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6 juil. 2026

Sois arbre ! / Sé árbol !

Encore une semaine très chaude, alors de l’eau, une source, et F. García Lorca, 

ça vous dit ? Un long poème que j'ai trouvé superbe. 



Source (extraits)

F. García Lorca



L'ombre s'est endormie en la prairie.

Les sources chantent.

 

Face au vaste crépuscule d'hiver,

Mon cœur songeait.

Que ne puis-je comprendre les sources,

Le secret de l'eau

Nouveau-née : chant occulte

À tous les regards

De l'esprit, douce mélodie,

Au-delà des âmes ? ...

 

Luttant sous le poids de l'ombre

Chante une source.

Je m'approche pour écouter son chant

Mais mon cœur ne perçoit rien.

C'est un jaillissement d'invisibles étoiles

Au ras de l'herbe chaste,

La naissance du Verbe de la terre

En un sexe sans tache.

 

(….)


Mais je perçois dans l'eau

Quelque chose qui m'émeut... comme un souffle

À travers le feuillage de mon âme.

Sois arbre ! dit une voix lointaine.

Et un torrent d'étoiles

Roula dans le ciel clair.

 

Mon doux feuillage n'entendra-t-il jamais

Le secret de l'eau ?

Est-ce que ma racine atteindra le royaume

Où il naît et se fige ?

J'inclinai mon ramage vers le ciel

Que l'onde répétait.

Je le mouillai au cristallin

Diamant bleu qui chante

Et je sentis les sources bouillonner

Ainsi qu'elles faisaient à mon oreille humaine.

C'était le même flux plein de musique

Et de science ignorée.

 

À lever mes bras gigantesques

Face à l'azur, j'étais

Plein de brouillard épais, de rosée

Et de lumière fanée.

J'éprouvai la tristesse des arbres :

Je désirai des ailes

Pour pouvoir me jeter dans le vent

Jusqu'aux étoiles claires.

Pourtant mon cœur dans les racines,

Triste, me murmurait :

Si tu ne comprends pas les sources,

Meurs et brise tes ramées !

 

Seigneur, arrache-moi du sol. Fais-moi entendre

Le langage de l'eau !

Donne-moi une voix amoureuse qui tire

Leur secret aux ondes enchantées.

Pour allumer leur phare, je ne veux

Que l'huile des paroles.

 

Sois rossignol ! dit une voix perdue

En la morte distance.

Et un torrent d'astres de feu

Jaillit alors du sein de la nuit.



Traduit de l'espagnol par André Belamich

Gallimard, 1954






. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Manantial


F. García Lorca


La sombra se ha dormido en la pradera.
Los manantiales cantan.


Frente al ancho crepúsculo de invierno
mi corazón soñaba.
¿Quién pudiera entender los manantiales,
el secreto del agua
recién nacida, ese cantar oculto
a todas las miradas
del espíritu, dulce melodía
más allá de las almas...?


Luchando bajo el peso de la sombra,
un manantial cantaba.
Yo me acerqué para escuchar su canto,
pero mi corazón no entiende nada.
Era un brotar de estrellas invisibles
sobre la hierba casta,
nacimiento del Verbo de la tierra
por un sexo sin mancha.


(…)


Mas yo siento en el agua
algo que me estremece..., como un aire
que agita los ramajes de mi alma.
¡Sé árbol! (Dijo una voz en la distancia.)
Y hubo un torrente de luceros
sobre el cielo sin mancha.




¿No podrán comprender mis dulces hojas
el secreto del agua?
¿Llegarán mis raíces a los reinos
donde nace y se cuaja?
Incliné mis ramajes hacia el cielo
que las ondas copiaban,
mojé las hojas en el cristalino
diamante azul que canta,
y sentí borbotar los manantiales
como de humano yo los escuchara.


Era el mismo fluir lleno de música
y de ciencia ignorada.
Al levantar mis brazos gigantescos
frente al azul, estaba
lleno de niebla espesa, de rocío
y de luz marchitada.
Tuve la gran tristeza vegetal,
el amor a las alas.
Para poder lanzarse con los vientos
a las estrellas blancas.
Pero mi corazón en las raíces
triste me murmuraba:
"Si no comprendes a los manantiales,
¡muere y troncha tus ramas"!
¡Señor, arráncame del suelo! ¡Dame oídos
que entiendan a las aguas!
Dame una voz que por amor arranque
su secreto a las ondas encantadas,
para encender su faro sólo pido
aceite de palabras.


"Sé ruiseñor!", dice una voz perdida
en la muerta distancia,
y un torrente de cálidos luceros
brotó del seno que la noche guarda.



 

17 oct. 2023

Les couleurs du vent, F.G. Lorca / Los colores del viento, F.G. Lorca

 




Dessin de Lorca


 


Inconnu aux mille noms,
tellement vivant,
le vent.

Si la poésie de Federico García Lorca est visuelle et nous emporte toujours vers des images fortes, celle du vent me semble être la plus frappante: le poète réussit à nous faire voir l'invisible

 
Voici ma traduction de:

 

Trois histoires du vent

I


Le vent dévalait rouge

 sur le coteau allumé

 et il devint vert, vert

 du côté de la rivière.

 Après il virera au violet,

 au jaune et...

 Il sera sur les semailles

 un arc-en-ciel tendu.


II


                                   Vent dormant.                                     

En haut le soleil.

 En bas

 les algues frémissantes

 des peupliers.

 Et mon cœur

tremblant.

Vent dormant

 à cinq heures du soir

 Sans oiseaux.



III

 

La brise

 est ondulée

comme les cheveux

de certaines filles.

Comme les veines

de vieilles planches.

 

La brise

 jaillit comme l'eau

 et se répand,

 comme un baume blanc,

 dans les vallons,

 et s'évanouit

 en cognant le dur

 de la montagne.

 
(Trad: Colo)

 





Rodrigo R. Pimentel. Viento



Desconocido con mil nombres,
tan vivo,
el viento.

 
Si la poesía de Lorca es visual y nos lleva siempre hacia imágenes fuertes, la del viento me parece particularmente significativa: el poeta consigue hacernos ver lo invisible.

Tres historias de viento

I


El viento venía rojo
por el collado encendido
y se ha puesto verde, verde
por el río.
Luego se pondrá violeta,
amarillo y...
Será sobre los sembrados
un arco iris tendido.



                                             Photo prise a Lanjarón par Tania, gracias!

II


Viento estancado.
Arriba el sol.
Abajo
las algas temblorosas
de los álamos.
Y mi corazón
temblando.

Viento estancado
a las cinco de la tarde.
Sin pájaros.

 

III


La brisa
es ondulada
como los cabellos
de algunas muchachas.
Como los marecitos
de algunas viejas tablas.
La brisa
brota como el agua
y se derrama,
como un bálsamo blanco,
por las cañadas,
y se desmaya
al chocar con lo duro
de la montaña.

(reprise, modifiée, d'un billet ancien)

21 janv. 2022

Soif de parfums et de rires / Sed de aromas y de risas

 

Chants nouveaux

Federico Garcia Lorca (Août 1920)


Le soir dit: j’ai soif d’ombre !
La lune dit :
moi, d’étoiles brillantes.
La source cristalline veut des lèvres
et des soupirs le vent.

Mais moi, j’ai soif de parfums et de rires,
soif de chants nouveaux
sans lunes et sans lys
et sans amours mortes,

Soif d’un chant matinal qui ferait frémir
les eaux dormantes
de l’avenir, emplissant d’espérance
leurs ondes et leurs fanges.

Il serait lumineux et tranquille
plein de riches pensées,
vierge de mélancolie,
d’angoisse et de rêves.

Un chant léger qui comblerait
de rires le silence.
(Telle une volée de colombes aveugles
lâchées dans le mystère.)

Ce chant toucherait à l’âme des choses,
à l’âme des vents,
et se reposerait enfin dans la joie
du coeur éternel.

(Trad: Colo y MA)


 

Cantos nuevos

de Federico García Lorca

Agosto de 1920

dice la tarde:
¡tengo sed de sombra! .
Dice la luna: yo, sed de luceros .
La fuente cristalina pide labios
y suspiros el viento.


Yo tengo sed de aromas y de risas.
Sed de cantares nuevos
sin lunas y sin lirios,
y sin amores muertos.


Un cantar de mañana que estremezca
a los remansos quietos
del porvenir. Y llene de esperanza
sus ondas y sus cienos.


Un cantar luminoso y reposado,
pleno de pensamiento,
virginal de tristeza y de angustias
y virginal de ensueños.


Cantar sin carne lírica que llene
de risas el silencio.
(Una bandada de palomas ciegas
lanzadas al misterio).


Cantar que vaya al alma de las cosas
y al alma de los vientos
y que descanse al fin en la alegría
del corazón eterno.


6 mai 2021

Une valse surréaliste / Un vals surrealista

Cette chanson de Leonard Cohen, tant écoutée dans ma jeunesse, vous la connaissez sans doute: Take This Waltz.

Esa canción de Leonard Cohen, escuchado tantas veces en mi juventud, le conocéis tal vez,









Peut-être comme moi ne compreniez-vous pas alors les paroles. 

Et bien cette chanson est la traduction d'un poème, (très) surréaliste, de F. Garcia Lorca, extrait de "Poète à New-York".
Alors "mon travail" est de vous livrer ce poème, non ?

Quizás, al igual que yo entonces, no entendíais las palabras. Esa canción es la traducción de un poema, (muy) surrealista, de F. Garcia Lorca, del poemario “Poeta en Nueva York”.
Aquí van el poema y la canción interpretada por Ana Belén.


Ana Belén, entres autres, la chante en espagnol.

                         




Petite Valse Viennoise

 
F. Garcia Lorca

À Vienne il y a dix jeunes filles,
une épaule où sanglote la mort
et une forêt de colombes disséquées.
Il y a un fragment du matin
dans le musée du givre.
Il y a un salon à mille fenêtres.

Ay, ay, ay, ay !
Prends cette valse la bouche fermée.
 
Cette valse, cette valse, cette valse,
de oui, de mort et de cognac
qui mouille sa traîne dans la mer.
 
Je t’aime, je t’aime, je t’aime,
avec le fauteuil et le livre mort,
dans le couloir mélancolique,
dans l’obscur grenier de l’iris,
dans notre lit de la lune
et dans la danse que rêve la tortue.

Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
Prends cette valse à la taille brisée.
 
À Vienne il y a quatre miroirs
où jouent ta bouche et les échos.
Il y a une mort pour piano
qui peint en bleu les garçons.
Il y a des mendiants sur les toits.
Il y a de fraîches guirlandes de larmes.

Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
Prends cette valse qui se meurt dans mes bras.
 
Parce que je t'aime, je t'aime, mon amour,
dans le grenier où jouent les enfants,
en rêvant de vieux lustres de Hongrie
dans la rumeur de la soirée tiède,
en voyant des brebis et des iris de neige
dans le silence obscur de ton front.

Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
Prends cette valse du : « Je t’aime toujours. »
 
À Vienne je danserai avec toi
costumé avec
une tête de fleuve.
Regarde mes rives de jacinthes !
Je laisserai ma bouche entre tes jambes,
mon âme dans des photographies et des lys ;
et dans les ondes obscures de ta démarche
je veux, mon amour, mon amour, laisser,
violon et sépulcre, les rubans de la valse.

 
 
 
 

Pequeño vals vienés
F. Garcia Lorca

En Viena hay diez muchachas,
un hombro donde solloza la muerte
y un bosque de palomas disecadas.
Hay un fragmento de la mañana
en el museo de la escarcha.
Hay un salón con mil ventanas.

¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals con la boca cerrada.

Este vals, este vals, este vals,
de sí, de muerte y de coñac
que moja su cola en el mar.

Te quiero, te quiero, te quiero,
con la butaca y el libro muerto,
por el melancólico pasillo,
en el oscuro desván del lirio,
en nuestra cama de la luna
y en la danza que sueña la tortuga.

¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals de quebrada cintura.

En Viena hay cuatro espejos
donde juegan tu boca y los ecos.
Hay una muerte para piano
que pinta de azul a los muchachos.
Hay mendigos por los tejados.
Hay frescas guirnaldas de llanto.

¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals que se muere en mis brazos.

Porque te quiero, te quiero, amor mío,
en el desván donde juegan los niños,
soñando viejas luces de Hungría
por los rumores de la tarde tibia,
viendo ovejas y lirios de nieve
por el silencio oscuro de tu frente.

¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals del “Te quiero siempre”.

En Viena bailaré contigo
con un disfraz que tenga
cabeza de río.
¡Mira qué orilla tengo de jacintos!
Dejaré mi boca entre tus piernas,
mi alma en fotografías y azucenas,
y en las ondas oscuras de tu andar
quiero, amor mío, amor mío, dejar,
violín y sepulcro, las cintas del vals.

Federico García Lorca
Poeta en Nueva York (1929-30)

7 juil. 2020

Chut...silence! / ¡Chist...silencio!



Federico Garcia Lorca
III
(Dans la série Herbiers)


En grand secret, un ami
me montre l’herbier des bruits.

(Chut…silence!
La nuit pend du ciel!)

À la lumière d'un port perdu
arrivent les échos de tous les siècles.

(Chut...silence!
La nuit oscille dans le vent!)

Chut...silence!
De vieilles colères s'enroulent à mes doigts.

1927 (Trad:Colo)

Herbier / herbario Emily Dickinson *
 

De la serie Herbarios de F.Garcia Lorca

lll

En mucho secreto, un amigo
me enseña el herbario de los ruidos.

(¡Chist...silencio!
¡La noche cuelga del cielo!)

A la luz de un puerto perdido
vienen los ecos de todos los siglos.

(¡Chist...silencio!
¡La noche oscila en el viento!)

¡Chist...silencio !
Viejas iras se enroscan en mis dedos.

1927



J'ai déjà publié ce poème, il y a des lunes...je l'aime tant!

2 oct. 2019

D'exil en exil / De exilio en exilio

Suite et fin de la vie de Rafael Alberti.

Nous avons laissé le poète lors de son inscription au parti communiste et de son engagement républicain pendant la Guerre civile. Les choses empirent, son ami Federica Garcia Lorca est assassiné. Il écrit plusieurs poèmes en son hommage. En voici un.


A Federico Garcia Lorca
Poète de Grenade.
   Automne 1924

Cette nuit où le poignard du vent 
sabre le cadavre de l’été,
j’ai vu dans ma chambre se dessiner
ton visage brun au profil gitan.
 
La plaine fleurie. Les fleuves, cimeterres
rougis par le sang virginal des fleurs.
Lauriers-roses. Cabanes. Prairies.
 
Dans la sierra, quarante brigands.
 
Tu t’es réveillé à l’ombre d’un olivier,
avec près de toi la fleur des comptines.
Ton âme de terre et brise, captive…
 
Abandonnant, très doux, ses autels,
l’ange des chants populaires a brûlé
devant toi une anémone votive.
(Trad: Colo)
 
Rafel Aberti et F. Garcia Lorca
           
 
A FEDERICO GARCÍA LORCA,
POETA DE GRANADA
(1924)
1
(OTOÑO)
En esta noche en que el puñal del viento
acuchilla el cadáver del verano,
yo he visto dibujarse en mi aposento
tu rostro oscuro de perfil gitano.

Vega florida. Alfanjes de los ríos,
tintos en sangre pura de las flores.
Adelfares. Cabañas. Praderíos.

Por la sierra, cuarenta salteadores.

Despertaste a la sombra de una oliva,
junto a la pitiflor de los cantares.
Tu alma de tierra y aire fue cautiva…

Abandonando, dulce, sus altares,
quemó ante ti una anémona votiva
el ángel de los cantos populares. 



Paloma, dessin de R. Alberti



C’est pour lui et sa femme le moment de s’exiler; Pablo Neruda l’invite dans sa maison Parisienne, Quai de l’Horloge. Picasso leur trouve du travail. Mais très vite, nous sommes en '39-'40, la Guerre Mondiale s’annonce, le Gouvernement de Pétain, allégeant leur affiliation au parti communiste, leur refuse le permis de travail.
Nouvel exil. Ils partent en Argentine où ils resteront une vingtaine d’années. Toujours actif, militantisme et surtout l’écriture de poèmes.
 La souffrance énorme aussi. Et cette amitié profonde avec Neruda.
« Rafael et moi nous sommes ce que j’appellerai simplement des frères. La vie a enchevêtré nos existences, bouleversé nos poésies et nos destinées. » (Neruda)

Parfois un brin d'humour dans ses poèmes de l’époque.


A cinquante ans, aujourd'hui j'ai ma bicyclette.
Beaucoup ont un yacht
et beaucoup plus encore ont une automobile ;
il en est même beaucoup qui ont déjà un avion.
Mais moi,
à cinquante ans tout juste, je n'ai qu'une bicyclette (...)
A los cincuenta años, hoy, tengo una bicicleta.
Muchos tienen un yate
y muchos más un automóvil
y hay muchos que también tienen ya un avión.
Pero yo,
a mis cincuenta años justos, tengo sólo una bicicleta(…)


Arrive  Juan Perón au pouvoir, nouvel exil, à Rome cette fois car Franco est toujours en place. Ce n’est qu’en 1977 qu’il rentre finalement dans son pays natal où il croit que tout le monde l’a oublié. Pas du tout, il est reçu très chaleureusement.

Voilà. Rafael Albert meurt chez lui, dans son village, en 1999. Il avait 97 ans, avait toujours écrit et tant vécu que vous comprendrez que cette biographie soit très incomplète.
Il disait que les poèmes sont faits pour être lus à voix haute, alors, rien que pour les sonorités, écoutez ce très court poème dédié à Picasso et lu par lui-même mais intraduisible car les rimes et assonances en sont le bijou.


9 févr. 2018

Amère est l'eau des mers / Amarga es el agua del mar





La balade de l’eau de mer

F. Garcia Lorca


À Emilio Prados
(chasseur de nuages)


La mer                                                      
Dessin F. Garcia Lorca
sourit au loin.
Dents d’écume,
lèvres de ciel.

Que vends-tu, ô fille trouble
les seins à l’air?

Je vends, monsieur, l’eau
des mers.

Qu’as-tu, ô jeune noir
dans ton sang mêlé?

J’ai, monsieur, l’eau
des mers.

Ces larmes salées
d’où viennent-elles, mère?

Je pleure, monsieur, l’eau
des mers.

Cœur, et cette amertume
grave ¿où naît-elle?

Fort amère
est l’eau des mers!

La mer
sourit au loin.
Dents d’écume
lèvres de ciel.
(Trad:Colo)

 (Une traduction un peu différente aux éditions Gallimard 1954 ici: http://expositions.bnf.fr/lamer/cabinet/anthologie/bibliotheque/19.htm)

Dessin signé F. Garcia Lorca

La balada del agua del mar

F. Garcia Lorca

A Emilio Prados
(cazador de nubes)

El mar
sonríe a lo lejos.
Dientes de espuma,
labios de cielo.

¿Qué vendes, oh joven turbia
con los senos al aire?

Vendo, señor, el agua
de los mares.

¿Qué llevas, oh negro joven,
mezclado con tu sangre?

Llevo, señor, el agua
de los mares.

Esas lágrimas salobres
¿de dónde vienen, madre?

Lloro, señor, el agua
de los mares.

Corazón, y esta amargura
seria, ¿de dónde nace?

¡Amarga mucho el agua
de los mares!

El mar
sonríe a lo lejos.
Dientes de espuma,
labios de cielo.

3 janv. 2015

Ruches / Colmenas


Étonnant ce poème de García Lorca; sans doute parlait-il d'un autre genre de prison...

Pour l'accompagner, des photos du photographe Valencien Sergio Belinchón (1971). Frappé par ces cités fantôme construites, quelle folie, pendant le désastreux boum, il a été s'y promener, photographier ces lieux déserts.

Sorprendente este poema de García Lorca; tal vez hablaba de otro tipo de cárcel...

Para acompañarlo, unas fotos del fotógrafo Valenciano Sergio Belinchón (1971). Impactado por esas ciudades fantasmas edificadas, qué locura, durante el desastroso boom, fue a pasear y fotografiar esos lugares desiertos.
 
                 



Sergio Belinchón / Ciudades efímeras (http://arqtipo.com/?p=319)

                                      

 Ruches

F. García Lorca

Nous vivons dans des cellules
de verre,
dans des ruches d'air!
Nous nous embrassons à travers
du verre.
Merveilleuse prison,
dont la porte
est la lune! 
 
(Trad: Colo)


 
Sergio Belinchón cités éphémères (http://arqtipo.com/?p=319)




 
 
Colmena
 
 
F. García Lorca

¡Vivimos en celdas
de cristal,

en colmena de aire!

Nos besamos a través

de cristal.

¡Maravillosa cárcel,

cuya puerta

es la luna!
 

4 févr. 2013

Toute mon oeuvre...pour un peu de beauté / Toda mi obra... por un poco de belleza

 
María Blanchard (1881- 1932), connaissez-vous cette peintre espagnole? 
Sans doute pas. Étrange “l'escamotage” de cette artiste du niveau de Juan Gris...
Elle m'a passionnée, et son art, enchantée.
Je lui consacrerai donc deux billets.

Ce n'est que l'an dernier, juin 2012, que le Musée Reina Sofía de Madrid décida qu'il était temps (plus que temps dirais-je) de parler d'elle, de lui donner cette place si méritée: “María Blanchard est une artiste d'avant-garde, pionnière de toute une future génération de femmes artistes, qui eût, comme Frida Khalo, un parallélisme vital de souffrances dû à ses déformations physiques* auxquelles s'ajouteront, dans le cas de Blanchard, à des moments de grande pénurie économique durant sa brève vie”.
*Suite à une chute de sa mère durant sa grossesse, María était de trop petite taille, bossue, boiteuse et myope. Elle disait: “J'échangerais toute mon œuvre...pour un peu de beauté”. (source)

María Blanchard (1881-1932), conocéis a esta pintora española? 
Probablemente no. Extraño escamoteo de esa artista del nivel de Juan Gris...me apasionó la persona, y su arte me encantó.
Le dedicaré dos entradas.

Fue tan solo el pasado año, en junio 2012, cuando el Museo Reina Sofía de Madrid decidió que era hora (más que hora diría yo) de hablar de ella, de darle un lugar tan merecido: “María Blanchard es una artista de vanguardia, pionera de toda una futura generación de mujeres artistas, que tuvo al igual que Frida Kahlo, un paralelismo vital de sufrimiento por sus deformidades físicas* al que se añadieron, en el caso de Blanchard, momentos de grandes penurias económicas en su breve vida.”
* Consecuencia de una caída de su madre durante su embarazo, María era enana, jorobada, coja y miope. Decía “"cambiaría toda mi obra... por un poco de belleza". (fuente)

Tora Vega Holmström 1921 María Blanchard

C'est pourquoi ce portrait d'elle réalisé en 1921 (merci BOL) par la peintre suédoise Tora Vega Holmström (1880-1967) a tant de valeur à mes yeux. La délicate Tora ne laisse deviner aucune de ces tares physiques, tout au plus les  lunettes  aux verres épais tenues à la main. Nous n'avons pas de détails sur leur relation mais elles se sont plus que probablement rencontrées à Paris où María s'est définitivement installée en 1910.
Por eso este retrato de ella realizado en 1921 por la pintora sueca Tora Vega Holmström (1880-1967) tiene tanto valor a mis ojos. La delicada Tora no deja adivinar ninguna de esas taras físicas, solo sus gafas en la mano. No tenemos detalles sobre su relación pero se encontraron, mas que probablemente, en París donde María se instaló definitivamente en 1910.


Nous commencerons par la fin, c'est à dire après sa mort, avec un article dans le journal l' Intransigeant - Paris qui résume bien sa vie. “ L'artiste espagnole est morte hier soir, après une douloureuse maladie. La place qu'elle occupait dans l'art contemporain était prépondérante. Son art, puissant, fait de mysticisme et d'un amour passionné pour la profession, restera comme celui d'un des artistes authentiques et les plus significatifs de notre époque. Sa vie de recluse et malade avait d'autre part contribué à développer et aiguiser singulièrement une des plus belles intelligences de notre temps.”

Empezaremos por el final, es decir después de su muerte, con un artículo del periódico L'Intransigeant de París que resume bien su vida: "La artista española, ha muerto anoche, después de una dolorosa enfermedad. El sitio que ocupaba en el arte contemporáneo era preponderante. Su arte, poderoso, hecho de misticismo y de un amor apasionado por la profesión, quedará como el de un auténtico artista y uno de los más significativos de nuestra época. Su vida de reclusa y enferma, había por otro lado contribuido a desarrollar y a agudizar singularmente una de las más bellas inteligencias de nuestro tiempo".

Et puis quelques courts extrait de l'Élégie de García Lorca à la mort de María:

He aquí unos cortos extractos de la Elegía de García Lorca a la muerte de María:

“...
La lucha de María Blanchard fue dura, áspera, pinchosa, como rama de encina, y sin embargo no fue nunca una resentida, sino todo lo contrario, dulce, piadosa, y virgen.
...La lutte de María Blanchard fut dure, âpre, épineuse, comme branche de chêne vert, et pourtant elle ne fut jamais rancunière, tout au contraire, douce, pieuse, et vierge.

- Aguantaba la lluvia de risas que causaba, sin querer, su cuerpo de bufón de ópera, y la risa que causaban sus primeras exposiciones, con la misma serenidad que aquel otro gran pintor, Barradas, muerto y ángel, a quien la gente rompía sus cuadros y él contestaba con un silencio recóndito de trébol o de criatura perseguida.


M. Blanchard "La primera comunión"
- Elle supportait la pluie de rires que causait, sans le vouloir, son corps de bouffon d'opéra, et le rire que causèrent ses premières expositions, avec la même sérénité que cet autre grand peintre, Barradas, mort et ange, à qui les gens cassaient les tableaux et auxquels il répondait par un silence abstrus de trèfle ou de créature poursuivie.
- Y a medida que avanzaba el tiempo, su alma se iba purificando y sus actos adquirían mayor trascendencia y responsabilidad. Su pintura llevaba el mismo camino magistral, desde el cuadro famoso de "La primera comunión" hasta sus últimos niños y maternidades, pero atormentada por una moral superior daba sus cuadros por la mitad del precio que le ofrecían, y luego ella misma componía sus zapatos con una bella humildad.

- Au fil du temps, son âme se purifiait et ses actes acquiéraient une plus grande transcendance et responsabilité. Sa peinture prenait le même chemin magistral, depuis le tableau “La première communion” jusqu'à ses derniers enfants et maternité, mais tourmentée par une morale supérieure elle donnait ses tableaux pour la moitié du prix qu'on lui offrait, même si après elle devait confectionner ses propres souliers avec une belle humilité.

Et la fin, si belle.
Y el final, precioso.

Te he llamado jorobada constantemente y no he dicho nada de tus hermosos ojos, que se llenaban de lágrimas, con el mismo ritmo que sube el mercurio por el termómetro, ni he hablado de tus manos magistrales. Pero hablo de tu cabellera y la elogio, y digo aquí que tenías una mata de pelo tan generosa y tan bella que quería cubrir tu cuerpo, (…). Porque eras jorobada, ¿y qué? Los hombres entienden poco las cosas y yo te digo, María Blanchard, como amigo de tu sombra, que tú tenías la mata de pelo más hermosa que ha habido en España."
Je t'ai constamment appelée bossue et je n'ai rien dit de tes beaux yeux, qui s'emplissaient de larmes, au même rythme que monte le mercure dans le thermomètre, rien dit non plus de tes mains magistrales. Mais je parle de ta chevelure et j'en fais l'éloge, et je dis ici que tu avais une masse de cheveux si généreuse et si belle qu'elle voulait couvrir ton corps, (…). Parce que tu étais bossue, et alors? Les hommes comprennent peu les choses et je te dis, María Blanchard, comme ami de ton ombre, que tu avais la masse de cheveux la plus belle qu'il y a eu en Espagne.” (Trad: Colo)

Extrait de la conférence prononcée par F. García Lorca à Madrid en 1932 (texte entier ici)

M. Blanchard La toilette



Dans le prochain billet je vous raconterai sa vie, à travers ses oeuvres, d'abord cubistes puis plus expresionnistes. Je vous parlerai de ses rencontres aussi.
La próxima vez os contaré su vida, a través de sus obras, primero cubistas luego más expresionistas. Os hablaré también de sus encuentros.