20 avr. 2017

Doutes et amples horizons / Dudas y anchos horizontes



Quand j'arriverai à la vieillesse
-si j'y arrive-
et me regarderai dans le miroir
et compterai mes rides
comme une délicate orographie
de peau distendue.
Quand je pourrai compter les marques
qu'ont laissé les larmes
et les préoccupations,
et que déjà mon corps répondra lentement
à mes désirs,
quand je verrai ma vie enrobée
de veines bleues,
de profondes cernes,
et que je lâcherai ma chevelure blanche
pour m’endormir tôt
-comme il se doit-
quand viendront mes petits-enfants
s’asseoir sur mes genoux
rouillés par le passage de tant d’hivers,
je sais qu’encore mon cœur
sera -rebelle- à tictaquer
et que les doutes et les amples horizons
salueront aussi
mes matins.
(Trad: Colo)
*André Derain -  Madame Matisse au kimono



Desafío a la vejez Gioconda Belli
Cuando yo llegue a vieja
-si es que llego-
y me mire al espejo
y me cuente las arrugas
como una delicada orografía
de distendida piel.
Cuando pueda contar las marcas
que han dejado las lágrimas
y las preocupaciones,
y ya mi cuerpo responda despacio
a mis deseos,
cuando vea mi vida envuelta
en venas azules,
en profundas ojeras,
y suelte blanca mi cabellera
para dormirme temprano
-como corresponde-
cuando vengan mis nietos
a sentarse sobre mis rodillas
enmohecidas por el paso de muchos inviernos,
sé que todavía mi corazón
estará -rebelde- tictaqueando
y las dudas y los anchos horizontes
también saludarán
mis mañanas.



*André Derain (Chatou, 1880 - Garches, 1954) peintre fauviste, grand ami de Matisse.

12 avr. 2017

Fauves dorés / Doradas fieras



Sans doute, oui sans doute un billet sur nos 17 lapins nouveaux-nés accompagné d’adorables photos aurait-il été plus approprié en ces jours de Pâques.
Mais non, c’est un poème surréaliste d’Octavio Paz qui m’a étonnée, m'a fait sourire et me demander où il avait été chercher tant de choses à dire sur...deux yeux.

Tal vez, sí tal vez una entrada sobre nuestros 17 conejitos recién nacidos , acompañada de fotos muy monas hubiera sido más apropiado en estos días de Pascua.
Pero no, es un poema surrealista de Octavio Paz que me ha sorprendido, hecho sonreír y preguntarme de dónde había sacado tantas cosas que decir sobre...dos ojos.

Octavio Paz ( Mexique 1914-1998)
 
Tes yeux 
 
Tes yeux sont la patrie
de l'éclair et de la larme,
silence disert,
tempêtes sans vent, mer sans vagues,
oiseaux prisonniers, fauves dorés endormis,
topazes impies comme la vérité,
automne dans une clairière
où la lumière chante sur l’épaule
d'un arbre, et où toutes les feuilles sont oiseaux,
plage que le matin trouve constellé d'yeux,
panier de fruits de feu,
mensonge nourricier,
miroirs de ce monde, porte de l'au delà,
pulsation tranquille de la mer à midi
absolu qui scintille,
désert.

traduction Colo (inspirée par celle d’ E. Dupas )

Silvana Canetti (Uruguay)
" Los ojos de Ariadna"


Tus ojos O. Paz
Tus ojos son la patria
del relámpago y de la lágrima,
silencio que habla,
tempestades sin viento,
mar sin olas, pájaros presos,
doradas fieras adormecidas,
topacios impíos como la verdad,
otoño en un claro del bosque
en donde la luz canta en el hombro
de un árbol y son pájaros todas las hojas,
playa que la mañana
encuentra constelada de ojos,
cesta de frutos de fuego,
mentira que alimenta,
espejos de este mundo,
puertas del más allá,
pulsación tranquila del mar a mediodía,
absoluto que parpadea, páramo.

3 avr. 2017

Souvenirs citadins / Recuerdos urbanos


Les lieux communs

Elena Felíu Arquiola, Valencia 1974
 

La ville se conserve dans le souvenir,
pliée et disponible,
comme une carte affective
sur qui la mémoire a signalé
d’une croix la rue
et le bar et la terrasse
et la cafétéria
et le petit bout de trottoir
où l’on a entrevu un instant
un bonheur insaisissable.
(Trad: Colo)
Extrait de "Las palabras y los días"

 
Antwerpen, Anvers, Amberes, ma ville natale

Los lugares comunes
Elena Felíu Arquiola, Valencia 1974

 

La ciudad se conserva en el recuerdo,
doblada y disponible,
como un mapa afectivo
en el que la memoria ha señalado
con una cruz la calle
y el bar y la terraza
y la cafetería
y el trocito de acera
donde se adivinó por un instante
una felicidad esquiva. 

(De Las palabras y los días)

27 mars 2017

Un tigre-poète / Un tigre-poeta


Un tigre

MERCEDES ESCOLANO, Cádiz, España, 1964


Je pense à un tigre. Il descendra en ville
à l’heure où s’ouvrent les bars
et se répand un intense parfum
humain. La nuit tombe. Assoiffé
il s’accoudera au bar et boira
quelques verres les yeux allumés
du brillant sinistre et métallique,
souple sa langue, parfumé le local
avec le va-et-vient continuel des clients.
Du fond parvient un blues élastique et le hurlement
endiablé des machines à sous.
Il observe en silence et trempe ses crocs.
La griffe que cache sa chemise le trahit.
Personne ne dirait -à son aspect-
que c’est un cruel assassin de la jungle,
mais plutôt un homme peu pressé, indolent,
incapable de s’inventer
une autre routine.
Chaque vendredi, tendre et solitaire,
il commettra un crime sans autre trace
qu’un poème oublié sur le bar.

(Trad:Colo et merci à Adrienne)

Juan Gris, 1912, Hombre en el bar


Un tigre 

MERCEDES ESCOLANO, Cádiz 1964 

Pienso en un tigre. Bajará a la ciudad
a la hora en que abren los bares
y se expande un intenso perfume
humano. Anochece. Sediento
se acodará en la barra y beberá
unas copas con los ojos prendados
del brillo siniestro y metálico,
dúctil su lengua, aromado el local
con un vaivén continuo de clientes.
De fondo un blues elástico y el rugir
endiablado de las máquinas tragaperras.
Observa en silencio y remoja sus fauces.
Le delata la garra que esconde su camisa.
Nadie diría —por su aspecto—
que es un cruel asesino de la selva,
sino un hombre sin prisas, indolente,
incapaz de inventar
se otra rutina.
Cada viernes, tierno y solitario,
cometerá un crimen sin más rastro
que un poema olvidado sobre la barra.



21 mars 2017

Un salut si amical à l'ami Georges


Sur l’autoroute, de retour vers l’Espagne, une indication nous a fait faire un petit détour: Sète.
Nous rêvions depuis si longtemps d’aller saluer le vieil ami Georges enterré “Sur la plage” selon la chanson, dans un cimetière “plus marin que le tien” qu'il disait à Paul Valéry.


Brassens a grandement influencé toute une génération d’auteurs-interprètes espagnols en exil, vous connaissez sans doute Joan Manuel Serrat ou Paco Ibañez qui a traduit et interprété tant de chansons de lui, en voici une.




La mauvaise réputation” a été chantée par, que je sache, au moins une dizaine de chanteurs et groupes, sur tous les tons. Mais saviez-vous que Brasses lui-même l’avait chantée en espagnol?





Pas mal, non?

Il y en a une autre, “La cane de Jeanne”, La Pata de Juana,  fort amusante chantée par Brassens!


14 mars 2017

Nuit témoin / Noche testigo



Un jour je reçois ce gentil message:
"Je suis auteure, poète. Et je tombe sur votre blog à deux reprises en faisant de petites recherches.
Je suis très sensible à la poésie espagnole.
Je vous remercie de m'avoir fait découvrir de grands poèmes."

Signé: Laurine Rousselet.

Nous prenons contact, et sur mon offre de traduire/publier un ou deux de ses poèmes...voici le premier.

Un día recibo un mensaje muy amable y alentador de la poetisa francesa Laurine Rousselet. No la conocía y le ofrecí traducir un par de poemas suyos al español. Aquí tienen el primero:

 
Robinet Testart, Hypsipyle écrivant. Manuscrit, vers 1496-1498 © Bnf, Paris, FR 875



la fièvre se tient dans la valise
gagnée par le temps et l’itinérance
ouvrir sa trousse
y fourrer de l’écrire
du bleu et des galets
des rendez-vous capables

le ciel n’est pas pastel
il coûte des rideaux de pluie
ombres
déflagrations

sauter dans la vie
les deux pieds trempés d’incertitude

Laurine Rousselet
Extrait de: Nuit témoin, éditions Isabelle Sauvage, Plounéour-Ménez, France, 2016.
                                 

la fiebre está en la maleta
vencida por el tiempo y los traslados
abrir el estuche
embutir lo escrito
el azul y los guijarros
y las citas posibles

El cielo no es apastelado
cuesta cortinas de lluvia
sombras
estallidos

saltar a la vida
los pies empapados de incertidumbre.

(Trad: Colo)

1 mars 2017

D'autres cieux / Otros cielos

Foto Colo, 27 de febreo 2017



Autre ciel  Mario Benedetti

Il n'existe pas d'éponge pour laver le ciel
mais même si tu pouvais le savonner
et ensuite lui jeter des seaux et des seaux de mer
et le tendre au soleil pour qu'il sèche
il manquerait toujours l'oiseau en silence
(Trad: Colo)

Otro cielo Mario Benedetti

No existe esponja para lavar el cielo
pero aunque pudieras enjabonarlo
y luego echarle baldes y baldes de mar
y colgarlo al sol para que se seque
siempre faltaría el pájaro en silencio

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La pluie nous donne des iles
De soleil
Ta voix comme un oiseau
De ciel !

(Veronica B, merci, merci!)

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Ces vers pour vous dire aussi que ce blog prend une pause-vacances: je m'en vais vers des cieux aussi gris, je crois, mais remplis de voix, de sourires chaleureux...

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Estos versos para deciros que este blog coge una pausa, me voy hacia unos cielos también grises, creo, pero hacia voces y sonrisas calurosas...