24 juin 2024

Été / Verano

 

Selon l’endroit où l'on habite, l’été a des couleurs et saveurs différentes. 

Les méditerranéens se retrouveront sans doute dans ce poème sensuel, à déguster 

lentement.

                                                  Vieux figuier

 

ÉTÉ             

Paco Morata


c’était juillet

nous mangions

les fleurs minuscules de l’olivier

la peau jaunâtre des amandes pas mûres

le chant plus ample que le paysage des cigales

l’odeur d’abricots sur le point de pourrir

le nectar des fruits que dégustaient

gratuitement nos lèvres

pareilles aux bouches des dieux.

 

(...)

 

c’était la sieste

été

nous protégeait

un abri de figuiers tordus qui accueillait

un bourdonnement d’insectes

la rumeur du ruisseau

la vie silencieuse

de ficus aspidistra et géraniums

tu dépliais ton corps

comme la solitude étire l’infini

la magnitude du jour

la main tendue

aimée et vulnérable

jusqu’à effleurer les vagues

la mouiller dans les marées

et t’amener à la bouche les lèvres de la mer

imbiber du sel de la mer les mots

(...)

incline-toi

et aime

Trad: Colo


 




VERANO


era julio

comíamos

las flores diminutas del olivo

la piel amarillenta de almendras inmaduras

el canto más extenso que el paisaje de cigarras

el olor de albaricoques a punto de pudrirse

el néctar de los frutos que libaban

gratis nuestros labios

iguales a las bocas de los dioses

 (...)

era siesta                                                                    

verano

nos guardaba

un palio retorcido de higueras que acogía

un zumbido de insectos

el rumor de la acequia

la vida silenciosa

de ficus aspidistras y geranios

extendías tu cuerpo

como la soledad estira al infinito

la magnitud del día

alargada la mano

armada y vulnerable

hasta rozar las olas

mojarla en las mareas

y traerte los labios del mar hasta la boca

empapar del sabor de la sal las palabras

(...)

inclínate

y ama


(Del libro Sobre mi, culpable)




 




18 juin 2024

De livres et de clubs / De libros y clubs

 

                      " J'y suis entré plusieurs fois, mais ils ont toujours la même chose: des livres."

 


 

  Voilà qu'ont eu lieu les dernières réunions des deux clubs de lecture auxquels je participe, pour des raisons un peu différentes.


Le premier se passe dans mon village, à la bibliothèque, et les livres, choisis par le Consell ( gouvernement local), nous sont prêtés. Les réunions ont lieu plus ou moins tous les deux mois et sont encadrées par une dame qui donne une introduction souvent biographique et lance des thèmes ou sujets de discussions. Nous sommes en général 8 à 10 femmes (non, les hommes n’en sont pas exclus !).

Toutes les femmes sont du village, presque toutes à la retraite, elles aiment beaucoup lire, n’ont pas de formation littéraire mais une grande sensibilité pour tout ce qui concerne l’humain.

Souvent des anecdotes locales, de l’île, s’y mêlent, c’est animé et joyeux. Je me souviens de l’une d’elle, ex-couturière, qui nous a raconté les mariages, les toilettes d’antan au village, ce n’était pas triste !

J’y participe avec plaisir, même quand le livre n’est pas vraiment folichon, cela me permet aussi de créer des liens avec elles. Et de parler majorquin (elles sont très patientes avec moi), tout se passe dans leur langue, bien évidemment. 

 

                                                          Edward Penfield


Le second est à Palma (14 km d’ici) dans une librairie. La dame qui fait la liste des livres de l’année et anime les réunions est professeure de littérature à l’Université et nous fait lire, découvrir des auteurs de tous pays, jamais des romans récents.

Ici nous devons nous procurer les livres ( qui, par hasard, sont présentés sur une table lors des réunions, héhé).

Entre 10 et 15 personnes y participent, d’horizons différents. Alors ici on analyse les œuvres, le style, etc...et ça discute ferme. Très intéressant d’écouter, de partager différents points de vue, surtout qu’il y a une variété d’âges, entre 30 et 74 ans, hommes et femmes. Alors bien sûr la compréhension et les réactions sont diverses.

À la lecture de “Olive, enfin” (dont le titre en Espagnol est fort beau, Luz de febrero, lumière de février), de Elizabeth Strout, les jeunes femmes d’une trentaine d’années et le monsieur de 71 ans n’avaient évidemment pas la même approche de Bernie (le nouveau compagnon âgé d’Olive), qui a des difficultés physiques, souffre de solitude, et a des problèmes de prostate.

Ce livre, par son humanité, m’a profondément touchée. L’automne de nos vies, de celle d’Olive…

 

Alors voici quelques livres-clubs, parmi ceux traduits en français, lus et aimés en 2023-2024:


Le jardin de verre, Tatiana Tibuleac

L’amour d’Erika Ewald, Stefan Zweig

Passage des miracles, Naguib Mahfu

Trust Hernán Diaz

Hedda Gabler, Henrik Ibsen

La petite fille de monsieur Linh, Philippe Claudel







13 juin 2024

Air et lumière /Aire y luz

                                        Destin du poète

Octavio Paz 


Mots? Oui, d'air,
et dans l'air perdus.

Laisse-moi me perdre parmi les mots,
laisse-moi être l'air sur des lèvres,
un souffle vagabond sans contours
que l'air dissipe.

Même la lumière se perd en elle-même.
 
(trad: Colo)
L'autre côté du village / El otro lado del pueblo



Destino del Poeta
Octavio Paz

¿Palabras? Sí, de aire,
y en el aire perdidas.

Déjame que me pierda entre palabras,
déjame ser el aire en unos labios,
un soplo vagabundo sin contornos
que el aire desvanece.

También la luz en sí misma se pierde.

8 juin 2024

Recherche logis et.../ Se solicita hogar y...

 

 




Avis
          
  Jaime Augusto Shelley (Ciudad de México, 1937)

 

 

 

Recherche patio

avec pots rouges

et vapeur de dalle fraîchement arrosée.


Hauts arbres

avec oiseaux sylvestres

qui prennent leur bain habituel

et leur petit déjeuner

dans une fontaine simple

qui peu à peu verdît son paisible trait.


Un logis aux grilles ouvertes

est demandé.


(Trad:Colo)



Aviso Jaime Augusto Shelley (Ciudad de México, 1937)

Se solicita un patio
con macetas rojas
y vaho de ladrillo recién regado.


Árboles de altura
con pájaros silvestres
que hagan su ritual de baño
y desayuno
en una fuente de labra sencilla
que enmohezca a ritmo su apacible trazo.


Un hogar se solicita.
De cancel abierto.

5 juin 2024

Des gouttes de mélancolie / Gotas de melancolía

 

Mélancolie


Rubén Dario  1867-1916,  Nicaragua


À Domingo Bolivar (un peintre colombien sans succès, grand ami à lui, juste décédé)


Frère, toi qui possèdes la lumière, dis-moi la mienne.

Je suis comme un aveugle. Je vais sans but et je marche à tâtons.

Je vais sous les tempêtes et les orages

aveugle de rêve et fou d’harmonie.


Voilà mon mal. Rêver. La poésie

est la camisole ferrée aux mille pointes sanguinaires

que je porte en mon âme. Les épines sanglantes

laissent tomber les gouttes de ma mélancolie.


Ainsi je vais, aveugle et fou, par ce monde amer ;

parfois le chemin me semble interminable,

et parfois si court…


Et dans ce vacillement entre courage et agonie,

je porte le fardeau de peines que je supporte à peine.

N’entends-tu pas tomber mes gouttes de mélancolie ?

 

 

Edvard Munch Melancholy 1894-96


  

Melancolía

 

Rubén Dario                                                                              

                                                                              A Domingo Bolívar

      

Hermano, tú que tienes la luz, dime la mía.

  Soy como un ciego. Voy sin rumbo y ando a tientas.

  Voy bajo tempestades y tormentas

  ciego de ensueño y loco de armonía.


   Ese es mi mal, soñar. La poesía

    es la camisa férrea de mil puntas cruentas

    que llevo sobre el alma. Las espinas sangrientas    

     dejan caer las gotas de mi melancolía.


     Y así voy, ciego y loco, por este mundo amargo.

      a veces me parece que el camino es muy largo

      y a veces que es muy corto…


      Y en este titubeo de aliento y agonía,

     cargo lleno de penas lo que apenas soporto.

   ¿No oyes caer las gotas de mi melancolía?


Rubén Dario est le fondateur du mouvement littéraire moderniste dans la langue hispano-américaine

29 mai 2024

Une excellente nouvelle

 

Peut-être, si vous suivez ce blog depuis dix ans, vous souvenez-vous de Ramane (j’ai raconté son /notre son histoire ici ) ce brillant et jeune Béninois que nous avions aidé pour ses études à Cotonou, qui avait ensuite obtenu une bourse du gouvernement français pour faire un master à Amiens...qui est venu nous voir plusieurs fois et vit maintenant près de Paris avec sa femme et ses deux enfants. Ils font partie de notre famille et viendront passer quelques jours prochainement.


Informaticien, il s’est spécialisé en cybersécurité, a monté sa propre entreprise qui est florissante. Banques, compagnies privées, tout le monde doit protéger son système informatique...

Il a développé en même temps un programme ambitieux pour l’Afrique et vient de recevoir un prix.

 


 

(Ramane à droite)


Voilà l’excellente nouvelle que je tenais à partager avec vous.

Le lauréat de ce prix prestigieux a été sélectionné pour son engagement continu à informer et à éduquer le public sur les défis et les meilleures pratiques en matière de cybersécurité. Son travail remarquable a contribué à sensibiliser un large public aux risques cybernétiques et à promouvoir une culture de la sécurité numérique sur le continent.”

https://cybersecuritymag.africa/africa-cybersecurity-mag-recompense-lors-du-cyber-africa-forum-2024


21 mai 2024

Histoire et géant

 

Transformé en centre culturel, La Misericordia est à l’origine un bâtiment austère fondé en 1677 pour être une institution bénéfique où on accueillait pauvres et malades et cultivait un potager. Au XIXºs il a été reconstruit puis on y ajouta un second bâtiment.

Cet ensemble se trouve à l’extrême nord de La Rambla, Costa de la Sang, à côté du vieil Hôpital Général. Dans la partie ancienne de la ville de Palma.





Ce centre culturel est superbe, il dispose d’une grande bibliothèque, (dont la bibliothèque Luís Alemany spécialisée dans tout ce qui est relatif aux Baléares). Dans la chapelle il y a des nombreuses expositions, dans le jardin des statues.

L’ensemble est inattendu et vert, agréable, intéressant.



Mais ce qu’il y a de plus impressionnant c’est un arbre qui date plus ou moins de 1827 quand on y créa un jardin botanique. Un Ficus macrophylla,

J’ai essayé de le photographier le mieux possible, il est tellement gigantesque que ce n’est pas mince affaire. Arbre emblématique de Palma que les habitants sont fiers de montrer aux visiteurs. 


 



14 mai 2024

L'arbre et le ciel / El árbol y el cielo

Peut-être ce poème  vous rappellera-t-il des souvenirs.

 JR Wilcock, injustement peu connu était Argentin mais avait passé une bonne partie de

 sa vie en Italie. Poète, écrivain, professeur de lettres, et surtout traducteur. Décédé à 58 

ans en Italie.

 

                                                   Yeuse( ou chêne vert) 

 

Jardin botanique


Juan Rodolfo Wilcock


Te souviens-tu de cet arbre aimé,

ciel d’après-midi verts et jaunes ?


C’était une yeuse accueillante et elle était

comme une auberge, gravée de façons diverses

par les clients d’autres printemps.


Nous n’avons pas inscrit là notre nom;

pourtant, quand tout sera mort,

ne restera-t-il pas le souvenir de deux ombres

qui un jour se baisaient les mains,

même si les ombres ne sont plus celles-là ?


Les questions rhétoriques n’ont pas de réponse.


Pour te revoir intensément, je m’éloigne:

si jeune, telle une barque au soleil.


Trad: Colo

 

]ardín Botánico

Juan Rodolfo Wilcock



¿Recuerdas aquel árbol querido,
cielo de tardes verdes y amarillas?


Era una encina, era acogedora y era
como una posada, grabada de diversas formas
por los clientes de otras primaveras.


No escribimos en ella nuestro nombre;
sin embargo, cuando todo haya muerto,
¿no quedará el recuerdo de dos sombras
que un día se besaban las manos,
aunque ya las sombras no sean aquellas?


Las preguntas retóricas no tienen respuesta.


Para verte de nuevo intensamente, me alejo:
tan joven, como una barca al sol.


5 mai 2024

Où on parle de sourires et de larmes / Donde se habla de sonrisas y lágrimas

 La vida de las nubes es una vida de reuniones y despedidas; de lágrimas y sonrisas.

 La vie des nuages est une vie de réunions et d'au revoir; de larmes et sourires. 

Gibrán Khalil Gibrán

 


                                     ©Myriam Chenard

 

Mario Benedetti

Arco iris                                             Arc - en - ciel

A veces
por supuesto
usted sonríe
y no importa lo linda
o lo fea
lo vieja
o lo joven
lo mucho
o lo poco
que usted realmente
sea

(...)

sonríe
y usted nace
asume el mundo
mira
sin mirar
indefensa
desnuda
transparente


y a lo mejor
si la sonrisa viene
de muy
de muy adentro
usted puede llorar
sencillamente
sin desgarrarse
sin desesperarse
sin convocar la muerte
ni sentirse vacía

llorar
sólo llorar

entonces su sonrisa
si todavía existe
se vuelve un arco iris.

Des fois
bien sûr
vous souriez
et peu importe
qu'en réalité
vous soyez jolie
ou laide
vieille
ou jeune
gens de beaucoup
ou de peu

(...)

vous souriez
et vous naissez
vous assumez le monde
regardez
sans regarder
sans défense
nue
transparente


et peut-être
si le sourire vient
de loin
de très loin à l'intérieur
vous pouvez pleurer
simplement
sans vous déchirer
sans vous désespérer
sans appeler la mort
ni vous sentir vide

pleurer
seulement pleurer

alors votre sourire
s'il existe encore
se transforme en arc-en-ciel
 
                                                                                          (Trad: Colo)

 

28 avr. 2024

Galiciens / Gallegos

 Voici une partie du poème “Al otro lado” ( De l’autre côté) de Alvaro Cunqueiro

grand poète Galicien.



De l’autre côté

Le rêve monte par les veines de l’arbre

une vie entière qui passe

jusqu’à devenir oiseau sur une branche

un oiseau qui se souvient, chante et s’en va

peu avant que tous les arbres ne meurent.


Si je deviens vieil arbre de l’autre côté de la rivière

et je dois être l’arbre qui se souvient et rêve

tu peux être bien sûre que je rêverai de toi

de tes yeux gris comme l’aube

et de ton sourire

dont s’habillèrent les lèvres des rosiers

aux jours les plus heureux.

Alvaro Cunqueiro

(Trad: Colo)

  Manuel Abelenda Zapata, peintre Galicien (A Coruña, 1889 -  A Coruña, 1957) El río del Burgo

 

AL OTRO LADO
Alvaro Cunqueiro

El sueño va subiendo por las venas del árbol
una vida entera que pasa
hasta hacerse pájaro en una rama
un pájaro que recuerda, canta y se marcha
poco antes de que todos los árboles mueran.

Si yo me hago árbol viejo al otro lado del río
y me toca ser el árbol que recuerda y sueña
puedes estar bien segura que soñaré contigo
con tus ojos grises como el alba
y con tu sonrisa
con la cual se vistieron los labios de los rosales
en los días mas felices.