28 juil. 2021

Les larmes d'un nuage / Las lágrimas de una nube

 

Nous repartons au Guatemala, il y a des merveilles partout.

Cette fois avec un poète, Humberto Ak’abal, d’origine Maya Quiché et qui pensait (il est décédé il y a peu) et écrivait dans cette langue, et traduisait lui-mème ses poèmes en espagnol.

Très connu en Amérique centrale et latine, il a aussi été traduit en plusieurs langues dont le français. Un recueil de lui “Les traces du jour et de la nuit” si cela vous tente.


Aujourd’hui deux poèmes, courts.

 

Camino al revés
De vez en cuando
camino al revés:
es mi modo de recordar.

Si caminara sólo hacia delante,
te podría contar
cómo es el olvido.



Je marche à l’envers

De temps en temps

je marche à l’envers:

c’est ma façon de me souvenir.

 

Si je ne marchais qu’en avant

je pourrais te dire

comment est l’oubli.

(Trad: Colo)

 

Walk backwards (https://mygoodtimestories.com/2020/10/20/walk-backwards/)
 

LA PLUIE


Hier j'ai rencontré un nuage en pleurs.

Il m'a raconté qu'il avait porté son eau

à la ville
et qu'il s'était perdu.

Il a cherché des paysages
mais la ville les avait tous avalés.

Pieds nus, triste et seul,
il est revenu.

Il a plu à nouveau sur les champs ;
charas et quiscale
ont fait la fête.

Et les crapauds ont chanté.


(Trad:Colo)



La Lluvia


Ayer encontré una nube llorando.


Me contó que había llevado su agua

a la ciudad

y se perdió.



Buscó paisajes

y la ciudad se los había tragado.


Descalza, triste y sola

regresó.


Volvió a llover en el campo;

xaras y sanates

hicieron fiesta.


Y cantaron los sapos.





22 juil. 2021

Chanter au Guatémala / Cantar en Guatemala

 

Elle a 27 ans, est Guatémaltèque d’origine Maya Caqchikel, elle a une licence en musicologie, et lutte pour la défense des peuples de son pays, pour celle de la nature et des femmes.

C'est Sara Curruchich

Pour en savoir plus sur elle ici.

La chanson d’elle la plus connue est "Resistir", mais comme j’aime beaucoup tant le clip de cette autre chanson “Somos”, si entraînante, voilà je vous mets les deux!

(si vous désirez la traduction, je vous la mettrai, promis!)





Tiene 27 años, es de Guatemala de origen Maya Kaqchikel, tiene una licencia en musicología y lucha por la defensa de los pueblos de su país, por la de la naturaleza y de las mujeres.

Es Sara Curruchich.

Para saber más sobre ella es aquí.

La canción que la hizo famosa es Resistir, pero como me gustan tanto el clip como esta otra canción “Somos”, os pongo las dos ;-)






17 juil. 2021

Mes apprentissages, Colette

 

"Combien de temps fallut-il à Colette pour découvrir la vérité sur Willy ? Un an après son arrivée à Paris, elle reçoit une lettre anonyme contenant une adresse. Elle s’habille, se parfume, attrape un parapluie alors qu’il fait un temps radieux. Parvenue à l’adresse indiquée, elle y trouve Willy en la galante compagnie de Lotte, qui deviendra son amie avant de se suicider d’une balle de revolver dans la bouche." https://www.pressreader.com/france/l-express-france/20200813/281728386872239

La maîtresse s'appelle Lotte.


Dans "Mes apprentissages" (1936), bien moins connu que d'autres romans, Colette raconte "ce que je n'ai jamais dit".  Sa belle plume y narre, avec humour,  lucidité et courage et sans aucune victimisation, ses déboires ce qu'elle en a appris. Une lecture qui m'a captivée, enchantée.




De mon côté, j’admirais en Lotte tout ce qui me manquerait éternellement, le bagout, une miraculeuse prestesse corporelle, et l’omniscience.

Quand elle ouvrit sa boutique d’herboriste, rue Paquet, et que j'allai acheter quelque vaseline boriquée, une poignée de camomille, nous nous mesurâmes de nouveau, et un peu cauteleusement je recherchai ses bonnes grâces. Je pris l’habitude de l’écouter, en insinuant que j'avais tout à apprendre. Rengorgée, elle paradait. Pour rendre la politesse, elle venait parfois chez nous, très dame, en veste d'astrakan, un gros bouquet de Parme à la ceinture et la voilette chenillée tendue sur son nez de pékinois.

Un jour, avant de parler, elle ouvrit sa fourrure parfumée au corylopsis, tira de son corsage le bord d'une chemise en “fil de main”, incrustée de papillons en malines. M.Willy siffla d’admiration.

Mazette ! Qu’est-ce que c’est ?

- Un type, dit Lotte. Trois jours. Mais c'est fini. Avec sa gueule et son nom à coucher dehors, çui-là, je l’ai sorti.

-Quel nom ?

- Oh ! Un nom...comme Richard Lenoir...Attends, non, je me trompe : Edmond Blanc.”

On comprendra que je m’attarde au souvenir de Lotte Kinceler. Cette jeune femme, qui eut une vie brève, m'apprit beaucoup. D’elle datent mes doutes sur l'homme à qui je m’étais fiée, et la fin de mon caractère de jeune fille, intransigeante, beau, absurde ; d’elle me viennent l'idée de tolérance et de dissimulation, le consentement aux pactes avec une ennemie.

Période instructive, application, humilité...Lotte me vendait au poids de l’or sa pommade à l’oxyde de zinc, mais j’y gagnais encore. Chez elle, dans le salon-arrière-boutique, je buvais un tilleul servi sur le tapis de table à franges, et je cessais de croire follement que m'ayant trompée avec mon mari, Lotte ne fût occupée que de me tromper encore. “.



8 juil. 2021

Colette et ...le maquillage

 

Les vrilles de la vigne” a été publié en 1908, sans doute est-ce son passage au music-hall qui a fait que Colette se penche ainsi sur le visage des femmes.

Ou alors il se peut que ce texte ait été ajouté dans une édition postérieure car j’ai lu qu'en 1932 elle avait ouvert (et vite refermé) un salon de beauté...



Étonnante cette nouvelle titrée “Maquillages” parmi tant d’autres si poétiques, donc je vous en livre un passage !


                                        
                                              Colette à l’œuvre dans l’institut de beauté qu’elle créa rue de Miromesnil, à Paris. Photo DR



Depuis que je soigne et maquille mes contemporaines, je n’ai pas encore rencontré une femme de cinquante ans qui fût découragée, ni une sexagénaire neurasthénique. C’est parmi ces championnes qu’il fait bon tenter -et réaliser- des miracles de maquillage. Où sont les rouges d’antan et leur âpreté de groseille, les blancs ingrats, les bleus-enfants-de-Marie ? Nous détenons des gammes à enivrer un peintre. L’art d’accommoder les visages, l’industrie qui fabrique les fards, remuent presque autant de millions que la cinématographie.

Plus l’époque est dure à la femme, plus la femme, fièrement, s’obstine à cacher qu’elle en pâtit. Des métiers écrasants arrachent à son bref repos, avant le jour, celle qu’on nommait “frêle créature”. Héroïquement dissimulée sous son fard mandarine, l’œil agrandi, une petite bouche rouge peinte sur sa bouche pâle, la femme récupère, grâce à son mensonge quotidien, une quotidienne dose d’endurance, et la fierté de n’avouer jamais…

 Je n’ai jamais donné autant d’estime à la femme, autant d’admiration que depuis que je la vois de tout près, depuis que je tiens, renversé sous le rayon bleu métallique, son visage sans secret, riche d’expression, varié sous ses rides agiles, ou nouveau et rafraîchi d’avoir quitté un moment sa couleur étrangère. Ô lutteuses ! c’est de lutter que vous restez jeunes. Je fais de mon mieux, mais comme vous m’aidez !”

Extrait de Maquillages, Les Vrilles de la Vigne.


3 juil. 2021

Se libérer des vrilles, juillet avec Colette

 

Ce mois de juillet je pense lire quelques écrits de Colette jamais lus.


Le premier a été "Les vrilles de la vigne".


Je vous mettrai des extraits de mes lectures et, aujourd'hui, ce qui semble un simple conte prend un ton plus personnel si l'on sait qu'il a été écrit peu après sa séparation d'avec Willy. Le recueil de courts chapitres commence ainsi :


                                         https://plandejardin-jardinbiologique.com/vigne-vierge-plantation-culture.html


Les vrilles de la vigne


Autrefois, le rossignol ne chantait pas la nuit. Il avait un gentil filet de voix et s’en servait avec adresse du matin au soir, le printemps venu. Il se levait avec les camarades, dans l’aube grise et bleue, et leur éveil effarouché secouait les hannetons endormis à l’envers des feuilles de lilas.

Il se couchait sur le coup de sept heures, sept heures et demie, n’importe où, souvent dans les vignes en fleur qui sentent le réséda, et ne faisait qu’un somme jusqu’au lendemain.
Une nuit de printemps, le rossignol dormait debout sur un jeune sarment, le jabot en boule et la tête inclinée, comme avec un gracieux torticolis. Pendant son sommeil, les cornes de la vigne, ces vrilles cassantes et tenaces, dont l’acidité d’oseille fraîche irrite et désaltère, les vrilles de la vigne poussèrent si dru, cette nuit-là, que le rossignol s’éveilla ligoté, les pattes empêtrées de liens fourchus, les ailes impuissantes…
Il crut mourir, se débattit, ne s’évada qu’au prix de mille peines, et de tout le printemps se jura de ne plus dormir, tant que les vrilles de la vigne pousseraient.
Dès la nuit suivante, il chanta, pour se tenir éveillé :


Tant que la vigne pousse, pousse, pousse…
Je ne dormirai plus !
Tant que la vigne pousse, pousse, pousse…

Il varia son thème, l’enguirlanda de vocalises, s’éprit de sa voix, devint ce chanteur éperdu, enivré et haletant, qu’on écoute avec le désir insupportable de le voir chanter.

J’ai vu chanter un rossignol sous la lune, un rossignol libre et qui ne se savait pas épié. Il s’interrompt parfois, le col penché, comme pour écouter en lui le prolongement d’une note éteinte… Puis il reprend de toute sa force, gonflé, la gorge renversée, avec un air d’amoureux désespoir. Il chante pour chanter, il chante de si belles choses qu’il ne sait plus ce qu’elles veulent dire. Mais moi, j’entends encore à travers les notes d’or, les sons de flûte grave, les trilles tremblés et cristallins, les cris purs et vigoureux, j’entends encore le premier chant naïf et effrayé du rossignol pris aux vrilles de la vigne :

Tant que la vigne pousse, pousse, pousse…

Cassantes, tenaces, les vrilles d’une vigne amère m’avaient liée, tandis que dans mon printemps je dormais d’un somme heureux et sans défiance. Mais j’ai rompu, d’un sursaut effrayé, tous ces fils tors qui déjà tenaient à ma chair, et j’ai fui… Quand la torpeur d’une nouvelle nuit de miel a pesé sur mes paupières, j’ai craint les vrilles de la vigne et j’ai jeté tout haut une plainte qui m’a révélé ma voix.

Toute seule, éveillée dans la nuit, je regarde à présent monter devant moi l’astre voluptueux et morose… Pour me défendre de retomber dans l’heureux sommeil, dans le printemps menteur où fleurit la vigne crochue, j’écoute le son de ma voix. Parfois, je crie fiévreusement ce qu’on a coutume de taire, ce qui se chuchote très bas, – puis ma voix languit jusqu’au murmure parce que je n’ose poursuivre…

Je voudrais dire, dire, dire tout ce que je sais, tout ce que je pense, tout ce que je devine, tout ce qui m’enchante et me blesse et m’étonne ; mais il y a toujours, vers l’aube de cette nuit sonore, une sage main fraîche qui se pose sur ma bouche, et mon cri, qui s’exaltait, redescend au verbiage modéré, à la volubilité de l’enfant qui parle haut pour se rassurer et s’étourdir…

Je ne connais plus le somme heureux, mais je ne crains plus les vrilles de la vigne.

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NB. À partir de lundi prochain, sur France Inter (merci Dominique), à 8h55 du lundi au vendredi "Un été avec Colette": https://www.franceinter.fr/emissions/un-ete-avec-colette

Je voulais aussi vous signaler une artiste qui, fascinée par ces vrilles, en fait des bijoux:


https://tackglou.net/vrilles/

14 juin 2021

Semi-pause à l'ombre

 

Paille, un joli mot qu'emploient sans doute peu les habitants des villes.
 
Paille c'est sécheresse, chaleur, et une douce couleur jaune-ocre.

Paille c'est aussi un chapeau, puis celle que vous voyez dans l'œil de l'autre, et celle du feu de la passion qui ne dure pas longtemps.

Paille, le mot vous suggère une image ? Une expression ?

 

 Une belle création d'Élise Peroi " Pour faire une prairie" sur le blog de Tania

 


 Foto I. Pampín, junio 2021 Insecto.  Mil gracias, tu foto es preciosa y  tan elegante!


Rythme fort ralenti, chaleur, potager, famille, l'été quoi !

9 juin 2021

Et on est encore debout.

 

                     Foto: https://www.editionspoints.com/actualite/souleymane-diamanka-sur-le-plateau-de-la-grande-librairie

 

Souleymane Diamanka, le nom vous dit quelque chose ? Né à Bordeaux,

d’origine Peule, les mots sont son monde, son jeu, son rythme.

Vous saurez tout sur lui en lisant un vraiment très bel article sur le site 

d’“Étonnants voyageurs”

Alors, dans ce recueil reçu il y a peu, (grand merci Maïté), et intitulé :

Habitant de nulle part

Originaire de partout


j’ai choisi un texte. Le voici. Vous pouvez l’écouter en lisant, ou seulement écouter cette belle voix grave, le rythme des mots en français puis en peul. À votre guise.




https://www.youtube.com/watch?v=XuF7bHzc9wI



Les poètes se cachent pour écrire.

(Habitant de nulle part, originaire de partout, Collection points, pages 21,22.)


Les mots sont les vêtements de l’émotion

Et même si nos stylos habillent nos phrases

Peuvent-ils vraiment sauver nos frères du naufrage


Les poètes se cachent pour écrire

Ce n’est pas une légende mon ami regarde-nous

On a traversé des rivières de boue à la nage

On a dormi à jeun dans la neige et on est encore debout


Les poètes se cachent pour écrire

Chacun purge sa pénombre

Dans la solitude silencieuse que certains pourraient craindre

On somme les mots de s’additionner comme des nombres

La poésie opère comme une lumière mangeuse d’ombre

J’aime cet état mais le temps qu’on passe à l’attendre n’est pas si tendre

Parfois il faut presque s’éteindre pour l’atteindre

Versificateur notoire chaque rime est une cascade

Dans les lieux oratoires l’auditoire n’aime pas les phrases fades


Dans ma vie j’ai écrit plus de textes

Que ne reflète d’étoiles le grand lac Tchad

J’ai cherché la vérité dans les lignes de chaque énigme

De chaque conte de chaque charade

J’ai interrogé les bons médiums pour chasser les mauvais djinns

Et j’ai répondu Aminii* quand ma mère ma dit Mbaalen be jam*


J’ai couru après les horizons sur chaque page

Avec l’énergie des anciens possédés par le jazz

Pour ne pas à avoir à jouer à cache-cache avec le Diable


Les poètes se cachent pour écrire

Ce n’est pas une légende mon ami regarde-nous

Toi et moi c’est l’écriture qui nous lie

C’est dans la solitude qu’on apprend la convivialité

Et tant pis pour celui qui le nie

Le feu passe au vers et l’oralité passe par nous

Le verbe est une clé indispensable

Dehors on nous demande des mots de passe partout


Les poètes se cachent pour écrire

Ce n’est pas une légende mon frère regarde-nous

On a traversé des rivières de boue à la nage

On a dormi à jeun dans la neige

Et on est encore debout.

 

  *Amiini= Amen

* Mbaalen be jam= Dormons en paix ou Bonne nuit

                   -------------------------------------


On a envie d’applaudir à la fin, vous ne trouvez pas ?

Vous trouverez chez el señor-amigo K, un billet avec un autre poème de Souleymane, "Réponds-lui avec de l''eau"

 

On met signale gentiment que Souleymane est passé à l'émission  L’Heure bleue de France Inter, ici: https://www.franceinter.fr/emissions/l-heure-bleue/l-heure-bleue-14-juin-2021


4 juin 2021

Les trois chants de l'âme / Los tres cantos del alma

 Vous connaissez mon admiration pour les traducteurs mais aussi pour les éditeurs qui publient de la poésie, et plus encore si ce sont des traductions de poétesses sud-américaines peu connues.

L’édition Cap de l’Étang m’a gracieusement envoyé cette fois, traduits par Monique-Marie Ihry, “Les trois chants” de Teresa Wilms Montt.

 

                                    Teresa Will Montt 1893-1921 Chili



Vous pouvez lire sur le blog de la traductrice une présentation de la poétesse, qui n’avait jamais été traduite en français, et du recueil.
http://aujardindesmots.unblog.fr/les-trois-chants-los-tres-cantos-de-teresa-wilms-montt-1893-1921-traduit-en-francais-par-monique-marie-ihry/


Avec leur permission je vous livre quelques extraits de ce “chant lyrique” “marqué par les expériences de l’âme avec en toile de fond la nature “ (quatrième de couverture).
                          



Des chants très poétiques qui m’ont surprise au départ: tout le recueil est une adresse à son âme, étonnant. Mais bien vite le beau rythme et la poésie m’ont séduite. 

Un court recueil, vraiment très beau, 3 chants, et une longue et intéressante introduction de Monique-Marie Ihry.

Extrait de “Le matin “


   “Chante mon âme, chante et bois une gorgée du nectar de la matinée;  chante, mon âme, tant que le ciel bleu et la campagne seront pour toi une bacchanale dont la beauté sera capable de t’enivrer !

   Chante, mon âme, chante avant que la nuit prenne fin et que le loup sauvage hurle dans la montagne”

Extracto de “”La mañana”

   ¡Canta, alma mía, canta y bébete de un sorbo el néctar de la mañana; canta, canta alma mía, mientras el cielo azul y la campiña sean para ti una bacanal con cuya belleza puedas embriagarte!

   Canta, alma mía, canta antes que cierre la noche y aullé el lobo salvaje en la montaña!


Extrait de “Crépuscule”

J’ai choisi un passage vers la fin où, après avoir répété “Prie, prie mon âme”, la nature est la protagoniste.


   “Le soleil s’en va, une lointaine musique de vents et de cascades l’accompagne jusqu'à la montagne.
  “ Les insectes bruyants courent dans tous les sens, en se cachant entre les herbes et en évitant le dernier rayon de l’astre d’or.
   Le soleil s’en va. Les peines entourent le monde avec des visages affamés à la recherche de cœurs à dévorer.
  Le soleil s’en va et le sourire du moribond se grave dans la pierre indélébile de l’immortalité.
  Le soleil s’en va et mon âme tremble de terreur dans les ténèbres. “


Extracto de “El crepúsculo”

   “Se va el sol, y una música alejada de vientos y de cascadas lo acompaña hasta la montaña.
   Los insectos rumorosos corren de un lado a otro, escondiéndose entre las malezas, evitando el último rayo del astro de oro.
   Se va el sol. Las penas rondan el mundo con caras hambrientas buscando corazones para devorar.
   Se va el sol, y la sonrisa del moribundo se está grabando en la indeleble piedra de la inmortalidad.
   Se va el sol y el alma mía tiembla de pavor en las tinieblas.“




Extrait de “La nuit”


  “ Pleure, mon âme, pleure ! "(...)
   Pleure avec l’avalanche de neige qui purifie la plaine et rend l’homme meilleur !
   Pleure avec le paria et la femme répudiée dans son lit d’hôpital !
   Pleure, mon âme, pleure avec la mère à qui la brutalité de l’homme a arraché les enfants et l’a abandonnée seule au milieu de sa vie !
   Pleure, mon âme, avec ceux qui n’ont pas de réconfort, qui, comme les morts  ayant une âme, n’attendent rien ni personne !”

Extracto de “La noche “


    "¡Llora, alma mía, llora!” (…)
   “¡Llora con el alud de nieve que purifica el llano y hace al hombre más bueno!
    ¡Llora con el paria, y con la mujer repudiada en su lecho de hospital!
    ¡Llora, alma mía, con la madre a quien la brutalidad del hombre arrancó sus hijos y la ha dejado sola en medio de la vida !
    ¡Llora, alma mía, con los que no tiene consuelo, que, como muertos con alma, no aguardan nada ni a nadie esperan!”

28 mai 2021

Nourrir et rire

Fin mai. 


Billet léger, gai, nature.


Nous avons un compagnon de luxe pour les travaux du potager.
Depuis plus d’un an un merle familier nous suit ou, comme hier, “cueille” les fraises avec moi, à mes côtés.
I. l’a surnommé Mirlenko (merle=mirlo en espagnol) car l’animal n’a qu’une patte et il pense que ce doit être un rescapé de Chernobyl…


Quoi qu'il en soit, le nom lui est resté et nous nous demandions s’il passerait l’hiver.

Voilà Mirlenko



 


 

 

 

La señora Mirlenka....


                                                      Fotos I. Pampin gracias

 

Alors ce mois de mai, surprise. Non seulement il a survécu mais il a trouvé une compagne qui, elle, a bien ses deux pattes, et ils ont procréé dans l’araucaria juste derrière la maison. Les parents se relaient pour nourrir les oisillons affamés, comme il se doit.
Espérons qu’il ne manque aucun membre à ces petits;-))


Les oisillons affamés.
  Foto I. Pampin

 

Alors, pour finir ce mois de mai en beauté, un poème bien sûr.

 

Mai

Gioconda Belli

Les baisers ne se fanent pas

comme les flamboyants,

ni ne me poussent des gousses sur les bras;

toujours je fleuris

de cette pluie intérieure,

comme les patios verts de mai

et je ris car j’aime le vent et les nuages

et le passage des oiseaux chanteurs,

bien que je sois empêtrée dans des souvenirs,

couverte de lierre comme les vieux murs,

je crois toujours aux murmures gardés,

en la force des chevaux sauvages,

au message ailé des mouettes.

Je crois aux innombrables racines de mon chant.

(Trad: Colo)


MAYO


No se marchitan los besos
como los malinches, (flamboyants)
ni me crecen vainas en los brazos;
siempre florezco
con esta lluvia interna,
como los patios verdes de mayo
y río porque amo el viento y las nubes
y el paso del los pájaros cantores,
aunque ande enredada en recuerdos,
cubierta de hiedra como las viejas paredes,
sigo creyendo en los susurros guardados,
la fuerza de los caballos salvajes,
el alado mensaje de las gaviotas.
Creo en las raíces innumerables de mi canto.


 Gioconda Belli


19 mai 2021

Mon unique patrie, la mer / Mi única patría, la mar

 

Le grand poète du premier romantisme en Espagne est, sans l’ombre d’un doute, José de Espronceda.

Né en 1808 en Estrémadure, son idée de liberté a toujours été en contradiction avec la politique espagnole. D’où de nombreux exils dont un à Londres et sa poésie a été influencée par Lord Byron.


Je vous propose le poème “La chanson du pirate”, un poème long mais qui, comme toutes les chansons, a un refrain et que tous les écoliers d’antan connaissaient par cœur, du moins en partie.


La Chanson du Pirate” est la plus célèbre. À la fin du poème, on retrouve l’exaltation du héros romantique, de ce pirate qui veut seulement vivre librement, sans se soumettre. Le pirate représente le héros individuel, un personnage que nous pouvons retrouver dans la tradition romantique européenne. Étant donné qu’il n’aime pas les valeurs du monde, il s’élance en mer, vers la liberté la plus absolue qui soit.

Ses héros (…) représentent des symboles de la rébellion individuelle face à une bourgeoisie qui manque de sensibilité.   (source : https://nospensees.fr/jose-de-espronceda-poete-romantique/)



 

La chanson du pirate     José de Espronceda


Avec dix canons de chaque côté

vent en poupe, à toute voile,

ne coupe pas la mer, mais vole

un voilier brigantin.

 

Le bateau pirate, nommé

pour sa bravoure « Le Redouté »,

connu sur toute mer

de l'un à l'autre confins.

 

Sur la mer la lune brille

dans la voile gémit le vent,

et soulève d'un doux mouvement

des vagues bleues et argentées;

 

Et voilà le capitaine pirate,

Joyeux et chantant sur la poupe,

l’Asie d’un côté, l'Europe de l'autre,

et là-bas, devant, Istanbul.

 

Navigue, mon voilier

sans crainte, ni navire ennemi

ni orage, ni calme

ne détourneront ton cap

ni ne soumettront ton courage

 

Vingt prises avons-nous faites

en dépit de l’anglais

et ont baissé leurs bannières

cent nations à mes pieds.

 

 Car mon bateau est mon trésor,

mon Dieu, c’est la liberté ;

ma loi, la force et le vent ;

mon unique patrie, la mer.

 

Au loin ; menez de féroces guerres

rois aveugles,

pour un empan de terre.

Ici j'ai à moi

tout ce que contient la mer sauvage,

à qui personne n’imposa de lois.

 

Et il n’y a plage

où que ce soit

ni drapeau,

qui ne s’incline devant mon droit

et mon courage.



 Car mon bateau est mon trésor,

mon Dieu, c’est la liberté ;

ma loi, la force et le vent ;

mon unique patrie, la mer.



Au cri « Navire en vue ! »

il faut voir comme il vire et se prépare

à échapper à toute voile;

je suis le roi de la mer

et ma furie est à craindre.

 

Mon butin

équitablement

je le partage

je ne désire pour seule richesse

que la beauté

sans rival.

 

Car mon bateau est mon trésor,

mon Dieu, c’est la liberté ;

ma loi, la force et le vent ;

mon unique patrie, la mer. 

 

Je suis condamné à mort !

Oh je ris

et si la chance me sourit

celui qui me condamne

pendu sera à une poutre

à bord de son propre bateau.

 

Et si je meurs

Qu'est-ce la vie ?

Je l’avais déjà donnée

pour perdue

quand du joug de l'esclave

 comme un brave,

je me suis débarrassé.

 

Car mon bateau est mon trésor,

mon Dieu, c’est la liberté ;

ma loi, la force et le vent ;

mon unique patrie, la mer.

 

Ma musique préférée

sont les aquilons,

le fracas et le tremblement

des câbles secoués

les mugissements de la mer noire

et les rugissement de mes canons.

 

Et au violent son du tonnerre

et du vent hurlant

je m'endors apaisé,

par la mer bercé

 

Car mon bateau est mon trésor,

mon Dieu, c’est la liberté ;

ma loi, la force et le vent ;

mon unique patrie, la mer.

Traduction: Colo


La Canción del Pirata

Con diez cañones por banda,

viento en popa, a toda vela,

no corta el mar, sino vuela

un velero bergantín.

 

Bajel pirata que llaman,

por su bravura, El Temido,

en todo mar conocido

del uno al otro confín.

 

La luna en el mar riela

en la lona gime el viento,

y alza en blando movimiento

olas de plata y azul;

 

y va el capitán pirata,

cantando alegre en la popa,

Asia a un lado, al otro Europa,

y allá a su frente Istambul,

 

Navega, velero mío

sin temor, que ni enemigo navío

ni tormenta, ni bonanza

tu rumbo a torcer alcanza,

ni a sujetar tu valor.

 

Veinte presas hemos hecho

A despecho del inglés

y han rendido sus pendones

cien naciones a mis pies.

 

Que es mi barco mi tesoro,

que es mi dios la libertad,

mi ley, la fuerza y el viento,

mi única patria, la mar.

 

Allá; muevan feroz guerra

ciegos reyes

por un palmo más de tierra;

que yo aquí; tengo por mío

cuanto abarca el mar bravío,

a quien nadie impuso leyes.

 

Y no hay playa,

sea cualquiera,

ni bandera de esplendor,

que no sienta mi derecho

y dé pechos mi valor.

 

Que es mi barco mi tesoro,

que es mi dios la libertad,

mi ley, la fuerza y el viento,

mi única patria, la mar.

 

A la voz de "¡barco viene!"

es de ver cómo vira y se previene

a todo trapo a escapar;

que yo soy el rey del mar,

y mi furia es de temer.

 

En las presas yo divido

lo cogido por igual;

sólo quiero

por riqueza

la belleza

sin rival.

 

Que es mi barco mi tesoro,

que es mi dios la libertad,

mi ley, la fuerza y el viento,

mi única patria, la mar.

 

¡Sentenciado estoy a muerte!

Yo me río

no me abandone la suerte,

y al mismo que me condena,

colgaré de alguna antena,

quizá; en su propio navío.

 

Y si caigo,

¿qué es la vida?

Por perdida

ya la di,

cuando el yugo del esclavo,

como un bravo,

sacudí.

 

Que es mi barco mi tesoro,

que es mi dios la libertad,

mi ley, la fuerza y el viento,

mi única patria, la mar.

 

Son mi música mejor

aquilones,

el estrépito y temblor

de los cables sacudidos,

del negro mar los bramidos

y el rugir de mis cañones.

 

Y del trueno al son violento,

y del viento al rebramar,

yo me duermo sosegado,

arrullado por el mar.

 

Que es mi barco mi tesoro,

que es mi dios la libertad,

mi ley, la fuerza y el viento,

mi única patria, la mar.

JOSE DE ESPRONCEDA