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9 mai 2026

La main pense à voix haute / La mano piensa en vox alta

  

Certains d’entre vous le connaissaient, d’autres l'ont découvert la semaine dernière, voici un autre poème de ce poète Mexicain que j’apprécie, Octavio Paz.



Intérieur      Octavio Paz

Pensées en guerre
veulent briser mon front

Par des chemins d’oiseaux
avance l’écriture

La main pense à voix haute
le mot en appelle un autre

Sur la feuille où j’écris
vont et viennent les êtres que je vois

Le livre et le cahier
replient les ailes et reposent

On a déjà allumé les lampes
tel un lit, l’heure s’ouvre et se ferme

Les bas rouges et le visage clair
vous entrez toi et la nuit

(Trad.Colo)

 


 

«Interior»

Pensamientos en guerra
quieren romper mi frente

Por caminos de pájaros
avanza la escritura

La mano piensa en voz alta
una palabra llama a otra

En la hoja en que escribo
van y vienen los seres que veo

El libro y el cuaderno
repliegan las alas y reposan

Ya encendieron las lámparas
la hora se abre y cierra como un lecho

Con medias rojas y cara pálida
entran tú y la noche

Octavio Paz

15 mars 2025

Nadaisme /Mains /Manos

 

Aujourd'hui ce court poème de Gonzalo Arango (1931 - 1976), écrivain et poète colombien qui fonda en 1958 le “Nadaïsme”, mouvement d'avant- garde qui manifestait sa non-conformité avec l'ordre social du bipartisme politique, avec le conservatisme social, la bourgeoisie et les révolutions de masse à des fins totalitaires, C'était un mouvement bohème colombien dédié à la poésie. 

 

 




Révolution


Une main

plus une main

ne sont pas deux mains

Ce sont des mains unies

Unis ta main

à nos mains

pour que le monde

ne soit pas dans peu de mains

mais 

dans toutes les mains


 Gonzalo Arango (trad. Colo)


20 août 2024

Chanson cubiste / Canción cubista

 

Oui, oui, il existe une poésie cubiste.


Ce poème ressemble un peu à mon mois d’août, composé d’éléments a priori disparates, le seul lien étant l’humain qui le vit, le voit.

Chaleurs extrêmes, un concours de tomates au village, un suicide, de magnifiques documentaires sur des peintres, pluies exagérées, l’aquagym rieur avec les dames du 3º âge, une tarte aux figues....

 


Chanson cubiste

José María Eguren (Lima, Pérou, 1874-1942)



Peupleraie de rectangles bleus.


La tour joyeuse

du dandy.


Volent

papillons photos.


Dans le gratte-ciel

un coq noir en papier

salue la nuit.


Au-delà de hollywood,

dans de distants ténèbres

la ville lumineuse,

des obélisques

de nacre.


Dans le brouillard

la garçonne

étrangle un fantôme.


(Trad:Colo)

Peupleraie, inondations, source:



Merci Marie, c'est superbe 

Canción cubista

de José María Eguren (Lima, Perú 1874-1942)

Alameda de rectángulos azules.

La torre alegre
del dandy.

Vuelan
mariposas fotos.

En el rascacielos
un gallo negro de papel
saluda la noche.

Más allá de hollywood,
en tiniebla distante
la ciudad luminosa,
de los obeliscos
de nácar.

En la niebla
la garzona
estrangula un fantasma.


15 juin 2023

L'amour au Pérou / El amor en Perú

 

Antonio Cisneros, un poète péruvien que je ne connaissais pas et que je viens de découvrir grâce à Kwarkito. Merci.

Dans une étude sur lui j’ai lu ceci:

"La ironía y la desmitificación son procedimientos esenciales en la poesía de Antonio Cisneros, quien critica los íconos impuestos por las culturas hegemónicas. El poeta peruano se burla de los aportes de la cultura occidental y asume así una posición periférica para incentivar la actitud crítica de sus lectores". (https://www.um.es/tonosdigital/znum17/secciones/estudios-5-cisneros.htm)


L’ironie et la démythification sont des procédés essentiels dans la poésie d’Antonio Cisneros, qui critique les icônes imposées par les cultures hégémoniques. Le poète péruvien se moque des apports de la culture occidentale et assume ainsi une position périphérique pour stimuler l’attitude critique de ses lecteurs.


Un poème, ne perdez pas de vue l’ironie, la démythification en le lisant….



Une jeune fille catholique joue de la flûte


Troisième mouvement (Affetuosso)


Pour faire l’amour

il faut éviter un soleil très fort sur les yeux de la jeune fille,

l’ombre n’est pas bonne non plus si le dos de l’amante brûle

pour faire l’amour.

Les prés humides sont meilleurs que les prés jaunis

mais le gros sable est encore mieux..

Ni les collines car le sol y est rocheux, ni près des eaux.

Les corps propres doivent être comme une grande prairie:

qu’aucun mont ni vallée ne reste occulte et les amants

pourront s’amuser sur tous les chemins.

L’obscurité ne garde pas le bon amour.

Le ciel doit être bleu et aimable, propre et rond comme un toit

et alors

la jeune fille ne verra pas le doigt de Dieu.

Les corps discrets mais jamais en repos,

les poumons ouverts,

les phrases courtes.

Il est difficile de faire l’amour mais ça s’apprend.

(trad: Colo)



Una muchacha católica toca la flauta:

Tercer movimiento (Affettuosso)

Para hacer el amor
debe evitarse un sol muy fuerte sobre los ojos de la muchacha,
tampoco es buena la sombra si el lomo del amante se achicharra
para hacer el amor.
Los pastos húmedos son mejores que los pastos amarillos
pero la arena gruesa es mejor todavía.
Ni junto a las colinas porque el suelo es rocoso ni cerca de las aguas.
Poco reino es la cama para este buen amor.
Limpios los cuerpos han de ser como una gran pradera:
que ningún valle o monte quede oculto y los amantes
podrán holgarse en todos sus caminos.
La oscuridad no guarda el buen amor.
El cielo debe ser azul y amable, limpio y redondo como un techo
y entonces
la muchacha no verá el dedo de Dios.
Los cuerpos discretos pero nunca en reposo,
los pulmones abiertos,
las frases cortas.
Es difícil hacer el amor pero se aprende.

De "Agua que no has de beber" 1966
De "Propios como ajenos" Antología personal
Editorial Inca, Lima, Perú 1989

1 sept. 2022

Vent sauveur / Viento rescatador

 

Sauvetage Luz Méndez de la Vega (Guatemala, 1919 - 2012)


Et viendra un vent fort

qui me mènera à ma place”

León Felipe


Sur le chemin des vents

j’attends.

Sous le vaste ciel,

au large,

les voiles tendues,

j’attends.


Car tu dois venir

vent fort”

et je serai prête

pour le tumultueux voyage

- timonier alerte -

il ne faut pas perdre ton cap

vent sauveur

d’immobilité des siècles.


(Trad: Colo)

 

                                            Léon Spilliaert, Le coup de vent


Luz Méndez De La Vega

RESCATE



'Ya vendrá un viento fuerte
que me lleve a mi sitio'
León Felipe


En el camino de los vientos
espero.
Bajo el ancho cielo,
mar adentro,
con las velas tendidas,
espero.

Porque has de venir
'viento fuerte'
y yo estaré presta
para el tormentoso viaje
-timonel alerta-
que no pierda tu rumbo
viento rescatador
de inmovilidad de siglos.



9 juin 2021

Et on est encore debout.

 

                     Foto: https://www.editionspoints.com/actualite/souleymane-diamanka-sur-le-plateau-de-la-grande-librairie

 

Souleymane Diamanka, le nom vous dit quelque chose ? Né à Bordeaux,

d’origine Peule, les mots sont son monde, son jeu, son rythme.

Vous saurez tout sur lui en lisant un vraiment très bel article sur le site 

d’“Étonnants voyageurs”

Alors, dans ce recueil reçu il y a peu, (grand merci Maïté), et intitulé :

Habitant de nulle part

Originaire de partout


j’ai choisi un texte. Le voici. Vous pouvez l’écouter en lisant, ou seulement écouter cette belle voix grave, le rythme des mots en français puis en peul. À votre guise.




https://www.youtube.com/watch?v=XuF7bHzc9wI



Les poètes se cachent pour écrire.

(Habitant de nulle part, originaire de partout, Collection points, pages 21,22.)


Les mots sont les vêtements de l’émotion

Et même si nos stylos habillent nos phrases

Peuvent-ils vraiment sauver nos frères du naufrage


Les poètes se cachent pour écrire

Ce n’est pas une légende mon ami regarde-nous

On a traversé des rivières de boue à la nage

On a dormi à jeun dans la neige et on est encore debout


Les poètes se cachent pour écrire

Chacun purge sa pénombre

Dans la solitude silencieuse que certains pourraient craindre

On somme les mots de s’additionner comme des nombres

La poésie opère comme une lumière mangeuse d’ombre

J’aime cet état mais le temps qu’on passe à l’attendre n’est pas si tendre

Parfois il faut presque s’éteindre pour l’atteindre

Versificateur notoire chaque rime est une cascade

Dans les lieux oratoires l’auditoire n’aime pas les phrases fades


Dans ma vie j’ai écrit plus de textes

Que ne reflète d’étoiles le grand lac Tchad

J’ai cherché la vérité dans les lignes de chaque énigme

De chaque conte de chaque charade

J’ai interrogé les bons médiums pour chasser les mauvais djinns

Et j’ai répondu Aminii* quand ma mère ma dit Mbaalen be jam*


J’ai couru après les horizons sur chaque page

Avec l’énergie des anciens possédés par le jazz

Pour ne pas à avoir à jouer à cache-cache avec le Diable


Les poètes se cachent pour écrire

Ce n’est pas une légende mon ami regarde-nous

Toi et moi c’est l’écriture qui nous lie

C’est dans la solitude qu’on apprend la convivialité

Et tant pis pour celui qui le nie

Le feu passe au vers et l’oralité passe par nous

Le verbe est une clé indispensable

Dehors on nous demande des mots de passe partout


Les poètes se cachent pour écrire

Ce n’est pas une légende mon frère regarde-nous

On a traversé des rivières de boue à la nage

On a dormi à jeun dans la neige

Et on est encore debout.

 

  *Amiini= Amen

* Mbaalen be jam= Dormons en paix ou Bonne nuit

                   -------------------------------------


On a envie d’applaudir à la fin, vous ne trouvez pas ?

Vous trouverez chez el señor-amigo K, un billet avec un autre poème de Souleymane, "Réponds-lui avec de l''eau"

 

On met signale gentiment que Souleymane est passé à l'émission  L’Heure bleue de France Inter, ici: https://www.franceinter.fr/emissions/l-heure-bleue/l-heure-bleue-14-juin-2021


28 sept. 2014

Nuages 2 / Nubes 2


Dans Nuages 1 vous m'avez offert de la musique, des poèmes et titres de livres ou blogs tous en relation avec ce sujet de rêve.

De mon côté j'ai découvert cette semaine des extraits de ZOCALO d'Adonis...et ces écrits m'ont enchantée, dans le sens premier du mot: envoûté donc.

Je vous propose une semaine de nuages, 2 ou 3 billets où certains de vos "cadeaux" seront présents.

En Nubes 1 algunos lectores me han regalado música, unos poemas o títulos de libros o blog todos relacionados con este tema de sueños.

Por mi parte descubrí (en francés ya que creo que esta obra no está todavía traducida al español) unos extractos de ZOCALO de Adonis y esos textos me han realmente encantado.

Os propongo una semana de nubes, 2 o 3 notas.

Foto Colo














Une mouette dort sur le bras d'une mouette
Une vague pend au cou d'une vague - berceau pour ceux affublés du saroual de la mer.
Calmez-vous, calmez-vous, papillons du sens.
Les images improvisent les ailes et l'espace improvise l'encre.
C'est ainsi que je mets les choses entre parenthèses, et que je fends mon chemin entre ses signes.
J'ai sellé des chevaux que je n'ai pas touchés et touché des autres que je n'ai pas vus.
Les montagnes marchaient autour de moi, nuages serrés dans leurs mains.

Adonis (Ali Ahmed Said Esther), Zocalo, extrait


Una gaviota duerme en el brazo de una gaviota
Una ola cuelga del cuello de una ola – cuna para los adornados con los bombachos del mar.
Calmaos, calmaos, mariposas del sentido.
Las imágenes improvisan las alas y el espacio improvisa la tinta.
Así es como pongo las cosas entre paréntesis, y que surco mi camino entre los signos.
Ensillé caballos que no toqué y toqué otros que no vi.
Las montañas andaban alrededor mío, apretando nubes en sus manos.
Adonis (Ali Ahmed Said Esther)- Extracto de Zocalo
(Trad: Colo)