17 juil. 2024

Une alouette sur ton coeur / Una alondra en tu pecho

 Cesaria Evora, Cap vert, 1941-2011



                                           Temps et silence


Une maison dans le ciel
Un jardin dans la mer
Une alouette sur ton cœur
Un nouveau départ

Un désir d'étoiles
Un soupir* de moineau
Une île dans ton lit
Un coucher de soleil

Temps et silence
Cris et chants
Cieux et baisers
Voix et chagrin

 Naître dans ton rire
 Grandir dans tes larmes
Vivre sur tes épaules
Mourir dans tes bras

(trad:Colo )

* le mot exact est "battement", mais...






Tiempo y silencio 

(Pour toi, MA)


Una casa en el cielo
Un jardín en el mar
Una alondra en tu pecho
Un volver a empezar

Un deseo de estrellas
Un latir de gorrión
Una isla en tu cama
Una puesta de sol

Tiempo y silencio
Gritos y cantos
Cielos y besos
Voz y quebranto

Nacer en tu risa
Crecer en tu llanto
Vivir en tu espalda
Morir en tus brazos


10 juil. 2024

Déguisements / Disfraces


 Elvira Sastre (Segovia 1992) est une jeune femme brillante. Écrivaine, poétesse, philologue, 
 
traductrice, que j'ai lue souvent mais jamais jusqu'à aujourd'hui je n'avais assez accroché à sa
 
poésie pour décider des passer des heures à traduire un poème. 
 
 
 
L'amour dans un bocal    
                                      
                                                 Elvira Sastre 
 
 

La solitude c’est regarder des yeux qui ne vous regardent pas.

 

Elle arrive alors, déguisée

en oiseau, arbre et vent,

elle arrive alors, déguisée,

attrape une larme avec le doigt

et la met dans un bocal.

 

La mer me manque,

j’arrive à dire.


Il ne restera aucun espace dans le monde sans toi,

tu sais,

aucun endroit où

je ne te regarderai.

Montagnes, saules, toile d’araignée,

partout je tisse ton nom,

partout je place ton corps face à la blessure.


Je t’emmènerai, peut-être,

devant le précipice,

je devrai te pousser et te prendre la main

pour que tu me croies.

 

Et seulement alors, si je détourne le regard

vers le fond,

inquiète pour ce qui t’attend là,

je te dirai que je ne peux partager ma douleur,

que le vent me porte ailleurs,

que le silence est l’unique endroit

où il me reste des mots,

que je dois te lâcher

pour pouvoir me prendre,

que je pars, amour,

que je t’aime et je pars en t’aimant

pour ne plus jamais t’aimer

et oublier les montagnes,

et les saules,

et les toiles d’araignées,

et ton corps face à la douleur

qui m’attend maintenant en d’autres lieux.

 
 

Et ainsi, avec la peine de l’inévitable,

tu recueilleras du doigt la même larme

qu’aujourd’hui tu m’ôtes

et tu la déposeras à nouveau sur mon visage,

cette fois

sur l’autre joue.


La solitude c’est regarder des yeux qui ne vous regardent pas. 

 

(Trad: Colo)


José Perdomo
Precipicio
1988
República Dominicana

 

 



 
 
 
 

Elvira Sastre - El amor en un bote de cristal

 

La soledad es mirar a unos ojos que no te miran.

Llega entonces ella, disfrazada
de pájaro, árbol y viento,
llega entonces ella, disfrazada,
atrapa una lágrima con el dedo
y la mete en un bote de cristal.

Añoro el mar,
alcanzo a decir.

No quedara hueco en el mundo en el que no existas,
me dice,
no existirá lugar alguno en el que
no te mire.
Montañas, sauces, telas de araña,
en todos tejo tu nombre,
en todos coloco tu cuerpo frente al daño.

Te llevaré, acaso,
ante el precipicio,
habré de empujarte y cogerte la mano
para que me creas.

Y solo entonces si desvío la mirada
hacia el fondo,
inquieta por lo que allí te espera,
te diré que no puedo compartir mi dolor,
que el viento me lleva a otro sitio,
que el silencio es el único lugar
en el que me quedan palabras,
que he de soltarte
para poder cogerme,
que me voy, amor,
que te quiero y que me voy queriéndote
para no quererte nunca más
y olvidar las montañas,
y los sauces,
y las telas de araña
y tu cuerpo frente al daño
que me espera ahora en otros lugares.

Y así, con el dolor de lo inevitable,
recogerás con el dedo la misma lágrima
que hoy me quitas
y volverás a dejarla sobre mi rostro,
esta vez
en la otra mejilla.

La soledad es mirar a unos ojos que no te miran.

3 juil. 2024

Un blé inépuisable / Un trigo inagotable

 

Les larmes quelquefois montent aux yeux

comme d'une source,

elles sont la brume sur les lacs,

un trouble du jour intérieur,

une eau que la peine a salée.


La seule grâce à demander aux dieux lointains,

aux dieux muets, aveugles, détournés,

à ces fuyards,

ne serait-elle pas que toute larme répandue

sur le visage proche

dans l'invisible terre fît germer

un blé inépuisable ?



(...)

 

Philippe Jaccottet 

A veces las lágrimas suben a los ojos

como en un manantial,

son la bruma de los lagos

una angustia del día interior,

un agua que la pena ha salado.


¿La única gracia por pedir a los dioses lejanos,

a los dioses enmudecidos, ciegos, derrocados,

a estos fugitivos,

no sería que toda lagrima vertida

sobre el rostro cercano

haga germinar en la invisible tierra

un trigo inagotable?

(...) Trad: Colo

24 juin 2024

Été / Verano

 

Selon l’endroit où l'on habite, l’été a des couleurs et saveurs différentes. 

Les méditerranéens se retrouveront sans doute dans ce poème sensuel, à déguster 

lentement.

                                                  Vieux figuier

 

ÉTÉ             

Paco Morata


c’était juillet

nous mangions

les fleurs minuscules de l’olivier

la peau jaunâtre des amandes pas mûres

le chant plus ample que le paysage des cigales

l’odeur d’abricots sur le point de pourrir

le nectar des fruits que dégustaient

gratuitement nos lèvres

pareilles aux bouches des dieux.

 

(...)

 

c’était la sieste

été

nous protégeait

un abri de figuiers tordus qui accueillait

un bourdonnement d’insectes

la rumeur du ruisseau

la vie silencieuse

de ficus aspidistra et géraniums

tu dépliais ton corps

comme la solitude étire l’infini

la magnitude du jour

la main tendue

aimée et vulnérable

jusqu’à effleurer les vagues

la mouiller dans les marées

et t’amener à la bouche les lèvres de la mer

imbiber du sel de la mer les mots

(...)

incline-toi

et aime

Trad: Colo


 




VERANO


era julio

comíamos

las flores diminutas del olivo

la piel amarillenta de almendras inmaduras

el canto más extenso que el paisaje de cigarras

el olor de albaricoques a punto de pudrirse

el néctar de los frutos que libaban

gratis nuestros labios

iguales a las bocas de los dioses

 (...)

era siesta                                                                    

verano

nos guardaba

un palio retorcido de higueras que acogía

un zumbido de insectos

el rumor de la acequia

la vida silenciosa

de ficus aspidistras y geranios

extendías tu cuerpo

como la soledad estira al infinito

la magnitud del día

alargada la mano

armada y vulnerable

hasta rozar las olas

mojarla en las mareas

y traerte los labios del mar hasta la boca

empapar del sabor de la sal las palabras

(...)

inclínate

y ama


(Del libro Sobre mi, culpable)




 




18 juin 2024

De livres et de clubs / De libros y clubs

 

                      " J'y suis entré plusieurs fois, mais ils ont toujours la même chose: des livres."

 


 

  Voilà qu'ont eu lieu les dernières réunions des deux clubs de lecture auxquels je participe, pour des raisons un peu différentes.


Le premier se passe dans mon village, à la bibliothèque, et les livres, choisis par le Consell ( gouvernement local), nous sont prêtés. Les réunions ont lieu plus ou moins tous les deux mois et sont encadrées par une dame qui donne une introduction souvent biographique et lance des thèmes ou sujets de discussions. Nous sommes en général 8 à 10 femmes (non, les hommes n’en sont pas exclus !).

Toutes les femmes sont du village, presque toutes à la retraite, elles aiment beaucoup lire, n’ont pas de formation littéraire mais une grande sensibilité pour tout ce qui concerne l’humain.

Souvent des anecdotes locales, de l’île, s’y mêlent, c’est animé et joyeux. Je me souviens de l’une d’elle, ex-couturière, qui nous a raconté les mariages, les toilettes d’antan au village, ce n’était pas triste !

J’y participe avec plaisir, même quand le livre n’est pas vraiment folichon, cela me permet aussi de créer des liens avec elles. Et de parler majorquin (elles sont très patientes avec moi), tout se passe dans leur langue, bien évidemment. 

 

                                                          Edward Penfield


Le second est à Palma (14 km d’ici) dans une librairie. La dame qui fait la liste des livres de l’année et anime les réunions est professeure de littérature à l’Université et nous fait lire, découvrir des auteurs de tous pays, jamais des romans récents.

Ici nous devons nous procurer les livres ( qui, par hasard, sont présentés sur une table lors des réunions, héhé).

Entre 10 et 15 personnes y participent, d’horizons différents. Alors ici on analyse les œuvres, le style, etc...et ça discute ferme. Très intéressant d’écouter, de partager différents points de vue, surtout qu’il y a une variété d’âges, entre 30 et 74 ans, hommes et femmes. Alors bien sûr la compréhension et les réactions sont diverses.

À la lecture de “Olive, enfin” (dont le titre en Espagnol est fort beau, Luz de febrero, lumière de février), de Elizabeth Strout, les jeunes femmes d’une trentaine d’années et le monsieur de 71 ans n’avaient évidemment pas la même approche de Bernie (le nouveau compagnon âgé d’Olive), qui a des difficultés physiques, souffre de solitude, et a des problèmes de prostate.

Ce livre, par son humanité, m’a profondément touchée. L’automne de nos vies, de celle d’Olive…

 

Alors voici quelques livres-clubs, parmi ceux traduits en français, lus et aimés en 2023-2024:


Le jardin de verre, Tatiana Tibuleac

L’amour d’Erika Ewald, Stefan Zweig

Passage des miracles, Naguib Mahfu

Trust Hernán Diaz

Hedda Gabler, Henrik Ibsen

La petite fille de monsieur Linh, Philippe Claudel







13 juin 2024

Air et lumière /Aire y luz

                                        Destin du poète

Octavio Paz 


Mots? Oui, d'air,
et dans l'air perdus.

Laisse-moi me perdre parmi les mots,
laisse-moi être l'air sur des lèvres,
un souffle vagabond sans contours
que l'air dissipe.

Même la lumière se perd en elle-même.
 
(trad: Colo)
L'autre côté du village / El otro lado del pueblo



Destino del Poeta
Octavio Paz

¿Palabras? Sí, de aire,
y en el aire perdidas.

Déjame que me pierda entre palabras,
déjame ser el aire en unos labios,
un soplo vagabundo sin contornos
que el aire desvanece.

También la luz en sí misma se pierde.

8 juin 2024

Recherche logis et.../ Se solicita hogar y...

 

 




Avis
          
  Jaime Augusto Shelley (Ciudad de México, 1937)

 

 

 

Recherche patio

avec pots rouges

et vapeur de dalle fraîchement arrosée.


Hauts arbres

avec oiseaux sylvestres

qui prennent leur bain habituel

et leur petit déjeuner

dans une fontaine simple

qui peu à peu verdît son paisible trait.


Un logis aux grilles ouvertes

est demandé.


(Trad:Colo)



Aviso Jaime Augusto Shelley (Ciudad de México, 1937)

Se solicita un patio
con macetas rojas
y vaho de ladrillo recién regado.


Árboles de altura
con pájaros silvestres
que hagan su ritual de baño
y desayuno
en una fuente de labra sencilla
que enmohezca a ritmo su apacible trazo.


Un hogar se solicita.
De cancel abierto.

5 juin 2024

Des gouttes de mélancolie / Gotas de melancolía

 

Mélancolie


Rubén Dario  1867-1916,  Nicaragua


À Domingo Bolivar (un peintre colombien sans succès, grand ami à lui, juste décédé)


Frère, toi qui possèdes la lumière, dis-moi la mienne.

Je suis comme un aveugle. Je vais sans but et je marche à tâtons.

Je vais sous les tempêtes et les orages

aveugle de rêve et fou d’harmonie.


Voilà mon mal. Rêver. La poésie

est la camisole ferrée aux mille pointes sanguinaires

que je porte en mon âme. Les épines sanglantes

laissent tomber les gouttes de ma mélancolie.


Ainsi je vais, aveugle et fou, par ce monde amer ;

parfois le chemin me semble interminable,

et parfois si court…


Et dans ce vacillement entre courage et agonie,

je porte le fardeau de peines que je supporte à peine.

N’entends-tu pas tomber mes gouttes de mélancolie ?

 

 

Edvard Munch Melancholy 1894-96


  

Melancolía

 

Rubén Dario                                                                              

                                                                              A Domingo Bolívar

      

Hermano, tú que tienes la luz, dime la mía.

  Soy como un ciego. Voy sin rumbo y ando a tientas.

  Voy bajo tempestades y tormentas

  ciego de ensueño y loco de armonía.


   Ese es mi mal, soñar. La poesía

    es la camisa férrea de mil puntas cruentas

    que llevo sobre el alma. Las espinas sangrientas    

     dejan caer las gotas de mi melancolía.


     Y así voy, ciego y loco, por este mundo amargo.

      a veces me parece que el camino es muy largo

      y a veces que es muy corto…


      Y en este titubeo de aliento y agonía,

     cargo lleno de penas lo que apenas soporto.

   ¿No oyes caer las gotas de mi melancolía?


Rubén Dario est le fondateur du mouvement littéraire moderniste dans la langue hispano-américaine

29 mai 2024

Une excellente nouvelle

 

Peut-être, si vous suivez ce blog depuis dix ans, vous souvenez-vous de Ramane (j’ai raconté son /notre son histoire ici ) ce brillant et jeune Béninois que nous avions aidé pour ses études à Cotonou, qui avait ensuite obtenu une bourse du gouvernement français pour faire un master à Amiens...qui est venu nous voir plusieurs fois et vit maintenant près de Paris avec sa femme et ses deux enfants. Ils font partie de notre famille et viendront passer quelques jours prochainement.


Informaticien, il s’est spécialisé en cybersécurité, a monté sa propre entreprise qui est florissante. Banques, compagnies privées, tout le monde doit protéger son système informatique...

Il a développé en même temps un programme ambitieux pour l’Afrique et vient de recevoir un prix.

 


 

(Ramane à droite)


Voilà l’excellente nouvelle que je tenais à partager avec vous.

Le lauréat de ce prix prestigieux a été sélectionné pour son engagement continu à informer et à éduquer le public sur les défis et les meilleures pratiques en matière de cybersécurité. Son travail remarquable a contribué à sensibiliser un large public aux risques cybernétiques et à promouvoir une culture de la sécurité numérique sur le continent.”

https://cybersecuritymag.africa/africa-cybersecurity-mag-recompense-lors-du-cyber-africa-forum-2024


21 mai 2024

Histoire et géant

 

Transformé en centre culturel, La Misericordia est à l’origine un bâtiment austère fondé en 1677 pour être une institution bénéfique où on accueillait pauvres et malades et cultivait un potager. Au XIXºs il a été reconstruit puis on y ajouta un second bâtiment.

Cet ensemble se trouve à l’extrême nord de La Rambla, Costa de la Sang, à côté du vieil Hôpital Général. Dans la partie ancienne de la ville de Palma.





Ce centre culturel est superbe, il dispose d’une grande bibliothèque, (dont la bibliothèque Luís Alemany spécialisée dans tout ce qui est relatif aux Baléares). Dans la chapelle il y a des nombreuses expositions, dans le jardin des statues.

L’ensemble est inattendu et vert, agréable, intéressant.



Mais ce qu’il y a de plus impressionnant c’est un arbre qui date plus ou moins de 1827 quand on y créa un jardin botanique. Un Ficus macrophylla,

J’ai essayé de le photographier le mieux possible, il est tellement gigantesque que ce n’est pas mince affaire. Arbre emblématique de Palma que les habitants sont fiers de montrer aux visiteurs.