Affichage des articles dont le libellé est extraits. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est extraits. Afficher tous les articles

6 avr. 2023

La montagne russe / La montaña rusa

 





Nicanor Parra (Chili 1914-2018), quel personnage! Vous souvenez-vous de lui ?

J'ai repris certaines parties d'un billet d'il y a ....des lunes.


Voici pour commencer un extrait d’une interview.


Le coq à l’âne est son dada, si je puis dire. Il saute d’un sujet à l’autre sans rapport logique. Est-ce seulement un jeu auquel se livre Parra pour désarçonner son lecteur ?

Parra appartient à une société ou une époque où la force de l’instabilité est permanente. Sa poésie exploite à l’extrême limite les comportements contradictoires de notre monde. Il faut apprendre à vivre dans la contradiction sans conflit, dit-il, c’est une condition pour pouvoir survivre.

(Article sur Nicanor Parra http://www.espaces-latinos.org/archives/61675)



Puis le voilà.

Extracto de « Montaña rusa »



La Montana Rusa

 
Durante medio siglo


La poesía fue


El paraíso del tonto solemne.


Hasta que vine yo


Y me instalé con mi montaña rusa.

Suban, si les parece.


Claro que yo no respondo si bajan


Echando sangre por boca y narices.


 



La montagne Russe (extrait)


La poésie a été le paradis
De l'idiot solennel.
Jusqu’à ce que j’arrive
M’y installer avec mes montagnes russes.

Montez, si ça vous chante.

Mais je ne réponds de rien
si vous redescendez
en saignant de la bouche et du nez.







Finalement un poème entier



Nicanor Parra – Casse-tête

Je ne donne à personne le droit.
J’adore un morceau de chiffon.
Je change des tombes de place.

Je change des tombes de place.
Je ne donne à personne le droit.
Je suis un type ridicule
Sous les rayons du soleil,
Moi le fléau des bistrots.
Moi je meurs de rage.

Je n’ai plus aucun recours,
Mes propres cheveux m’accusent
Sur un autel d’occasion
Les machines ne pardonnent pas.

Je ris derrière une chaise,
Mon visage se remplit de mouches.

C’est moi qui m’exprime mal
Exprime en vue de quoi.

Je bégaye,
Du pied je touche une espèce de fœtus.

C’est pour quoi faire, ces estomacs ?
Qui a fait ce méli-mélo-là ?

Le mieux, c’est de faire l’indien.
Je dis une chose pour une autre.



Rompecabezas

No doy a nadie el derecho.
Adoro un trozo de trapo.
Traslado tumbas de lugar.

Traslado tumbas de lugar.
No doy a nadie el derecho.
Yo soy un tipo ridículo
A los rayos del sol,
Azote de las fuentes de soda
Yo me muero de rabia.

Yo no tengo remedio,
Mis propios pelos me acusan
En un altar de ocasión
Las máquinas no perdonan.

Me río detrás de una silla,
mi cara se llena de moscas.

Yo soy quien se expresa mal
Expresa en vistas de qué.

Yo tartamudeo,
Con el pie toco una especie de feto.

¿Para qué son estos estómagos?
¿Quién hizo esta mescolanza?

Lo mejor es hacer el indio.
Yo digo una cosa por otra.

25 avr. 2020

Vite! / ¡Rápido!


Serge Pey, né à Toulouse en 1950 de parents espagnols ayant fui le régime de Franco.
Nacido en Toulouse en 1950 de padres españoles, refugiados del régimen franquista.

Le trésor de la Guerre d’Espagne


Extraits de : Le linge et l’étendoir.

(Pour bien comprendre ces extraits il vous faut savoir que le linge était un signal pour les anti-franquistes cachés dans la montagne.)

Les voisins pensaient que ma mère était folle. Comment comprendre qu’elle étendait parfois le linge sur l’étendoir ou dans le champ, à même l’herbe, ou encore sur les branches des arbres ? Comment concevoir qu’elle le posait souvent à l’ombre ou en plein vent, maintenu par de gros cailloux, comme les points de ponctuation d’une phrase secrète?” 

_____________________________

“—Vite, enlève ta chemise et va l’étendre sur l’étendoir, ramène le linge qui reste. Vite… Dépêche-toi…
Je compris sa précipitation quand je vis, depuis notre jardin qui surplombait la route, une longue file de camions bleus de la gendarmerie.
Ainsi ma chemise faisait partie, elle aussi, d’une longue phrase. Elle était une lettre, peut-être un mot. J’étais fier. J’étais devenu une conjugaison, presque un verbe. J’existais dans le langage secret de ma mère, comme un mot important qu’elle n’avait encore jamais employé, puisque c’était la première fois qu’elle voulait laisser ma chemise seule sur l’étendoir. “

NB: Pour lire le magnifique chapitre entier “Le linge et l’étendoir”, c’est ici.
- Ce billet est réalisé "à quatre mains" avec Adrienne et sa traduction en néerlandais, passez chez elle!  
https://adrienne414873722.wordpress.com/2020/04/26/v-comme-vite-vlug

 




Dos extractos de La ropa y el tendedero

(Para entender estas lineas, hay que saber que la ropa era una señal de la madre para los anti-franquistas escondidos en la montaña)


Los vecinos pensaban que mi madre estaba loca. ¿Cómo entender que extendía la ropa a veces en el tendedero o en el campo, sobre la hierba, o en las ramas de los árboles? ¿Cómo concebir que a menudo la ponía en la sombra o al viento abierto, sostenido por unas piedras gordas, como los signos de puntuación de una frase secreta?”

_____________________________

-Rápido, quitate la camisa y ve a tenderla en el tendedero, trae la ropa que queda. Rápido...Date prisa.
Entendí su precipitación cuando vi, desde nuestro jardín que sobresalía de la carretera, un fila larga de camiones azules de la guardia civil.
Así mi camisa formaba parte, ella también, de una frase larga. Era una letra, tal vez una palabra. Estaba orgulloso. Me había convertido en una conjugación, casi un verbo. Yo existía en el lenguaje secreto de mi madre, como una palabra que, todavía, nunca había usado, ya que era la primera vez que quería dejar mi camisa sola en el tendedero.”
(Trad: Colo)

16 juil. 2015

Le vent qui court / El viento que corre


Un colis bien fermé et rempli de poèmes, trois recueils de poésie; c'est ce que le facteur m'a apporté en début de semaine. Rien ne pouvait me faire plus plaisir L., un tout grand merci.

Un paquete bien cerrado y lleno de poemas, tres libros de poesía; eso es lo que el cartero me ha traído al principio de la semana. Nada podía alegrarme más. L., muchísimas gracias.

KOMBOLOÏ est le titre de l'un d'eux.
 
Komboloï? Chez les Grecs, ce sont de petits chapelets que l'on égrène, non par nécessité religieuse, mais plutôt comme “passe-nerfs”, comme pour regagner une sérénité, un équilibre, un ordre sur le point de basculer. (…) Lambersy réunit ici les rites et rythmes de ses trois origines: La Grèce, l'Inde et la langue française” peut-on lire en quatrième de couverture.
L'auteur, Werner Lambersy, est né en 1942 à Anvers et vit à Paris. 
 
KOMBOLOÏ es el titulo de uno de ellos.

En la contraportada se puede leer: “¿Komboloï? En Grecia son esos pequeños rosarios que desgranan, no por necesidad religiosa, sino como un “calma nervios” como para recobrar una serenidad, un equilibrio, un orden a punto de bascular. (…) Lambersy reúne aquí los ritos y los ritmos de sus tres orígenes: Grecia, India y la lengua francesa”
El autor, Werner Lambersy nació en Amberes en 1942 y vive en Paris.

Ce recueil est donc une suite de poèmes à lire et méditer comme les grains d'un chapelet.
Asi pues este libro es una sucesión de poemas para leer y meditar como las cuentas de un rosario.





Vieux mur

il ne parle plus qu'à la terre
et tout bas

Pared vieja

Tan solo habla a la tierra
y en voz baja




C'est un arbre à miroirs

pour faire chanter
l'oiseau qui viendrait seul

Es un árbol de espejos

para hacer cantar
al pájaro si viniera solo




La pluie est nue

elle aime
s'offrir aux passants

La lluvia esta desnuda

le gusta
ofrecerse a los viandantes



La seconde partie s'intitule Chànd-Màlà (En Inde « fleurs découpées dans la moelle du roseau, et servant d'offrande”)


Oui des dieux marchent
à nos côtés

qui ne connaissent
que les déserts
de l'âme



des dieux qui se disent
entre eux
ce que nous sommes

et nos peu de pouvoirs


mais ils ne savent rien
de notre ivresse
de chanter

de cette foi
qui ne demande aux mots

qu'un temple vide
et qui résonne bien

Kamulkia, templo budista



Sí dioses caminan
a nuestro lado

que tan solo conocen
los desiertos
del alma

dioses que se cuentan
entre ellos
lo que somos

y nuestros escasos poderes

pero nada saben
de nuestra embriaguez
al cantar

de esa fe
que solo pide a las palabras

un templo vacío
con buena resonancia

Le vent
qui court

n'arrive pas


on l'a vu trébucher
sur un brin d'herbe

sur un caillou
sur pas grand chose

le vent qui pousse
aux portes

jamais
n'entre tout à fait

El viento
que corre

no llega

se le ha visto tropezar
con una brizna de hierba

con un canto
con poca cosa

el viento que empuja
las puertas

nunca
del todo entra



Traductions: M.A.H y Colo

Titre: Komboloï suivi de Chànd-Màlà, edition Le Dé Bleu (1985)
Extraits P 28, 32, 38, 90, 94.

Ce petit recueil est une merveille, je vous le recommande vivement.


25 mai 2013

La pluie ne ment pas / La lluvia no miente


Bien que la pluie ait été ici partiellement évincée par de blancs nuages, voilà deux extraits pluvieux envoyés par Cristophe, grand merci!


Martin Page, « De la pluie »


Page 15 :
« La pluie confirme mes sentiments. Certains amours ne lui ont pas résisté; leurs couleurs mal fixées ont été délavées. La pluie agit tel le révélateur du photographe qui, sous la lumière rouge, porte l’image à la vie. Elle achève la cristallisation.
Parfois la pluie me permet d’être amoureux sans objet. Un jour, le sang battant dans les tempes, le coeur tumescent, je révélai ma passion à un ami. Il me demanda l’identité de ma dulcinée. Je répondis que je ne la connaissais pas encore. Mais j’étais certain de son existence : la pluie ne ment pas. Pour un temps, c’est une histoire sans disputes et sans jalousie, mais aussi sans baisers et sans partage. Cet amour orphelin ne tarde pas à s’incarner. La pluie possède une vertu prémonitoire; elle annonce la femme que j’aimerai comme le
suestados prévient de l’arrivée d’une tempête.
La pluie tombe comme nous tombons amoureux : en déjouant les prévisions. »

Page 79 :
« La pluie accompagne la gravitation, et la dessine. La chute est, au même titre que la fractale, une forme que l’on trouve partout dans la nature. Il suffit d’observer: de nos dents de lait à la pomme de Newton, tout tombe.
Un jour, les astrophysiciens découvriront l’évidence: la pluie, en tombant sur la Terre, la pousse et la fait tourner. Elle est responsable de la rotation du globe terrestre sur lui-même et autour du Soleil. »


NB:


Le suestados est un vent fort qui souffle sur les côtes d'Amérique du sud et annonçant un cyclone, ai-je lu.

Illustration de John Leech

Aunque la lluvia haya parcialmente desaparecido, os he traducido dos extractos, llenos de originalidad, de un libro de Martin Page:

De la lluvia

La lluvia confirma mis sentimientos. Algunos amores no le han resistido; sus colores mal fijados se han aguado. La lluvia actúa tal el revelador del fotógrafo que, bajo la luz roja, lleva la imagen a la vida. Termina la cristalización.
A veces la lluvia me permite estar enamorado sin sujeto. Un día, la sangre golpeando las sienes, el corazón henchido, desvelé mi pasión a un amigo. Me preguntó el nombre de mi dulcinea. Le contesté que todavía no lo conocía. Pero que estaba seguro de su existencia: la lluvia no miente.
Por un tiempo, es una historia sin peleas y sin celos, pero también sin besos ni intercambio.
Ese amor huérfano no tarda en encarnarse. La lluvia posee une virtud premonitoria; anuncia la mujer que querré como el suestados” avisa de la llegada de una tempestad.
La lluvia cae como nos enamoramos: burlándose de las previsiones.”

Manga http://www.anime.com/You_Will_Fall_in_Love/

La lluvia acompaña la gravitación y la dibuja. La caída es, como los objetos fractales, una forma que se encuentra bien repartida en la naturaleza. Basta con observar: desde nuestros dientes de leche hasta la manzana de Newton, todo cae.
Un día, los astrofísicos descubrieron la evidencia: la lluvia, al caer en la Tierra, la empuja y la hace girar. Es responsable de la rotación del globo terrestre sobre si mismo y alrededor del Sol.”

NB: Leí que el suestado es un viento fuerte que sopla por la costa de América del sur y anuncia un ciclón.


                               .................................


À la question "Que fait la pluie?" Sable du temps avait, un jour, écrit ceci:


" La pluie mélancolique
a versé des torrents de larmes
sur Bangkok
et lassée d'avoir trop sangloté
a séché ses pleurs
vers l'Atacama sans s'arrêter.
Peu lui importe
plaines inondées
oueds asséchés
eaux ruisselantes
dévastatrices
terres craquelées
assoiffées
la pluie pérégrine
la tête dans les nuages
de gouttelettes en averses
de trombes en orages
l'âme chagrine
et le cœur en bruine. "
Merci de me l'avoir envoyé belle dame! 
  ..........................................


Lectures incontournables sur la pluie:

Jean Rouaud, Les Champs d'honneur, merci Adrienne et Christw.
Et puis ce dictionnaire de la pluie, qui a l'air absolument magnifique et que nous devons à K .
Merci amigo! Lisez ceci: http://www.martin-page.fr/francais/extras/textes/dictionnaire-de-la-pluie-patrick-boman/




15 sept. 2011

Contes de Supervielle / Cuentos de Supervielle


J’ignore ce qui m’a poussée à glisser, au dernier moment, « L’enfant de la haute mer » de Supervielle dans mon sac rouge. Oui, je devais l’avoir lu il y a longtemps, mais aucun souvenir précis ; alors la mer peut-être, mais aussi son poids plume.

Des huit contes, ce sont le premier (qui a donné son titre au recueil publié en 1931) et le dernier, « La piste et la mare » qui m’ont enchantée, pas seulement par leurs histoires, mais plutôt par l’imagination et l’immense originalité dans l’agencement des mots.

Ignoro lo que me empujó a introducir, en el último momento, “La niña de alta mar” de Supervielle en mi bolsa roja. Debía haberlo leído hace mucho tiempo, pero no tenía ningún recuerdo preciso; tal vez el mar, o su peso ligero.

De los ocho cuentos, son el primero (que le dio su título a la recopilación publicado en 1931) y el último, “La pista y la charca” los que me han encantado, no sólo por sus historias, sino más bien por la imaginación y la inmensa originalidad en la disposición de las palabras.

Extrait de « L’enfant de la haute mer ». La fillette a 12 ans.

- Elle n’était pas très jolie à cause de ses dents un peu écartées, de son nez un peu trop retroussé, mais elle avait quelques taches de douceur, je veux dire de rousseur. Et sa petite personne commandée par des yeux gris, modestes mais très lumineux, vous faisait passer dans le corps, jusqu’à l’âme, une grande surprise qui arrivait du fond des temps.

« …vous faisait passer, jusqu’à l’âme, une grande surprise qui arrivait du fond des temps. » Que ne donnerais-je, moi, pour avoir écrit cette phrase ?

Extracto de «La niña de alta mar ». La chica tiene 12 años.

- No era muy guapa por culpa de sus dientes algo separados, de su nariz demasiado respingona, pero tenía algunas pecas muy dulces. Y su personita guiada por unos ojos grises, modestos pero muy luminosos, os hacía pasar por el cuerpo, hasta el alma, una gran sorpresa que llegaba desde tiempos remotos.

“…os hacía pasar por el cuerpo, hasta el alma, una gran sorpresa que llegaba desde tiempos remotos.” ¿Qué no daría yo por haber escrito esa frase?

Trois extraits de « La piste et la mare »

- Florisbela approuva. Le marchand eût voulu faire de même tout de suite, mais n’entendant pas bien l’espagnol, il ne comprit le sens de cette phrase qu’au bout de quelques secondes après avoir confronté secrètement les mots dans le fond de son oreille.

- La viande cuite, le fermier et les siens s’assirent à table, et dans un coin, le Turc aux pieds propres, osseux et tristes. (Quand le visage est obligé de sourire pour des besoins professionnels, il faut bien que notre humaine tristesse se réfugie quelque part.)

- Le Turc commençait à sentir sa fatigue. Une pensée, flèche perdue, par qui lancée ?, lui traversa l’esprit.

Tres extractos de « La pista y el charco »

- Florisbela asintió. Al mercante le hubiera gustado hacer lo mismo enseguida, pero al no entender bien el español, sólo comprendió el sentido de esa frase unos segundos después de haber secretamente confrontado las palabras en el fondo de su oído.

- Una vez la carne hecha, el granjero y los suyos se sentaron en la mesa, y en un rincón, el Turco de los pies limpios, huesudos y tristes. (Cuando la cara está obligada a sonreír por motivos profesionales, nuestra humana tristeza necesita refugiarse en alguna parte.)

- El Turco empezó a sentir su fatiga. Un pensamiento, una flecha perdida, ¿por quién lanzada?, le cruzó la mente.

Traducciones: Colo

Fotos de Mallorca, clic para agrandar

1) Israel Pampín, gracias amigo
2) Colo