14 juin 2021

Semi-pause à l'ombre

 

Paille, un joli mot qu'emploient sans doute peu les habitants des villes.
 
Paille c'est sécheresse, chaleur, et une douce couleur jaune-ocre.

Paille c'est aussi un chapeau, puis celle que vous voyez dans l'œil de l'autre, et celle du feu de la passion qui ne dure pas longtemps.

Paille, le mot vous suggère une image ? Une expression ?

 

 Une belle création d'Élise Peroi " Pour faire une prairie" sur le blog de Tania

 


 Foto I. Pampín, junio 2021 Insecto.  Mil gracias, tu foto es preciosa y  tan elegante!


Rythme fort ralenti, chaleur, potager, famille, l'été quoi !

9 juin 2021

Et on est encore debout.

 

                     Foto: https://www.editionspoints.com/actualite/souleymane-diamanka-sur-le-plateau-de-la-grande-librairie

 

Souleymane Diamanka, le nom vous dit quelque chose ? Né à Bordeaux,

d’origine Peule, les mots sont son monde, son jeu, son rythme.

Vous saurez tout sur lui en lisant un vraiment très bel article sur le site 

d’“Étonnants voyageurs”

Alors, dans ce recueil reçu il y a peu, (grand merci Maïté), et intitulé :

Habitant de nulle part

Originaire de partout


j’ai choisi un texte. Le voici. Vous pouvez l’écouter en lisant, ou seulement écouter cette belle voix grave, le rythme des mots en français puis en peul. À votre guise.




https://www.youtube.com/watch?v=XuF7bHzc9wI



Les poètes se cachent pour écrire.

(Habitant de nulle part, originaire de partout, Collection points, pages 21,22.)


Les mots sont les vêtements de l’émotion

Et même si nos stylos habillent nos phrases

Peuvent-ils vraiment sauver nos frères du naufrage


Les poètes se cachent pour écrire

Ce n’est pas une légende mon ami regarde-nous

On a traversé des rivières de boue à la nage

On a dormi à jeun dans la neige et on est encore debout


Les poètes se cachent pour écrire

Chacun purge sa pénombre

Dans la solitude silencieuse que certains pourraient craindre

On somme les mots de s’additionner comme des nombres

La poésie opère comme une lumière mangeuse d’ombre

J’aime cet état mais le temps qu’on passe à l’attendre n’est pas si tendre

Parfois il faut presque s’éteindre pour l’atteindre

Versificateur notoire chaque rime est une cascade

Dans les lieux oratoires l’auditoire n’aime pas les phrases fades


Dans ma vie j’ai écrit plus de textes

Que ne reflète d’étoiles le grand lac Tchad

J’ai cherché la vérité dans les lignes de chaque énigme

De chaque conte de chaque charade

J’ai interrogé les bons médiums pour chasser les mauvais djinns

Et j’ai répondu Aminii* quand ma mère ma dit Mbaalen be jam*


J’ai couru après les horizons sur chaque page

Avec l’énergie des anciens possédés par le jazz

Pour ne pas à avoir à jouer à cache-cache avec le Diable


Les poètes se cachent pour écrire

Ce n’est pas une légende mon ami regarde-nous

Toi et moi c’est l’écriture qui nous lie

C’est dans la solitude qu’on apprend la convivialité

Et tant pis pour celui qui le nie

Le feu passe au vers et l’oralité passe par nous

Le verbe est une clé indispensable

Dehors on nous demande des mots de passe partout


Les poètes se cachent pour écrire

Ce n’est pas une légende mon frère regarde-nous

On a traversé des rivières de boue à la nage

On a dormi à jeun dans la neige

Et on est encore debout.

 

  *Amiini= Amen

* Mbaalen be jam= Dormons en paix ou Bonne nuit

                   -------------------------------------


On a envie d’applaudir à la fin, vous ne trouvez pas ?

Vous trouverez chez el señor-amigo K, un billet avec un autre poème de Souleymane, "Réponds-lui avec de l''eau"

 

On met signale gentiment que Souleymane est passé à l'émission  L’Heure bleue de France Inter, ici: https://www.franceinter.fr/emissions/l-heure-bleue/l-heure-bleue-14-juin-2021


4 juin 2021

Les trois chants de l'âme / Los tres cantos del alma

 Vous connaissez mon admiration pour les traducteurs mais aussi pour les éditeurs qui publient de la poésie, et plus encore si ce sont des traductions de poétesses sud-américaines peu connues.

L’édition Cap de l’Étang m’a gracieusement envoyé cette fois, traduits par Monique-Marie Ihry, “Les trois chants” de Teresa Wilms Montt.

 

                                    Teresa Will Montt 1893-1921 Chili



Vous pouvez lire sur le blog de la traductrice une présentation de la poétesse, qui n’avait jamais été traduite en français, et du recueil.
http://aujardindesmots.unblog.fr/les-trois-chants-los-tres-cantos-de-teresa-wilms-montt-1893-1921-traduit-en-francais-par-monique-marie-ihry/


Avec leur permission je vous livre quelques extraits de ce “chant lyrique” “marqué par les expériences de l’âme avec en toile de fond la nature “ (quatrième de couverture).
                          



Des chants très poétiques qui m’ont surprise au départ: tout le recueil est une adresse à son âme, étonnant. Mais bien vite le beau rythme et la poésie m’ont séduite. 

Un court recueil, vraiment très beau, 3 chants, et une longue et intéressante introduction de Monique-Marie Ihry.

Extrait de “Le matin “


   “Chante mon âme, chante et bois une gorgée du nectar de la matinée;  chante, mon âme, tant que le ciel bleu et la campagne seront pour toi une bacchanale dont la beauté sera capable de t’enivrer !

   Chante, mon âme, chante avant que la nuit prenne fin et que le loup sauvage hurle dans la montagne”

Extracto de “”La mañana”

   ¡Canta, alma mía, canta y bébete de un sorbo el néctar de la mañana; canta, canta alma mía, mientras el cielo azul y la campiña sean para ti una bacanal con cuya belleza puedas embriagarte!

   Canta, alma mía, canta antes que cierre la noche y aullé el lobo salvaje en la montaña!


Extrait de “Crépuscule”

J’ai choisi un passage vers la fin où, après avoir répété “Prie, prie mon âme”, la nature est la protagoniste.


   “Le soleil s’en va, une lointaine musique de vents et de cascades l’accompagne jusqu'à la montagne.
  “ Les insectes bruyants courent dans tous les sens, en se cachant entre les herbes et en évitant le dernier rayon de l’astre d’or.
   Le soleil s’en va. Les peines entourent le monde avec des visages affamés à la recherche de cœurs à dévorer.
  Le soleil s’en va et le sourire du moribond se grave dans la pierre indélébile de l’immortalité.
  Le soleil s’en va et mon âme tremble de terreur dans les ténèbres. “


Extracto de “El crepúsculo”

   “Se va el sol, y una música alejada de vientos y de cascadas lo acompaña hasta la montaña.
   Los insectos rumorosos corren de un lado a otro, escondiéndose entre las malezas, evitando el último rayo del astro de oro.
   Se va el sol. Las penas rondan el mundo con caras hambrientas buscando corazones para devorar.
   Se va el sol, y la sonrisa del moribundo se está grabando en la indeleble piedra de la inmortalidad.
   Se va el sol y el alma mía tiembla de pavor en las tinieblas.“




Extrait de “La nuit”


  “ Pleure, mon âme, pleure ! "(...)
   Pleure avec l’avalanche de neige qui purifie la plaine et rend l’homme meilleur !
   Pleure avec le paria et la femme répudiée dans son lit d’hôpital !
   Pleure, mon âme, pleure avec la mère à qui la brutalité de l’homme a arraché les enfants et l’a abandonnée seule au milieu de sa vie !
   Pleure, mon âme, avec ceux qui n’ont pas de réconfort, qui, comme les morts  ayant une âme, n’attendent rien ni personne !”

Extracto de “La noche “


    "¡Llora, alma mía, llora!” (…)
   “¡Llora con el alud de nieve que purifica el llano y hace al hombre más bueno!
    ¡Llora con el paria, y con la mujer repudiada en su lecho de hospital!
    ¡Llora, alma mía, con la madre a quien la brutalidad del hombre arrancó sus hijos y la ha dejado sola en medio de la vida !
    ¡Llora, alma mía, con los que no tiene consuelo, que, como muertos con alma, no aguardan nada ni a nadie esperan!”

28 mai 2021

Nourrir et rire

Fin mai. 


Billet léger, gai, nature.


Nous avons un compagnon de luxe pour les travaux du potager.
Depuis plus d’un an un merle familier nous suit ou, comme hier, “cueille” les fraises avec moi, à mes côtés.
I. l’a surnommé Mirlenko (merle=mirlo en espagnol) car l’animal n’a qu’une patte et il pense que ce doit être un rescapé de Chernobyl…


Quoi qu'il en soit, le nom lui est resté et nous nous demandions s’il passerait l’hiver.

Voilà Mirlenko



 


 

 

 

La señora Mirlenka....


                                                      Fotos I. Pampin gracias

 

Alors ce mois de mai, surprise. Non seulement il a survécu mais il a trouvé une compagne qui, elle, a bien ses deux pattes, et ils ont procréé dans l’araucaria juste derrière la maison. Les parents se relaient pour nourrir les oisillons affamés, comme il se doit.
Espérons qu’il ne manque aucun membre à ces petits;-))


Les oisillons affamés.
  Foto I. Pampin

 

Alors, pour finir ce mois de mai en beauté, un poème bien sûr.

 

Mai

Gioconda Belli

Les baisers ne se fanent pas

comme les flamboyants,

ni ne me poussent des gousses sur les bras;

toujours je fleuris

de cette pluie intérieure,

comme les patios verts de mai

et je ris car j’aime le vent et les nuages

et le passage des oiseaux chanteurs,

bien que je sois empêtrée dans des souvenirs,

couverte de lierre comme les vieux murs,

je crois toujours aux murmures gardés,

en la force des chevaux sauvages,

au message ailé des mouettes.

Je crois aux innombrables racines de mon chant.

(Trad: Colo)


MAYO


No se marchitan los besos
como los malinches, (flamboyants)
ni me crecen vainas en los brazos;
siempre florezco
con esta lluvia interna,
como los patios verdes de mayo
y río porque amo el viento y las nubes
y el paso del los pájaros cantores,
aunque ande enredada en recuerdos,
cubierta de hiedra como las viejas paredes,
sigo creyendo en los susurros guardados,
la fuerza de los caballos salvajes,
el alado mensaje de las gaviotas.
Creo en las raíces innumerables de mi canto.


 Gioconda Belli


19 mai 2021

Mon unique patrie, la mer / Mi única patría, la mar

 

Le grand poète du premier romantisme en Espagne est, sans l’ombre d’un doute, José de Espronceda.

Né en 1808 en Estrémadure, son idée de liberté a toujours été en contradiction avec la politique espagnole. D’où de nombreux exils dont un à Londres et sa poésie a été influencée par Lord Byron.


Je vous propose le poème “La chanson du pirate”, un poème long mais qui, comme toutes les chansons, a un refrain et que tous les écoliers d’antan connaissaient par cœur, du moins en partie.


La Chanson du Pirate” est la plus célèbre. À la fin du poème, on retrouve l’exaltation du héros romantique, de ce pirate qui veut seulement vivre librement, sans se soumettre. Le pirate représente le héros individuel, un personnage que nous pouvons retrouver dans la tradition romantique européenne. Étant donné qu’il n’aime pas les valeurs du monde, il s’élance en mer, vers la liberté la plus absolue qui soit.

Ses héros (…) représentent des symboles de la rébellion individuelle face à une bourgeoisie qui manque de sensibilité.   (source : https://nospensees.fr/jose-de-espronceda-poete-romantique/)



 

La chanson du pirate     José de Espronceda


Avec dix canons de chaque côté

vent en poupe, à toute voile,

ne coupe pas la mer, mais vole

un voilier brigantin.

 

Le bateau pirate, nommé

pour sa bravoure « Le Redouté »,

connu sur toute mer

de l'un à l'autre confins.

 

Sur la mer la lune brille

dans la voile gémit le vent,

et soulève d'un doux mouvement

des vagues bleues et argentées;

 

Et voilà le capitaine pirate,

Joyeux et chantant sur la poupe,

l’Asie d’un côté, l'Europe de l'autre,

et là-bas, devant, Istanbul.

 

Navigue, mon voilier

sans crainte, ni navire ennemi

ni orage, ni calme

ne détourneront ton cap

ni ne soumettront ton courage

 

Vingt prises avons-nous faites

en dépit de l’anglais

et ont baissé leurs bannières

cent nations à mes pieds.

 

 Car mon bateau est mon trésor,

mon Dieu, c’est la liberté ;

ma loi, la force et le vent ;

mon unique patrie, la mer.

 

Au loin ; menez de féroces guerres

rois aveugles,

pour un empan de terre.

Ici j'ai à moi

tout ce que contient la mer sauvage,

à qui personne n’imposa de lois.

 

Et il n’y a plage

où que ce soit

ni drapeau,

qui ne s’incline devant mon droit

et mon courage.



 Car mon bateau est mon trésor,

mon Dieu, c’est la liberté ;

ma loi, la force et le vent ;

mon unique patrie, la mer.



Au cri « Navire en vue ! »

il faut voir comme il vire et se prépare

à échapper à toute voile;

je suis le roi de la mer

et ma furie est à craindre.

 

Mon butin

équitablement

je le partage

je ne désire pour seule richesse

que la beauté

sans rival.

 

Car mon bateau est mon trésor,

mon Dieu, c’est la liberté ;

ma loi, la force et le vent ;

mon unique patrie, la mer. 

 

Je suis condamné à mort !

Oh je ris

et si la chance me sourit

celui qui me condamne

pendu sera à une poutre

à bord de son propre bateau.

 

Et si je meurs

Qu'est-ce la vie ?

Je l’avais déjà donnée

pour perdue

quand du joug de l'esclave

 comme un brave,

je me suis débarrassé.

 

Car mon bateau est mon trésor,

mon Dieu, c’est la liberté ;

ma loi, la force et le vent ;

mon unique patrie, la mer.

 

Ma musique préférée

sont les aquilons,

le fracas et le tremblement

des câbles secoués

les mugissements de la mer noire

et les rugissement de mes canons.

 

Et au violent son du tonnerre

et du vent hurlant

je m'endors apaisé,

par la mer bercé

 

Car mon bateau est mon trésor,

mon Dieu, c’est la liberté ;

ma loi, la force et le vent ;

mon unique patrie, la mer.

Traduction: Colo


La Canción del Pirata

Con diez cañones por banda,

viento en popa, a toda vela,

no corta el mar, sino vuela

un velero bergantín.

 

Bajel pirata que llaman,

por su bravura, El Temido,

en todo mar conocido

del uno al otro confín.

 

La luna en el mar riela

en la lona gime el viento,

y alza en blando movimiento

olas de plata y azul;

 

y va el capitán pirata,

cantando alegre en la popa,

Asia a un lado, al otro Europa,

y allá a su frente Istambul,

 

Navega, velero mío

sin temor, que ni enemigo navío

ni tormenta, ni bonanza

tu rumbo a torcer alcanza,

ni a sujetar tu valor.

 

Veinte presas hemos hecho

A despecho del inglés

y han rendido sus pendones

cien naciones a mis pies.

 

Que es mi barco mi tesoro,

que es mi dios la libertad,

mi ley, la fuerza y el viento,

mi única patria, la mar.

 

Allá; muevan feroz guerra

ciegos reyes

por un palmo más de tierra;

que yo aquí; tengo por mío

cuanto abarca el mar bravío,

a quien nadie impuso leyes.

 

Y no hay playa,

sea cualquiera,

ni bandera de esplendor,

que no sienta mi derecho

y dé pechos mi valor.

 

Que es mi barco mi tesoro,

que es mi dios la libertad,

mi ley, la fuerza y el viento,

mi única patria, la mar.

 

A la voz de "¡barco viene!"

es de ver cómo vira y se previene

a todo trapo a escapar;

que yo soy el rey del mar,

y mi furia es de temer.

 

En las presas yo divido

lo cogido por igual;

sólo quiero

por riqueza

la belleza

sin rival.

 

Que es mi barco mi tesoro,

que es mi dios la libertad,

mi ley, la fuerza y el viento,

mi única patria, la mar.

 

¡Sentenciado estoy a muerte!

Yo me río

no me abandone la suerte,

y al mismo que me condena,

colgaré de alguna antena,

quizá; en su propio navío.

 

Y si caigo,

¿qué es la vida?

Por perdida

ya la di,

cuando el yugo del esclavo,

como un bravo,

sacudí.

 

Que es mi barco mi tesoro,

que es mi dios la libertad,

mi ley, la fuerza y el viento,

mi única patria, la mar.

 

Son mi música mejor

aquilones,

el estrépito y temblor

de los cables sacudidos,

del negro mar los bramidos

y el rugir de mis cañones.

 

Y del trueno al son violento,

y del viento al rebramar,

yo me duermo sosegado,

arrullado por el mar.

 

Que es mi barco mi tesoro,

que es mi dios la libertad,

mi ley, la fuerza y el viento,

mi única patria, la mar.

JOSE DE ESPRONCEDA













12 mai 2021

Un mot, des mots.... / Una palabra, palabras...

 

Aujourd’hui un poème abstrait, une réflexion sur les mots par Roberto Juarroz.

Hoy un poema abstracto, una reflexión sobre las palabras, por Roberto Juarroz.

(Merci Kwarkito pour la suggestion d'illustrations)




                                               The writer Saul Steinberg

 

Tout mot appelle un autre mot.

Tout mot est un aimant verbal,

un pôle d’attraction variable

qui toujours inaugure de nouvelles constellations.


Un mot est tout un langage,

mais aussi le fondement

de toutes les transgressions du langage,

la base où s’appuie toujours un antilangage.


Un mot est encore un homme.

Deux mots sont déjà l’abîme.

Un mot peut ouvrir une porte.

Deux mots l’effacent. 

(Trad: Colo) 

Les Idées, Saul Steinberg 

 Roberto Juarroz.


Toda palabra llama a otra palabra.
Toda palabra es un imán verbal,
un polo de atracción variable
que inaugura siempre nuevas constelaciones.


Una palabra es todo el lenguaje,
pero es también la fundación
de todas las transgresiones del lenguaje,
la base donde se afirma siempre un antilenguaje.


Una palabra es todavía el hombre.
Dos palabras son ya el abismo.
Una palabra puede abrir una puerta.
Dos palabras la borran.


6 mai 2021

Une valse surréaliste / Un vals surrealista

Cette chanson de Leonard Cohen, tant écoutée dans ma jeunesse, vous la connaissez sans doute: Take This Waltz.

Esa canción de Leonard Cohen, escuchado tantas veces en mi juventud, le conocéis tal vez,









Peut-être comme moi ne compreniez-vous pas alors les paroles. 

Et bien cette chanson est la traduction d'un poème, (très) surréaliste, de F. Garcia Lorca, extrait de "Poète à New-York".
Alors "mon travail" est de vous livrer ce poème, non ?

Quizás, al igual que yo entonces, no entendíais las palabras. Esa canción es la traducción de un poema, (muy) surrealista, de F. Garcia Lorca, del poemario “Poeta en Nueva York”.
Aquí van el poema y la canción interpretada por Ana Belén.


Ana Belén, entres autres, la chante en espagnol.

                         




Petite Valse Viennoise

 
F. Garcia Lorca

À Vienne il y a dix jeunes filles,
une épaule où sanglote la mort
et une forêt de colombes disséquées.
Il y a un fragment du matin
dans le musée du givre.
Il y a un salon à mille fenêtres.

Ay, ay, ay, ay !
Prends cette valse la bouche fermée.
 
Cette valse, cette valse, cette valse,
de oui, de mort et de cognac
qui mouille sa traîne dans la mer.
 
Je t’aime, je t’aime, je t’aime,
avec le fauteuil et le livre mort,
dans le couloir mélancolique,
dans l’obscur grenier de l’iris,
dans notre lit de la lune
et dans la danse que rêve la tortue.

Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
Prends cette valse à la taille brisée.
 
À Vienne il y a quatre miroirs
où jouent ta bouche et les échos.
Il y a une mort pour piano
qui peint en bleu les garçons.
Il y a des mendiants sur les toits.
Il y a de fraîches guirlandes de larmes.

Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
Prends cette valse qui se meurt dans mes bras.
 
Parce que je t'aime, je t'aime, mon amour,
dans le grenier où jouent les enfants,
en rêvant de vieux lustres de Hongrie
dans la rumeur de la soirée tiède,
en voyant des brebis et des iris de neige
dans le silence obscur de ton front.

Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
Prends cette valse du : « Je t’aime toujours. »
 
À Vienne je danserai avec toi
costumé avec
une tête de fleuve.
Regarde mes rives de jacinthes !
Je laisserai ma bouche entre tes jambes,
mon âme dans des photographies et des lys ;
et dans les ondes obscures de ta démarche
je veux, mon amour, mon amour, laisser,
violon et sépulcre, les rubans de la valse.

 
 
 
 

Pequeño vals vienés
F. Garcia Lorca

En Viena hay diez muchachas,
un hombro donde solloza la muerte
y un bosque de palomas disecadas.
Hay un fragmento de la mañana
en el museo de la escarcha.
Hay un salón con mil ventanas.

¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals con la boca cerrada.

Este vals, este vals, este vals,
de sí, de muerte y de coñac
que moja su cola en el mar.

Te quiero, te quiero, te quiero,
con la butaca y el libro muerto,
por el melancólico pasillo,
en el oscuro desván del lirio,
en nuestra cama de la luna
y en la danza que sueña la tortuga.

¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals de quebrada cintura.

En Viena hay cuatro espejos
donde juegan tu boca y los ecos.
Hay una muerte para piano
que pinta de azul a los muchachos.
Hay mendigos por los tejados.
Hay frescas guirnaldas de llanto.

¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals que se muere en mis brazos.

Porque te quiero, te quiero, amor mío,
en el desván donde juegan los niños,
soñando viejas luces de Hungría
por los rumores de la tarde tibia,
viendo ovejas y lirios de nieve
por el silencio oscuro de tu frente.

¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals del “Te quiero siempre”.

En Viena bailaré contigo
con un disfraz que tenga
cabeza de río.
¡Mira qué orilla tengo de jacintos!
Dejaré mi boca entre tus piernas,
mi alma en fotografías y azucenas,
y en las ondas oscuras de tu andar
quiero, amor mío, amor mío, dejar,
violín y sepulcro, las cintas del vals.

Federico García Lorca
Poeta en Nueva York (1929-30)

29 avr. 2021

Abattre le mur / Derribar el muro

 

Un poème, un Kinépoème


Grâce à Deylan Caylon je découvre une poétesse, un tout grand merci.





Si tu abats le mur…..

Ernestina de Champourcin


Si tu abats le mur

quel plaisir partout !

Quel ruban de paroles

s’entendra sur terre !

Et tout sera nouveau

comme venant de naître…

Si tu abats le mur

de tous les mensonges

Quelle joie d’amour

ouverte sur le monde !

Quel horizon sans nuages

  dans l’arc du ciel !


(Trad DB et Colo)

                                                 Kinépoème


Si derribas el muro... 

Ernestina de Champourcin



¡Si derribas el muro

¡Si derribas el muro
qué gozo en todas partes!
¡Qué lazo de palabras
se sentirá en la tierra!
Y todo será nuevo,
como recién nacido...
Si derribas el muro
de todas las mentiras
¡Qué júbilo de amor
abierto sobre el mundo!
¡Qué horizonte sin nubes
en la curva del cielo!

De "Primer exilio"

                                                                         ------------------------


Sous la vidéo ceci:


"Poème en mouvement réalisé par Deylan Caylon inspiré par un texte d’Ernestina de Champourcín et une musique d’Ernesto Nazareth.

Ernestina de Champourcín fait partie, avec Federico Garcia Lorca et Rafael Alberti du groupe d’avant-garde « Generación del 27 ». La guerre d’Espagne lui fit prendre le chemin de l’exil en France puis au Mexique. Veuve, son retour au pays en 1972 fut pour elle comme un second exil.

Ernesto Nazareth, né et mort à Rio de Janeiro est considéré comme l’un des spécialiste du matchiche. Comme ce genre était mal considéré à l’époque, il a préféré intituler ses compositions « tango brésilien », d’autant qu’il goûtait autant sa musique populaire jouée dans les rues que la musique classique européenne, dont celle de Chopin. Il a produit plus de 200 pièces pour piano dont presque la moitié de tangos, le reste étant principalement composé de valses, polkas et autres danses en vogue au Brésil dans ce début de XXème siècle.

Les mots ont pris la voix de Séverine Lanz qui chante à ses moments gagnés."



22 avr. 2021

Artiste du quotidien, Cubain / Artista de lo cotidiano, Cubano

                                           El Héroe, Le Héros. Pedro Pablo Oliva
 

Pedro Pablo Oliva, son nom ne vous dit sans doute rien. C'est le peintre cubain actuel le plus connu.

Modeste, il déclare :” J’ai toujours essayé de lier ma vie à la création. Je crois en la vie quotidienne, celle des conflits, celle des contradictions ; (...). J’ai essayé d’être chroniqueur de mon temps, quelque chose comme une sorte de presse picturale ou de bulletin de nouvelles en plastique.”

Vous l’avez compris, il peint, sculpte la vie quotidienne, une imagerie qui passe chez lui par le tamis de l’enfance.

En plus de ses œuvres, il a réalisé pendant de nombreuses années un rôle pédagogique, comme tuteur de nombreuses générations de jeunes artistes.

Nommé artiste émérite par l’Institut supérieur d’art à la Havane, il a reçu de nombreux prix et remporté une large reconnaissance parmi ses contemporains et les honneurs de plus haut niveau.

Si je vous raconte tout cela, c’est que par la suite...



             Bronze: 2009." Jeune fille condamnée à vivre avec une pierre sur la tête"


Ajoutons qu’il a été le premier artiste de l’île à exposer à New York et que son travail est entré dans le circuit des ventes aux enchères importantes telles que Christie’s et Sotheby’s.


"Tout ce qui se passe me force à utiliser différentes formes, thèmes et images. Mais au-delà des événements politiques ou sociaux, j’ai essayé de regarder l’homme, sa dimension psychologique, avec ses forces et ses faiblesses.

J’aime me mouvoir entre le dessin, la peinture et la sculpture avec un œil sur la situation spécifique de mon pays, mais aussi sur les conflits humains qui sont universels. Je pense que la vérité est plus proche de l’homme de tous les jours. Si mon état spirituel est le chaos ou le contexte est le chaos, le chaos est l’œuvre ; si la situation est confuse, le travail est confus."

Source: https://vrallart.com/artist/pedro-pablo_oliva/#!

 

Voilà pour l’homme et son œuvre. Tout va bien jusqu’au mois de mai 2011. Après certaines déclarations faites et publiées avec son accord sur un blog et ailleurs, le voilà traité de “dissident”, de traître à la patrie “, enfin, accusé par le régime en place.

Vous pouvez lire dans “Le Monde “ cet article complet à ce sujet :

https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2011/05/24/le-peintre-cubain-pedro-pablo-oliva-limoge_5990991_3222.html

 

El misterioso equilibrio del poder

Depuis il travaille toujours, seul. Son atelier pédagogique est fermé.

Ses œuvres sont variées, les matériaux aussi, et vraiment nombreuses, en voici 

quelques-unes.

 

                                   De la série "El gran abuelo"



El gran apagón 


                                      El gran beso de la mina, hommage à Gustave Klimt

13 avr. 2021

L'éternel signe de la danse / El eterno signo de la danza

 

Nancy Morejón (Cuba 1944- )

Biograpie : https://www.marche-poesie.com/morejon/

Biografía: https://www.isliada.org/poetas/nancy-morejon/



Peut-être, mais peut-être pas, avez-vous lu ou entendu son poème le plus connu : Femme Noire. Fort attachée aux origines africaines des siens, elle est la voix des ancêtres qui souffrirent l’esclavage et atterrirent à Cuba ou ailleurs. Ce poème, si vous le lisez, visualise des images très fortes. Le ton y est intense et courageux.

Tal vez, o tal vez no, habéis leído o oído su poema más conocido: Mujer Negra. Muy ligada a los orígenes africanos, es la voz de sus ancestros quienes sufrieron por esclavitud. El poema visualiza imágenes muy fuertes y tiene un tono intenso y valiente. 

 

Billet modifié le 15-4-2021.

 

Femme Noire

Je continue de respirer l'écume de la mer qu'on me fit traverser.

La nuit a disparu de ma mémoire

mais l'océan lui-même ne pourrait s'en souvenir.

Pourtant je n'oublie pas le premier pélican que j'aperçus.

Les nuages, hauts, comme d'innocents témoins oculaires.

Je n'ai pas oublié, je crois, mon rivage perdu ni la langue de mes ancêtres.

 

On m'a laissée ici et c'est ici que j'ai vécu.

C'est pour avoir travaillé dur

que je suis née ici une seconde fois.

Grande fut l'épopée mandingue qu'alors je tentai d'évoquer.

 

Je me suis révoltée.

 

J'ai brodé la casaque de Mon Maître et je lui ai donné un fils,

mon fils, qui n'a jamais porté de nom.

Et Mon Maître a péri aux mains d'un respectable lord anglais.

 

Je suis partie.

 

Dans ce pays on m'a frappée, nez contre terre, à coups de fouet.

Mes rames ont fendu les eaux de toutes ses rivières.

Sous son soleil j'ai semé et j'ai récolté ce qu'on refusait à ma bouche.

Je n'avais pour maison que la bâtisse des esclaves

construite avec les pierres apportées par mes mains

sans que je cesse de chanter au rythme naturel des oiseaux.

 

Je me suis rebellée.

 

Sur cette terre j'ai palpé le sang humide

et les os pourris de tant d'autres

amenés ici, ou ailleurs, comme moi.

Je n'ai plus jamais rêvé de la route de Guinée.

Était-ce la Guinée ? Ou le Bénin ? Madagascar ? Ou le Cap-Vert ?

 

J'ai travaillé plus dur encore.

J'érigeais avec plus de foi mon chant millénaire et mon espoir.

Je préparais mon propre monde.

 

Je me suis enfuie dans les bois.

 

J'eus pour liberté le camp retranché

avant de chevaucher avec l'armée de Maceo.

Il me fallut attendre un siècle

pour qu'après de mes descendants,

du haut d'une montagne bleue

 

nommée la Sierra Maestra

 

je descende en finir avec l'argent, les usuriers,

les généraux et les bourgeois.

 

J'existe désormais : aujourd'hui pour la première fois nous possédons et nous créons.

 

Il n'est plus rien qui ne soit nôtre.

Nôtre est la terre.

Nôtre la mer, nôtre le ciel.

Nôtres, la magie, les chimères.

Mes frères, mes égaux, je vous vois danser

autour de l'arbre que nous avons planté pour le communisme.

Et dont le bois prodigue maintenant retentit.

 

 

traduction de Claude Couffon issue de son anthologie bilingue Poésie cubaine du XXe siècle (1997)


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Éloge de la danse

Nancy Morejón.


Le vent souffle

Comme un enfant

Et les airs halètent

Dans la jungle, dans la mer.

Avec le vent,

Tu souffles sur la flamme froide:

Voiles de lune, tu souffles toi

Et les fleurs et la mousse

Battent dans le vent.

Et le corps

Au fil de l’eau

Au fil du vent

Dans l’éternel signe de la danse.


(Trad: Colo)


 

                                Santiago Ríos (Costa cercana a La Habana, acuarela)

                                                   http://www.santirios.com/Espannol/ViajeCuba.html

 

Elogio de la Danza

A Leo Brouwer

El viento sopla
Como un niño
Y los aires jadean
En la selva, en el mar.
Entras y sales
Con el viento,
Soplas la llama fría:
Velos de luna soplas tú
Y las flores y el musgo
Van latiendo en el viento.
Y el cuerpo
Al filo del agua
Al filo del viento
En el eterno signo de la danza.