17 févr. 2022

La mère de tous les vices ? / ¿ La madre de todos los vicios ?

 

La paresse, en voilà un sujet passionnant !

Aussi vilipendée par la morale que louée par certains, l’idée d’en parler m’est venue après la lecture de ce billet de Kwarkito (.https://kwarkito.blogspot.com/2022/02/paresse.html)


Alors, on peut en débattre, ou lire ces mots de Jules Renard : “La paresse n’est rien de plus que l’habitude de se reposer avant d’être fatigué”, ou s’amuser comme Manuel Breton de los Herreros.

Plus connu comme dramaturge que comme poète, né à Logroño en 1796 et décédé à Madrid en 1873, cet auteur de la période Romantique a bien souvent introduit le comique dans ses œuvres.

Grand nombre de critiques et de professionnels affirment qu’aucun dramaturge espagnol du XIXe siècle ne rivalise, ne serait-ce que de loin, avec la force comique tapie entre les lignes et sous les traits des personnages des pièces créées par Manuel Breton De Los Herreros. Sa créativité est réputée infiniment inventive et sa dextérité métrique unique.” Ref


              Pintura:  Aldo Dall'Acqua, Fumetto, ombrellone e poltrona al tramonto

 

C’est le ton léger, drôle de ce poème qui m’a plu. Un sonnet que je n’ai malheureusement pas réussi à faire rimer en français...


La Paresse


Manuel Bretón de los Herreros



Qu’un lit avenant est doux!

Quel sot celui qui se lève avec l’aurore,

bien que les muses disent qu’écouter

d’un oiseau l’aubade enamoure.



Oh qu’il est bon, dans une vaste bergère

se reposer une heure, et une autre!

Manger, traîner...Quelle vie charmante

Sans être personne ni rien penser.



Salve, ô Paresse ! Dans ton temple solide

déjà allongé de tout mon long, je m’installe.

De tes sérieux élèves l’exemple



m’entraîne en bâillant; et ainsi

ta stupide somnolence à m’envahir commence

et je ne finis pas le sonnet... par par...

(trad:Colo)

La Pereza Manuel Bretón de los Herreros


¡Qué dulce es una cama regalada!
¡Qué necio, el que madruga con la aurora,
aunque las musas digan que enamora
oír cantar un ave la alborada!

¡Oh, qué lindo en poltrona dilatada
reposar una hora, y otra hora!
Comer, holgar..., ¡Qué vida encantadora,
sin ser de nadie y sin pensar en nada!

¡Salve, oh Pereza! En tu macizo templo
ya, tendido a la larga, me acomodo.
De tus graves alumnos el ejemplo

me arrastra bostezando; y, de tal modo
tu estúpida modorra a entrarme empieza,
que no acabo el soneto... de per...





9 févr. 2022

Une fée et des papillons / Un hada y mariposas

 

De fil en aiguille, de cet extrait de poème d'Antonio Machado à de belles 

 découvertes.



Papillon de la Sierra

N’est-ce pas toi, papillon,

l’âme de ces terres solitaires,

de ses ravins profonds

et de ses cimes rudes?

Pour que tu naisses,

de sa baguette magique

un jour une fée fit taire

les tempêtes de pierre

et elle enchaîna les monts

afin que que tu voles. (...) 

Trad:Colo

 

Mariposa de la sierra

-- de Antonio Machado --

¿No eres tú, mariposa,
el alma de estas sierras solitarias,
de sus barrancos hondos
y de sus cumbres agrias?
Para que tú nacieras,
con su varita mágica
a las tormentas de la piedra, un día,
mandó callar un hada,
y encadenó los montes
para que tú volaras.

(….)

Machado était andalou, on peut penser qu’il parle de la Sierra Nevada, à côté de Granada, car c’est là, ai-je découvert, que vivent plus de120 espèces référencées de papillons, plus de la moitié des papillons diurnes qui vivent sur la Péninsule Ibérique, et, par exemple, la moitié du nombre de ceux qui habitent en France.

Beaucoup d’espèces endémiques, certaines plus répandues.

Ils vivent surtout dans la moyenne montagne, entre 1.500 et 1900 mètres d’altitude. Étudiés de près car ils sont des indicateurs du changement climatique, les chercheurs ont pu observer une récente migration vers l’altitude.

Mais ils n’ont pas vu la fée….

 

Una mariposa apolo ('Parnassius apollo nevadensis') en Sierra Nevada

(Source https://www.granadahoy.com/granada/Mariposas-Sierra-Nevada-cambio-climatico_0_1408359512.html)

 

Mariposa gitana (Zygaena sp)




Mariposa arlequín (Zerynthia rumina).



3 févr. 2022

Les visages des photos / Los rostros de las fotos

 

Photos / Fotos


 J'aime énormément cette photo de mon arrière grand-mère, que je n'ai pas connue, de ma grand-mère, à gauche, de ses trois filles et de sa soeur. Ma mère, la cadette, semble avoir 5-6 ans donc la photo date du début des années '30. 

Les photos de famille  anciennes où on a souvent du mal à reconnaître qui est qui, qui le bébé, - ce pourrait être l'oncle Jules ou la tante Marguerite-, sont des marqueurs du temps, aussi.

Voici deux poèmes, fort différents. L'un très court, puis un extrait d'un autre.

 

De Juan Gelman (Argentina 1930-2014)



Sur la photo que tes yeux rendent douce

il y a ton visage de profil, ta bouche, tes cheveux,

mais quand nous vibrons d’amour

sous la houle de la nuit et la clameur de la ville

ton visage est une terre toujours inconnue

et cette photo l’oubli, autre chose.

Trad: Colo

 

En la fotografía que tus ojos vuelven dulce
hay tu rostro de perfil, tu boca, tus cabellos,
pero cuando vibrábamos de amor
bajo el oleaje de la noche y el clamor de la ciudad
tu rostro es una tierra siempre desconocida
y esta fotografía el olvido, otra cosa.



 

                            ----------------------------------



Ne la contemple pas avec mépris ni rire

Si la figure te semble vulgaire

Et le front effacé et indécis


Image vraie de l’âge mûr,

Elle te dit clairement que passent vite

La jeunesse, les cheveux et la beauté.

 

Extrait de “Envoyant un portrait” De Manuel del Palacio (España 1831-1906)

Trad: Colo

 

No la contemples con desdén ni risa
Si vulgar se te antoja la figura
Y la frente borrada é indecisa.

Imagen cierta de la edad madura,
Claro te dice que se van aprisa
La juventud, el pelo y la hermosura.

Extracto de “Enviando un retrato” de Manuel del Palacio



 


29 janv. 2022

Visages /Rostros

 

Le monde des blogs ignore généralement les visages, je ne connais pas la plupart des vôtres, ce qui n’empêche rien, ni affinités ni liens affectueux.

Énormément de visages dans la poésie, souvent dans des poèmes romantiques, où on se pâme sur celui de l’être aimé. Ce n’est pas ce que j’ai recherché (j’allais écrire “bien sûr”) mais des images insolites, surprenantes.

Voici 3 exemples, des extraits de poèmes, que j’ai traduits. 

 

Meira Delmar

Tu vois mon visage, rien de plus.

Mon visage.

Muet.


Aïe, si tu pouvais

regarder mon âme !


Tú ves mi rostro nada más.
Mi rostro.
Que todo calla.

¡Ay, si pudieras
mirarme el alma!




                                           Josep Granyer i Giralt Noia

 

Vicente Huidobro

J’ai ton visage entre les mains

oh air doux portrait de l’air

anneau du monde et du passé

ton visage de silence

visage de tendre lampe

avec quelle facilité tu te formes dans mes yeux

quand tu reviens égayant la noirceur.


Tengo tu rostro entre las manos
oh aire dulce retrato de aire
anillo del mundo y del pasado
tu rostro de silencio
rostro de lámpara tierna
con qué facilidad te formas en mis ojos
como vuelves alegrando la negrura.

 


Felipe Sérvulo

L’équateur de ton visage

L’espace existe-t-il

au-delà de ton univers?


La lumière, oui. Elle naît et flotte

dans l’équateur de ton visage

et arrive, sans nuages,

aux confins célestes.


El ecuador de tu rostro


¿Existe el espacio
más allá de tu universo?

La luz, sí. Nace y revolea
en el ecuador de tu rostro
y llega, sin nubes,
al confín celeste.


 

25 janv. 2022

Un nouveau canal / Un nuevo canal

                           
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Nouveau, renouveau, voilà ce que mon esprit mijote et que je tente de réalise dernièrement, histoire de secouer les méninges, de m'amuser en imaginant tous les possibles.

Ce blog va donc changer un peu, toujours dans la poésie, parfois des bouts de poèmes, et parfois on découvrira de la poésie là où on ne l’attendait pas...enfin, espérons!

Commençons par tisser des liens.



Nouveau canal interocéanique 

 Mario Benedetti



Je te propose de construire

un nouveau canal

sans écluses

ni excuses qui communique enfin

ton regard atlantique

avec mon naturel

pacifique

(Trad: Colo)


 

Nuevo canal interoceánico

de Mario Benedetti

Te propongo construir
un nuevo canal
sin esclusas
ni excusas que comunique por fin
tu mirada
atlántica
con mi natural
pacífico.




21 janv. 2022

Soif de parfums et de rires / Sed de aromas y de risas

 

Chants nouveaux

Federico Garcia Lorca (Août 1920)


Le soir dit: j’ai soif d’ombre !
La lune dit :
moi, d’étoiles brillantes.
La source cristalline veut des lèvres
et des soupirs le vent.

Mais moi, j’ai soif de parfums et de rires,
soif de chants nouveaux
sans lunes et sans lys
et sans amours mortes,

Soif d’un chant matinal qui ferait frémir
les eaux dormantes
de l’avenir, emplissant d’espérance
leurs ondes et leurs fanges.

Il serait lumineux et tranquille
plein de riches pensées,
vierge de mélancolie,
d’angoisse et de rêves.

Un chant léger qui comblerait
de rires le silence.
(Telle une volée de colombes aveugles
lâchées dans le mystère.)

Ce chant toucherait à l’âme des choses,
à l’âme des vents,
et se reposerait enfin dans la joie
du coeur éternel.

(Trad: Colo y MA)


 

Cantos nuevos

de Federico García Lorca

Agosto de 1920

dice la tarde:
¡tengo sed de sombra! .
Dice la luna: yo, sed de luceros .
La fuente cristalina pide labios
y suspiros el viento.


Yo tengo sed de aromas y de risas.
Sed de cantares nuevos
sin lunas y sin lirios,
y sin amores muertos.


Un cantar de mañana que estremezca
a los remansos quietos
del porvenir. Y llene de esperanza
sus ondas y sus cienos.


Un cantar luminoso y reposado,
pleno de pensamiento,
virginal de tristeza y de angustias
y virginal de ensueños.


Cantar sin carne lírica que llene
de risas el silencio.
(Una bandada de palomas ciegas
lanzadas al misterio).


Cantar que vaya al alma de las cosas
y al alma de los vientos
y que descanse al fin en la alegría
del corazón eterno.


15 janv. 2022

Le caillou / El canto

 La lumière est si belle ici en ce moment....

 





LE CAILLOU VEUT ÊTRE LUMIÈRE F. García Lorca


Le caillou veut être lumière.
Il fait luire en l’obscurité
des fils de phosphore et de lune.
Que veut-il? se dit la lumière,
car dans ses limites d’opale
elle se retrouve elle-même
et repart.

(belle traduction trouvée sur la Toile sans nom du traducteur, hélas)

 

                                   Pierre de lune


EL CANTO QUIERE SER LUZ (Canciones 1921-1924)

Federico García Lorca

El canto quiere ser luz. 
En lo oscuro el canto tiene
hilos de fósforo y luna. 
La luz no sabe qué quiere. 
En sus límites de ópalo, 
se encuentra ella misma, 
y vuelve.

Bonne semaine !

10 janv. 2022

Encore et toujours la poésie / Aún y siempre , la poesía

 

" Certains poèmes nous conduisent en des lieux que nuls mots n'atteignent, nulle pensée, ils vous guident jusqu'à l'essence même, la vie s'immobilise l'espace d'un instant et devient belle, limpide de regrets ou de bonheur. Il est des poèmes qui changent votre journée, votre nuit, votre vie. Il en est qui vous mènent à l'oubli, vous oubliez votre tristesse, votre désespoir, votre vareuse, le froid s'approche de vous : touché ! dit-il et vous voilà mort. Celui qui meurt se transforme immédiatement en passé.”

(Entre terre et ciel. Jón Kalman Stefánsson)

 

Algunos poemas nos arrastran a lugares donde no llegan las palabras, ni el pensamiento, te conducen hasta el núcleo, la vida se detiene durante un instante y se vuelve hermosa, manifiesta la alegría y los lamentos. Algunos poemas te hacen olvidar, se olvida la tristeza, la desesperanza, te olvidas del impermeable y la escarcha te alcanza, dice, te tengo, y estás muerto."

(Entre cielo y tierra Jón Kalman Stefánsson)


 

Nous revoilà, une autre année poétique, Espérons que certaines publications 

vous mènent " à l'essence mème de la vie"!

 

 


Bonne chance

Joan Margarit



Chance à celui qui aime ce silence

du mot écrit, et qui a une amie

aux yeux couleur du bois,

pour vieillir ensemble.

Seule un vague crainte pour cette fille

qui ne sortira jamais de l’enfance,

trésor et ruine

de ce marbre de votre jeunesse.

La fumée du bûcher est dans tes yeux;

Chance à celui qui aime ce silence

du mot écrit, et qui a une amie

aux yeux couleur du bois,

pour vieillir ensemble.

(Trad: Colo)



                                  Bureau de Charles Dickens

 

Buena suerte

Joan Margarit



Suerte tenga quien ame este silencio

de la palabra escrita, y tenga una amiga

con los ojos color de la madera,

para envejecer juntos.

Sólo un vago temor por esta hija

que no saldrá jamás de su niñez,

tesoro y ruina

de aquel mármol de vuestra juventud.

El humo de la pira está en tus ojos:

Suerte tenga quien ame este silencio

de la palabra escrita, y tenga una amiga

con los ojos color de la madera,

para envejecer juntos.



1 janv. 2022

On y est, que souhaiter ?

 Lumière, largesse de vues, brillances, solos et unissons, tout cela citronné à 

l'envi.

Pour une année '22 où tous nous entendrons chanter les étoiles.

Affectueux mercis, bonne année fidèles amis.




Photos Colo: 30 décembre 2021, Puigpunyent, Mallorca


22 déc. 2021

Soleil / Sol

Pour vous souhaiter une bonne fin d'année, quoi de mieux qu'un rayon de soleil
 
sur des livres, des souvenirs lumineux ?
 
 

                                   Inma Soler, Madrid. 
                                   https://www.artelista.com/obra/4126377173926646-bodegonconlibro.html

 

Soleil J.R.Jiménez

 

Là, dans le fond

de ma bibliothèque

le soleil de dernière heure, qui transforme

mes couleurs en lumière claire et divine,

caresse mes livres, doucement.


Quelle lumineuse compagnie

que la sienne; comme elle agrandit

le séjour, et le transforme, entier,

en vallée, en ciel - Andalousie ! -,

en enfance, en amour !


Comme un enfant, comme un chien,

elle va de livre en livre

fait ce quelle veut…

Quand, soudain, je la regarde,

elle s’arrête, et me contemple longuement,

avec une musique divine, aboiement amical, frais balbutiement...


Après, peu à peu elle s’éteint…

La lumière divine et pure

redevient couleur, et seule, et mienne.

Et ce que je ressens d’obscur

c’est mon âme, comme si

elle était à nouveau

sans sa vallée et son ciel – Andalousie !-

sans son enfance ni son amour.

(Trad: Colo)

 

 

Sol (Juan Ramón Jiménez)

Allá en el fondo
de mi biblioteca,
el sol de última hora, que confunde
mis colores en luz clara y divina,
acaricia mis libros, dulcemente.

¡Qué clara compañía
la suya; cómo agranda
la estancia, y la convierte, llena,
en valle, en cielo – ¡Andalucía! -,
en infancia, en amor!

Igual que un niño, como un perro,
anda de libro en libro,
haciendo lo que quiere…
Cuando, de pronto, yo lo miro,
se para, y me contempla largamente,
con música divina, con ladrido de amigo, con fresco balbuceo…

Luego se va apagando…
La luz divina y pura
es color otra vez, y solo, y mío.
Y lo que siento oscuro
es mi alma, igual que
si se hubiera quedado nuevamente
sin su valle y su cielo – ¡Andalucía! -,
sin su infancia y su amor.