17 mars 2021

Mémoire / Memoria

Restons au Chili.

Michaela Paredes Barraza est une jeune poète Chilienne, née à Santiago de Chile, en 1993

 

                                Álvaro Bindis, Chili,

 

Cérémonies d’intérieur

Il y a quelque chose de permanent dans la distance

entre objet et souvenir, ici ou là,

hier, aujourd’hui et demain.

Répété et différent dans la mémoire

tout reste circonscrit à ce lieu

où un jour il nous fut donné d’aimer le monde.

Perdurent ses images : l’angoisse

du rite des dimanches, les miettes du pain

et du désamour

que nous nions une fois derrière la fenêtre.


Nous changeons de ville, d’endroits,

mais là, et seulement là, nous fûmes et sommes

condamnés pour toujours à l’étreinte

au secret de la lumière qui, les nuits, nous rappelle

notre ruine originaire.

(Trad: Colo)

 

Alvaro Bindis, peintre Chilien 

 

Ceremonias de interior



Micaela Paredes Barraza (Santiago de Chile 1993)



 

Hay algo permanente en la distancia

entre objeto y recuerdo, aquí o allá,

ayer, hoy y mañana.

Repetido y diferente en la memoria

todo queda circunscrito a ese lugar

en que un día nos fue dado amar al mundo.

Perduran sus imágenes: la angustia

del rito los domingos, las migajas del pan

y el desamor

que negamos una vez tras la ventana.

 

Cambiamos de ciudad, contamos sitios,

pero allí y solo allí fuimos y somos

para siempre condenados al abrazo,

al secreto de la luz que nos recuerda por las noches

nuestra ruina originaria.

24 commentaires:

  1. C'est tout à fait juste ce qui est dit dans ce poème. On reste toujours au même endroit, oui. Même si on est très loin ensuite.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je pense qu'elle parle de la maison de son enfance, de sa vie , des rites familiaux à ce moment. Mais chacun y voit ce qu'il veut bien sûr.
      Bonne journée Marie.

      Supprimer
  2. J'aime beaucoup le peintre ; je suis moins sensible au poème d'aujourd'hui, il y a des jours comme ça où l'on sent que l'on reste en dehors .. je reviendrai le lire plus tard.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je pense qu'une clé pour y entrer est, comme la chanson de Françoise Hardy "Quand je me tourne vers mes souvenirs, je revois la maison où j'ai grandi..."

      Le peintre, que je ne connaissais pas, donne une atmosphère très spéciale aux lieux, j'aime beauocup. Bonne journée Aifelle.

      Supprimer
  3. que la mort est inscrite en nous dès notre naissance, est-ce un truc à dire à Monsieur Filleul, je ne le crois pas ;-)
    (ah les miettes du dimanche matin! les autres jours ne font pas de miettes, seuls les pistolets du dimanche en font ;-))

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah oui, les pistolets, si belges.
      Ils me manquent, enfin leurs miettes:-))

      Supprimer
  4. Bonjour Colo,

    Comme c'est juste : "nuestra ruina originaria" ; et ce tableau d'un souvenir qui paraît s'effacer.
    Je découvre un peintre, que je vais m'empresser de connaître un peu mieux.

    Bonne journée Colo,
    Ici la fraîcheur se dispute avec un soleil timide.
    Geontran

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Les souvenirs d'enfance s'estompent un peu, comme dans les tableaux , mais ne s'effacent vraiment jamais je crois. mais ils diffèrent énormément entre personnes de la même famille, c'est curieux.

      Il pleuvine et fait froid pour quelques jours ici, au grand plaisir du potager:-)
      Bonne journée à vous, hasta pronto!

      Supprimer
  5. Beaucoup de justesse chez cette toute jeune poète.
    Je ne connaissais pas, de même que le peintre.
    Merci Colo ! Belle et douce journée!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour Claudie, oui, on se retrouve dans ces souvenirs qui se déplacent avec nous...
      J'aime bien rester dans un pays, dans sa poésie, pendant un temps, des points communs à découvrir, une même histoire...
      Bonne journée à toi, un beso!

      Supprimer
  6. ton blog est une vraie mine d'or pour tout amateur de poésie !! je prends ma pelle et je vais creuser

    RépondreSupprimer
  7. Serait-ce l'enfance, "ce lieu / où un jour il nous fut donné d’aimer le monde" ? Le poème me paraît un peu étrange, surtout "notre ruine originaire". Les peintures que tu as choisies pour l'illustrer y répondent très bien, avec ce flou qui met à distance, dans l'espace et dans le temps.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. L'enfance, c'est possible Tania. J'avais plutôt pensé à une maison, mais, et c'est ce que j'aime aussi dans la poésie, chacun la comprend comme il veut, peut, imagine...ainsi de notre ruine originaire qui serait le contrepoint de notre naissance ?
      Bonne journée.

      Supprimer
  8. Quel bonheur de lire ces lignes. Et quelle belle tonalité dans ce tableau

    RépondreSupprimer
  9. L'espace et le temps dans le creuset de la mémoire.
    J'aime beaucoup.

    RépondreSupprimer
  10. Quelle force dans ce poème d'une toute jeune poète. Quelle justesse aussi quand elle suggère que ce lieu premier (au propre comme au figuré) sera notre repère pour toute une vie. Quoi de plus logique après tout. Quel dommage aussi que cela soit pour la plupart du temps, inconscient.
    Très belle alliance entre les tableaux et la mémoire diffuse de nos vies.
    Bises printanières, Colo. Encore un peu fraîches :-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour ce beau commentaire Fifi.
      Nous trimbalons la maison, notre enfance, les souvenirs parfois diffus que nous en avons, toujours et partout, c'est vrai.
      Besos, vas-tu le croire, de neige ici ce matin. Elle a fondu depuis mais brrr

      Supprimer
  11. J'aime beaucoup l'idée des cèremonies d'intérieur sur l'autel des souvenirs heureux ou malheureux. Chez cette si jeune auteur, encore si proche de son enfance perce le désespoir de Cioran " Nous ne courons pas vers la mort, nous fuyons la catastrophe de la naissance ».

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Paula pour ces mots de Cioran, fuir l'inévitable catastrophe, nuestra ruina originaria, c'est ça.
      Dans un autre poème elle écrit: Vivir es soñar días sabiendo que es de noche.

      Je suis souvent frappée par le tragique (dû certainement à leur histoire, pauvreté...)dans beaucoup de poèmes et romans sud-américains.


      Supprimer
  12. Il y a une belle harmonie entre les phrases et les images, tristes et belles à la fois, mélancolie pastel.
    Bon dimanche de Pâques, Colette.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Christian, poésie et images, livres et surtout amitiés qui nous aident à vivre!

      Supprimer