30 août 2026

Peupliers / Álamos

  

Suite au billet sur l’enfance de G.García Lorca et les peupliers, une amie m’a demandé un complément sur la relation entre ce poète et cet arbre. J’espère que vous le trouverez aussi beau et profond qu’elle et moi !


Lorca et ses sœurs en Andalousie


Les peupliers d'argent 


F. García Lorca



Les peupliers d’argent
Qui s’inclinent sur l’eau
Savent tout, mais ne parleront jamais.
Le lys de la fontaine
Tait sa tristesse.
Tout est plus digne que l’humanité!


Face au ciel étoilé, la science du silence
Appartient à la fleur tout autant qu’à l’insecte.
La science du chant pour le chant
Habite les bois murmurants
Et les flots de la mer.
Le silence profond de la terre qui vit,
C’est la rose qui nous l’enseigne
Au rosier épanouie.


Il faut répandre le parfum
Que nos âmes enclosent!
Il faut être musique,
Tout lumière et bonté.
Il faut s’ouvrir entier
A l’obscur de la nuit
Pour nous emplir d’immortelle rosée!

Il faut coucher le corps
Dans notre âme inquiète!
Aveugler nos regards du jour de l’au-delà.
Nous devons nous pencher
Sur l’ombre de nos coeurs
Et jeter à Satan l’astre qu’il nous tendit.

Il faut imiter l’arbre
Constamment en prière
Et l’eau de la rivière
Fixe en l’éternité!

Il faut blesser son âme aux griffes des douleurs
Pour qu’y entrent les flammes
De l’horizon astral!


Alors dans l’ombre de l’amour défait
Jaillirait une aurore
Tranquille et maternelle.
Des cités dans le vent disparaîtraient
Et sur un nuage Dieu même
Viendrait nous visiter.

 

Étang du parc F. García Lorca (Granada)


Los álamos de plata



Federico García Lorca


Los álamos de plata
se inclinan sobre el agua,
ellos todo lo saben, pero nunca hablarán.

El lirio de la fuente
no grita su tristeza.
¡Todo es más digno que la Humanidad!

La ciencia del silencio frente al cielo estrellado,
la posee la flor y el insecto no más.
La ciencia de los cantos por los cantos la tienen
los bosques rumorosos
y las aguas del mar.

El silencio profundo de la vida en la tierra,
nos lo enseña la rosa
abierta en el rosal.

¡Hay que dar el perfume
que encierran nuestras almas!
Hay que ser todo cantos,
todo luz y bondad.
¡Hay que abrirse del todo
frente a la noche negra,
para que nos llenemos de rocío inmortal!

¡Hay que acostar al cuerpo
dentro del alma inquieta!
Hay que cegar los ojos con luz de más allá,
a la sombra del pecho,
y arrancar las estrellas que nos puso Satán.

¡Hay que ser como el árbol
que siempre está rezando,
como el agua del cauce
fija en la eternidad!

¡Hay que arañarse el alma con garras de tristeza
para que entren las llamas
del horizonte astral!

Brotaría en la sombra del amor carcomido
una fuente de aurora
tranquila y maternal.
Desaparecerían ciudades en el viento.
Y a Dios en una nube
veríamos pasar.


21 août 2026

Expressions

  

Voici un autre billet qui traite d' expressions espagnoles. Cette fois encore je

me suis amusée à les traduire littéralement...trouverez-vous leur signification?


Depuis son enfance Juan avait toujours parlé par les coudes (hablar por los codos). Souvent, faute de compagnie, il parlait seul et là aucune limite à ses rêves, projets.

 Intelligent et bon élève, ses parents lui conseillèrent de devenir avocat: “avec une telle verve, ce sera “coudre et chanter” (coser y cantar) " disaient-ils.

Juan les avait crus.

Une fois ses études terminées il pensa, oh erreur, que ce serait “arriver et baiser le saint”(llegar y besar el santo)

Jamais il ne s'était imaginé qu'autant de concurrents se présenteraient au même poste d'avocat de l'entreprise BUHO. On lui donna le numéro 22, chose qui le laissa à carreaux (quedarse a cuadros).

Dans la salle d'attente il rencontra l'ancien avocat de la boîte qui lui dit: celui qui veut des poissons doit se mouiller le cul (el que quiera peces que se moje el culo). 

 

 



 

Les autres candidats, tous fort bavards, s'approchèrent et une discussion animée s'ensuivit.

Fort animée et de plus en plus bruyante, au point que l'avocat général renvoya chaque hibou à son olivier (Cada muchuelo a su olivo)


C'est penaud que Juan rentra chez lui; il avait pris sa décison: il deviendrait oiseleur.






10 août 2026

F. García Lorca et l'amour de la terre / Lorca y el amor a la tierra

    

Dans mon “Œuvres complètes » de G.G. Lorca, fort usé, quelques interviews.

-Ma vie? Ai-je une vie? Les ans que j’ai appartiennent encore à l’enfance. Les émotions de l’enfance sont en moi. Je n’en suis pas sorti. Raconter ma vie serait parler de ce que je suis, et la vie est un récit de ce qui s’en est allé. Les souvenirs, même ceux de mon enfance la plus lointaine, sont en moi un temps présent passionné….


En mi “Obras completas” de G.G. Lorca, muy gastado, unas entrevistas.

-¿Mi vida? ¿Es que yo tengo vida? Estos mis años, todavía me parecen niños. Las emociones de la infancia están en mí. Yo no he salido de ellas. Contar mi vida sería hablar de lo que soy, y la vida es un relato de lo que se fue. Los recuerdos, hasta los de mi alejada infancia, son en mí un apasionado tiempo presente…




- Et je vous le raconterai. C’est la première fois que j’en parle, cela n’a toujours appartenu qu’à moi seul, intime, si privé que même moi je n’ai jamais voulu l’analyser. Enfant j’ai vécu en pleine nature. Comme tous les enfants, j’assignais à chaque chose, meuble, objet, arbre, pierre, sa personnalité. Je conversais avec eux et je les aimais. Dans le patio de ma maison il y avait des peupliers. Un après-midi j’ai eu l’idée que les peupliers chantaient. Le vent, en passant entre leurs branches, produisait un bruit aux tons variés, qui à moi me sembla musical. Et j’avais l’habitude de passer les heures à accompagner de ma voix la chanson des peupliers…

-Y se lo contaré. Es la primera vez que hablo de esto, que siempre ha sido mío solo, íntimo, tan privado, que ni yo mismo quise nunca analizarlo. Siendo niño, viví en pleno ambiente de naturaleza. Como todos los niños, adjudicaba a cada cosa, mueble, objeto, árbol, piedra, su personalidad. Conversaba con ellos y los amaba. En el patio de mi casa había unos chopos. Una tarde se me ocurrió que los chopos cantaban. El viento, al pasar por entre sus ramas, producía un ruido variado en tonos, que a mí se me antojo musical. Y yo solía pasarme las horas acompañando con mi voz la canción de los chopos…

 




- J’aime la terre - dit Lorca-. Je me sens lié à elle dans toutes mes émotions. Mes souvenirs d’enfance les plus lointains ont une saveur de terre. La terre, la campagne, ont fait de grandes choses dans ma vie. Les bestioles de la terre, les animaux, les gens des campagnes ont des suggestions qui touchent bien peu de gens. Je les capte maintenant avec le même esprit que dans mes années d'enfance. Sinon je n’aurais pas pu écrire Noces de sang. C’est cet amour de la terre qui m’a fait connaître la première manifestation artistique… (trad. Colo)

- Amo a la tierra - dice Lorca -. Me siento ligado a ella en todas mis emociones. Mis más lejanos recuerdos de niño tienen sabor de tierra. La tierra, el campo, han hecho grandes cosas en mi vida. Los bichos de la tierra, los animales, las gentes campesinas, tienen sugestiones que llegan a muy pocos. Yo las capto ahora con el mismo espíritu de mis años infantiles. De lo contrario, no hubiera podido escribir Bodas de Sangre. Este amor a la tierra me hizo conocer la primera manifestación artística…


NB: Si vous me suivez un peu, vous comprendrai aisément pourquoi j'ai choisi cet extrait !

¡ Si me seguís un poco, entenderéis fácilmente  por qué elegí este extracto  !


3 août 2026

Franchir un pont sans pont / Cruzar un puente sin puente

 Mario Benedetti était Uruguayen. Durant de longues années il a été en exil, Argentine, 

Pérou, Cuba, Espagne. 

Ce pont imaginaire qu'il a dû franchir, tant et tant d'immigrés l'ont fait au long de

 l'histoire de l'humanité. Je pense bien sûr aux si nombreux marocains qui récemment, à

 Ceuta. 

Mais il faut préserver notre bien-être, isnt'it ?

 

Il est des ponts qui ne mènent nulle part.

                                            Dali, Le pont cassé et le rêve

 

D'autres qui mènent vers vers l'obscurité la plus dense.
 

                                                     L. Spillaert Clair de lune et lumières
 

 Mais voici le poème. Sa simplicité en espagnol a rendu la traduction ardue, je ne suis pas

 complètement satisfaite du résultat, mais après plus d'une semaine à le retravailler, je 

n'arrive pas à mieux faire. 

 

 

Le Pont


Pour le traverser ou pour ne pas le traverser
voilà le pont.
Sur l'autre rive, quelqu'un m'attend
avec une pêche et un pays.
J'arrive chargé d'offrandes d’antan :
un parapluie au nombril de bois,
un livre, aux pages blanches de paniques, 
une guitare que je ne sais pas étreindre.
Je viens avec les joues de l'insomnie,
les mouchoirs de la mer et de la paix,
les timides bannières de la douleur,
les liturgies du baiser et de l'ombre.
Jamais je n'ai apporté tant de choses,
jamais je ne suis venu avec si peu.
Voici le pont.
Pour le traverser ou ne pas le traverser
Moi, je le franchirai,
sans réserve.
Sur l'autre rive, quelqu'un m'attend
avec une pêche et un pays.
(Trad: Colo)

El puente

 

Para cruzarlo o para no cruzarlo

ahí está el puente

 

en la otra orilla alguien me espera

con un durazno y un país

 

traigo conmigo ofrendas desusadas

entre ellas un paraguas de ombligo de madera

un libro con los pánicos en blanco

y una guitarra que no sé abrazar

 

vengo con las mejillas del insomnio

los pañuelos del mar y de las paces

las tímidas pancartas del dolor

las liturgias del beso y de la sombra

 

nunca he traído tantas cosas

nunca he venido con tan poco

 

ahí está el puente

para cruzarlo o para no cruzarlo

yo lo voy a cruzar

sin prevenciones

 

en la otra orilla alguien me espera

con un durazno y un país.


 

26 juil. 2026

Calme sous la chaleur / Calma bajo el calor

Terminons ce mois de chaleurs, de sueurs inhabituelles et si épuisantes physiquement et moralement par ce beau poème. En espérant que août sera plus aimable....



Près de la mer

Francisco Villaespesa

Tout est silence. Sous la treille
gît le lévrier, terrassé par la chaleur.
L'abeille retourne à la fleur, l'oiseau au nid,
et la cigale nous invite au sommeil.

Le chèvrefeuille qui s'agrippe au balcon
répand un doux parfum d'oubli ;
Et, au loin, s'entend la plainte
d'une peine andalouse portée par la guitare.

Sur la mer des épis, dans les vagues d'or,
les coquelicots embrasés figurent
des cœurs entourés de flammes...

Et la sueur, de ses gouttes scintillantes,
ceint tes boucles, dorées comme le soleil,
d'une royale couronne de diamants !

Trad: Colo

 

Sorolla

María en la playa de Zarauz, 1910

Colección particular


Junto al mar



Francisco Villaespesa



Todo en silencio está. Bajo la parra
yace el lebrel por el calor rendido.
Torna a la flor la abeja, el ave al nido,
y a dormir nos invita la cigarra.


La madreselva que al balcón se agarra,
vierte como un suave olor a olvido;
y a lo lejos escúchase el quejido
de una pena andaluza, en la guitarra.


Del mar de espigas en las áureas olas
fingen las encendidas amapolas
corazones de llamas rodeados…


¡Y el sudor, con sus gotas crepitantes,
ciñe a tus bucles, como el sol dorados,
una regia corona de diamantes!


19 juil. 2026

Acrobate

 Voilà, ce matin avant la chaleur, petite balade dans le chemin où des ipomées sauvages 

et tenaces garnissent murets et grillages.

 J'ai été fascinée par ce gros bourdon, par sa plongée, tête première  jusqu'au fond de la 

fleur et qui en est ressorti sur le dos (ça m'a fait rire)...rempli de pollen.

 



 Bonne semaine. 

12 juil. 2026

La nature pleure / Llora la naturaleza

    

Voici, j’espère, le dernier poème destiné à nous rafraîchir les idées. Espérons donc

 que les températures reviendront à la normale d’été d’ici une bonne semaine.

Cette fois, un poème en français.

L’étang porte l’ombre et la lune

de Anna de Noailles ·L’Ombre des jours (1902) 

 

 



L’étang porte l’ombre et la lune
Sur son eau,
Dans le silence qu’importune
Un oiseau.

Il monte des voix de grenouilles
Des roseaux,
La langueur et le rêve mouillent
Jusqu’aux os,

Les parfums et les bruits de l’heure
Sont sur nous,
La nature s’irrite et pleure
À genoux.

— Le soir, la lune, l’arbre et l’ombre
Ne sont là
Que pour ton cœur, et mon cœur sombre,
— C’est cela.

— Ah ! le mal que ces deux cœurs, certes,
Se feront ;
Le vent éperdu déconcerte
L’arbre rond.

La lune au ciel et sur l’eau tremble,
Rêve et luit ;
Nos deux détresses se ressemblent
Cette nuit.

Il monte des joncs de la mare
Un encens ;
C’est l’appel du cœur, de la flamme
Et du sang…


El estanque lleva la sombra y la luna
Anne de Noailles

El estanque lleva la sombra y la luna
sobre su agua,
en el silencio que importuna
un ave.

Suben las voces de las ranas
entre los juncos;
la languidez y el sueño empapan
hasta los huesos.

Los perfumes y los rumores de la hora
nos envuelven;
la naturaleza se irrita y llora
de rodillas.

La tarde, la luna, el árbol y la sombra
están aquí
solo para tu corazón y mi corazón sombrío;
—Así es.

¡Ay, cuánto daño estos dos corazones, sin duda,
se harán!
El viento, fuera de sí, desconcierta
al árbol redondo.

La luna tiembla en el cielo y en el agua,
sueña y resplandece;
nuestras dos desdichas se parecen
esta noche.

Sube de las hojas afiladas como espadas
un incienso;
es la llamada del corazón, de la llama
y de la sangre…

(Trad: Colo)

6 juil. 2026

Sois arbre ! / Sé árbol !

Encore une semaine très chaude, alors de l’eau, une source, et F. García Lorca, 

ça vous dit ? Un long poème que j'ai trouvé superbe. 



Source (extraits)

F. García Lorca



L'ombre s'est endormie en la prairie.

Les sources chantent.

 

Face au vaste crépuscule d'hiver,

Mon cœur songeait.

Que ne puis-je comprendre les sources,

Le secret de l'eau

Nouveau-née : chant occulte

À tous les regards

De l'esprit, douce mélodie,

Au-delà des âmes ? ...

 

Luttant sous le poids de l'ombre

Chante une source.

Je m'approche pour écouter son chant

Mais mon cœur ne perçoit rien.

C'est un jaillissement d'invisibles étoiles

Au ras de l'herbe chaste,

La naissance du Verbe de la terre

En un sexe sans tache.

 

(….)


Mais je perçois dans l'eau

Quelque chose qui m'émeut... comme un souffle

À travers le feuillage de mon âme.

Sois arbre ! dit une voix lointaine.

Et un torrent d'étoiles

Roula dans le ciel clair.

 

Mon doux feuillage n'entendra-t-il jamais

Le secret de l'eau ?

Est-ce que ma racine atteindra le royaume

Où il naît et se fige ?

J'inclinai mon ramage vers le ciel

Que l'onde répétait.

Je le mouillai au cristallin

Diamant bleu qui chante

Et je sentis les sources bouillonner

Ainsi qu'elles faisaient à mon oreille humaine.

C'était le même flux plein de musique

Et de science ignorée.

 

À lever mes bras gigantesques

Face à l'azur, j'étais

Plein de brouillard épais, de rosée

Et de lumière fanée.

J'éprouvai la tristesse des arbres :

Je désirai des ailes

Pour pouvoir me jeter dans le vent

Jusqu'aux étoiles claires.

Pourtant mon cœur dans les racines,

Triste, me murmurait :

Si tu ne comprends pas les sources,

Meurs et brise tes ramées !

 

Seigneur, arrache-moi du sol. Fais-moi entendre

Le langage de l'eau !

Donne-moi une voix amoureuse qui tire

Leur secret aux ondes enchantées.

Pour allumer leur phare, je ne veux

Que l'huile des paroles.

 

Sois rossignol ! dit une voix perdue

En la morte distance.

Et un torrent d'astres de feu

Jaillit alors du sein de la nuit.



Traduit de l'espagnol par André Belamich

Gallimard, 1954






. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Manantial


F. García Lorca


La sombra se ha dormido en la pradera.
Los manantiales cantan.


Frente al ancho crepúsculo de invierno
mi corazón soñaba.
¿Quién pudiera entender los manantiales,
el secreto del agua
recién nacida, ese cantar oculto
a todas las miradas
del espíritu, dulce melodía
más allá de las almas...?


Luchando bajo el peso de la sombra,
un manantial cantaba.
Yo me acerqué para escuchar su canto,
pero mi corazón no entiende nada.
Era un brotar de estrellas invisibles
sobre la hierba casta,
nacimiento del Verbo de la tierra
por un sexo sin mancha.


(…)


Mas yo siento en el agua
algo que me estremece..., como un aire
que agita los ramajes de mi alma.
¡Sé árbol! (Dijo una voz en la distancia.)
Y hubo un torrente de luceros
sobre el cielo sin mancha.




¿No podrán comprender mis dulces hojas
el secreto del agua?
¿Llegarán mis raíces a los reinos
donde nace y se cuaja?
Incliné mis ramajes hacia el cielo
que las ondas copiaban,
mojé las hojas en el cristalino
diamante azul que canta,
y sentí borbotar los manantiales
como de humano yo los escuchara.


Era el mismo fluir lleno de música
y de ciencia ignorada.
Al levantar mis brazos gigantescos
frente al azul, estaba
lleno de niebla espesa, de rocío
y de luz marchitada.
Tuve la gran tristeza vegetal,
el amor a las alas.
Para poder lanzarse con los vientos
a las estrellas blancas.
Pero mi corazón en las raíces
triste me murmuraba:
"Si no comprendes a los manantiales,
¡muere y troncha tus ramas"!
¡Señor, arráncame del suelo! ¡Dame oídos
que entiendan a las aguas!
Dame una voz que por amor arranque
su secreto a las ondas encantadas,
para encender su faro sólo pido
aceite de palabras.


"Sé ruiseñor!", dice una voz perdida
en la muerta distancia,
y un torrente de cálidos luceros
brotó del seno que la noche guarda.



 

3 juil. 2026

Bavarde, la fontaine.../ Parlanchina, la fuente

  

La fontaine dit....

Manuel Machado Ruiz  (Frère d'Antonio Machado) 

 

Elle ne se taisait pas la fontaine,

ne se taisait pas...

 

Elle riait,

sautait,

bavardait...Et personne ne savait

ce qu’elle disait,

    

Claire, gaie, polyphonique,

colonnette salominique*

elle perforait

le silence du couchant

et volubile se dressait

pour voir le soleil mourant. 

 

Elle ne se taisait pas la fontaine,

ne se taisait pas...

 

Comme veine

de la nuit, sa vrille,

argent froid,

se repliait

et s’étirait…

Montait,

descendait,

bavardait...Et personne ne savait

ce qu’elle disait

 

Quand l’aurore revenait…

Trad: Colo. (gracias MC)

 

*”La colonne salomonique est un type de colonne de forme torsadée, c'est-à-dire dont le fût tourne en hélice. Elle trouve son origine traditionnelle dans les colonnes qui auraient été rapportées du grand temple de Salomon de Jérusalem pour la construction de la crypte de la tombe de saint Pierre à Rome.” 

 

Fuente de Neptuna. (La Granja de San Idelfonso- Segovia)
 

 

«Dice la fuente…» Manuel Machado Ruiz

No se callaba la fuente,
no se callaba…

Reía,
saltaba,
charlaba… Y nadie sabía
lo que decía,

Clara, alegre, polifónica,
columnilla salomónica
perforaba
el silencio del Poniente
y, gárrula, se empinaba
para ver el sol muriente.

No se callaba la fuente,
no se callaba…
      

Como vena
de la noche, su barrena,
plata fría,
encogía
y estiraba…
Subía,
bajaba,

Como vena
de la noche, su barrena,
plata fría,
encogía
y estiraba…
Subía,
bajaba,
charlaba… Y nadie sabía
lo que decía.

Cuando la aurora volvía…

      

Cuando la aurora volvía…

 

 

 

22 juin 2026

Traduire des mots étrangers / Traducir palabras ajenas

Ida Vitale, qui a maintenant 102 ans, est née à Montévidéo. Femme de lettres et poétesse Uruguayenne, voici un poème d’elle que je n’avais jamais publié, sans doute n’avais-je pas trouvé une jolie façon de le traduire. Mais voilà qu’une autre femme, poétesse elle aussi, Silvia Baron Supervielle, l’a fait pour nous.

Traduire

Quelqu’un déborde
au cœur de la nuit.
Face à un ordre de mots étrangers,
rebelle soumis,
il leur offre l’éventail de toute sa mémoire,
les revêt d’une nouvelle peau
et avec cet amour
les couche en langue neuve.

Éteinte la lumière,
le vent tempête dans les arbres,
et il fait froid près de la fenêtre
et la certitude que tout paysage
intérieur se brise
comme une phrase qui atteint le fond
du redoutable sens.
Il n’y a pas
de guide bienveillant
dans le désert.
Les pas sont aveugles,
le ciel est sans étoiles.
Et l’esprit anticipe les fauves.

Ni plus Ni Moins. Éditions du Seuil. 2016. Traduction : Silvia Baron Supervielle & François Maspero.

 


Traducir

Alguien desborda,
al centro de la noche.
Ante un orden de palabras ajenas,
rebelde sometido,
ofrece el canto de toda su memoria,
las reviste de nueva piel
y con amor
las duerme en nueva lengua.

Apagada la luz,
el viento se pregona entre los árboles
y junto a la ventana hay frío
y la certeza de que todo paisaje
adentro se interrumpe
como frase que alcanza la madriguera
del terrible sentido.
No hay dispuesto
en el yermo
un benévolo guía.

Los pasos son a ciegas,
el cielo sin estrellas.
Y el pensamiento anticipa las fieras.