16 sept. 2020

Poème cubiste / Poema cubista

 La peinture cubiste est mieux connue que la poésie du même mouvement. Alors, pendant quelques semaines, partons à la découverte...

La pintura cubista es más conocida que la poesía del mismo movimiento. Entonces, y por unas semanas, vamos a descubrirla...



 

Chanson cubiste

José María Eguren (Lima, Pérou, 1874-1942)



Peupleraie de rectangles bleus.


La tour joyeuse

du dandy.


Volent

papillons photos.


Dans le gratte-ciel

un coq noir en papier

salue la nuit.


Au-delà de hollywood,

dans une distante

la ville lumineuse,

des obélisques

de nacre.


Dans le brouillard

la garçonne

étrangle un fantôme.

(Trad:Colo)

 


Fernand Léger, La ville / la ciudad, 1919 



Canción cubista

de José María Eguren (Lima, Perú 1874-1942)

Alameda de rectángulos azules.

La torre alegre
del dandy.

Vuelan
mariposas fotos.

En el rascacielos
un gallo negro de papel
saluda la noche.

Más allá de hollywood,
en tiniebla distante
la ciudad luminosa,
de los obeliscos
de nácar.

En la niebla
la garzona
estrangula un fantasma.



11 sept. 2020

Emmène-moi, J.R.Wilcock / Llévame

 

Juan Rkodolfo Wilcock, ( Argentine 1919-Italie 1978) est un poète peu connu, très intéressant dans ses genres variés; nous l’avons déjà croisé ici et ici.

J. R. Wilcock, (Argentina 1919-Italia 1978) poeta poco conocido, y muy interesante en sus estilos diversos; ya lo hemos cruzado aquí y aquí.

Le poème d’aujourd’hui est à la fois court et long car, vous le verrez: à part les 3 premiers vers, il n’est constitué que d’une seule longue phrase, presque à perdre haleine…Écrit en italien, le voici traduit en français et espagnol.


Un poema a la vez corto y largo ya que, lo veréis, excepto los tres primeros versos, está constituido por una sola frase larga, para perder casi el aliento...Escrito en italiano, aquí la traducción al español por Guillermo Piro.



Je ne dis pas viens avec moi, je dis emmène-moi


Je ne dis pas viens avec moi, je dis emmène-moi.

Devant un saint ou une vierge, qui

dirait "viens, on va à Tunis ?".

Et si l'image sortait faire un tour,

qui ne voudrait l'accompagner, qui ?

À trente mètres je vois très bien,

je voudrais toujours te suivre à trente mètres,

et parfois, près d'une rivière ou d’une fontaine,

m'approcher de cet éclat fabuleux,

quand tu dors, te reposes ou souris,

pour, la nuit venue, me reclure dans l'obscurité

et constater que je brille aussi par moi-même

et qu'au-delà de l'enregistreur

avec ta voix gravée sur la bande

se condensent des apparences lumineuses

qui en d'autres temps s'appelaient des anges,

des formes suspendues, des esprits novices

qui de toi veulent apprendre, en ces lieux étranges,

pureté et tendresse,

modestie, vérité et autres arts angéliques

jamais vus réunis, ni en ces lieux-là ni ailleurs,

ou comment une nation entière se rend

en baissant simplement les paupières.

(Trad Colo)

 

 Xeneize19 (Xeneize19) en Pinterest

 



No digo ven conmigo, digo llévame


No digo ven conmigo, digo llévame.

Delante de un santo o de una virgen ¿quién

diría: "ven ¿vamos a Túnez?".

Y si la imagen saliera a dar vueltas

¿quién no querría acompañarla, quién?.

A treinta metros veo muy bien,

quisiera seguirte siempre a treinta metros,

y a veces, cerca de un río o de una fuente,

acercarme a ese fabuloso fulgor,

cuando duermes, reposas o sonríes,

para después a la noche recluirme en la oscuridad

y comprobar que brillo también por mí mismo

y que más allá del grabador

con tu voz registrada en la cinta

se condensan apariencias luminosas

que en otros tiempos se llamaban ángeles,

formas suspendidas, espíritus aprendices

que de ti quieren en aquellos extraños parajes

aprender pureza y ternura,

recato, verdad y otras artes angelicales

jamás vistas juntas, ni en aquellos lugares ni en otros,

o cómo se rinde una nación entera

bajando los párpados simplemente.

(Trad: Guillermo Piro)


Vieni con me non dico, dico portami.

Vieni con me non dico, dico portami.
Davanti a un Santo o a una Madonna chi
direbbe, « vieni, andiamo in Tunisia »? 
Ma se l’immagine se ne andasse in giro
chi non vorrebbe accompagnarla, chi?
A trenta metri vedo molto bene,
vorrei seguirti sempre a trenta metri,
e a volte, presso un fiume o una fontana,
avvicinarmi a tanto irraggiamento,
se dormi, se riposi, se sorridi,
per poi la sera chiudermi nel buio
e accertare che splendo anche da solo
e che al di sopra del registratore
col nastro inciso con la tua voce
si addensano apparenze luminose
che in altri tempi si chiamavano angeli,
forme sospese, spiriti apprendisti
che da te vogliono in quei rari paraggi
imparare purezza e tenerezza,
ritegno, verità e altre arti angeliche
mai viste insieme, né in quei luoghi né altrove,
o come si asservisce una nazione
abbassando le palpebre semplicemente.

6 sept. 2020

Les cales de l'espoir / Las bodegas de la espera

 Marine Décembre 1993

Renée Ferrer Paraguay 1944-



Marcher
sur les sables de ta pensée
voyager en clandestin dans les cales de l’espoir,
et céder
-en cette attente de toi,
de ton désir survivant d’un cataclysme d’écumes.

L’horizon se loge en moi
s’appuyant
de l’autre côté de mon front.
La mer s’en tient aux rites du temps
et réitère un appel secret.

Ne me dis pas que j’ai à nouveau rêvé,
qu’il fait déjà jour.


 (Trad:Colo)

 

                           Joaquin Sorolla http://museosdelmundo.com/c-espana/joaquin-sorolla/
 

 

Marina

Renée Ferrer Paraguay 1944-

Caminar
por las arenas de tu pensamiento,
viajar de polizón en las bodegas de la espera,
y ceder
-a esa espera de ti,
de tu deseo sobreviviente de un cataclismo de espumas.

El horizonte se aposenta en mí
recostándose
del otro lado de mi frente.
El mar se atiene a los ritos del tiempo
reiterando un llamado secreto.

No me digas que he soñado otra vez,
que ya es de día.

Diciembre de 1993


 

2 sept. 2020

Il y a des moments comme ça.../ Hay momentos así...

 

Il est des fois...Roque Vallejos Paraguay 1943-2006

   para Augusto Roa Bastos


Il est des fois où personne

ne se rappelle

que nous existons ;

où la vie se rétrécit

et nous serre,

où il est difficile d’éveiller

chaque matin

le sang dans nos veines.



Des jours à conserver

le squelette, courbés vers l’intérieur,

à pleurer dans l’obscurité

sur ces mêmes os,

à employer notre propre peau

comme linceul, et dire

à la vie que nous n’y sommes pas

et qu’elle revienne un autre jour.


(Trad:Colo)

                                        

                                  Pintura de David Padilla

(Trouver une peinture d'un homme au lit qui n'est ni mort ni accompagné n'a pas été aisé:-)) Par contre des femmes, je vous dis pas....curieux n'est-ce pas?)

HAY VECES… Roque Vallejos

 

         para Augusto Roa Bastos

 

Hay veces en que nadie

recuerda

que existimos;

que La vida se encoge

y nos aprieta,

y que es difícil despertar

cada mañana

la sangre en nuestras venas.

 

Días de conservar

el esqueleto, doblados hacia adentro,

y de llorar a oscuras

sobre estos mismos huesos,

de usar la propia piel

como mortaja, y decirle

a la vida que no estamos

y que vuelva otro día.


30 août 2020

Chercher, rêver / Buscar, soñar

 Deux courts poèmes de la même poétesse Uruguayenne, Idea VIlariño.


Recherche...

Nous cherchons

chaque nuit

avec effort

entre des terres lourdes et asphyxiantes

ce léger oiseau de lumière

qui brûle et nous échappe

dans un gémissement.

(Trad:Colo)

 

 Joan Miró Femmes et oiseaux à la lumière de la lune / Mujeres y pájaros a la luz de la luna


Buscamos...

Buscamos
cada noche
con esfuerzo
entre tierras pesadas y asfixiantes
ese liviano pájaro de luz
que arde y se nos escapa
en un gemido.

 

 

Où le rêve accompli…

Où le rêve accompli

et où l’amour fou

que tous

ou certains

toujours

derrière le masque serein

demandons à genoux

(Trad:Colo)

Marc Chagall Anniversaire /Cumpleaños

                 Marc Chagall Anniversaire / Cumpleaños

 

Dónde el sueño cumplido...

Dónde el sueño cumplido
y dónde el loco amor
que todos
o que algunos
siempre
tras la serena máscara
pedimos de rodillas


23 août 2020

Été - Verano

 

Idea Vilariño, Uruguay 1920-2009

Comparaison


Comme sur la plage vierge
le vent plie
le mince roseau vert
qui dessine
dans le sable un cercle délicat
ainsi en moi
le souvenir de toi.*


https://www.bojardin.fr/article/oyat-ammophila-arenaria

 

Comparación

Como en la playa virgen
dobla el viento
el leve junco verde
que dibuja
un delicado círculo en la arena
así en mí
tu recuerdo.

* 9 poèmes d’Idea Vilariño, traduits en français par Eric Sarner. Ultime anthologie. La Barque, 2017

19 août 2020

Entre réel et imaginaire / Entre realidad e imaginario

 

Tous les romans de Juan Marsé, décédé il y a peu, sont situés dans l’après-guerre civile mais en période franquiste.

Pour qui aime la fantaisie, l’imaginaire mêlé de réel Des lézards dans le ravin est un bijou. 


 

Une famille pauvre aux alentours de Barcelone, le père qui s’est enfui par le ravin situé derrière la maison à l’arrivée de la police, un inspecteur qui le recherche et s’amourache de la femme enceinte du fugitif, - “la rousse” -, le fils de 14 ans qui a une imagination débordante et adore sa mère, le petit chien en très mauvais état, et l’embryon qui raconte l’histoire!

Un rythme soutenu, une construction impeccable, des personnages solides et originaux.

Je vous propose deux extraits, le premier illustre l’imagination débordante du gamin.

Le second la pauvreté dans ce qu’elle a de plus réel.

1) Dialogue entre l'inspecteur et le gamin affabulateur

"- Ne me fais pas perdre mon temps, garçon. Tu m’as arrêté pour me dire quelque chose d’important au sujet de Mme Bartra. Allez, je t’écoute.

Je ne sais pas si c’est important. Mais je sais que vous, ça vous intéresse…

De quoi s’agit-il ? Allons.

Ne me harcelez pas, hein, j’ai tout un bois de chardonnerets dans l’oreille… Mais bon, je vais vous dire. Figurez-vous que ma mère a appris que mon père a remonté le Nil en compagnie du lieutenant Harry Faversham, c’était la semaine dernière, ils étaient tous les deux déguisés en indigènes de la tribu Shangali. Comme vous devez le savoir, tous les flics de la terre le savent, les Shangali ne peuvent pas parler, ils sont muets parce qu’on leur a coupé la langue par ordre du Calife, et c’est pour ça qu’ils portent une marque de feu sur le front. Bon, alors avec leurs plumes blanches dans leur sacoche et morts de soif, à l’heure qu’il est mon père et le lieutenant Faversham doivent traverser le désert pour rejoindre l’armée anglo-égyptienne du général Kitchener, qui progresse irrésistiblement vers Khartoum…

Ça va comme ça, garçon. Tu vas finir par me les gonfler."

 

2) La vie quotidienne:

Le vieux moulin à café. La graisse de porc qui fond dans la poêle, et tant d’autres choses avec leur étrange vocation du camouflage, leur penchant obstiné à se trouver là où elles ne doivent pas : les morceaux de sucre dans la saucière ébréchée, les lentilles dans une boîte à biscuits, les patates dans une cuvette en zinc, l’ail dans une boîte de cacao.

 La pauvreté, souviens-toi, mon frère, notre fidèle compagne de ces années-là, celle que la rouquine a assumée avec tant de courage et contre laquelle elle n’a jamais râlé, la pauvreté aux mille visages qui se manifeste de mille manières, cela signifie aussi, ne l’oublie pas, qu’en dépit de la propreté et de l’ordre qu’elle impose autour d’elle avec la plus grande prestesse et la plus grande énergie, les choses ne semblent jamais à leur place, elles sont toujours ici ou là, à occuper avec une insidieuse obstination la place qui jadis revenait à d’autres. 

Et pourtant, au milieu de leur apparent égarement, ainsi disposé dans ce monde aux apparences précaires, aucun de ces objets n’a été dépouillé de son identité, au contraire, ils semblent plus proches et plus nécessaires et leur fréquentation plus cordiale, tout comme l’image brûlée et floue du pilote, qui fut un jour là où il devait être avec les souvenirs les plus intimes peut-être et les mieux gardés de maman, et qui aujourd’hui, bien longtemps après avoir promené son impertinent sourire sur la couverture d’une revue allemande éditée en espagnol, se montre aimablement sur le mur de la chambre d’un adolescent rêveur, dans un coin perdu du Guinardó.

PS: Je vous recommande également “ Teresa l’après-midi” de Juan Marsé.

Como todas las novelas de Juan Marsé, “Rabos de lagartija” está situada en la posguerra.

A quien le gusta la fantasía, lo imaginario mezclado de realidad, esta novela es una joya.

Una familia pobre en los alrededores de Barcelona, el padre que ha escapado de la policía por el barranco detrás de la casas, un inspector que le busca y se enamora de la mujer embarazada del fugitivo, el hijo de 14 años que tiene una imaginación sin limites y adora a su madre, un perrito en muy mal estado y el embrión que cuenta la historia!

Un ritmo sostenido, una construcción impecable, personajes sólidos y originales.

Os propongo dos párrafos, el primero ilustra la fantasía del chico, el segundo la pobreza en lo que tiene de más real.

1) El inspector con el chico

No me hagas perder el tiempo, muchacho. Me has parado para contarme algo importante de la señora Bartra. Adelante, te escucho.

No sé si es importante. Pero sé que a usted le interesa...

A ver, de qué se trata. Venga.

No me atosigue, oiga, que tengo un bosque de jilgueros metido en el oído... Pero bueno, le cuento. Resulta que mi madre ha sabido que papá estuvo remontando el río Nilo en compañía del teniente Harry Faversham, fue la semana pasada, iban los dos disfrazados de nativos de la tribu Shangali. Como usted ya debe saber, lo saben los polis de todo el mundo, los Shangali no pueden hablar, son mudos porque les cortaron la lengua por orden del Califa, y por eso llevan una marca de fuego en la frente. Bueno, pues con sus plumas blancas en la cartera y muertos de sed ahora mismo mi padre y el teniente Faversham ya deben estar cruzando el desierto para unirse al ejército anglo-egipcio del general Kitchener, que avanza imparable hacia Jartum...

Ya vale, chico. Acabarás por hincharme las pelotas.

2) la vida cotidiana

 

El viejo molinillo de café. La grasa de cerdo fundiéndose en la sartén, y tantas otras cosas con su extraña vocación de camuflaje, su terca propensión a estar donde no deben: los terrones de azúcar en la salsera desportillada, las lentejas en una caja de galletas, los boniatos en un barreño de zinc, los ajos en un bote de cacao. 

La pobreza, acuérdate, hermano, nuestra fiel compañera de estos años, la que asumió con tanto coraje la pelirroja y contra la que nunca despotricó, la pobreza que tiene mil caras y se manifiesta de mil maneras, también significa eso, acuérdate: que a pesar de la limpieza y el orden que ella impone a su alrededor con la mayor presteza y energía, las cosas nunca parecen estar en su sitio, andan siempre por ahí ocupando con una porfía insidiosa el lugar que un día correspondió a otras. 

Y sin embargo, en medio de su aparente extravío, así dispuestos en su mundo de precarias apariencias, ninguno de esos objetos ha sido despojado de su identidad, al contrario, parecen más próximos y necesarios y su trato más cordial, lo mismo que la imagen chamuscada y borrosa del piloto, que un día estuvo donde le correspondía juntamente con los recuerdos acaso más íntimos y mejor guardados de mamá, y que hoy, mucho después de haber paseado su impertinente sonrisa por las portadas de una revista alemana editada en español, se asoma amigablemente al dormitorio de un adolescente soñador en un remoto paraje del Guinardó.




12 août 2020

Les yeux de ma mère / Los ojos de mi madre



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Los ojos de mi madre lloraban hacia adentro”

"Les yeux de ma mère pleuraient vers l'intérieur"

 

Les premières pages de ce roman effraient un peu le lecteur. Le protagoniste est odieux et ses sentiments, cette attitude défiante d’un adolescent envers sa mère semblent exagérés. Il nous manque énormément d’informations au début ; en de courts chapitres superbement écrits, l’auteure nous mène peu à peu vers un renversement émouvant. Un récit dur et terriblement attachant.

Las primeras páginas de esta novela asustan un poco al lector. El protagonista es odioso y sus sentimientos parecen una parodia de una actitud desafiante y exagerada de un adolescente hacia su madre. Nos falta muchísima información al principio; en capítulos cortos, magníficamente escritos, la autora nos lleva poco a poco hacia un vuelco conmovedor. Un relato duro y profundamente entrañable.


                                         ----------------------

« Ce matin-là, alors que je la haïssais plus que jamais, maman venait d’avoir trente-neuf ans. Elle était petite et grosse, bête et laide. C’était la maman la plus inutile de toutes celles qui ont jamais existé. Je la regardais par la fenêtre, plantée comme une mendiante à la porte de l’école. Je l’aurais tuée rien que d’y penser. »

Aquella mañana en que la odiaba más que nunca, mi madre cumplió treinta y nueve años. Era bajita y gorda, tonta y fea. Era la madre más inútil que haya existido jamás. Yo la miraba desde la ventana mientras ella esperaba junto a la puerta de la escuela como una pordiosera. La habría matado con medio pensamiento.”

                              ---------------------------

À ce moment je sentis-de façon douloureuse et fulminante- que grâce à ce blanc je ne la haïssais plus autant. Que la robe qu’elle portait ce matin l’avait sauvée, (…) Quand je sortis de la salle de bains, humide et effrayé, j’avais perdu la guerre. Ma haine envers ma mère, quoique pas totalement disparue, avait séché et une croûte la couvrait, comme la croûte qui couvre en trois jours toutes les blessures des personnes et en un seul jour celles des chiens”.

En aquel momento sentí-de forma dolorosa y fulminante- que gracias a ese blanco no la odiaba ya tanto. Que el vestido que llevaba esa mañana le había salvado, (…) Cuando salí del baño, húmedo y asustado, había perdido la guerra. Mi odio hacia mi madre, aunque no había desaparecido del todo, se había secado y lo cubría una costra, como la costra que cubre en tres días todas las heridas de las personas y en un solo día las de los perros.”


                            ------------------------

Il ne restait rien de mon ancienne mère, mais je ne savais pas non plus qui j’étais moi, qui j’avais été ni ce qui nous arrivait. Dans mon for intérieur j’étais sûr que, d’une manière ou d’une autre, la fin était proche, car tant de bonheur n’est concédé qu’aux enfants ou aux mourants.

Entre-temps.

Je pris une libellule et passai toute la journée avec elle.

Je comptai les grains de maïs d’une rangée de maïs.

Je bus de l’eau de pluie.

J’aidai un papillon à naître.”

(Trad:Colo)

 

No quedaba nada de mi antigua madre, pero tampoco sabía quien era yo, quién había sido ni qué pasaba con nosotros. En mi fuero interno estaba seguro de que, de una manera u otra, el final estaba cerca, porque tanta felicidad solo se les concede a los niños o a los moribundos.

Entretanto.

Cogí una libélula y pasé todo el día junto a ella.

Conté los granos de maíz de una hilera de maíz.

Bebí agua de lluvia.

Ayudé a una mariposa a nacer”


 

 

Ref: en español   Tatiana Tibuleac

       en français:   Tatiana Tibuleac

7 août 2020

La musique n'est pas indiscrète / La música no es indiscreta

 Durant ce mois d'août je publierai des extraits de romans que j'ai aimés. 

Durante este mes de agosto, publicaré extractos de novelas que me han gustado.

 


...tout silence n’est fait que de paroles qu’on n’a pas dites. C’est pour cela peut-être que je devins un musicien. Il fallait quelqu’un pour exprimer ce silence, lui faire rendre tout ce qu’il contenait de tristesse, pour ainsi dire le faire chanter. Il fallait qu’il ne se servît pas des mots, toujours trop précis pour n’être pas cruels, mais simplement de la musique, car la musique n’est pas indiscrète, et, lorsqu’elle se lamente, elle ne dit pas pourquoi. Il fallait une musique d’une espèce particulière, lente, pleine de longues réticences et cependant véridique, adhérant au silence et finissant par s’y laisser glisser. Cette musique, ç'a été la mienne. Vous voyez bien que je ne suis qu’un exécutant, je me borne à traduire. Mais on ne traduit que son trouble : c’est toujours de soi-même qu’on parle.”

Marguerite Yourcenar, Alexis ou le traité du vain combat  (cliquez et vous pourrez en lire la préface et le début)

 

 

...todo silencio está hecho de palabras que no se han dicho. Quizás por eso me hice músico. Era necesario que alguien expresara aquel silencio, que le arrebatara toda la tristeza que contenía para hacerlo cantar. Era preciso servirse para ello, no de palabras, siempre demasiado precisas para no ser crueles, sino simplemente de la música, porque la música no es indiscreta y cuando se lamenta no dice por qué. Se necesitaba una música especial, lenta, llena de largas reticencias y sin embargo verídica, adherida al silencio para acabar por meterse dentro de él. Esa música ha sido la mía. Ya ves que no soy más que un intérprete, me limito a traducir. Pero sólo traducimos nuestras emociones: siempre hablamos de nosotros mismos.”

M. Yourcenar, Alexis o el tratado del inútil combate

 

3 août 2020

Le moustique / El mosquito

Pensée et poème, ces mots de DH Lawrence aujourd’hui pour toutes les victimes de ce petit vampire qui, c’est vrai, affiche clairement ses intentions, lui...

Pensamiento y poema, esas palabras de DH Lawrence para todas las víctimas de ese pequeño vampiro que, es cierto, muestra, él, claramente sus intenciones...

Le moustique sait


Le moustique sait fort bien,
si petit soit-il
qu'il est bête de proie.
Mais après tout
il ne fait que se remplir le ventre
et ne met pas mon sang à la banque.

 D.H Lawrence, Pensées

                          

                                                  https://vsemart.com/



El mosquito sabe.
D.H. Lawrence (1885-1930)

El mosquito sabe muy bien,
así de pequeño como es,
que su esencia es el arrebato.
Porque después de todo
él sólo se lleva su festín,
no deposita mi sangre en el banco.



The mosquito knows full well, small as he is
he's a beast of prey.
But after all
he only takes his bellyful,
he doesn't put my blood in the bank.

D.H. Lawrence (1885-1930)