel qui l’invente,
la mer qui l’imite?
(...)
(Trad. Colo)


-
Variación IX
Tiempo de isla
Pedro Salinas


¿Quién me llama por la voz
de un ave que pía?

¿Qué amor me quiere, qué amor
me inventa caricias,

escondido entre los aires,
fingiéndose brisa?

La palmera ¿quién la ha puesto
- la que me abanica

con soplos de sombra y sol -
donde yo quería?

La arena ¿quién la ha alisado,
tan lisa, tan lisa,

para que en rasgos levísimos
la mano me escriba,

de amante que nunca he visto,
de amante escondida,

entre pudores de espuma,
mensajes de ondina?

¿Por qué me dan tanto azul,
sin que lo pida,

el cielo que se lo inventa,
el mar, que lo imita?

(…)


10 oct. 2018

Des trombes d'eau, des vies perdues.

El centro de Sant Llorenç, Mallorca, tras las inundaciones Cette nuit.


Qu'ajouter? Un village de 8000 habitants, loin de la mer. Sant Llorenç.
En une nuit...9 morts, 6 disparus.

Pleurer.

3 oct. 2018

J.L Borges y Mallorca


J.L. Borges avait 20 et 21 ans quand, avec sa famille, il passa plusieurs mois à Mallorca. Séjours où il participa à un cercle littéraire, fit de nombreuses rencontres, se promena près de Valldemossa, fréquenta des maisons closes, passa des heures à la plage, bref, vécut la vie d’un jeune homme, émerveillé, de l’époque.
J.L Borges tenía 20 y 21 años cuando, con su familia, hizo dos estancias de varios meses en Mallorca. Estancias en las cuales formó parte de un circulo literario, se encontró con mucha gente, se paseó por Valldemossa, visitó casas de citas, paseó horas por la playa, en fin, vivió la vida de un muchacho, maravillado, de la época.

JL Borges 21 años (foto Wiki)

Je vous traduis la première phrase d’un poème en prose, écrit par lui, et qui s’intitule “Mallorca”
Majorque est un endroit semblable au bonheur, apte pour y être heureux, apte au scénario du bonheur, et moi - comme tant d’insulaires et d’étrangers- je n’ai presque jamais possédé la veine du bonheur qu’il faut porter en soi pour se sentir un spectateur digne (et non honteux) de tant de clarté de beauté.(...)*

Poema en prosa escrito por él:
Mallorca es un lugar parecido a la felicidad, apto para en él ser
dichoso, apto para escenario de dicha, y yo -como tantos isleños y forasteros- 
no he poseído casi nunca el caudal de felicidad que uno
debe llevar adentro para sentirse espectador digno (y no avergonzado)
de tanta claridad de belleza.(...)*


Le monument qui l’avait le plus impressionné, on le comprend , est la cathédrale de Palma à qui il a dédié de court poème de jeunesse.
El monumento que mas le impresionó, es comprensible, es la catedral de Palma a la cual dedicó este corto poema de juventud.



Les vagues à genoux
Les muscles du vent
Les tours verticales comme des monolithes
La cathédrale suspendue d’une étoile
La cathédrale qui est une immense meule
Avec des épis de prières
Loin
Loin
Les mâts esquissaient des horizons
Et sur les plages innocentes
Les vagues neuves chantent les matines
La cathédrale est un avion de pierre
Qui lutte pour rompre mille amarres
Qui l’emprisonnent
La cathédrale sonore comme un applaudissement
Ou comme un baiser

(Trad: Colo)





Las olas de rodillas
Los músculos del viento
Las torres verticales como goitos
La catedral colgada de un lucero
La catedral que es una inmensa parva
Con espigas de rezos
Lejos
Lejos
Los mástiles hilvanaban horizontes
Y en las playas ingenuas
Las olas nuevas cantan los maitines
La catedral es un avión de piedra
Que puja por romper las mil amarras
Que lo encarcelan
La catedral sonora como un aplauso
O como un beso

*
JORGE LUIS BORGES
(El Dia, Palma de Mallorca, 21-XI-1926.)
 

27 sept. 2018

Immenses espérances / Inmensas esperanzas


Parfois je suis lasse de toutes les injonctions à vivre le moment présent; j’ai donc fort apprécié ce poème où demain offre de l’espoir, où demain est coloré et sensuel.


Demain Pedro Salinas

"Demain" Le mot allait, délié, vacant,
sans poids dans le vent,
si dénué d'âme et de corps,
de couleur, de baiser,
que je l'ai laissé passer
près de moi aujourd'hui.

Mais soudain toi
tu as dit : "Moi, demain..."
Et tout se peuple
de chair et de bannières.
Sur moi se précipitaient
les promesses
aux six cents couleurs,
avec des robes à la mode,
nues, mais toutes
chargées de caresses.

En train ou en gazelles
m'arrivaient -aigus,
sons de violons-
des espoirs ténus
de bouches virginales.
Ou rapides et grandes
comme des navires, de loin, comme des baleines
depuis des mers distantes,
d'immenses espérances
d'un amour sans final.

Demain ! Quel mot
vibrant, tendu
d'âme et de chair rose,
corde de l'arc
où tu posas, si effilée,
arme de vingt années,
la flèche la plus sûre
lorsque tu dis : "Moi...."

Recueil “La voix qui t'est due”
Traduction Bernard Sesé
La tête à l'envers


Mañana
«Mañana». La palabra
iba suelta, vacante,
ingrávida, en el aire,
tan sin alma y sin cuerpo,
tan sin color ni beso,
que la dejé pasar
por mi lado, en mi hoy.

Pero de pronto tú
dijiste: «Yo, mañana...»
Y todo se pobló
de carne y de banderas.
Se me precipitaban
encima las promesas
de seiscientos colores,
con vestidos de moda,
desnudas, pero todas
cargadas de caricias. 

En trenes o en gacelas
me llegaban -agudas,
sones de violines-
esperanzas delgadas
de bocas virginales.
O veloces y grandes
como buques, de lejos,
como ballenas
desde mares distantes,
inmensas esperanzas
de un amor sin final. 

¡Mañana! Qué palabra
toda vibrante, tensa
de alma y carne rosada,
cuerda del arco donde
tú pusiste, agudísima,
arma de veinte años,
la flecha más segura
cuando dijiste: «Yo...»

20 sept. 2018

Temps d'île / Tiempo de isla


Cadeau, superbe cadeau d’une amie ce court et recueil de Pedro Salinas “La mer lumière”. Version bilingue, magnifique traduction.
Bien qu’elle ne vive pas comme moi sur une île, nous partageons la même mer, la même lumière, le même sable...merci!



Temps d’île
Pedro Salinas
1
Qui m’appelle de la voix
d’un oiseau qui crie?


Quel amour m’aime, quel amour
m’invente des caresses,


caché entre deux airs,
simulant la brise?


Le palmier, qui l’a mis
- celui qui me rafraîchit


avec des souffles d’ombres et de soleil -
là où moi je le souhaitais?


Le sable, qui l’a lissé,
si lisse, si lisse,


pour qu’en traits infiniment légers
la main m’écrive,


sur une amante que je n’ai jamais vue,
sur une amante cachée,


parmi la pudeur de l’écume,
messages d’ondines?


Pourquoi me donne-t-on tant de bleu
sans que je le demande,


le ciel qui l’invente,
la mer, qui l’imite?


Quel est le Dieu qui au huitième jour
m’a tracé cette île,


commerce de beautés,
bourse sans cupidité?


Ici, terre, ciel et mer,
vendant


écume. sable, soleil, nuage,
trafiquent allègrement;


sans fraude ils s’enrichissent,
- des gains très purs -,


pour des aurores ils donnent des astres,
ils échangent des merveilles.


Le temps des îles: on le compte
avec des chiffres magiques;


l’heure n’a plus de minutes:
soixante délices;


avril passe tel trente soleils,
et un jour est un jour.


Qui en emportant les angoisses,
a donné forme au bonheur?



Recueil: La mer lumière, Pedro Salinas. PUF Blaise Pascal.
Traduction Bernadette Hidalgo Bachs.

TIEMPO DE ISLA Pedro Salinas
1
¿Quién me llama por la voz
de un ave que pía?


¿Qué amor me quiere, qué amor
me inventa caricias,

escondido entre dos aires,
fingiéndose brisa?

La palmera, ¿quién la ha puesto
la que me abanica

con soplos de sombra y sol—
donde yo quería?

La arena, ¿quién la ha alisado,
tan lisa, tan lisa,

para que en rasgos levísimos
la mano me escriba,

de amante que nunca he visto,
de amante escondida,

entre pudores de espuma,
mensajes de ondina?

¿Por qué me dan tanto azul,
sin que se lo pida,

el cielo que se lo inventa,
el mar, que lo imita?

¿Cuál fue el dios qué un día octavo
me trazó esta isla,

trocadero de hermosuras,
lonja sin codicia?

Aquí tierra, cielo y mar,
en mercaderías

de espuma, arena, sol, nube,
felices trafican;

sin engaño se enriquecen,
ganancias purísimas—,

luceros dan por auroras,
cambian maravillas.

Tiempo de isla: se cuenta
por mágicas cifras;

la hora no tiene minutos:
sesenta delicias;

pasa abril en treinta soles,
y un día es un día.

¿Quién, llevándose congojas,
dio forma a la dicha?

12 sept. 2018

Paroles et silences II / palabras y silencios II



Parmi les nombreux poèmes de Roberto Juarroz parlant du silence dans "Poésie Verticale", j’ai choisi celui-ci qui aborde les variétés de silences.
 
L’illustration est d’un photographe hollandais, Teun Hocks. Chacune de ses photos raconte, dénonce, illustre un propos. Intéressant, très. Découvrez-le ici
Teun Hocks (Cosmic surroundings)

La hauteur de l'homme n'est pas la hauteur de la pluie,
mais son regard va plus loin que les nuages.” R. Juarroz

"La altura del hombre no es la altura de la lluvia,

 pero su mirada suele ir más allá de las nubes"

Le silence qui subsiste entre deux mots

Le silence qui subsiste entre deux mots
n'est pas identique au silence qui entoure une tête qui tombe,
ni à celui qui nimbe la présence de l'arbre
quand s'éteint l'incendie vespéral du vent.

De même que chaque voix a un timbre et une hauteur,
chaque silence a un registre et une profondeur.
Le silence d'un homme est différent de celui d'un autre
et ce n'est pas la même chose de taire un nom ou d’en taire un autre.

Il existe un alphabet du silence,
mais on ne nous a pas appris à l'épeler.
La lecture du silence est néanmoins la seule durable,
plus peut-être que le lecteur.
Dans « Poésie verticale » (traduction, légèrement modifiée par moi, trouvée sans nom du traducteur, hélas)


El silencio que queda entre dos palabras



El silencio que queda entre dos palabras
no es el mismo silencio que envuelve una cabeza cuando cae,
ni tampoco el que estampa la presencia del árbol
cuando se apaga el incendio vespertino del viento.

Así como cada voz tiene un timbre y una altura,
cada silencio tiene un registro y una profundidad.
El silencio de un hombre es distinto del silencio de otro
y no es lo mismo callar un nombre que callar otro nombre.

Existe un alfabeto del silencio,
pero no nos han enseñado a deletrearlo.
Sin embargo, la lectura del silencio es la única durable,
tal vez más que el lector.


5 sept. 2018

Paroles et silences 1 / Palabras y silencios 1



"No se trata de hablar, no se trata de callar: se trata de abrir algo entre la palabra y el silencio."

Roberto Juarroz 

" Il ne s'agit pas de parler, il ne s’agit pas de se taire: il s'agit d'ouvrir quelque chose entre la parole et le silence."

Dans son recueil Poesía vertical R. Juarroz explore encore et encore la relation entre notre Être, les silences et les paroles (ou mots).

Je vous propose quelques billets sur ces thèmes, des poèmes pas toujours aisés mais si profonds.

Pep Coll (Palma 1959) Arc III


Se taire peut être une musique,
une mélodie différente,
qui se brode en fils d'absence
sur l'envers d'un étrange tissu.
L'imagination est la véritable histoire du monde.
La lumière fait pression vers le bas.
La vie se répand soudain par un fil en suspens.


Se taire peut être une musique
ou le vide aussi,
puisque parler c’est le couvrir.
Ou se taire est peut-être
la musique du vide

(Trad: Colo)

Ce recueil, Poésie Verticale, est traduit en français, je ne le possède pas, mais si après quelques poèmes vous aimez...



Callar puede ser una música,
una melodía diferente,
que se borda con hilos de ausencia
sobre el revés de un extraño tejido.
La imaginación es la verdadera historia del mundo.
La luz presiona hacia abajo.
La vida se derrama de pronto por un hilo suelto.

Callar puede ser una música
o también el vacío
ya que hablar es taparlo.
O callar puede ser tal vez
la música del vacío.




En Poesía vertical

30 août 2018

Un généreux solitaire / Un generoso solitario



Inutile de vous dire que dans ma Flandre natale le caroubier était pour moi inexistant ou alors un arbre de romans, de Pagnol peut-être. C'est en arrivant ici, il y a une quarantaine d'années,  que j'ai peu à peu découvert la générosité et la beauté de cet arbre, sa forme et les multiples usages de ses fruits, des gousses brunes et sucrées dont les graines de poids égal, 0,2 grammes, ont servi de mesure pour les pierres précieuses et les perles, le carat. Sur ce site diverses informations intéressantes.




La farine de caroube a la couleur et le goût du cacao pur, ne contient pas de gluten. On peut le mélanger à d'autres farines pour en faire du pain, à du riz dans des gâteaux...Ses gousses servent principalement d'aliment pour le bétail mais aussi dans les produits pharmaceutiques et dans la parfumerie, ainsi, ai-je lu, que dans les crèmes glacées..


Mais je vous emmène en balade dans l'arrière pays de mon île sur la piste de cet arbre, de son ombre. Il était 19h. Nous avions deux buts précis: voir ce qu'il était advenu d'un vieux tronc couché et ramener des caroubes pour nos lapins.
Foto Colo, Caroubier près de Calvia



No vale la pena deciros que en mi Flandes natal el algarrobo no existía. Y si existía era un árbol de novelas, quizás de Pagnol. Fue al llegar aquí, hace unos cuarenta años, cuando, poco a poco, descubrí la generosidad y la belleza de este árbol, su forma y los múltiples usos de sus frutos, unas vainas marrones y azucaradas cuyos granos de idéntico peso, 0,2gramos, sirvieron de medida para las piedras preciosas y las perlas: el quilate.

La harina de algarrobas tiene el color y el gusto del cacao puro y no contiene gluten. Se puede mezclar a otras harinas para hacer pan, al arroz en los pasteles…Se usa principalmente como alimento para animales pero también en perfumería, productos farmacéuticos y, leí, helados.

Os llevo de paseo al interior de mi isla en busca de este árbol y su sombra. Eran las 19h y teníamos dos fines precisos: ver qué había ocurrido con un viejo tronco acostado y traer algarrobas para nuestros conejos.


Foto Colo, Mallorca 2018


Un sac de caroubes vite rempli.





Et voilà le vieux tronc couché.
Non seulement il ne s'est pas désintégré mais, deux ans plus tard, il semble avoir repris vigueur.


Le Caroubier

Sur le chemin du retour un bel exemplaire, mi-couché, bien vert.



NB: Pour toutes les amoureuses(amoureux) des chats, une série de félins sous et dans un caroubier: http://leschatsdesyros.com/2016/09/04/apero-des-chats-au-caroubier-du-bas/

24 août 2018

Moudre les instants / Moler los instantes



Peut-être parce que l’été ici tout est immobile - l’air chaud, le ciel sans nuages, la nature figée – ai-je choisi un autre poème “qui tourne”. Cette fois c’est un moulin, non non pas celui de Don Quichotte!, nous sommes au Chili avec le poète surréaliste Vicente Huidobro.


http://www.urbansketchers.org/2014/11/by-marc-taro-holmes-in-montreal-qc-ca.html

Moulin, Vicente Huidobro.

Plus qu’un âne, le vent est patient.

Tourne tourne tourne
Moulin qui moud les heures
Bientôt arrivera le printemps
Et tes ailes seront couvertes de fleurs

Tourne tourne tourne
Moulin qui moud les jours
Bientôt arrivera l’été
Et tu auras des fruits sur ta tour

Tourne, tourne tourne
Moulin qui moud les mois
Bientôt viendra l’automne
Et tu seras triste sur ta croix

Tourne tourne tourne
Moulin broyeur d’années
Bientôt viendra l’hiver
Et tes larmes gèleront

Voici le vrai moulin
N’oubliez jamais sa chanson
ll fait la pluie et le beau temps
Il fait les quatre saisons

Moulin de mort, moulin de vie
Mouds les instants comme une montre
Eux aussi sont des grains Moulin de la mélancolie
Farine du temps qui rendra nos cheveux blancs.
(Trad: Colo)



Molino V. Huidobro

El viento más que un asno es paciente.

Gira gira gira
Molino que mueles las horas
Pronto será la primavera
Y tendrás tus alas cubiertas de flores

Gira gira gira
Molino que mueles los días
Pronto será el estío
Y tendrás frutos en tu torre

Gira gira gira
Molino que mueles los meses
Pronto vendrá el otoño
Y estarás triste en tu cruz

Gira gira gira
Molino moledor de años
Pronto vendrá el invierno
Y se helarán tus lágrimas

He aquí el verdadero molino
No olvidéis jamás su canción
Él hace llover y hace el buen tiempo
Él hace las cuatro estaciones

Molino de la muerte Molino de la vida
Muele los instantes como un reloj
Éstos también son granos Molino de la melancolía
Harina del tiempo que pondrá nuestros cabellos blancos.
Vicente Huidobro (Chileno)
Paris,1922