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12 oct. 2018

Une brise / Una brisa



Le ciel est redevenu bleu, la terre, les rues sèchent. Plus de mille volontaires nettoient la boue. 

Il fallait un poème lumineux pour terminer cette semaine si difficile sur l’île. Le bilan est de 12 morts et un enfant toujours introuvable.

C’est Pedro Salinas, encore lui, qui m’a apporté un peu de légèreté.

Variation IX
Temps d’île

Qui m’appelle de la voix
d’un oiseau qui chante?

Quel amour m’aime, quel amour
m’invente des caresses,

caché entre deux airs,
simulant la brise?

Le palmier, qui l’a mis
- celui qui m’évente

avec des souffles d’ombres et de soleil -
là où je le voulais?

Le sable, qui l’a lissé,
si lisse, si lisse,

pour qu’en traits légers, légers,
ma main m’écrive,

sur une amante invisible,
sur une amante cachée,

Parmi la pudeur de l’écume,
message d’ondines?

Pourquoi me donne-t-on tant de bleu,
sans que je le demande,

le ciel qui l’invente,
la mer qui l’imite?
(...)
(Trad. Colo)


-
Variación IX
Tiempo de isla
Pedro Salinas


¿Quién me llama por la voz
de un ave que pía?

¿Qué amor me quiere, qué amor
me inventa caricias,

escondido entre los aires,
fingiéndose brisa?

La palmera ¿quién la ha puesto
- la que me abanica

con soplos de sombra y sol -
donde yo quería?

La arena ¿quién la ha alisado,
tan lisa, tan lisa,

para que en rasgos levísimos
la mano me escriba,

de amante que nunca he visto,
de amante escondida,

entre pudores de espuma,
mensajes de ondina?

¿Por qué me dan tanto azul,
sin que lo pida,

el cielo que se lo inventa,
el mar, que lo imita?

(…)


20 sept. 2018

Temps d'île / Tiempo de isla


Cadeau, superbe cadeau d’une amie ce court et recueil de Pedro Salinas “La mer lumière”. Version bilingue, magnifique traduction.
Bien qu’elle ne vive pas comme moi sur une île, nous partageons la même mer, la même lumière, le même sable...merci!



Temps d’île
Pedro Salinas
1
Qui m’appelle de la voix
d’un oiseau qui crie?


Quel amour m’aime, quel amour
m’invente des caresses,


caché entre deux airs,
simulant la brise?


Le palmier, qui l’a mis
- celui qui me rafraîchit


avec des souffles d’ombres et de soleil -
là où moi je le souhaitais?


Le sable, qui l’a lissé,
si lisse, si lisse,


pour qu’en traits infiniment légers
la main m’écrive,


sur une amante que je n’ai jamais vue,
sur une amante cachée,


parmi la pudeur de l’écume,
messages d’ondines?


Pourquoi me donne-t-on tant de bleu
sans que je le demande,


le ciel qui l’invente,
la mer, qui l’imite?


Quel est le Dieu qui au huitième jour
m’a tracé cette île,


commerce de beautés,
bourse sans cupidité?


Ici, terre, ciel et mer,
vendant


écume. sable, soleil, nuage,
trafiquent allègrement;


sans fraude ils s’enrichissent,
- des gains très purs -,


pour des aurores ils donnent des astres,
ils échangent des merveilles.


Le temps des îles: on le compte
avec des chiffres magiques;


l’heure n’a plus de minutes:
soixante délices;


avril passe tel trente soleils,
et un jour est un jour.


Qui en emportant les angoisses,
a donné forme au bonheur?



Recueil: La mer lumière, Pedro Salinas. PUF Blaise Pascal.
Traduction Bernadette Hidalgo Bachs.

TIEMPO DE ISLA Pedro Salinas
1
¿Quién me llama por la voz
de un ave que pía?


¿Qué amor me quiere, qué amor
me inventa caricias,

escondido entre dos aires,
fingiéndose brisa?

La palmera, ¿quién la ha puesto
la que me abanica

con soplos de sombra y sol—
donde yo quería?

La arena, ¿quién la ha alisado,
tan lisa, tan lisa,

para que en rasgos levísimos
la mano me escriba,

de amante que nunca he visto,
de amante escondida,

entre pudores de espuma,
mensajes de ondina?

¿Por qué me dan tanto azul,
sin que se lo pida,

el cielo que se lo inventa,
el mar, que lo imita?

¿Cuál fue el dios qué un día octavo
me trazó esta isla,

trocadero de hermosuras,
lonja sin codicia?

Aquí tierra, cielo y mar,
en mercaderías

de espuma, arena, sol, nube,
felices trafican;

sin engaño se enriquecen,
ganancias purísimas—,

luceros dan por auroras,
cambian maravillas.

Tiempo de isla: se cuenta
por mágicas cifras;

la hora no tiene minutos:
sesenta delicias;

pasa abril en treinta soles,
y un día es un día.

¿Quién, llevándose congojas,
dio forma a la dicha?