5 janv. 2019

Premier poème de l'année / Primer poema del año



Merci, merci à Maïté /Aléonor pour ce joli recueil de poèmes de Jean-Pierre Siméon.

Déjà son titre, “La nuit respire”, inspire.



Lettre aux gens très sages

À Sarah

Non il n’est pas fou
celui qui parle au vent
aux murs aux rues aux lampadaires

à l’ombre du chat sur la fenêtre
aux mains fragiles
qui l’aiment et le connaissent

Il n’est pas fou
celui qui voit la mer
dans son miroir
et des chiens bleus
dans les nuages

Non le poète n’est pas fou
il rêve il rêve
et nous attend
sous le manteau de son mystère
au coeur du monde imaginé

https://www.domestika.org/es/projects/257670-bioclimatic-house-espejo-del-mar

Carta a gente muy buena
Para Sarah

No, no está loco
el que le habla al viento
a las paredes a las calles a las farolas

a la sombra del gato en la ventana
a las manos frágiles
que le quieren y le conocen
No está loco
el que ve el mar
en su espejo
y perros azules
en las nubes

No, el poeta no está loco
sueña sueña
y nos espera
bajo el abrigo de su misterio
en el corazón del mundo imaginado
(Trad: Colo)


30 déc. 2018

Quelques mots pour vous / Unas palabras para vosotros


Je fais miens ces mots de Julos Beaucarne pour vous souhaiter une Bonne Année.
Hago mías la palabras de Julos Beaucarne* para desearos un Feliz Año.

Foto Toni Catany


Je rêve d'un concert que je donnerais où je pourrais me taire pendant deux heures
Et que personne ne s'ennuie
Je rêve de me taire et de passer mon temps à vous écouter vous raconter
Je rêve de n'avoir plus rien à dire
(...)
Je rêve de passer ma vie à aller rendre visite à tout un chacun chez lui, à l'écouter
Je rêve de m'asseoir dans les fauteuils de tout le monde


(texte complet en voix et musique, superbe, dans la vidéo plus bas)

Sueño con dar un concierto donde me pudiera callar durante dos horas
Y que nadie se aburriera
Sueño con callarme y pasar el tiempo escuchando vuestra historia
Sueño con no tener nada más que decir
(...)
Sueño con pasarme la vida visitando a cada uno en su casa, a escucharle
Sueño con sentarme en los sillones de cada uno.
(Trad: Colo)

* Julos Beaucarne es un poeta y cantante belga.

25 déc. 2018

L'autre rive du monde / La otra orilla del mundo


Sakura
Luís Comis

Un oiseau chante
la nudité de l'hiver...
À l'ombre de la fleur
les nuages roses.
La fugacité de l'éternel.
La goutte de rosée s'ouvre pour mesurer la solitude
de l'autre rive du monde…

(trad. Colo)
Indonesia Foto I. Pampín http://israpamp.tumblr.com/

Sakura
Luís Comis

Un pájaro canta
la desnudez del invierno…
A la sombra de la flor
las nubes rosadas.
La fugacidad de lo eterno.
La gota de rocío se abre para medir la soledad
de la otra orilla del mundo…

17 déc. 2018

Pieds nus / Descalzo


Ce poème m’a émue, m'a fait penser à ma très vieille amie, Margarita, qui est analphabète.
Este poema me conmovió, me hizo pensar en mi amiga, muy mayor, Margarita, que es analfabeta.

Antònia Vicens nació en Santanyí (Mallorca) en 1941. Es novelista y poeta.
Née à Santanyí (Mallorca) en 1941, elle est romancière et poète.

Sorolla, el viejo pescador


 
Il avait toujours mal aux pieds

Les pieds le faisaient toujours souffrir
mon père.
C’est en boitant qu’il parcourait tous les magasins de chaussure
à la recherche de souliers confortables qui l’aideraient
à supporter le poids de toutes les blessures
déchirements et coupures
que la mer lui avait faits.
Il n’en trouva jamais. Il a dû s’en aller
pieds nus avec sa montre et son couteau
à couper le pain, à couper les larmes, dans la poche de la veste et
la figure blanche comme l’écume des vagues
tant de fois surfées.

Toujours il me le disait:
Je n’ai pas eu d’enfance.

Il ne se l’ôtait pas de la tête:
J’ai appris à écrire mon nom à la guerre

Sifflaient les balles glissaient les étoiles
de sang quand j’ai appris à écrire mon nom.
Je ne voulais pas être un aide-maçon quelconque

Et ma mère disait :
C’est un bel homme. Dommage
qu’il ne sache pas écrire. Toi
tu dois aller à l’école Antonia.Tu
ne dois pas être une ignorante comme ton père, ma fille.

Et le bleu de ses yeux se répandait sur ses joues quand,
diluvienne,
elle pleurait son absence.
(Traduction Colo) 

Alexander Ignatius Roche, the old fisherman


LOS PIES SIEMPRE LE DOLÍAN


Los pies siempre le dolían
a mi padre.
Cojeando recorría todas las zapaterías
buscando unos zapatos bastante cómodos que lo ayudaran
a sobrellevar el peso de  todos los daños
los desgarros y los cortes
que el mar le había hecho.
Nunca los encontró. Tuvo que marcharse
descalzo con el reloj de pulsera y el cuchillo
de rebanar pan de rebanar lágrimas en el bolsillo de la chaqueta y
una cara blanca como la espuma de las olas
que tantas veces montó.

Me lo decía siempre:
No tuve infancia.

No se lo sacaba de la cabeza:
Aprendí a escribir mi nombre en el frente.

Chillaban balas se deslizaban estrellas
de sangre cuando yo aprendía a escribir mi nombre.
No quería ser un peón cualquiera.

Y decía mi madre:
Es un hombre apuesto. Lástima
que no sepa escribir. Tú
tienes que ir a la escuela Antònia. No
tienes que ser un ignorante como tu padre hija.

Y el azulete de los ojos se le esparcía por las mejillas cuando
diluviana
lloraba su ausencia.

*
Traducción de Carlos Vitale*

L'original en catalan.

ELS PEUS SEMPRE LI FEIEN MAL /// Els peus sempre li feien mal / al pare. / Ranquejant recorria totes les sabateries / cercant unes sabates prou còmodes que l’ajudessin / a dur el pes de tots els traus / els treps i els talls / que la mar li havia fet. / No les va trobar mai. Va haver d’anar-se’n / descalç amb el rellotge de polsera i el ganivet / de llescar pa de llescar llàgrimes dins la butxaca del gec i / una cara blanca com l’escuma de les ones / que tantes vegades va muntar. / M’ho deia sempre: / No vaig tenir infància. / No s’ho treia del cap: / Vaig aprendre a escriure el meu nom al front. / Giscaven bales lliscaven estrelles / de sang quan jo aprenia a escriure el meu nom. / No volia ser un peó qualsevol. / I deia la mare: / És un home plantós. Llàstima / que no sàpiga escriure. Tu / has d’anar a l’escola Antònia. No / has de ser una ignorant com ton pare filla. / I el blavet dels ulls se li escampava per les galtes quan / diluviana / plorava la seva absència.



11 déc. 2018

Dans les livres / En los libros

image trouvée sur la Toile, auteur?
Un autre poème de Cristina Peri Rossi; dans son style concis, une réflexion sur le réel et la littérature.

Dédicace

La litrature nous a séparés:
tout ce que j’ai su de toi
je l’ai appris dans les livres
et à ce qui manquait,
j’ai mis des mots.
(Trad:Colo)



Dedicatoria
La literatura nos separó:
todo lo que supe de ti
lo aprendí en los libros
y a lo que faltaba,
yo le puse palabras.

"Evohé" 1971


4 déc. 2018

Quatre boules de cuir


L’art et la boxe, l’amour et la boxe.
Sans doute parce que c’est un sport qui ne m’attire pas n’ai-je jamais trop réfléchi au lien entre ces termes. Pourtant des films, des chansons (Nougaro par exemple), des romans (Jack London dans “Cent dollars de plus” par exemple aussi), et des poèmes comme celui d’aujourd’hui existent!

L’amour et la boxe seraient-ils question de danses? De distances?



Cristina Peri Rossi Uruguay 1941



Juste distance

En amour, et dans la boxe
tout est question de distance.
Si tu t’approches trop je m’excite
m’effraie
m’obnubile        je dis des bêtises
me mets à trembler
mais si tu es loin
je souffre deviens triste
perds le sommeil
et j’écris des poèmes.

« Otra vez Eros 1994 »
(Trad. Colo)
Apollinaire Calligramme Terrible boxeur

Distancia justa

En el amor, y en el boxeo
todo es cuestión de distancia
Si te acercas demasiado me excito
me asusto
me obnubilo               digo tonterías
me echo a temblar
pero si estás lejos
sufro entristezco
me desvelo
y escribo poemas.


"Otra vez eros" 1994



Quelques références / Unas referencias
Apollinaire terrible boxeur image calligramme



26 nov. 2018

De solitude en noces / De soledad a bodas


Nous avons tous vu et regardé des gouttes d’eau couler le long d’une vitre. Souvent distraitement, un peu moroses peut-être.

Aujourd'hui il pleut ici; ces gouttes ont pris une autre vie après la lecture du poème. Quand on y met des mots, du rythme, du talent...


Ida Vitale

Gouttes

Se blessent et se fondent-elles?
Déjà elles ne sont plus la pluie.
Coquines à la récré,
petits chats d'un royaume transparent,
elles courent, libres, sur vitres et rampes,
seuils de leur limbe,
elles se suivent, se poursuivent,
peut-être vont-elles, de solitude en noces,
se fondre et s'aimer.
Imaginant une autre mort.
(Trad:Colo)


Gotas


¿Se hieren y se funden?
Acaban de dejar de ser la lluvia.
Traviesas en recreo,
gatitos de un reino transparente,
corren libres por vidrios y barandas,
umbrales de su limbo,
se siguen, se persiguen,
quizá van, de soledad a bodas,
a fundirse y amarse.
Trasueñan otra muerte.

19 nov. 2018

Dire sa chance / Decir su fortuna





Vitale, ce nom lui va si bien! À 95 ans elle vient de recevoir un prix de plus, le Cervantes 2018. Cette poétesse Uruguayenne, vive d’esprit, a plus de 50 ans de « métier » derrière elle et, si elle a traduit Pirandelllo et Molière, Boris Vian, Simone de Beauvoir et Gaston Bachelard en espagnol, elle est avant tout poète.
Une dame qu’on aimerait rencontrer, qui a connu l’exil, s’y est bien adaptée, a vécu longtemps au Mexique, au Texas puis est retournée dans son pays.
(article en français ici).

Acaban de darle el premio Cervantes. Tradujo a Pirandello y D’Annunzio, a Molière y Boris Vian, a Simone de Beauvoir y Gaston Bachelard. Escribió ensayos, prologó libros, publicó prosas . Pero Ida Vitale es, ante todo, poeta

Chance

Pendant des années, profiter de l’erreur
et de sa correction,
avoir pu parler, marcher libre,
ne pas exister mutilée,
entrer ou pas dans des églises,
lire, écouter la musique chérie,
être, de nuit comme de jour, un être.
Ne pas être négociée en mariage,
ni mesurée en chèvres,
ni souffrir le contrôle de la famille
ou la lapidation légale.
Ne plus jamais défiler
et ne pas admettre des mots
qui mettent dans le sang
des limailles de fer.
Découvrir par toi-même
un autre être imprévu
dans le pont du regard.
Être humain et femme, ni plus ni moins.
(Trad:Colo) 
Petrona Viera El cuentito
Nous avions déjà rencontré cette intéressante artiste Uruguayenne  dans ce billet au sujet du Planismo.


Fortuna

Por años, disfrutar del error
y de su enmienda,
haber podido hablar, caminar libre,
no existir mutilada,
no entrar o sí en iglesias,
leer, oír la música querida,
ser en la noche un ser como en el día.
No ser casada en un negocio,
medida en cabras,
sufrir gobierno de parientes
o legal lapidación.
No desfilar ya nunca
y no admitir palabras
que pongan en la sangre
limaduras de hierro.
Descubrir por ti misma
otro ser no previsto
en el puente de la mirada.
Ser humano y mujer, ni más ni menos.

14 nov. 2018

En balade / De paseo


L’automne, touristes repartis, est le temps des balades. Il faisait gris et doux en ce dimanche de novembre.

Quand on se trouve à Fornalutx, un des plus beaux villages de l’île, il est difficile de croire que la mer n’est qu’à 7km. À l’image de Soller, située à 4km de distance, ce petit village est entouré de montagnes et est construit sur un flanc de la montagne la plus haute de l’île Le Puig Mayor (1445m).

Il semble avoir été fondé durant la période arabe, «-utx » étant le suffixe mozarabe de « lieu ».
Toujours est-il qu’il a été parfaitement conservé, toutes les maisons sont en pierre, les toits en tuiles ; le village est soigné et vert, sans être pour autant « léché ».
Alors oui, il faut avoir de bonnes jambes pour y circuler, tout est en pentes et escaliers, le village est construit à plusieurs étages.

Ce qui m’a le plus impressionnée en arrivant c’est le décor montagneux.





Nous circulons, lentement...

 

La place de l'église. Église gothique, avec des réformes baroques, de 1639


Dans le village, le lavoir (le manque de lumière ce jour ne m’a pas permis d’en faire de belles photos mais j'en ai trouvé une sur cet intéressant site : https://viagallica.com/baleares/lang_es/ville_fornalutx.htm)

 

Puis la Mairie dont le dessous des tuiles, comme dans pas mal de maisons du village, ont des dessins intéressants qui avaient pour but d’éloigner les différents maux des habitants de la maison.
(les photos sont de la Maire, un peu haut pour moi!) http://www.ajfornalutx.net/municipi/teules/fotos.ct.html


Autre particularité que l’on retrouve partout à Mallorca (j’ignore si cela existe ailleurs), ce sont les "couvre bas de portes" qui empêchent l’eau de pluie de passer .


« Bon dia », « Bon dia », les habitants répondent gentiment, contents sans doute que les visiteurs parlent leur langue.
Un village qui a reçu de nombreux prix, en autres pour sa parfaite intégration dans la nature. Nous y retournerons bientôt.





7 nov. 2018

La manie de voyager / La manía de viajar


Dans son roman Brouillard, Miguel de Unamuno écrivait en 1913:

"La manie de voyager provient de la topophobie et non de la “philotopie”*; celui qui voyage beaucoup fuit chaque lieu qu'il laisse, et ne recherche pas chaque lieu où il arrive"(Trad, Colo)

Qu’en pensez-vous?
Moi je suis  du genre sédentaire, attachée à la terre.

En su novela Niebla, Miguel de Unamuno escribía en 1914: 
 
La manía de viajar viene de topofobia y no de filotopía*; el que viaja mucho va huyendo de cada lugar que deja, y no buscando cada lugar a que llega”.

¿Qué pensáis de ello?



Van Gogh, Le laboureur dans un champ, 1889


NB:

*La topophobie, est une peur irrationnelle de certains lieux déterminés.

*Philotopie est un néologisme et l’opposé du précédent, donc amour pour les lieux.


*La topofobia es el sentimiento de un miedo o un temor irracional, enfermizo, persistente, injustificado y anormal a ciertas situaciones, eventos, lugares o sitios.

Filotopía es un neologismo, y el contrario del anterior,o sea amor por los lugares.