21 févr. 2012

Heure sensuelle, Octavio Paz II / Hora sensual

Dans un style fort différent, ce poème court et peu connu d'Octavio Paz.

En un estilo muy diferente, ese poema corto y poco conocido de Octavio Paz.


L'heure est transparente

L’heure est transparente :

voyons, si est invisible l'oiseau,

la couleur de son chant.


Mes yeux te découvrent

nue

et te couvrent

d'une chaude pluie

de regards.


Descend

nue


la lune

par le puits


la femme

par mes yeux.

(Trad. Colo)

La hora es transparente


La hora es transparente:
vemos, si es invisible el pájaro,

el color de su canto.

Mis ojos te descubren
desnuda
y te cubren
con una lluvia cálida
de miradas

Baja

desnuda

la luna
por el pozo

la mujer
por mis ojos


Illutration: William Degouve de Nuncques, The Angels of the Night, 1894

17 févr. 2012

Quand les mots s'ouvrent / Cuando las palabras se abren

Quel lien existait-il entre le poète mexicain Octavio Paz et le linguiste Roman Jakobson? J'ignore s'ils se connaissaient personnellement, mais ce qui est sûr c'est qu'à la mort du russe, le poète écrivit ce poème-hommage.

Un poème sur la poésie qui « sème des yeux sur les pages ».

¿Qué lazo existía entre el poeta mejicano Octavio Paz y el linguista Roman Jakobson ? Ignoro si se conocían personalmente, pero lo seguro es que, a la muerte del ruso, el poeta escribió ese poema-homenaje.

Un poema sobre la poesía que « siembra ojos en las páginas ».

Dire Faire Octavio Paz


Entre ce que je vois et dis,

Entre ce que je dis et tais,

Entre ce que je tais et rêve,

Entre ce que je rêve et oublie

La poésie.

Se glisse entre le oui et le non :

elle dit

ce que je tais,

elle rêve

ce que j'oublie.

Ce n'est pas un dire :

c'est un faire.

C'est un faire

qui est un dire.

La poésie se dit et s'entend :

elle est réelle.

Et à peine je dis

elle est réelle

qu'elle se dissipe.

Plus réelle ainsi ?

Idée palpable,

mot

impalpable :

la poésie

va et vient

entre ce qui est

et ce qui n'est pas.

Elle tisse des reflets

et les détisse.

La poésie

sème des yeux sur les pages.

Les yeux parlent

les mots regardent

les regards pensent.

Entendre

les pensées

voir ce que nous disons

toucher

le corps

de l'idée.

Les yeux

se ferment

Les mots s'ouvrent.

(Trad: Colo)

Decir, Hacer de Octavio Paz


A Roman Jakobson

Entre lo que veo y digo,
Entre lo que digo y callo,
Entre lo que callo y sueño,
Entre lo que sueño y olvido
La poesía.
Se desliza entre el sí y el no:
dice
lo que callo,
calla
lo que digo,
sueña
lo que olvido.

No es un decir:
es un hacer.
Es un hacer
que es un decir.
La poesía
se dice y se oye:
es real.

Y apenas digo
es real,
se disipa.
¿Así es más real?
Idea palpable,
palabra
impalpable:
la poesía
va y viene
entre lo que es
y lo que no es.

Teje reflejos
y los desteje.
La poesía
siembra ojos en las páginas
siembra palabras en los ojos.
Los ojos hablan
las palabras miran,
las miradas piensan.

Oír
los pensamientos,
ver
lo que decimos
tocar
el cuerpo
de la idea.
Los ojos
se cierran
Las palabras se abren.

Pour en savoir plus sur Octavio Paz et ses publications en français : http://poezibao.typepad.com/poezibao/2005/02/almanach_potiqu_6.html

Image batik : http://tierradegenistas.blog.com.es/






11 févr. 2012

Un fruit frais de Mallorca? / ¿Una fruta fresca?

À nouveau ce matin, une aube bleutée.
Otra vez esta mañana, un alba azulada.



Oreilles rougies, bouche fumante...
Orejas enrojecidas, boca husmeante...





Dessert, postres on the tree. Pour vous ce sera... des dattes croquantes?
Para usted será...¿unos dátiles crujientes?



7 févr. 2012

Ce qu'il me reste à vivre / Lo que me queda por vivir

C'est le titre du dernier roman d'Elvira Lindo. Du moins je le suppose, car, à ma connaissance, il n’est pas encore traduit en français.

Je ne vais donc pas vous raconter toute l'histoire, mais vous situer les courts passages que j'ai traduits.

Une jeune femme, Antonia, vit à Madrid où elle élève seule son fils de quatre ans. Loin de son village natal. Les temps changent vite en cette période post- franquiste et ce beau et profond roman alterne souvenirs et portraits - dont certains, superbes, des femmes qui ont entouré son enfance, – et sa vie «en ville» avec son fils, son complice.

Le fil conducteur, du moins l’un d’eux, celui qui m’a le plus frappée, est le thème de la loyauté envers nos propres désirs.

Es el título de la última novela de Elvira Lindo.

Encontraréis aquí una reseña por Juan Cruz mil veces mejor que cualquier cosa que yo pueda escribir.

Os copio aquí unos párrafos que expresan lo que me pareció ser el hilo conductor, o uno de ellos, de la novela: la lealtad a nuestros propios deseos.

Il y a toujours un moment où tout aurait pu être évité, pense-t-on après. Surtout ce qu'on a commencé sans beaucoup de conviction, plus pour des motifs fantaisistes que pour ce qu'on avait vraiment là, devant nos yeux. Mais qui veut voir ce qui est devant ses yeux, qui est disposé à admettre qu'en réalité aucune connexion n'est possible. (…)

La jeunesse, si encline à la témérité, devient soudain conservatrice et renonce à ses rêves, se conforme au premier amour qu’elle a connu. Peut-être est-ce là la façon la plus tordue d'être téméraire.

Combien on parle et on écrit sur ces couples où les conjoints sont ancrés au malheur durant toute une vie, et combien peu de tous ces couples jeunes qui, sans plus de liens qu'une fidélité mal comprise, se livrent docilement à l'ennui de samedis et dimanches interminables.(...)

...Et au milieu se trouvent les amis qui, à cet âge où tu ne connais d'autre morale que celle dictée par tes pairs, se transforment en gardiens d'un malheur de façon plus implacable que ne le fera plus tard la famille même. (..)

Qu’il était et est difficile de trahir le groupe et qu'il est facile d'être déloyal envers soi-même. La déloyauté à soi-même ne se remarque généralement pas dans le présent, elle se camoufle en mal- être; en anxiété diffuse, car ces sensations sont bien plus aisées à supporter. Moi je n'ai jamais fini d'identifier ce qui n'était rien de plus qu'une trahison à mes désirs.»

Trad : Colo

Siempre hay un momento en el que todo podía haberse evitado, se piensa luego. Sobre todo en aquello que se comenzó sin mucho convencimiento, más por motivos fantasiosos que por lo que se tenía de verdad delante de los ojos. Pero quién quiere ver lo que está delante de los ojos, quién está dispuesto a admitir que en realidad no hay posible conexión. (…)

La juventud, tan proclive a la temeridad, de pronto se vuelve conservadora y renuncia a sus sueños, se conforma con el primer amor que ha conocido. A lo mejor sea ésa la manera más retorcida de ser temerario.

Cuánto se habla y se escribe sobre esos matrimonios en los que los cónyuges están aferrados a la infelicidad durante todo una vida, y qué poco de todas esas parejas jóvenes que, sin mayores lazos que una fidelidad mal entendida, se entregan dócilmente al aburrimiento de unos sábados y unos domingos larguísimos, (…)

...Y por medio andan los amigos que, en esa edad en la que no entiendes nada más moral que la que te dictan tus iguales, se convierten en guardianes de una infelicidad de manera más implacable que la que en un futuro ejercerá la propia familia.. (…)

Qué difícil era y es traicionar al grupo y qué fácil ser desleal con uno mismo. La deslealtad a uno mismo no se suele advertir en el presente, se camufla de malestar; de ansiedad difusa, porque éstas son sensaciones mucho más fáciles de sobrellevar. Yo nunca acabé de identificar aquello que no era más que una traición a mis deseos.”

Lo que me queda por vivir, Elvira Lindo, Ed:Seix Barral p50-51.



1 févr. 2012

Silences et bruits d'arbres / Silencios y ruidos de árboles

Une vieille photo retrouvée, quelques arbres qui entouraient la maison de grand-mère.

Tous les étés, les jeux de ma jeunesse.
Des lieux, des arbres, des moments de vie.

Una vieja foto encontrada, unos árboles que rodeaban la casa de la abuela.


Cada verano, los juegos de mi juventud.

Lugares, árboles, momentos de vida.


Deux rangées de marronniers devant ma maison natale en Flandres ; là c’était se rouler et donner gaiment des coups de pied dans les couches humides et colorées des feuilles tombées, et ouvrir les coques dures des fruits en se blessant les mains, et admirer les pyramides de fleurs blanches qui annonçaient les vacances.


Dos filas de castaños ante mi casa natal en Flandes; allí era revolcarse y dar alegres patadas a las capas húmedas y coloradas de hojas caídas, y abrir las duras cápsulas de los frutos hiriéndose las manos, y admirar las pirámides de flores blancas que anunciaban las vacaciones.

L'arbre

L'arbre attendait.
Puis il fit sombre.

Il restait là-bas.
L'enfant le regardait.

Il dit : il fait nuit.
Et cela dit il rentra

On dîna. On veilla.
Et l'arbre ? dit-il.

Se demanda l'enfant
Sous le clair de lampe

L'enfant à qui l'arbre
Vint fermer les yeux.

Mohammed Dib


El árbol


El árbol esperaba.
Después oscureció.

Se quedaba allí.
El niño lo miraba.

Dijo: hace de noche.
Y dicho esto entró en casa.

Cenamos. Velamos.
¡Y el árbol? dijo.

Se preguntó el niño
Bajo la luz de la lámpara.

El niño a quien el árbol
Vino a cerrar los ojos.

Mohammed Dib

(Trad. Colo y MH)

Dans mes souvenirs diffus de la première année passée en Espagne, aux îles Canaries, ce sont les gigantesques avocatiers chargés de fruits; puis ce fut la découverte sur une autre île, Ibiza, des amandiers et oliviers qui me suivront ici à Majorque.

En mis difusos recuerdos del primer año pasado en España, en las islas Canarias, son los gigantescos aguacates cargados de frutos; luego fue el descubrimiento en otra isla, Ibiza, de los almendros y olivos que me seguirán hasta aquí, Mallorca.


Ici …hésitation. Et puis non, pourquoi choisir? Les palmiers et les pins, tous deux habitent mon paysage quotidien.

Solitaire, le palmier aux gestes lents se suffit à lui seul, il est le décor. Tandis que ce sont les forêts de pins qui donnent la couleur générale; odeurs et bruits dans le vent.

Aquí....hesitación. Pero no,¿por qué elegir? Las palmeras y los pinos, ambos habitan mi paisaje cotidiano.

Solitaria, la palmera de gestos lentos se basta a si misma, ella es el decorado. Mientras que son los bosques de pinos que dan el color general; olores y ruidos en el viento.

Pins

Pins qui restez debout à crier, malhabiles,
Sur l'étendue des landes

Où rien ne vous entend que l'espace en vous-mêmes
Et peut-être un oiseau qui fait la même chose

Lorsque vous avez l'air d'être ailleurs, occupés,
Livrés à tous les ciels qui sont livrés aux vents,

C'est pour mieux retenir le silence et le temps,
Et vous continuez à ne pas abdiquer,

Et vous êtes pareils
Aux hommes dans la ville.

Eugène Guillevic

Gallimard, 1966

Pinos

Pinos que os quedáis de pie gritando, torpes,
Sobre las extensas landas

Donde nada os oye salvo el espacio en vosotros mismos
Y quizás un ave que hace lo mismo

Cuando aparecéis como idos, ocupados
Entregados a todos los cielos que son abandonados al viento,

Es para retener mejor el silencio y el tiempo,
Y seguís sin abdicar,

Y os parecéis
A los hombres en la ciudad.
Eugène Guillevic
(Trad: Colo y MH)

Merci Hélder



Une chanson de Jean Ferrat, merci Gérard



25 janv. 2012

Herbiers de F. Garcia Lorca / Herbarios, Lorca

En 2011 pas moins de cinq billets, tous fort différents, ont été consacrés ici au maestro Garcia Lorca.

Vous avez ainsi pu lire un texte en prose où il nous parle de son enfance; pleurer avec les lézards qui ont perdu leur anneau de mariage; vous immerger dans ses poèmes «Nocturnes»; humer la brume d'automne et les rêves perdus et finalement, il y a peu, la magnifique Romance de la Peine Noire, vous vous en souvenez? (clic sur les mots si l'envie vous prend de les relire!)

En 2011 no menos de cinco notas, muy diferentes, han sido dedicadas aquí al maestro Garcia Lorca.

Así habéis podido leer un texto en prosa donde nos habla de su infancia; llorar con los lagartos que han perdido su anillo de boda; hundiros en sus poemas «Nocturnos»; oler la bruma de otoño y los sueños perdidos y finalmente, hace poco, el magnífico Romance de la Pena Negra, ¿os acordaís?

Aujourd’hui, dans une catégorie par lui appelée Herbiers, ces textes un peu mystérieux et pleins d'imagination; herbiers des rêves, des bruits…

Hoy, en una categoría por él llamada Herbarios, estos textos un poco misteriosos y llenos de imaginación: herbarios de los sueños, de los ruidos…


lll


En grand secret, un ami

me montre l’herbier des bruits.


(Chut…silence!

La nuit pend du ciel!)


À la lumière d'un port perdu

arrivent les échos de tous les siècles.


(Chut...silence!

La nuit oscille dans le vent!)


(Chut...silence!

De vieilles colères s'enroulent à mes doigts.


1927 (Trad:Colo)

lll


En mucho secreto, un amigo

me enseña el herbario de los ruidos.


(¡Chist...silencio!

¡La noche cuelga del cielo!)


A la luz de un puerto perdido

vienen los ecos de todos los siglos.


(¡Chist...silencio!

¡La noche oscila en el viento!)


(¡Chist...silencio !

Viejas iras se enroscan en mis dedos.


1927


ÉCOLE

Maitre

Quelle jeune fille se marie

avec le vent?


Enfant

La jeune fille de tous

les désirs


Maitre

Que lui offre

le vent?


Enfant

Tourbillons d'or

et cartes superposées.


Maitre

Elle lui offre quelque chose?


Enfant

Son cœur ouvert.


Maitre

Dites comment elle s'appelle.


Enfant

Son nom est un secret.

(la fenêtre de l'école a un rideau d'étoiles brillantes) Trad: Colo

1927

ESCUELA


Maestro

¿Qué doncella se casa

con el viento?


Niño

La doncella de todos

los deseos.


Maestro

¿Qué le regala

el viento?


Niño

Remolinos de oro

y mapas superpuestos.


Maestro

Ella ¿le ofrece algo?


Niño

Su corazón abierto.


Maestro

Decid cómo se llama.


Niño

Su nombre es un secreto.

(La ventana del colegio tiene una cortina de luceros.)

Photo: Colo / sculpture: Julio Gonzalez, danzarina despeinada

20 janv. 2012

La douleur d'autrui / El dolor ajeno

Rouge avec des lettres blanches, la boîte est en vente dans les pharmacies en Espagne.

Médicaments contre la douleur d'autrui”

6 bonbons menthe-eucaliptus sans sucre 1€

Médecins sans Frontières

Roja con letras blancas, la caja está en venta en las farmacias en España.

«Pastillas contra el dolor ajeno»

6 caramelos mentol-eucalipto sin azúcar 1€

Médicos sin fronteras


Cette campagne lancée par MSF, comment y être indifférents?

La douleur des autres...

Sur le prospectus, de forme et présentation égales à celles de nos médicaments, cette note:

Dans le premier monde, si tu as mal quelque part, il y a des médicaments pour soulager presque chaque douleur. Mais...Que se passe-t-il si ce qui te fait souffrir est la douleur d'autrui? La douleur de ceux qui n'ont pas de médicaments pour soigner leur souffrance? N'est-ce pas magnifique que, nous qui avons des pilules pour presque tout, puissions en prendre une pour calmer la douleur de ceux qui n'en ont pas?”

Esta campaña lanzada por MSF, ¿cómo quedarse indiferentes a ella?

En el prospecto, de forma y presentación igual a las de nuestras medicinas, esta nota:

« En el primer mundo, si te duele algo, hay pastillas para mitigar casi cualquier dolor. Pero...¿Qué pasa si lo que te duele es el dolor ajeno, el dolor de los que no tienen pastillas para curar su sufrimiento? No es genial que, nosotros que tenemos pastillas para casi todo, podamos tomar una para calmar el dolor de los que no tienen? »

6 bonbons qui correspondent à 6 maladies, curables ou rares sur notre continent, mais bien vivantes ailleurs: la maladie du sommeil, la malaria, la tuberculose, le sida infantile, le Kala azar, la maladie de Chagas.


6 caramelos que corresponden a 6 enfermedades, curables o raras en nuestro continente, pero bien vivas en otras partes : la enfermedad del sueño, la malaria, la tuberculosis, el sida infantil, el Kala azar, la enfermedad de Chagas.

De nombreuses personnalités médiatiques de tout bord ont participé à la campagne comme le chanteur très populaire Alejandro Sanz , et aussi ici sur la vidéo, prenant «un médicament»: Andrés Iniesta, Pilar Bardem, Andreu Buenafuente, Pau Donés, Cayetana Guillén Cuervo, Estopa, Xabi Alonso, Fernando Tejero, Eduard Punset, Edurne Pasaban, Manel Fuentes, Ferrán Adría, Nuria Espert, Juan José Millas.

Numerosas personalidades mediáticas de varias aéreas han participado a la campaña como el cantante muy popular Alejandro Sanz y, también aquí en el vídeo, tomándose una «medicina»...(ver arriba)

La participation qui m'a le plus touchée est celle du directeur de cinéma Luís García Berlanga:

La participación que más me conmovió es la del director de cine Luís García Berlanga.

Voici le site officiel (en español): http://www.pastillascontraeldolorajeno.com

Et la vidéo de lancement de MSF:

Il me tenait à cœur d'en parler ici.

Me sentía inclinada a hablar de eso aquí.

15 janv. 2012

Pour cheminer en chantant... / Para caminar cantando...

Les amandiers commencent à fleurir; entre amis et amours, excursions et livres, musique et rêves, je vous propose aujourd'hui un poème de Pablo Neruda.

Empiezan a florecer los almendros; entre amigos y amores, excursiones y libros, música y sueños, os propongo hoy un poema de Pablo Neruda.

DE tant aimer et marcher naissent les livres.
S'ils n'ont ni baisers ni régions
et s'ils n'ont des hommes à profusion,
s'ils n'ont femme à chaque goutte,
faim, désir, colère, chemins,
ils ne servent ni de bouclier ni de cloche:
ils sont sans yeux et ne pourront les ouvrir,
ils auront la bouche morte d'enseignement.

J'ai aimé les génitaux branchages
et entre sang et amour j'ai creusé mes vers,
en terre dure j'ai planté une rose
disputée entre le feu et la rosée

C'est pourquoi j'ai pu cheminer en chantant.
(Trad: Colo)


La même photo" avec les nuances
d'un pays de lisières..." Merci JEA!


DE tanto amar y andar salen los libros.
Y si no tienen besos y regiones
y si no tienen hombres a manos llenas,
si no tienen mujer en cada gota,
hambre, deseo, cólera, caminos,
no sirven para escudo ni campana:
están sin ojos y no podrán abrirlos,
tendrán la boca muerta del precepto.

Amé las genitales enramadas
y entre sangre y amor cavé mis versos,
en tierra dura establecí una rosa
disputada entre el fuego y el rocío.

Por eso pude caminar cantando.



Foto: I. Pampín y A.H gracias.

11 janv. 2012

Dernier souffle / Último aliento


Tout a une fin, hélas...après 13 ans à mes côtés, mon ordinateur a dit son dernier mot.
Oh, je ne lui reproche rien, loin de là, mais je me sens un peu perdue sans lui, sans vous.

Heureusement qu' au vu de ma détresse, un voisin....mais je ne vais pas (trop) abuser de sa gentillesse, je voulais juste que vous le sachiez.
Patience...
À bientôt, amicalement.

Todo tiene un fin...después de 13 años a mi lado, mi ordenador ha dicho su última palabra.
No le reprocho nada, ni mucho menos, pero me encuentro un poco perdida sin él, sin vosotros.

Por suerte, y viendo mi apuro, un vecino...pero no voy a abusar (demasiado) de su amabilidad, sólo quería que lo supierais.
Paciencia....
¡Hasta pronto!, un abrazo.

4 janv. 2012

Clowns, le rouge et le blanc / Payasos, el rojo y el blanco

Les clowns…souvenirs d’enfance, de rires. Spectacles de fin d’année.
Mais aussi, comme l’écrit Michel Tournier dans un court texte intitulé « Le rouge et le blanc » inclus dans Des clés et des serrures (1979), un duo qui nous ressemble, qui est nous, à différents moments de notre vie.
Los payasos… recuerdos de infancia, de risas. Espectáculos de fin de año.
Pero también, como lo escribe Michel Tournier en un texto corto titulado “El rojo y el blanco” un dúo que se parece a nosotros, que es nosotros en diferentes momentos de nuestra vida.


“Ils font équipe sur la piste du cirque, mais ils sont bien différents.
Le blanc, habillé de soie, poudré à frimas, un sourcil relevé très haut sur son front comme un point d’interrogation, chaussé de fins escarpins vernis, les mollets cambrés dans des bas arachnéens, a toute l’élégance hautaine d’un seigneur.
La trogne poivrote et le nez en pomme de terre du rouge, sa large bouche, ses yeux ahuris, sa démarche embarrassée par ses énormes croquenots, tout trahit chez lui le niais, le rustaud, la tête de Turc sur laquelle vont pleuvoir les coups et les lazzis.

« Hacen equipo en la pista de circo, pero son muy diferentes.
El blanco, vestido de seda, ligeramente empolvado, una ceja levantada en alto, en la frente como un punto de interrogación, calzado de finos escarpines de charol, las pantorrillas combadas en unas medias arácneas, tiene toda la elegancia altiva de un señor.
La jeta de borracho y la nariz en forma de patata del rojo, su boca ancha, sus ojos estupefactos, su andar patoso por los enormes zapatos, todo en él suena a necio, a palurdo, a cabeza de turco sobre la cual van a llover los golpes y las burlas.

Car ces deux clowns incarnent deux esthétiques tout opposées du rire.
Le blanc cultive l’insolence, le persiflage, l’ironie, le propos à double sens. C’est un maître du second degré. Il fait rire les autres, d’un autre de préférence, le clown rouge, l’auguste.
Mais lui garde ses distances, il reste intact, hors d’atteinte, le rire qu’il déchaîne ne l’éclabousse pas, c’est une douche destinée au rouge, qui est là pour encaisser.
Ce rouge s’offre à tous les coups en poussant son discours, son accoutrement et sa mimique au comble du grotesque. Il n’a pas le droit d’être beau, spirituel, ni même pitoyable, cela nuirait à la sorte de rire qu’il a pour fonction de soulever. (…)

Esos dos payasos encarnan dos estéticas totalmente opuestas de la risa.
El blanco cultiva la insolencia, la guasa, la ironía, el propósito con doble sentido. Es un maestro del segundo grado. Hace reír a los demás, de otro preferentemente, el payaso rojo, el augusto. Pero él guarda sus distancias, queda intacto, fuera de alcance; la risa que provoca no le salpica, es una ducha destinada al rojo, que está allí para encajar.
Ese rojo se ofrece a todos los golpes llevando su discurso, su atuendo y su mímica al colmo de lo grotesco. No tiene derecho a ser guapo, agudo ni siquiera lastimoso, eso perjudicaría al tipo de risa que su función le obliga a provocar. (…)


Aussi bien ces deux personnages symbolisent-ils deux attitudes devant la vie, et tous, tant que nous sommes, nous décidons à chaque moment d’être blanc ou rouge face aux situations de l’existence.
Nous pouvons nous frapper la poitrine- soit pour nous accuser, soit par défi orgueilleux-, attirer sur nous les regards et les cris, nous désigner à l’admiration ou à la vindicte des foules. C’est le parti pris rouge d’un Rousseau ou d’un Napoléon, de tous les gens de théâtre et de tous les tyrans.
Au contraire, le parti blanc d’un Voltaire ou d’un Talleyrand fait les témoins sarcastiques de leur temps, les diplomates, les calculateurs, tous ceux qui veulent observer et manœuvrer sans s’exposer, gagner sans mettre en jeu leur liberté, leurs biens ni leur personne. »

Así esos dos personajes simbolizan dos actitudes delante de la vida, y todos nosotros, decidimos en cada momento ser blanco o rojo frente a las situaciones de la existencia.
Podemos golpearnos el pecho – sea para acusarnos, sea por desafío orgulloso-, atraer hacia nosotros las miradas o la vindicta de la muchedumbre. Es la resolución de un Rousseau o de un Napoleón, de toda la gente de teatro y de todos los tiranos.
Por el contrario, el partido blanco de un Voltaire o de un Talleyrand les hace los testigos sarcásticos de su época, los diplomáticos, los calculadores, todos los que quieren observar y maniobrar sin exponerse, ganar sin poner en juego su libertad, sus bienes, ni su persona.”
Traducción: Colo

Grand merci JEA!


Photos: 1) Les Fratellinis, Albert, François, Paul
2) Lil Sad Clown by Aihibed Magana