C’est en lisant “ Je ne reverrai plus le monde” de Ahmet Altan que j’ai
souligné ce passage sur les rêves.
Rêves oubliés ou non, rêves éveillés ou endormis, nous allons nous promener dans
ce monde onirique en littérature, poésie, art...et/ou rêves personnels. le temps de
quelques billets.
A. Rodin Le sommeil vers 1894
“Comme n’importe qui, je rêve de tout et n’importe quoi.
Chaque nuit à l’heure de nous endormir, de mystérieux tailleurs de pierre se
mettent au travail dans les ténèbres de notre esprit, brisant à grands coups de
marteau, ainsi que des blocs de marbre, les idées et les sentiments que notre
intelligence a su extraire et sculpter hors de la matière de l’expérience. Le marbre,
entre leurs mains puissantes, s’effrite et perd sa dureté jusqu’à se fondre en une
marée d’eaux noires, profondes et mouvantes.
Alors, libérés de leurs chaînes, jaillissant hors des cadres de la logique et de la
raison qui jusque-là en endiguaient l’ardeur, pensées, peurs et désirs se répandent
en nous dans un grand flot d’extrême indiscipline, façonnant tels des dieux un
univers rebelle à toute loi.
Les rêves sont le dieu qui est en nous… Ou bien le fou…
Or ce soulèvement désordonné, propre aux dieux et aux fous, ne répond-il pas à un
besoin de folie par laquelle, l’espace d’un court moment, notre existence voudrait se
libérer du joug de la raison qui trop souvent l’opprime ? Ou bien veut-il nous
arracher définitivement à elle pour nous laisser au bord de la folie ?
Je n’en sais rien… Mais j’aimerais savoir à quoi rêvent les fous.
Que voient-ils dans leurs rêves ?
Si la nuit, les gens sains d’esprit déraisonnent en rêve, les fous, eux, y retrouvent-ils la raison ?
La réponse à ces questions m’échappe.”
A. Altan.












