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27 juin 2023

C'est aussi ça l'amour / También eso es el amor

 

Un an et trois mois est le titre d’un recueil de poésie de Luis García Montero. Un an et trois mois est le temps qu’il a passé près de sa femme, Almudena Grandes, entre le diagnostic (cancer) et sa mort.


Lecteurs

Luis García Montero


L’amour est aussi une lumière négociée,

nous sommes des bateaux nocturnes qui mouillent

à côté d’un lit qui ressemble à un port.


Peu m’importe que tu tardes à éteindre la lumière

si je m’endors pendant ta lecture.

 

Un phare clignote, collé de près à ton corps

pour qu’Ulysse puise rendre justice

tandis que Fortunata* fait naufrage dans les rues de Madrid

et que l’espoir se défend avec ongles et joies

dans la science-fiction de n’importe quel monde.


Toi non plus tu ne protestes pas si j’allume avant l’heure.

Je dors peu.

Disons qu’à cinq heures,

ma table de nuit est un quai

où chargements et déchargements de mots passent à ton sommeil.

 

À New York marche Baudelaire

Federico à Paris

tandis que Machado croise la frontière

et Cernuda nous parle de Galdós sous le ciel de México.


L’amour est aussi une lumière négociée.

Tu me donnes tes rêves en vivant les miens,

je te donne mes rêves en gardant les tiens.

Des histoires qui se relient comme des ports.

 (Trad: Colo)

 

 * Fortunata y Jacinta est un roman de Pérez Galdós

 

     https://www.courrierinternational.com/article/histoires-les-adultes-feraient-bien-de-redecouvrir-le-plaisir-de-la-lecture-a-haute-voix

Lectores Luis García Montero

También es el amor una luz negociada,
somos barcos nocturnos que fondean en esta habitación
junto a una cama que parece un puerto.


No me importa que tardes en apagar la luz
si me quedo dormido en tu lectura.


Un faro parpadea muy pegado a tu cuerpo
para que Ulises pueda hacer justicia
mientras que Fortunata naufraga por las calles de Madrid
y la esperanza se defiende con uñas y alegrías
en la ciencia ficción de cualquier mundo.


Tampoco tú protestas si enciendo la luz antes de hora.
Duermo poco.
Digamos que a las cinco,
mi mesita de noche es una dársena
donde hay carga y descarga de palabras que pasan a tu sueño.


Por Nueva York camina Baudelaire,
Federico en París,
mientras Machado cruza la frontera
y Cernuda nos habla de Galdós bajo el cielo de México.


El amor es también una luz negociada.

Me das tus sueños al vivir los míos,
te doy mis sueños al guardar los tuyos.

Historias que se enlazan como puertos.


15 mai 2023

Séparés / Separados


 Souffrir, accepter, se consoler puis reprendre sa route, seul(e). 

Ce second poème de Luis García Montero, qui a donné le nom à son recueil (1994)

où il ne parle pas ici du décès de sa chère compagne, Almudena Grandes, 

mais d'une séparation amoureuse. Qui n'en a pas vécu ?



CHAMBRES SÉPARÉES

Luis García Montero

 

Il est seul. Pour suivre sa route

il se montre détaché des choses.

Il va sans provisions.


Quand les jour passent

et le soir, il pense à ce qui s’est produit,

seule l’émeut

cette réussite imprévue

d’avoir pu vivre sa propre vie

suivant le sûr hasard de sa conscience,

ainsi, naturellement, sans dettes ni drapeaux.


Un jour il a dit amour

Ses lèvres se peuplèrent de cendre.

Il a dit aussi demain

les yeux aveugles au présent

et il n’eut que des ombres à serrer dans la main,

seulement des fantômes

un chemin de nuages. 

 

Solitude, liberté,

deux mots qui, souvent, pèsent

sur les épaules blessées du voyageur.

De tout il se charge, de rien il ne se convainc.

Ses traces ont aujourd’hui la brûlure

des rêves vides.

 

Il ne veut pas renoncer. Pour suivre son chemin

il accepte que la vie se réfugie

dans une chambre qui n’est pas la sienne.

La lumière reste toujours derrière une fenêtre.

De l’autre côté de la porte

il écoute souvent les pas de la nuit.

Il sait qu’il lui faut

apprendre à vivre un autre âge,

un autre amour,

un autre temps. 

 

Temps de chambres séparées.


(Trad: Colo)


 

Habitaciones separadas    L. García Montero


Está solo. Para seguir camino

se muestra despegado de las cosas.

No lleva provisiones.

 

Cuando pasan los días

y al final de la tarde piensa en lo sucedido,

tan sólo le conmueve

ese acierto imprevisto

del que pudo vivir la propia vida

en el seguro azar de su conciencia,

así, naturalmente, sin deudas ni banderas.

 

Una vez dijo amor.

Se poblaron sus labios de ceniza.

Dijo también mañana

con los ojos negados al presente

y sólo tuvo sombras que apretar en la mano,

fantasmas como saldo,

un camino de nubes.

 

Soledad, libertad,

dos palabras que suelen apoyarse

en los hombros heridos del viajero.

De todo se hace cargo, de nada se convence.

Sus huellas tienen hoy la quemadura

de los sueños vacíos.

 

No quiere renunciar. Para seguir camino

acepta que la vida se refugie

en una habitación que no es la suya.

La luz se queda siempre detrás de una ventana.

Al otro lado de la puerta

suele escuchar los pasos de la noche.

Sabe que le resulta necesario

aprender a vivir en otra edad,

en otro amor,

en otro tiempo.

 

Tiempo de habitaciones separadas

 

De "Habitaciones separadas " Colección Visor de poesía, p11.12