29 nov. 2011

Croquer un soupir / Dibujar un suspiro

A part les doux appels de la pluie, tout était silencieux; elle lisait, le chien, couché sur le canapé interdit, dormait, paisible.

Soudain un long soupir.

Qui?

Excepto las dulces llamadas de la lluvia, todo estaba en silencio; ella leía, el perro, tumbado en el sofá prohibido, dormía, apacible.

De repente un largo suspiro.

¿Quién?

Oubliant l’obligation de passer inaperçu et pouvoir ainsi prolonger son confortable somme, ce souffle lui avait échappé.

Bien-être ? Ennui ?

Elle écarta, peut-être à tort, l’idée d’un mal d’amour ou de mélancolie.

Olvidándose de la obligación de pasar desapercibido y poder así prolongar su confortable sueño, ese soplo le había escapado.

¿Bienestar? ¿Aburrimiento?

Descartó, tal vez sin razón, la idea de un mal de amores o de melancolía.

Musique de la pluie ; notes, silences, soupirs.

Música de la lluvia; notas, silencios, suspiros.


Le soupir entendu semblait plutôt léger….El suspiro parecía mas bien ligero….

CLARA MONTES - A PIÉ VAN MIS SUSPIROS poème d’Antonio Gala


A pié van mis suspiros
camino de mi bien.

Antes de que ellos lleguen
yo llegaré.

Abierta ten la puerta
y abierta el alma ten.

Antes de que ellos lleguen
yo llegaré.

Mi corazón con alas
mis suspiros a pié...
mis suspiros
mis suspiros a pié. (..)

À pied vont mes soupirs

chemin de mon bien


Avant qu’ils n’arrivent

J’arriverai.


Tiens la porte ouverte

et ouverte l’âme aussi.


Avant qu’ils n’arrivent

J’arriverai.


Mon cœur avec des ailes

Mes soupirs à pied…

Mes soupirs

Mes soupirs à pied. (...)



Tant de soupirs, exaspérés ou satisfaits. Quand, pourquoi soupirons-nous ? Y faisons-nous attention, parfois ?

Tantos suspiros, exasperados o satisfechos. ¿Cuándo, por qué suspiramos? ¿A veces les prestamos atención a esos suspiros?

Envoyé par Hélder, grand merci!


22 nov. 2011

Du haut du pont / Desde lo alto del puente

Dans “Ma vie” Sofia Tolstoï explique comment la philosophie, la musique et la lecture de certains romans l’ont sauvée du désespoir.

En ce moment de pleurs et de peines, « Faim et oignon / glace noire et givre » écrivait Miguel Hernández (1910-1942) dans sa Nana (berceuse) de l’oignon, je vous propose de suivre le chemin de Sofia.

En « Mi vida » Sofía Tolstoï explica como la filosofía, la música y la lectura de algunas novelas la salvaron de la desesperanza.

En estos momentos de penas y lagrimas, « Hambre y cebolla / hielo negro y escarcha » como escribía Miguel Hernández en su Nanas de la cebolla, os propongo seguir el camino de Sofía.

Primero un concierto para piano escrito por Joaquín Nin-Culmell, hermano de Anaïs Nin.

Voici d'abord un concert pour piano écrit par Joaquín Nin-Culmell, frère d’Anaïs Nin.

Ensuite un peu de philosophie….

« Zhuang Zi et le logicien Hui Zi se promenaient sur le pont de la rivière Hao.

Zhuang Zi observa :

« Voyez les petits poissons qui frétillent agiles et libres : comme ils sont heureux ! »

Hui Zi objecta :

« Vous n’êtes pas un poisson ; d’où tenez-vous que les poissons sont heureux ?

– Vous n’êtes pas moi, comment pouvez-vous savoir ce que je sais du bonheur des poissons ?

– Je vous accorde que je ne suis pas vous et, dès lors, ne puis pas savoir ce que vous savez. Mais comme vous n’êtes pas un poisson, vous ne pouvez savoir si les poissons sont heureux.

– Reprenons les choses par le commencement, rétorqua Zhuang Zi, quand vous m’avez demandé « d’où tenez-vous que les poissons sont heureux » la forme même de votre question impliquait que vous saviez que je le sais. Mais maintenant vous voulez savoir d’ je le sais – eh bien, je le sais du haut du pont »

Le Bonheur des petits poissons, Lettres des antipodes. Simon Leys.

Livre de poche, p 13-14.

Y ahora un poco de filosofía...

« Zhuang Zi y el lógico Hui Zi paseaban sobre el puente del río Hao. Zhuang Zi advirtió:

- Observad como los pececillos colean ágiles y libres: ¡son tan felices!

- Hui Zi objetó: Vd no es un pez; ¿de donde sacáis que los peces son felices?

- Vd no sois yo. ¿Cómo podéis saber lo que yo sé de la felicidad de los peces?

- De acuerdo en que yo no soy vos y, a partir de eso, que no puedo saber lo que Vd sabe. Pero como Vd no es un pez, Vd no puede saber si los peces son felices.

- Retomemos las cosa desde el principio – replicó Zhuang Zi – Cuando Vd me ha preguntado ¿de donde sacáis que los peces son felices? la forma misma de la pregunta implicaba que Vd sabía que yo lo sabía. Pero ahora Vd quiere saber “desde donde” lo sé, pues bien, lo sé desde lo alto de este puente.

La felicidad de los `pequeños peces, Cartas desde las antípodas. Simón Leys

(Trad: MAH, Colo)

Photo poissons : http://zuihitsu-ac.blogspot.com/2009_09_01_archive.html

8 nov. 2011

Je suis une pause / Soy una pausa

Entre partir et rester

Entre partir et rester doute le jour,
amoureux de sa transparence.
...

Tout est visible et tout est évasif,
tout est près et tout est intouchable.

Les papiers, le livre, le verre, le crayon
reposent à l'ombre de leurs noms.
...

L’instant se dissipe. Sans bouger,
je reste et je pars: je suis une pause.
(Trad. Colo)

Octavio Paz.

(Clic pour agrandir)

Entre irse y quedarse

Entre irse y quedarese duda el día,
enamorado de su transparencia.
...

Todo es visible y todo es elusivo,

todo está cerca y todo es intocable.


Los papeles, el libro, el vaso, el lápiz

reposan a la sombra de sus nombres.
...

Se disipa el instante. Sin moverme,
yo me quedo y me voy: soy una pausa.

Octavio Paz.

Faire une pause, m'envoler pour quelques jours;
quand on vit sur une île, tout déplacement est un voyage.
Je vous retrouverai vers la fin du mois et " vous souhaite le meilleur", comme on dit en espagnol.
Tomar una pausa, coger el vuelo por unos días;
cuando se vive en una isla, cada desplazamiento es un viaje.
Nos volveremos a encontrar a final de mes, os deseo lo mejor.


Photo: OM, merci!

5 nov. 2011

García Lorca, la peine noire / Romance de la Pena negra

Federico García Lorca, j’y reviens encore et encore.

Aujourd’hui ce poème qui réunit ses thèmes de prédilection : les gitans, les chevaux, la nature, la mer, la tristesse…

Siempre vuelvo a Federico García Lorca.

Hoy este poema que reúne sus temas de predilección: los gitanos, los caballos, la naturaleza, el mar, la tristeza…

Romance de la peine noire

Les coups de bec des coqs
creusent, cherchent l’aurore,
quand de la colline sombre
descend Soledad Montoya.
De cuivre jaune, sa chair
sent le cheval et l’ombre.
Ses seins, noires enclumes,
gémissent des chansons rondes.
Soledad: Qui cherches-tu
seule et à cette heure?
Je cherche qui je veux,
dis-moi, si cela t’importe?
Je cherche ce que je cherche,
ma joie et ma personne.
Soledad de mes chagrins,
cheval qui s’emballe,
finit par trouver la mer
et les vagues le dévorent.
Ne me rappelle pas la mer
car la peine noire pousse
au pays des olives
sous la rumeur des feuilles.
Soledad, comme tu es triste !
Quelle peine désolante !
Tu pleures du jus de citron
si aigre à l’attente et à la bouche.
Que ma peine est grande ! Je traverse
ma maison comme une folle
traînant mes nattes,
de la cuisine à l’alcôve.
Quelle tristesse ! Ma chair
et mon linge deviennent noir jais.
Aïe ! Mes chemises de fil !
Aïe ! Mes cuisses de pavot !
Dans la source aux alouettes,
Soledad, lave ton corps
et laisse ton cœur
en paix, Soledad Montoya.

****
Tout en bas chante le fleuve:
volant de ciel et de feuilles.
De fleurs de citrouille,
l’aube se couronne.
Oh ! Peine des gitans !
Peine pure et toujours seule.
Oh ! Peine de source occulte
et d’aurore lointaine !

(traduction Colo/ MAH)

Voici une version chantée, flamenco: émotions.

Romance de la pena negra de Federico García Lorca

Las piquetas de los gallos
cavan buscando la aurora,
cuando por el monte oscuro
baja Soledad Montoya.
Cobre amarillo, su carne,
huele a caballo y a sombra.
Yunques ahumados sus pechos,
gimen canciones redondas.
Soledad, ¿por quién preguntas
sin compaña y a estas horas?
Pregunte por quien pregunte,
dime: ¿a ti qué se te importa?
Vengo a buscar lo que busco,
mi alegría y mi persona.
Soledad de mis pesares,
caballo que se desboca,
al fin encuentra la mar
y se lo tragan las olas.
No me recuerdes el mar,
que la pena negra, brota
en las tierras de aceituna
bajo el rumor de las hojas.
¡Soledad, qué pena tienes!
¡Qué pena tan lastimosa!
Lloras zumo de limón
agrio de espera y de boca.
¡Qué pena tan grande! Corro
mi casa como una loca,
mis dos trenzas por el suelo,
de la cocina a la alcoba.
¡Qué pena! Me estoy poniendo
de azabache carne y ropa.
¡Ay, mis camisas de hilo!
¡Ay, mis muslos de amapola!
Soledad: lava tu cuerpo
con agua de las alondras,
y deja tu corazón
en paz, Soledad Montoya.
***
Por abajo canta el río:
volante de cielo y hojas.
Con flores de calabaza,
la nueva luz se corona.
¡Oh pena de los gitanos!
Pena limpia y siempre sola.
¡Oh pena de cauce oculto
y madrugada remota!

1 nov. 2011

L'alcool de la Toussaint / El alcohol de Todos los Santos


En route vers la ville ce 31 octobre tôt au matin il y avait des dizaines de personnes dans les sous-bois.
Ah, les champignons, ai-je pensé.

Erreur : les bras chargés de branches à baies rouges et jaunes, elles faisaient des bouquets pour garnir les tombes.

Inédit et significatif : la crise fait rage, les fleurs sont chères.

De camino a la ciudad este 31 de octubre, pronto por la mañana, había decenas de personas en los sotobosques.

¡Ah !, pensé, las setas.

Error: los brazos cargados de ramas con bayas rojas y amarillas; eran para hacer ramos y adornar las tumbas.

Inédito y significativo: la crisis aprieta, las flores son caras.

Parmi ces branchages il y avait des arbouses, vous savez ?/ou pas, (moi je les ai découverts ici) ces fruits qui ressemblent un peu à des fraises, mais qui ont un goût un peu plus âpre. Les oiseaux en raffolent. Les gens d’ici disent que ces volatiles en mangent parfois tant qu’ils sont un peu « piripis » (sur leur tête)….

De fait, consommés en grande quantité ils ont un effet « stupéfiant ».

Entre estos ramajes había madroños, esos frutos que parecen fresas pero que tienen un gusto un tanto más amargo. A los pájaros les vuelven locos. La gente de aquí dice que a veces comen tantos que quedan un poco “piripis”

De hecho, consumidos en gran cantidad tienen un efecto “estupefaciente”

Nos cueilleurs pensaient-ils réjouir leurs défunts ?

¿Pensaban nuestros cosechadores alegrar a sus difuntos?


Stupéfiant et si amusant le comportement de certains animaux africains après avoir mangé goulûment des "marulas" . Voyez plutôt.

Pasmoso y tan divertido el comportamiento de algunos animales africanos después de haber comido "marulas". Mirad esto:


25 oct. 2011

Questions / Preguntas

Mario Benedetti, (Paso de los Toros, 1920 - Montevideo, 2009) Écrivain et poète uruguayen, le plus renommé de la seconde moitié du XXº siècle. Vous avez peut-être lu La Trêve ou quelques uns de ses poèmes….

(biografía aquí)

"C'est quand on croit posséder toutes les réponses, qu'on s'aperçoit qu'on a changé les questions", plaisantait-il.

« Es cuando uno cree tener todas las respuestas que se da cuenta que han cambiado las preguntas » bromeaba.

Je connaissais bien sa poésie et avais décidé de publier aujourd’hui son « Qu’arriverait-il ? » si fort et intemporel, quand j’ai découvert qu’il avait écrit beaucoup de haïkus, en voici deux avant ce poème.

Ya conocía su poesía y había decidido publicar hoy “¿Qué pasaría?”, tan fuerte e intemporal, cuando descubrí que había escrito muchos haïkus; aquí van dos de ellos antes del poema.

Pasan las nubes
y el cielo queda limpio
de toda culpa

Passent les nuages
et le ciel devient clair
de toute faute


Drama cromático
el verde es un color
que no madura

Drame chromatique

le vert est une couleur

qui ne mûrit pas (Trad- Colo)


Qu'arriverait-il ?

Qu'arriverait-il si nous nous réveillions un jour
en réalisant que nous sommes la majorité ?
Qu'arriverait-il si tout à coup une injustice,
une seule, était rejetée par tous,
tous autant que nous sommes, pas quelques-uns,
ni certains, mais tous ?
Qu'arriverait-il si au lieu de rester divisés
nous nous multipliions, nous nous additionnions,
et affaiblissions l'ennemi qui interrompt nos pas ?

Qu'arriverait-il si nous nous organisions
et si nous affrontions nos oppresseurs sans armes,
silencieux, nombreux,
regardant par millions la face de nos oppresseurs,
sans vivats, sans applaudissements,
sans sourires, sans tapes sur l'épaule,
sans hymnes partisans,
sans cantiques ?

Qu'arriverait-il si j’implorais pour toi, qui es si loin,
et toi pour moi, qui suis si loin,
et nous deux pour les autres, qui sont très loin,
et les autres pour nous, qui sommes si loin ?
Qu'arriverait-il si les cris d'un continent
étaient les cris de tous les continents ?
Qu'arriverait-il si nous nous prenions en main
au lieu de nous lamenter ?
Qu'arriverait-il si nous brisions les frontières
et que nous avancions et avancions,
et avancions, et avancions encore ?

Qu'arriverait-il si nous brûlions tous les drapeaux
pour n'en avoir qu'un seul, le nôtre,
celui de tous, ou mieux aucun,
car nous n’en avons nul besoin ?
Qu'arriverait-il si nous cessions brusquement d'être des patriotes
pour devenir des humains ?
Je ne sais pas. Je me le demande.
Qu'arriverait-il ?

Mario Benedetti

Traduction proposée par Lieucommun .

Je m’en suis largement inspirée, mais y ai apporté quelques modifications.

¿Qué pasaría?

¿Qué pasaría si un día despertamos
dándonos cuenta de que somos mayoría?
¿Qué pasaría si de pronto una injusticia,
sólo una, es repudiada por todos,
todos que somos todos, no unos,
no algunos, sino todos?
¿Qué pasaría si en vez de seguir divididos
nos multiplicamos, nos sumamos
restamos al enemigo que interrumpe nuestro paso,

Qué pasaría si nos organizáramos
y al mismo tiempo enfrentáramos sin armas,
en silencio, en multitudes,
en millones de miradas la cara de los opresores,
sin vivas, sin aplausos,
sin sonrisas, sin palmadas en ¡os hombros,
sin cánticos partidistas,
sin cánticos?

¿Qué pasaría si yo pidiese por vos que estás tan lejos
y vos por mí que estoy tan lejos,
y ambos por los otros que están muy lejos,
y los otros por nosotros aunque estemos lejos?
¿Qué pasaría si el grito de un continente
fuese el grito de todos los continentes?
¿Qué pasaría si pusiésemos el cuerpo en vez
de lamentarnos?
¿Qué pasaría si rompemos las fronteras
y avanzamos, y avanzamos,
y avanzamos, y avanzamos?

¿Qué pasaría si quemamos todas las banderas
para tener sólo una, la nuestra,
la de todos, o mejor ninguna
porque no la necesitamos.
¿Qué pasaría si de pronto dejamos de ser patriotas
para ser humanos?
No sé. Me pregunto yo,
¿qué pasaría?

Preguntas al azar, gracias Hélder!


18 oct. 2011

Une jambe dans l'origan / Una pierna en el orégano

Tout le monde sait que la partie la plus délicate à manier dans une langue étrangère est celle des expressions. Une fois bien comprises, - il en faut du temps ! -, les placer à bon escient dans la conversation tient de la haute voltige. Combien de crises d’hilarité provoquées ?

Je vous propose aujourd’hui trois expressions courantes fort savoureuses, imagées, enfin qui me plaisent.

Todo el mundo sabe que la parte más delicada de manejar en un idioma extranjero es la de las frases hechas. Una vez bien entendidas, - ¡cuánto tiempo se necesita! – colocarlas adecuadamente en una conversación tiene algo de malabarismo. ¿Cuántas crisis de hilaridad ha provocado?

Hoy os propongo tres expresiones corrientes muy sabrosas, llenas de imágenes, que me gustan.

«Dormir a pierna suelta » veut dire littéralement dormir à jambe détendue, relax, jambe au singulier, notez bien.

Il semblerait que cette expression vienne de l’univers carcéral où dormir sans les pieds attachés, enchaînés, avec parfois un boulet, était un cadeau sans prix….l’occasion de dormir « à poings fermés » (pas vraiment un signe de détente, oui ?) ou « sur ses deux oreilles » (chose impossible me signale-t-on ici) ; rien n’est parfait.

Bref, dormir a pierna suelta, c’est dormir profondément.

…quiere decir, literalmente, dormir con una pierna relajada, pierna en singular. ¡Curioso!

Parece ser que esa expresión proviene del universo de la cárcel dónde dormir sin tener los pies atados, encadenados, a veces con un lastre, era un regalo sin igual….en francés se diría por ejemplo “dormir à poings fermés” (con los puños cerrados, no precisamente un signo de relajo, ¿no?) o bien “dormir sur ses deux oreilles” (sobre las dos orejas, cosa imposible, héhé). Nada es perfecto.

« Hacer la vista gorda » : Ici une courte histoire d’antan. Jeune et fraîchement arrivée en Espagne avec une vieille Dyane, voilà qu’un douanier m’attrape, me dit que j’aurais dû changer la plaque belge depuis 2 mois, enfin, qu’il me donne une semaine et qu’entre-temps il fera « la vista gorda ».

Je comprends les mots, vista = vue et gorda=grosse…il va faire la grosse vue ? Je suis perplexe mais ris sous cape car une image s’installe dans ma tête : le même douanier avec des lunettes aux verres si épais qu’il ne voit rien. Presque.

L’expression veut dire : faire comme si on ne voyait pas, détourner la vue.

…aquí una corta historia de antaño. Joven y recién llegada a España en un viejo Dyane, un aduanero me atrapó y me leyó la cartilla: hubiera tenido que cambiar la matrícula belga desde hacía 2 meses, pero que bueno, me daba una semana y mientras haría la vista gorda.

Yo entendía las palabras “vista” y “gorda”…pero juntas, ¿qué diablos querían decir? Me quedé perpleja pero riéndome por lo bajo ya que una imagen se instaló en mi cabeza: la del mismo aduanero con unas gafas con cristales tan espesos que no podía ver nada. Casi.

“No todo el monte es orégano”.

Oh qu’elle sent bon celle-ci, un mont couvert d’origan, on fonce !

D’après Wiki « Le mot « origan » est issu du grec ρίγανον / origanon, signifiant « qui se plaît sur la montagne », composé de ρος / oros « montagne » et γάνος / ganos « éclat, aspect riant » ; pour les anciens cette plante avait une grande valeur car elle était un remède, une solution à tous les maux.

Donc voilà que si le mont n’est pas entièrement couvert, on va y trouver des difficultés, des contrariétés. Avouez que « Tout le mont n’est pas origan » est franchement plus porteur d’images que….hum, je pensais à « Tout n’est pas rose ».

Oh, ¡qué bien huele esta, un monte recubierto de orégano, allá vamos!

Según Wiki la palabra « origan » proviene del griego ρίγανον / origanon, que significa « que disfruta en la montaña », compuesta de ρος / oros « montaña » y γάνος / ganos « destello, aspecto risueño? » . Para los antiguos esta planta tenía un gran valor ya que era un remedio, una solución a nuestros males.

En francés se diría…hum, por ejemplo, “no todo es de color rosa”, que es menos evocador, ¿no?

Illustrations. 1) Nu à la fenêtre de Daniel Vazquez Diaz 1939

2) Photo Colo

9 oct. 2011

Gouttelettes de brume / Gotitas de bruma

La récolte a été bonne, mon panier est plein.
Il y avait des coings et des kakis, trop lourds ou sucrés, alors j'ai ramené des perles, des larmes de brume. Du nord au sud, la terre en était semée.

La cosecha fue buena, se llenó mi cesta.
Había membrillos y kakis, demasiado pesados o dulces, entonces traje unas perlas, lágrimas de bruma. Del norte al sur, la tierra estaba sembrada.

Chez BOL en Norvège voici, en plus d'un superbe poème, cet haïku composé par le nouveau prix Nobel, Tomas Tranströmer. Merci à vous Bernard.

Gnolar i dimman..............Fredonne dans la brume.
En fiskebåt långt ute...... Au loin un bateau de pêche -
trofé på vattnet...............trophée sur l´eau

Tomas Tranströmer La grande énigme 45 haïkus. Adaptés du suédois par Jacques Outin. Préface de Petr Krâl (Le castor Astral, 2004)

Canturrea en la bruma
A lo lejos un barco de pesca -
trofeo en el agua (trad Colo)



Passons par la Belgique, murmures de craquellements, mais où JEA colore joliment la brume, merci à vous.


La brume est comme une prune.
La peau résiste.
Si elle se fissure, le paysage s'éparpille en gouttelettes...


La boira és com una pruna.
La pell resisteix.
Si es fissura, el paisatge s'espargeix en gotetes...
(trad. catalan Anaïs, gracias hija)





De forêts en toiles d'araignées, nous voici au Portugal avec VITOR CINTRA et ses mélancoliques silences. Grâce à Armando la traduction en français est... magique.

Nas brumas dos meus silêncios
Nascem visões encantadas,
Com ninfas, bruxas e fadas,
Sonhos de amor, sempre densos.

Nas brumas dos meus silêncios,
Onde os mistérios são nadas,
Surgem paixões exaltadas,
Feitas desejos, imensos.(...)

do livro " Pedaços do Meu Sentir "

Dans les brumes de mes silences
Naissent des visions enchantées,
Il y a des nymphes, sorcières et fées,
Rêves d'amours, toujours denses.

Dans les brumes de mes silences
Où les mystères ne sont rien,
Surgissent des passions exaltées,
Faites de désirs immenses.



Partir puis revenir chez soi, non sans passer par l'Andalousie et Federico.

Otra canción de Otoño F, García Lorca.

¡El sueño se deshizo para siempre!
En la tarde lluviosa mi corazón
aprende la tragedia otoñal
que los árboles llueven.
-----------
¡Cómo me dice el agua
que el sueño se deshizo para siempre!
¿El sueño es infinito?
La niebla lo sostiene
y la niebla es tan sólo
cansansio de la nieve. (...)



Une autre chanson d'automne F. García Lorca

Le rêve s'est pour toujours défait!
Dans la soirée pluvieuse
mon cœur apprend
la tragédie de l’automne
qui fait les arbres pleuvoir.

------------------

Comme l'eau me dit
que le rêve s'est pour toujours défait!
Le rêve est-il infini?
La brume le prétend
et la brume n'est que
fatigue de la neige. (...)
(Trad.: Colo)
Foto 1: captainjpslog.blogspot.com
Fotos 2-3: Colo

5 oct. 2011

Dans la brume / En la bruma

Note: il semble y avoir des problèmes avec Explorer qui vous empêchent (et m'empêchent) de laisser des commentaire. Essayez avec Firefox, ça marche parfaitement.




Brumes matinales sur la route qui mène chez moi; Platero s'y plairait bien, non?
Car c'est de lui, enfin plutôt des cruelles facéties et désirs de notoriété de Dalí et Buñuel que nous allons parler aujourd'hui. Je vous l'avais annoncé.

"L'affaire Platero" / "El asunto" Platero

« Platero y yo » de Juan Ramón Jiménez. Une première édition partielle, comprenant 63 chapitres, est publiée à Madrid en 1914, dans une édition pour la jeunesse. L’édition intégrale sortit en 1917, connut un immense succès et devint livre de lectures scolaires dès 1920.

« Platero y yo » de Juan Ramón Jiménez: una primera edición parcial, conteniendo 63 capítulos, se publicó en Madrid en 1914, en una edición juvenil. La edición integral salió en 1917, tuvo un inmenso éxito y fue una lectura escolar desde 1020.

« L’affaire » se passe en 1928. Juan Ramón Jiménez est déjà un auteur et poète reconnu.

« El asunto » tuvo lugar en 1928. J.R.Jiménez ya es un autor y poeta reconocido.

Dalí et Buñuel, âgés de 24 et 28 ans se connaissent depuis longtemps ; ils ont pour objectif, entre autres, de moderniser la poésie et avaient, c’est bien curieux, développé depuis l’enfance une obsession pour les ânes pourris, (sujet que l’on retrouve sous la forme de têtes d’ânes morts sur un piano dans le grand classique du cinéma surréaliste « Un chien andalou »).

Dalí y Buñuel de 24 y 28 años se conocen desde hace tiempo; tienen por objetivo, entre otros, modernizar la poesía y ambos tenían, hecho curioso, una obsesión por los burros podridos (tema que de encuentra bajo la forma de cabezas de burros muertos en un piano en el gran clásico del cine surrealista “Un perro andaluz”).

Un jour, Mr Jiménez reçoit la terrible lettre suivante :

Un día, el Señor Jiménez recibe la terrible carta siguiente:

Lettre de Luis Buñuel y Salvador Dalí à Juan Ramón Jiménez (1928)

Mr Juan Ramón Jiménez

Madrid

Notre cher ami. Nous pensons qu’il est de notre devoir de vous dire –oui, de façon désintéressée- que votre œuvre nous répugne profondément car immorale, car hystérique, car cadavérique, car arbitraire.

Spécialement :

MERDE !!

pour votre Platero et moi, pour votre facile et malintentionné Platero et moi, l’âne le moins âne, l’âne le plus odieux que nous ayons rencontré.

Et pour vous, pour votre funeste agissement, aussi :

MERDE !!!

Sincèrement.

LUIS BUÑUEL SALVADOR DALÍ

Carta de Luis Buñuel y Salvador Dalí a Juan Ramón Jiménez (1928)

Sr. Dn. Juan Ramón Jiménez

Madrid

Nuestro distinguido amigo: Nos creemos en el deber de decirle -sí, desinteresadamente- que su obra nos repugna profundamente por inmoral, por histérica, por cadavérica, por arbitraria.

Especialmente:

¡¡MERDE!!

para su Platero y yo, para su fácil y malintencionado Platero y yo, el burro menos burro, el burro más odioso con que nos hemos tropezado.

Y para Vd., para su funesta actuación, también:

¡¡¡¡MIERDA!!!!

Sinceramente

LUIS BUÑUEL SALVADOR DALÍ

[Agustín Sánchez Vidal, Buñuel, Lorca, Dalí: el enigma sin fin, Barcelona: Planeta, 1988, p. 189.]

Vous imaginez l’étonnement, la peine aussi de cet homme si sensible.

Dalí nous donne, dans son style caractéristique, une explication de la lettre, la voici.

Os podéis imaginar la sorpresa, la pena también de ese hombre tan sensible.

Dalí nos da una explicación de la carta, aquí está:

"A ce moment nous voulions envoyer, pour créer une sorte de subversion morale, une lettre à la personne la plus prestigieuse d’Espagne, uniquement pour provoquer une réaction et que les gens disent : « Pourquoi l’ont-ils fait ? » et tout ça. Nous en avions alors choisi deux ou trois, nous avions pensé à Falla * qui jouissait déjà d’un grand prestige, pour lui dire qu’il était un fils de pute, etc…le pire qu’on puisse dire ; nous les avons mis dans un chapeau (les noms) , et Juan Ramón Jiménez est sorti.

Nous venions justement de rendre visite la veille à J.R. Jiménez qui nous avait reçus sentimentalement : « Voyons cette merveilleuse jeunesse… », et il dit avoir rencontré des jeunes gens magnifiques dans notre groupe.

Alors, il sort du chapeau et nous écrivons la lettre, qui était une lettre terrible contre Platero, que l’âne de Platero était un âne pourri, que cette histoire d’étoiles était du sentimentalisme… ; en plus, c’est vrai, je n’ai jamais aimé Juan Ramón Jiménez, je trouve que c’est un très mauvais poète. Au moment de poster la lettre, Buñuel a eu un doute, mais il l'a postée, nous l'avons postée, et le jour suivant Juan Ramón a été malade, il disait : » Je ne comprends pas, la veille je reçois ces jeunes gens ; ils me semblent…et le jour d’après ils m’insultent de la façon la plus grossière… » Et il n’a jamais compris. C’était une chose incompréhensible."

(Traductions Colo)

"En aquel momento queríamos mandar, para crear una especie de subversión moral, una carta a la persona más prestigiosa de España, únicamente para provocar una reacción y que la gente dijera: "¿Por qué lo han hecho?", y tal y cual. Entonces habíamos escogido dos o tres, y habíamos pensado en Falla, que tenía un gran prestigio, para decirle que era un hijo de puta, etc.: lo más que se puede decir; los pusimos en un sombrero (los nombres), y salió Juan Ramón Jiménez.

Justamente acabábamos de visitar a Juan Ramón el día anterior, que nos había recibido sentimentalmente: "A ver, esa juventud maravillosa...", y dijo haber encontrado unos chicos magníficos en nuestro grupo.

Entonces, sale en el sombrero y escribimos la carta, que era una carta terrible contra Platero, que el asno de Platero era un asno podrido, aquello de las estrellas era un sentimentalismo...; además, es verdad, a mí nunca me ha gustado Juan Ramón Jiménez, encuentro que es un poeta pésimo. En el momento de echar la carta, Buñuel tuvo una duda, pero la echó, la echamos, y al día siguiente Juan Ramón estuvo enfermo, diciendo: "No comprendo, un día antes recibo a estos chicos; me parecen... Y al día siguiente me insultan de la manera más grosera..." Y no lo comprendió nunca. Fue una cosa incomprensible."

[Agustín Sánchez Vidal, Buñuel, Lorca, Dalí: el enigma sin fin, Barcelona: Planeta, 1988, pp. 191-192.]

*Falla : il fait référence à Manuel de Falla : http://fr.wikipedia.org/wiki/Manuel_de_Falla

Source / Fuente : http://www.udc.es/tempo/cuestions20/docs_surr08.html#jrj

29 sept. 2011

La musique de Platero / La música de Platero



Il est bien possible que le nom de Juan Ramón Jiménez ne vous dise pas grand-chose, mais il serait étonnant que vous n’ayez jamais entendu parler de Platero, son âne. Enfin son complice d’un livre, son ami, son confident.

Es posible que el nombre de Juan Ramón Jiménez no le suene mucho, pero sería extraño que nunca hubiera oido hablar de Platero, su burro. Más bien su cómplice el tiempo de un libro, su amigo, su confidente.


“Platero es pequeño, peludo, suave; tan blando por fuera, que se diría todo de algodón, que no lleva huesos. Sólo los espejos de azabache de sus ojos son duros cual dos escarabajos de cristal negro.

Es tierno y mimoso igual que un niño, que una niña ... pero fuerte y seco como de piedra. Cuando paso sobre él los domingos, por las últimas callejas del pueblo, los hombres del campo, vestidos de limpio y despaciosos, se quedan mirándolo:

--Tiene acero...

-Tiene acero. Acero y plata de luna, al mismo tiempo.”

« Platero est petit, doux, velu, si moelleux d'aspect qu'on le dirait tout en coton, sans ossature. Seuls les miroirs de jais de ses yeux sont durs comme deux escarboucles de cristal noir.

Il est tendre et caressant comme un enfant, comme une petite fille... ; mais il est dur et sec, intérieurement, comme une pierre. Lorsque nous traversons, le dimanche, les dernières ruelles du village, les campagnards, lents et coquets, s'arrêtent pour le regarder :
- On dirait de l'acier...
De l'acier, mais oui. De l'acier mêlé d'un argent de lune. » Platero y yo (Juan Ramon Jiménez) Traduction de Claude Couffon

Dessin réalisé par Ronce à qui sa grand-mère avait lu Platero.

Grand merci à vous deux, ¡muchas gracias!


Juan R. Jiménez n’a pas eu d’enfant mais il les estimait grandement. Il disait qu’il n’avait jamais rien écrit spécialement pour eux car il pensait que l’enfant peut découvrir la beauté littéraire dans les mêmes livres que les adultes. Et il est vrai que les enfants lisent « Platero et moi » avec autant de plaisir que les adultes. Il traitait les enfants comme des adultes, il ne descendait pas à leur niveau, il les élevait au sien.

Juan R. Jiménez no tuvo hijos pero sentía un aprecio grande por los niños. Decía que nunca había escrito nada especialmente para ellos porque pensaba que el niño puede descubrir la belleza literaria en los mismos libros que los adultos. Y es verdad que los niños leen “Platero y yo” con el mismo placer que los adultos. Trataba a los niños como adultos, “no descendía él a su nivel, sino que los elevaba a ellos al suyo” (http://w.w.w.aureoherrero.org/cincuentenariojanramon.)

De ce récit poétique composé de 138 courts chapitres, certains ont été mis en musique par Mario Castelnuovo-Tedesco.

De este relato poético compuesto de 138 capítulos cortos, algunos han sido puestos en música por Mario Castelnuevo-Tedesco.

Je vous propose le morceau correspondant au chapitre C X X X V - MELANCOLÍA



Voici les paroles récitées par la jeune femme.

Esta tarde he ido con los niños a visitar la sepultura de Platero, que está en el huerto de la Piña, al pie del pino redondo y paternal. En torno, abril había adornado la tierra húmeda de grandes lirios amarillos. Cantaban los chamarices allá arriba, en la cúpula verde, toda pintada de cenit azul, y su trino menudo, florido y reidor, se iba en el aire de oro de la tarde tibia, como un claro sueño de amor nuevo. Los niños, así que iban llegando, dejaban de gritar. Quietos y serios, sus ojos brillantes en mis ojos me llenaban de preguntas ansiosas. —¡Platero, amigo!—le dije yo a la tierra—; si, como pienso, estás ahora en un prado del cielo y llevas sobre tu lomo peludo a los ángeles adolescentes, ¿me habrás, quizá, olvidado? Platero, dime: ¿te acuerdas aún de mí? , Y, cual contestando a mi pregunta, una leve mariposa blanca, que antes no había visto, revolaba insistentemente, igual que un alma, de lirio en lirio...

Vous pouvez trouver le texte complet Platero y yo en espagnol, joliment présenté ici :

Aquí el texto completo, agradablemente ilustrado.

Un joli cadeau à faire (et à vous faire !!) avec la version audio, ici par exemple :


Je termine ici la première partie. La seconde sera dédiée à « L’affaire Platero » qui eut lieu entre, d’un côté Luís Buñuel et Salvador Dali et de l’autre J.R. Jiménez qui ne comprit jamais le pourquoi de l’affaire…

Termino aquí la primera parte. La segunda será dedicada al “asunto Platero” que tuvo lugar entre, por una parte Luís Buñuel y Salvador Dali, y por otra J.R. Jiménez que no entendió nunca el por qué del asunto…