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11 févr. 2024

L'espace du chant

 

Certains trocs sont plus intéressants que d’autres, le dernier m’enchante: des amandes grillées de Majorque en échange de livres de poésie.

Ainsi viennent d’arriver deux recueils de Guillevic, Eugène. Superbes.

En ce dimanche voici trois très courts poèmes de la partie intitulée Le chant.


Le chant

Ouvre ses espaces

En dehors de l’espace.


                                               ………


Si le chant

N’épouse pas le silence

Alors il n’est pas.


………

                                   Marc Chagall, Le violoniste bleu 1947


Le chant

Insinue toujours


Qu’il est là

Pour le salut de ceux

Auxquels il se donne.


Art poétique, Guillevic, Le chant, p324,329 Poésie / Gallimard


4 juin 2014

Accumuler le futur / Acumular el futuro



Meurent des poètes, abdiquent des rois; peut-être rêvaients-ils d'éternité...

Difficile à imaginer cette éternité, comment la représenter? Aujourd'hui deux poètes, chacun a son idée sur le sujet.




Mueren poetas, abdican reyes, tal vez soñaban con la eternidad...
Difícil de imaginar esa eternidad, ¿cómo representarla?
Hoy dos poetas, cada uno tiene su idea al respeto.


L’éternité (1963)

Eugène Guillevic


L’éternité
ne fut jamais perdue.
Ce qui nous a manqué
fut plutôt de savoir
la traduire en journées,
en ciels, en paysages,
en paroles pour d’autres,
en gestes vérifiables.
Mais la garder pour nous
 n’était pas difficile
 et les moments étaient présents
où nous paraissait clair
que nous étions l’éternité.


La eternidad
La eternidad
jamás fue perdida.
Lo que nos faltó
más bien fue saber
traducirla en días,
en cielos, en paisajes,
en palabras para otros,
en gestos comprobables.
Pero guardarla para nosotros
No era difícil
Y los momentos estaban presentes
donde nos parecía claro
que nosotros eramos la eternidad.
(trad: Colo)


Peinture, Jean Claude Pirotte




Juan Gelman, poésie en prose / poesía en prosa


L'éternité est une idée violente / capitaliste/ accumuler du futur. La conscience se libère d'elle-même quand elle vire sa lumière dans les respirations de la rosée.
Fulgurances des oreillers où le temps se dénude et l'ordre de l'amour se perd. La nuit mûrit / les vérités du corps se font la cour / les heures qui s'en vont.

(trad- Colo)

La eternidad es una idea violenta / capitalista / acumular futuro. La conciencia se libra de sí misma cuando vira su luz en las respiraciones del rocío. Fulgor de las almohadas en las que el tiempo se desnuda y el orden del amor se pierde. La noche madura / las verdades del cuerpo conocen el cortejo / las horas que se van.
(
In memoriam. Ciudad de México, 5 agosto 2012)


1 févr. 2012

Silences et bruits d'arbres / Silencios y ruidos de árboles

Une vieille photo retrouvée, quelques arbres qui entouraient la maison de grand-mère.

Tous les étés, les jeux de ma jeunesse.
Des lieux, des arbres, des moments de vie.

Una vieja foto encontrada, unos árboles que rodeaban la casa de la abuela.


Cada verano, los juegos de mi juventud.

Lugares, árboles, momentos de vida.


Deux rangées de marronniers devant ma maison natale en Flandres ; là c’était se rouler et donner gaiment des coups de pied dans les couches humides et colorées des feuilles tombées, et ouvrir les coques dures des fruits en se blessant les mains, et admirer les pyramides de fleurs blanches qui annonçaient les vacances.


Dos filas de castaños ante mi casa natal en Flandes; allí era revolcarse y dar alegres patadas a las capas húmedas y coloradas de hojas caídas, y abrir las duras cápsulas de los frutos hiriéndose las manos, y admirar las pirámides de flores blancas que anunciaban las vacaciones.

L'arbre

L'arbre attendait.
Puis il fit sombre.

Il restait là-bas.
L'enfant le regardait.

Il dit : il fait nuit.
Et cela dit il rentra

On dîna. On veilla.
Et l'arbre ? dit-il.

Se demanda l'enfant
Sous le clair de lampe

L'enfant à qui l'arbre
Vint fermer les yeux.

Mohammed Dib


El árbol


El árbol esperaba.
Después oscureció.

Se quedaba allí.
El niño lo miraba.

Dijo: hace de noche.
Y dicho esto entró en casa.

Cenamos. Velamos.
¡Y el árbol? dijo.

Se preguntó el niño
Bajo la luz de la lámpara.

El niño a quien el árbol
Vino a cerrar los ojos.

Mohammed Dib

(Trad. Colo y MH)

Dans mes souvenirs diffus de la première année passée en Espagne, aux îles Canaries, ce sont les gigantesques avocatiers chargés de fruits; puis ce fut la découverte sur une autre île, Ibiza, des amandiers et oliviers qui me suivront ici à Majorque.

En mis difusos recuerdos del primer año pasado en España, en las islas Canarias, son los gigantescos aguacates cargados de frutos; luego fue el descubrimiento en otra isla, Ibiza, de los almendros y olivos que me seguirán hasta aquí, Mallorca.


Ici …hésitation. Et puis non, pourquoi choisir? Les palmiers et les pins, tous deux habitent mon paysage quotidien.

Solitaire, le palmier aux gestes lents se suffit à lui seul, il est le décor. Tandis que ce sont les forêts de pins qui donnent la couleur générale; odeurs et bruits dans le vent.

Aquí....hesitación. Pero no,¿por qué elegir? Las palmeras y los pinos, ambos habitan mi paisaje cotidiano.

Solitaria, la palmera de gestos lentos se basta a si misma, ella es el decorado. Mientras que son los bosques de pinos que dan el color general; olores y ruidos en el viento.

Pins

Pins qui restez debout à crier, malhabiles,
Sur l'étendue des landes

Où rien ne vous entend que l'espace en vous-mêmes
Et peut-être un oiseau qui fait la même chose

Lorsque vous avez l'air d'être ailleurs, occupés,
Livrés à tous les ciels qui sont livrés aux vents,

C'est pour mieux retenir le silence et le temps,
Et vous continuez à ne pas abdiquer,

Et vous êtes pareils
Aux hommes dans la ville.

Eugène Guillevic

Gallimard, 1966

Pinos

Pinos que os quedáis de pie gritando, torpes,
Sobre las extensas landas

Donde nada os oye salvo el espacio en vosotros mismos
Y quizás un ave que hace lo mismo

Cuando aparecéis como idos, ocupados
Entregados a todos los cielos que son abandonados al viento,

Es para retener mejor el silencio y el tiempo,
Y seguís sin abdicar,

Y os parecéis
A los hombres en la ciudad.
Eugène Guillevic
(Trad: Colo y MH)

Merci Hélder



Une chanson de Jean Ferrat, merci Gérard