11 sept. 2019

Reste l'important / Queda lo importante



La première passion de Rafael Alberti, grand poète espagnol né en Andalousie en 1902, fut la peinture. Dans le prochain billet je vous raconterai sa vie, son œuvre, mais aujourd’hui c’est un poème où il évoque l’œuvre picturale de Gogh qui m’a attirée, amusée et fait frémir aussi.
Alors j’ai décidé de ne mettre aucune illustration, et si vous êtes comme moi, vous “verrez” les tableaux dont il parle.(à part les hirondelles qui ne me disent rien).

La primera pasión de Rafël Alberti, nacido en 1902, fue la pintura. En la próxima entrada os contaré su vida, su obra, pero hoy es un poema donde evoca la obra pictórica de Van Gogh que me atrajo, me divirtió.
Decidí pues no poner ninguna ilustración y, si sois como yo, “veréis” los cuadros de los cuales habla.

Van Gogh

Coup de pinceau
brûlé.
Source
de courant
apparent
désordonné.
Matinale
hirondelle
source.

Tourbillonne,
paysanne,
ondule.
Nuit en cercle roue,
bleuit
le bois.

Crépite,
petit chêne infini,
tison,
le paysage:
braise mouvante,
mer,
houle.

Nucléaire
démence en jaune,
pinceau couteau,
tournesol,
sanglant
jaune soleil,
violent
anneau.

Jaune des blés,
verte hallucination,
orange, vermillon,
métal,
crie,
cauchemar
mortel,
humble chaise.
Fleur,
chandelle
jaune.

Se coupe,
se recoupe
ta couleur,
s’exalte,
vole,
peintre.

Mais reste ce qui importe:
haute,
la trace.

(Trad: Colo)                                  Dans "À la peinture" 1948




Rafael Alberti Van Gogh

Pincelada
quemada.
Fuente
de aparente
corriente
desordenada.
Matutina,
golondrina
fuente.

Se arremolina,
campesina,
ondula.
Noche en círculo rueda,
azula
la arboleda.

Crepita,
carrasca infinita,
tizo,
el paisaje:
rescoldo movedizo,
mar,
oleaje.

Nuclear
demencia en amarillo,
pincel cuchillo,
girasol,
cruento
amarillo sol,
violento
anillo.

Gualda trigal,
verde alucinación,
naranja, bermellón,
metal,,
chilla,
pesadilla
mortal,
humilde silla.
Flor,
candela
amarilla.

Se corta,
se recorta
tu color,
se exalta,
vuela,
pintor.

Mas permanece lo que importa:
alta,
la estela.
en A la pintura, 1948





5 sept. 2019

Une faim inutile / Un hambre inútil



Dans ce poème, Pablo Neruda dit la nature, la mer, alliées à l’absence d'amour ou d'un amour plutôt. Lu à voix haute il sonne bien, très bien même en espagnol, je crois qu'en traduction il n'est pas trop mal non plus...
 
http://the-warriors-rpg.eklablog.com/pinede-a144892898



Ici je t’aime.
Dans les pins sombres se démêle le vent.
La lune étincelante luit sur les eaux vagabondes.
Et les jours, tous égaux, se poursuivent.
 
La brume se défait en figures dansantes.
Une mouette argentée se décroche du crépuscule.
Une voile parfois. Hautes, hautes étoiles.
 
Ou la croix noire d’un bateau.
Seul.
Je me lève parfois à l’aube, et même mon âme est humide.
Sonne, résonne la mer lointaine.
Voici un port.
Ici je t’aime.
 
Ici je t’aime, en vain te cache l’horizon.
Je t’aime encore parmi ces froides choses.
Parfois mes baisers vont sur ces graves bateaux
qui courent sur la mer sans
jamais arriver.
 
Je me vois oublié comme ces vieilles ancres.
Si tristes sont les quais lorsque le soir accoste.
Ma vie est fatiguée de sa faim inutile.
J’aime ce que je n’ai pas. Toi tu es si distante.
 
Mon ennui se débat dans les lents crépuscules.
Mais la nuit vient, chante
déjà pour moi .
La lune fait tourner ses rouages de songe.
 
Avec tes yeux me voient les étoiles majeures.
Du même amour que moi, les grands pins dans le vent
veulent chanter ton nom de leurs feuilles de fer.
 
Pablo NERUDA, Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée (1923-1924)
Trad Colo inspirée de celle de Pierre Thiollière

Aquí te amo.
En los oscuros pinos se desenreda el viento.
Fosforece la luna sobre las aguas errantes.
Andan días iguales persiguiéndose.

Se desciñe la niebla en danzantes figuras.
Una gaviota de plata se descuelga del ocaso.
A veces una vela. Altas, altas estrellas.

O la cruz negra de un barco.
Solo.
A veces amanezco, y hasta mi alma está húmeda.
Suena, resuena el mar lejano.
Este es un puerto.
Aquí te amo.

Aquí te amo y en vano te oculta el horizonte.
Te estoy amando aún entre estas frías cosas.
A veces van mis besos en esos barcos graves,
que corren por el mar hacia donde no llegan.

Ya me veo olvidado como estas viejas anclas.
Son más tristes los muelles cuando atraca la tarde.
Se fatiga mi vida inútilmente hambrienta.
Amo lo que no tengo. Estás tú tan distante.

Mi hastío forcejea con los lentos crepúsculos.
Pero la noche llega y comienza a cantarme.
La luna hace girar su rodaje de sueño.

Me miran con tus ojos las estrellas más grandes.
Y como yo te amo, los pinos en el viento, quieren cantar tu nombre con sus hojas de alambre.

Pablo Neruda

29 août 2019

Golden hour


Se balader en plein été ici n’est agréable qu’avant huit heures du matin, mais cette semaine il y a eu, enfin, un gros orage et hier soir il faisait délicieux. Une brise fraîche caressait nos peaux nues, personne au village ne voulait rater ce moment si rare depuis des mois.

Ces dames âgées, grandes connaisseuses de la nature et surtout très gourmandes, nous ont fait sourire puis rire. En passant devant les figuiers, sans hésitation, hop, elles ont levé leurs cannes pour décrocher les fruits les plus appétissants. Ensemble, et additionné de quelques mûres voisines, un apéritif-fruits s’est improvisé.

 




 

Un mouton gourmand et affamé sans doute attend patiemment que les figues tombent

À 8h du soir, la lumière est de celles qu’on voudrait garder en soi pour longtemps. Tout près de chez nous, pourquoi diable aller loin?

C’est cette lumière, cette paix qu’à travers ces photos je voudrais partager avec vous ce matin.








21 août 2019

Souvenirs imaginés / Recuerdos imaginados


Julia Uceda, née à Sevilla en 1925 est poète et fut professeur de Lettres dans des Universités Espagnoles et Nord-Américaines.

Julia Uceda, nacida en Sevilla en 1925 es poeta y fue profesora de Letras en Universidades españolas y norte americanas.

Il me plaît ce poème où l’on joue avec le temps, un temps où l’eau et la lumière sont si présents.

Me gusta este poema donde se juega con el tiempo, un tiempo donde el agua y la luz están muy presentes.

Le temps me rappelle

Se souvenir n’est pas toujours revenir à ce qui a été.
Il est dans la mémoire des algues qui entraînent d’étranges merveilles;
des objets qui ne nous appartiennent pas ou qui n’ont jamais surnagé.
La lumière qui parcourt les abîmes
illumine les années antérieures à moi, pas vécues
mais dont je me souviens comme si c’était hier.
Vers l’an mille neuf cents
je me suis promenée dans un parc qui est à Paris -était -
enveloppé de brume.
Ma robe avait la même couleur que la brume.
La lumière était la même qu’aujourd’hui
-septante ans plus tard -
quand la brève tempête a passé
et qu’à travers les vitres je vois passer les gens,
depuis cette fenêtre si proche des nuages.
Dans mes yeux semble pleuvoir
un temps qui n’est pas le mien.
(Trad:Colo)

Julia Uceda

El tiempo me recuerda

Recordar no es siempre regresar a lo que ha sido.
En la memoria hay algas que arrastran extrañas maravillas;
objetos que no nos pertenecen o que nunca flotaron.
La luz que recorre los abismos
ilumina años anteriores a mí, que no he vivido
pero recuerdo como ocurrido ayer.
Hacia mil novecientos
paseé por un parque que está en París -estaba-
envuelto por la bruma.
Mi traje tenía el mismo color de la niebla.
La luz era la misma de hoy
-setenta años después-
cuando la breve tormenta ha pasado
y a través de los cristales veo pasar la gente,
desde esta ventana tan cerca de las nubes.
En mis ojos parece llover
un tiempo que no es mío.

13 août 2019

Pour les siècles des siècles / Por los siglos de los siglos


L’amusant poème d’aujourd’hui est une plongée dans nos enfances, jeunesses, et cette question que je me suis posée: quelles recettes de ma grand-mère, de ma mère ai-je copiées ou transformées? Il y en a pas mal, et vous? (les hommes sont bien sûr inclus!)

El divertido poema de hoy es una inmersión en nuestras infancias, juventudes, y esa pregunta que me hice:¿qué recetas de mi abuela, de mi madre copié, trasformé yo? Hay bastantes, ¿y vosotros?


L'auteure est une jeune espagnole, Patricia García-Rojo née à Jaen en 1984
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Et alors dieu unit les femmes par des recettes,
et de mère en fille,
et de grand-mère en petite-fille,
elles copièrent, améliorèrent,
perfectionnèrent, défirent
et confessèrent
premiers et seconds plats,
sucreries, desserts et goûters
avec une touche de sel, une griotte,
miel, cannelle,
s’éternisant toutes
les unes dans les autres
pour les siècles des siècles
amen.

(Trad; Colo)

1903, les crêpes


Y entonces dios unió a las mujeres con recetas,
y de madre a hija,
y de abuela a nieta,
copiaron, mejoraron,
perfeccionaron, destrozaron
y confesaron
primeros y segundos platos,
dulces, postres y meriendas
con un toque de sal, una guinda,
miel, canela,
eternizándose todas
unas en las otras,
por los siglos de los siglos
amén.

Patricia García-Rojo (Jaén 1984)





5 août 2019

À la recherche de la maison/ Buscando la casa

The house among the roses Claude Monet 1925
 Alors...le poème d'aujourd'hui parle de ce tableau. L'auteure est la jeune
Martha Asunción Alonso (Madrid 1986); j'imagine qu'elle l'a vu au Musée 
Thyssen de Madrid et celui qu'elle a vu est celui-ci (je ne peux le copier, il est
 protégé) https://coleccioncarmenthyssen.es/en/work/la-casa-entre-las-rosas/
 Vous voyez? La maison n'y est pas décelable!

El poema de hoy habla de este cuadro.  La autora del poema es Martha Asunción Alonso (Madrid 1986), me imagino que lo vio en el Museo Thyssen de Madrid, y el que vio es el siguiente (no lo puedo copiar, está protegido)
https://coleccioncarmenthyssen.es/en/work/la-casa-entre-las-rosas/ 
¿Veis? ¡La casa no se distingue!

En fait il existe 6 versions différentes du même tableau, peintes par Monet en
  automne 1925, avec différentes lumières.

Existen 6 versiones distintas del mismo cuadro, pintadas por Monet en otoño

 1925, con luces distintas.


The house among the roses (Monet, 1925)
Martha Asunción Alonso

Tous la signalaient du doigt, ils acquiesçaient,
s’éloignaient pour mieux observer, fixement,
comme des enfants suivant des yeux un cerf-volant sur la plage.

Une femme utilisait même des jumelles,
très sérieuse et discrète, la tête inclinée,
comme elle le ferait pour scruter la fausse carte d’un trésor.

Je me sentais imbécile. Je me souviens avoir pensé: peut-être
la maison parmi les roses se trouve-t-elle en dehors du cadre,
là où personne ne pense,
là où la vue se voile.
Peut-être avons-nous perdu le temps à chercher l’animal
jamais son ombre;
l’éclat du soleil sur la source, pas la soif.

J’y pensai un bon moment, comme aveugle,
tandis que les japonais souriaient.

Car peut-être la maison n’est que les roses
et ce ciel bleu turquoise,
joie compacte et feu facile.

Aujourd’hui je crois que la maison parmi les roses a toujours été
nous. À sa recherche.

Trad: Colo



The house among the roses (Monet, 1925)

Martha Asunción Alonso

Todos la señalaban con el dedo, asentían,
se alejaban para observar mejor, muy fijamente,
como niños siguiendo una cometa por la playa.


Una mujer incluso usaba unos prismáticos,
muy seria y sigilosa, la cabeza inclinada,
igual que si escrutase un mapa falso del tesoro.


Yo me sentía imbécil. Recuerdo que pensé: quizá
la casa entre las rosas esté fuera del cuadro,
donde nadie la piensa,
allí donde se nubla tu mirada.
Quizá hayamos perdido el tiempo buscando el animal,
nunca su sombra;
el destello del sol sobre la fuente, no la sed.


Seguí pensando un rato, como ciega,
mientras los japoneses sonreían.


Porque tal vez la casa sólo fuera las rosas
y aquel cielo turquesa,
alegría compacta y lumbre fácil.


Hoy creo que la casa entre las rosas siempre fuimos
nosotros. En su busca.

(De Detener la primavera, Madrid, Hiperión 2011



2 août 2019

"Lo nuestro es pasar", Notre destin est de passer, A.Machado, fin.


Entre la dictature de Primo de Rivera et celle de F. Franco, les huit ans de République furent une époque faste (pour certains!) mais bien courte, bien trop courte pour A. Machado.
Si, dès l’arrivée du nouveau dictateur, il met sa plume et son énergie au service de la République, il connaît une des plus grandes souffrance de sa vie: son frère Manuel qu’il aime tant et avec lequel il a écrit, voyagé, prend le parti des nationalistes. Rupture définitive entre les deux frères.

Cette guerre civile dura trois ans de ‘36 à ‘39 et les poèmes écrits par Machado à cette époque ont, vous l’imaginez bien, perdu cette symbiose avec la nature. On y parle de mort, de morts.


https://www.slideshare.net/100005043120186/el-crimen-fue-en-granada-81190512 Machado Y Lorca



Voici le premier, sur l’exécution de F.Garcia Lorca:
Il y a eu crime dans Grenade
A Federico Garcia Lorca
I
Le crime
On l’avait vu, cheminant entre des fusils
par une longue rue,
apparaître dans la campagne froide,
encore étoilée, la campagne du matin.
Ils ont tué Frédéric
à l’heure où surgissait la lumière.
Le peloton des bourreaux
n’osait le regarder en face.
Ils ont tous fermé les yeux,
ils ont prié : Dieu lui-même ne te sauverait pas !
Il est tombé mort, Frédéric
- sang au front et aux entrailles. –
Il y a eu crime dans Grenade !
Vous savez ? – pauvre Grenade ! – sa Grenade !...
Traduit de l’espagnol par Jean Cassou 
 



El crimen fue en Granada
A Federico Garcia Lorca

I
El crimen
Se le vio, caminando entre fusiles,
por una calle larga,
salir al campo frío,
aún con estrellas, de la madrugada.
Mataron a Federico
cuando la luz asomaba.
El pelotón de verdugos
no osó mirarle la cara.
Todos cerraron los ojos;
rezaron: ¡ni Dios te salva!
Muerto cayó Federico.
-sangre en la frente y plomo en las entrañas-.
...Que fue en Granada el crimen
sabed -¡pobre Granada!-, en su Granada...

Et puis ces vers qui m’ont toujours tant émue, bouleversée:

Petit Espagnol qui viens au monde.
Que Dieu te garde.
Une des deux Espagne
Va te geler le coeur”

Españolito que vienes
al mundo te guarde Dios.
una de las dos Españas
ha de helarte el corazón.”

Juan Manuel Serrat a tant chanté les poèmes de Machado:

Ici, Serrat, jeune:


Puis il y eût la fuite, Valencia, Barcelona enfin, il est déjà en mauvaise santé. Le 2 février 1939, en compagnie de sa mère et d’un de ses frères, ils entreprennent à pied, dans le froid, le voyage épuisant vers la France. Et ils arrivent à Colliure où ils logent dans une auberge. Il y mourra une vingtaine de jours plus tard, sa mère ne lui survivra que quelques jours.



« Machado dort à Collioure 
Trois pas suffirent hors d'Espagne
Que le ciel pour lui se fit lourd 
Il s'assit dans cette campagne 
Et ferma les yeux pur toujours” Aragon.
(lire le poème entier:

Jean Ferrat l’a chanté:



Voilà, vie et mort, comme écrivait le poète: “Lo nuestro es pasar” (Notre destin est de passer)

Sur sa tombe, ces vers:


« Et quand viendra le jour du dernier voyage,
quand partira la nef qui jamais ne revient,
vous me verrez à bord, et mon maigre bagage,
quasiment nu, comme les enfants de la mer ».


PS: Je n'ai pas traduit ces billets sur A.Machado en espagnol parce que les natifs le connaissent fort bien, du moins ils devraient:-)

26 juil. 2019

A. Machado, au revoir à Soria / A. Machado se marcha de Soria


Machado suite

Pour terminer cette époque de la vie d’Antonio Machado à Soria qu’il va quitter, je voudrais vous faire lire ce poème le long du fleuve Douro ou Duero en español, fleuve qui est aussi appelé la colonne vertébrale de Castilla y León, c’est à dire la partie septentrionale de la Castille. 

Mais d’abord jetez un coup d’oeil à ces belles photos du Monastère de San Juan de Duero prises il y a peu par Sergio: https://escapadesphoto.fr/monastere-san-juan-de-duero


À cette époque, l’Espagne qui reste neutre lors de la guerre 14’-18’, Machado entretient une longue correspondance avec le poète Unamuno où les préoccupations religieuses tiennent un grand rôle. Machado plaide pour un christianisme humaniste, un Christ salvateur qu'on retrouve dans “Champs de Castille”. Il se trouvera bientôt pris, pour des raisons politiques, dans un autre “entre” dont nous parlions la semaine dernière.



Rives du Douro (Champs de Castille)



Printemps de Soria, humble printemps,
comme le songe d’un bienheureux
d’un pauvre voyageur assoupi de fatigue
au milieu d’une lande infinie! Carré de champ jaunâtre
comme bure grossière de paysanne,
prairie de velours poussiéreux
où paissent de maigres brebis! Petits lopins de terre dure et froide
où pointent le seigle et le blé
qui nous donneront un jour
notre pain noir. Et de nouveau des rocs et des rochers,
des pierres nues, des crêtes dénudées,
le domaine des aigles royaux,
broussailles et cistes,
herbes sauvages, buissons et ronces. Ô terre ingrate et forte, terre mienne !
Castille, tes villes décrépites !
l’âpre mélancolie
qui peuple tes sombres solitudes! Castille virile, terre austère,
Castille du mépris envers le sort,
Castille de la douleur et de la guerre,
terre immortelle, Castille de la mort! C’était un soir, quand les champs
fuyaient le soleil et que dans la stupeur de la planète
comme un globe violet apparaissait
la belle lune, aimée du poète. Dans le ciel mauve et violacé
une étoile claire brillait.
L’air assombri
rafraîchissait mes tempes et rapprochait
le murmure de l’eau à mon oreille. Entre des collines de plomb et de cendre,
parsemées de chênaies rongées
et entre des rocailles chauves de calcaire,
Les huit arches du pont allaient être assaillies
par le fleuve-père
qui sillonne le froid désert de Castille. Oh ! Douro, ton eau coule
et coulera tandis que le soleil de mai
fera couler les neiges blanches de janvier
par les gorges et les ravins,
tant que les montagnes auront
leur turban de neige et d’orage,
et que brillera l’olifant
du soleil, sous la nuée de cendres !…Et le vieux romancero
fut-il près de la rive le songe d’un trouvère ?
Peut-être comme toi et à jamais, Douro,
comme toi vers la mer coulera la Castille ?
(Traduction trouvée sans nom du traducteur) 

Orillas del Duero Campos de Castilla
¡Primavera soriana, primavera
humilde, como el sueño de un bendito,
de un pobre caminante que durmiera
de cansancio en un páramo infinito!¡Campillo amarillento,
como tosco sayal de campesina,
pradera de velludo polvoriento
donde pace la escuálida merina!¡Aquellos diminutos pegujales
de tierra dura y fría,
donde apuntan centenos y trigales
que el pan moreno nos darán un día!Y otra vez roca y roca, pedregales
desnudos y pelados serrijones,
la tierra de las águilas caudales,
malezas y jarales,
hierbas monteses, zarzas y cambrones.¡Oh tierra ingrata y fuerte, tierra mía!
¡Castilla, tus decrépitas ciudades!
¡La agria melancolía
que puebla tus sombrías soledades!¡Castilla varonil, adusta tierra;
Castilla del desdén contra la suerte,
Castilla del dolor y de la guerra,
tierra inmortal, Castilla de la muerte!Era una tarde, cuando el campo huía
del sol, y en el asombro del planeta,
como un globo morado aparecía
la hermosa luna, amada del poeta. En el cárdeno cielo violeta
alguna clara estrella fulguraba.
El aire ensombrecido
oreaba mis sienes y acercaba
el murmullo del agua hasta mi oído. Entre cerros de plomo y de ceniza
manchados de roídos encanares,
y entre calvas roquedas de caliza,
iba a embestir los ocho tajamares
del puente el padre río,
que surca de Castilla el yermo frío.¡Oh Duero, tu agua corre
y correrá mientras las nieves blancas
de enero el sol de mayo
haga fluir por hoces y barrancas;
mientras tengan las sierras su turbante
de nieve y de tormenta,
y brille el olifante
del sol, tras de la nube cenicienta!…¿Y el viejo romancero
fue el sueño de un juglar junto a tu orilla?
¿Acaso como tú y por siempre, Duero,
irá corriendo hacia la mar Castilla?



Castilla la vieja
Certains excellents sites, comme celui-ci (2 parties) racontent en détails la vie de Machado http://jacqueline.baldran.over-blog.com/pages/Antonio_Machado_1-8816808.html alors je vous la raconte à ma façon:-)

Notre Antonio part à Ségovie où il reste simple professeur de français, mais cette Espagne qu’il aime tant, à laquelle il souhaite de sortir de la pauvreté, de l’inculture, va bientôt entrer dans une époque très noire. En 1923 Primo de Rivera installe la dictature militaire. Machado fonde une section de la Ligue des Droits de l’homme. Il là il va s’engager, avec tant d’autres”plumes” amies comme Albertí et Garcia Lorca. Il publie “Proverbes et chansons” puis “Nouvelles chansons”, des textes philosophique sous un pseudo...Et il écrit avec son frère tant aimé, Manuel, des pièces de théâtre.

Et voilà, et je terminerai ci pour aujourd’hui, que l’amour revient dans sa vie. Non, sans un autre “entre” car la dame est mariée. Pauvre Antonio, si droit dans ses bottes: deux coups de foudre, d’abord une jeune fille mineure puis une dame mariée qui est surnommée Guiomar. 

 

19 juil. 2019

A. Machado, un homme de l'ombre / A.Machado, un hombre de la sombra


Antonio Machado (Première partie) (Primera parte)


Neruda disait d'Antonio Machado qu’il était « très silencieux et discret, doux et sévère comme un très vieil arbre d’Espagne ».
Dans toutes les biographies que j’ai lues de lui, Antonio Machado est décrit comme une homme bon et humble, un homme qui aime l'ombre et les gens simples, les travailleurs qu’il mentionne souvent dans ses vers.



« Chaque fois que j’ai affaire à des hommes de la campagne, je pense à toutes les choses qu’ils savent et que nous ignorons et combien il leur importe peu de connaître tout ce que nous savons. »

Jamais je n’ai cherché la gloire
Ni voulu dans la mémoire
des hommes
Laisser mes chansons
Mais j’aime les mondes subtils
Aériens et délicats
Comme des bulles de savon.
J’aime les voir s’envoler,
Se colorer de soleil et de pourpre,
Voler sous le ciel bleu, subitement trembler,
Puis éclater.

Né à Sevilla en 1875, mais, comme il l’écrit dans son autobiographie “De huit à trente deux ans j’ai vécu à Madrid, exception faite des années 1899 et 1902 que j’ai passées à Paris. J’ai été éduqué à l’ Institución Libre de Enseñanza et je conserve un grand amour pour mes maîtres. Je suis passé par L’institut et L’université, mais la trace que je conserve de de ces centres est une grande aversion pour tout ce qui est académique”.
Son premier recueil de poèmes parut en 1903 “Soledades”, (Solitudes), sa poésie est déjà et restera toujours simple, sobre, pleine de réflexions sincères qui le rendent si humain et le rapproche de nous tous. 
 



Antonio Machado était traducteur mais surtout professeur de français et lorsqu’une place intéressante lui est offerte à Soria, petite ville de Castille, il accepte et s’installe dans une pension. Et là il tombe éperdument amoureux de la fille des propriétaires qui n’a, selon les biographies, que 13 ou 15 ou 16 ans. Lui en a 32, ses amis se moquent de lui mais... Leonor Izquierdo est sous son charme et dès qu’elle atteint l’âge requis, ils se marient. Ils voyagent à Paris, font des projets, mais hélas elle meurt 3 ans après de tuberculose. A. Machado est inconsolable et elle restera le grand amour de sa vie.
Leonor Izquierdo

Machado sera toute sa vie une personne “entre”, ici entre ses souvenirs d’enfance andalouse et la fascination pour La Castille, il publie en 1912 le superbe recueil “Champs de Castille”. (nous verrons d’autres “entre” dans le prochain billet.)

Soria

Je terminerai cette première partie de sa vie par ces mots de lui:
Quatre principes dont il faut tenir compte: Le contraire est aussi fréquent. Il ne suffit pas de bouger pour rénover. Il ne suffit pas de rénover pour améliorer. Il n’y a rien qui soit absolument “empirable”.


Decía Neruda de Machado que era ”muy silencioso y discreto, dulce y severo como un viejísimo árbol de España”.

En todas la biografías  que leí de él, se le describe como un hombre bueno y humilde, que nunca buscó la luz y a quién gustaba la gente del pueblo, los trabajadores que tantas veces menciona en sus versos.
«Siempre que trato con hombres del campo pienso en lo mucho que ellos saben y nosotros ignoramos, y en lo poco que a ellos importa conocer cuanto nosotros sabemos»

Nunca perseguí la gloria
ni dejar en la memoria
de los hombres mi canción;
yo amo los mundos sutiles,
ingrávidos y gentiles
como pompas de jabón.
Me gusta verlos pintarse
de sol y grana, volar
bajo el cielo azul, temblar
súbitamente y quebrarse.

Nació en Sevilla en 1875, pero, tal y como lo escribe en su autobiografía .!
Desde los ocho a los treinta y dos años he vivido en Madrid con excepción del año 1899 y del 1902 que los pasé en París. Me eduqué en la Institución Libre de Enseñanza y conservo gran amor a mis maestros: (...). Pasé por el Instituto y la Universidad, pero de estos centros no conservo más huella que una gran aversión a todo lo académico.”

Su primer libro de poemas, titulado Soledades salió en 1903, su poesía es y será siempre simple, sobria, llena de reflexiones sinceras que le dan un lado tan humano, tan cercano a nosotros.

Antonio Machado era traductor pero sobre todo profesor de francés y cuando se le ofreció un puesto interesante en Soria aceptó y se instaló en una pensión. Allí se enamoró locamente de la hija de los dueños que, según las biografías no tenia más de 13, 15 o 16 años. Él tenía 32 años y sus amigos se burlaron de él, pero...Leonor Izquierdo , bajo los encantos del profesor, tuvo que esperar hasta tener la edad para casarse y se fueron de viaje a París. Tenían muchos planes juntos pero a las tres años de la boda elle murió de tuberculosis. A. Machado fue inconsolable y Leonor quedará el gran amor de su vida.

A.M. será toda su vida una persone “entre”, aquí entre sus recuerdos de infancia andaluza y la fascinación y el amor que tiene por Castilla. En 1912 publica los poemas “Campos de Castilla”, magnífico. (veremos otros “entre” en la próxima entrada).

Termino esta primera parte con estas palabras de él:
Cuatro principios a tener en cuenta: Lo contrario es también frecuente. No basta mover para renovar. No basta renovar para mejorar. No hay nada que sea absolutamente empeorable”