16 févr. 2018

La poupée russe de M. Yourcenar / La muñeca rusa de M. Yourcenar

Dans une interview, je ne sais plus laquelle, Marguerite Yourcenar disait qu’on met plus de soi dans la poésie que dans les romans.

Je veux penser qu’elle était d’humeur légère et ludique quand elle a écrit ce calligramme, s’inspirant d’ Apollinaire, vers 1932.
Petrouchka est l’équivalent russe de notre Polichinelle.
Si vous suivez ce blog depuis un temps, vous savez qui est Silvia Barón Supervielle, c’est elle qui a traduit, tâche extrêmement compliquée, (mais elle a également traduit Borgès!), ce poème en espagnol.
Deux bijoux.
En una entrevista, no me acuerdo cual, Marguerite Yourcenar decía que en la poesía uno pone más de si mismo que en las novelas.
Quiero creer que estaba de humor ligero y lúdico cuando escribió este caligrama, inspirado de Apollinaire, en los años ‘30
Petroushka es el equivalente ruso de nuestro Polichinelle (Polichinela).
La traducción al español, tan complicada (pero ella tradujo a Borges!) es de Silvia Barón Supervielle.
Dos joyas.

Poème pour une poupée achetée dans un bazar russe M. Yourcenar





Je suis
Bleu de roi
Et noir de suie.

Je suis le grand Maure
(Rival   de    Petrouchka).
La nuit me sert  de   troïka;
J’ai  le   soleil pour  ballon  d’or.

Presque aussi vaste que les ténèbres,
Mais    tout    aussi    fragile    qu’un    vivant,
Le moindre souffle émeut mon corps sans vertèbres.

Je    suis    très    résigné,    car   je   suis   très    savant :
Ne   raillez   pas    mon   teint   noir,  ni  mes  lèvres béantes,
Je  suis,  comme  vous,   un   pantin   entre  des   mains   géantes.



Petrouchka, source Wiki




Poema para una muñeca comprada en un bazar ruso.




Soy
El rey
Azul voy
Negra mi ley

Yo soy el gran Moro
(Rival de Petrouchka)
La   noche  fue  mi troica
Y  el  sol  mi  balón  de   oro.

De   las   tinieblas,   el   rellano;
Del    aire    respirante,   el    rocío;
Un  soplo  oscila  en  mi cuerpo vacío.

Soy muy resignado porque soy muy sabio.
No desdeñen mi tez negra o mi abierto labio:
Soy como ustedes un juguete en la enorme mano.

Versión de Silvia Barón-Supervielle

44 commentaires:

  1. Essai réussi, c'est une bonne idée que d'écrire un poème de cette façon. D'autant que le contenu est très beau ! alors je sais maintenant ce que veut dire PETROUCHKA. Bon week end à toi. Bises.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bon week-end Elisabeth! je pensais à toi ce matin car les premières jonquilles et jacinthes sont en fleur.

      Supprimer
  2. Réponses
    1. Un vrai case-tête...elle a dû changer beaucoup de mots/vers pour y arriver, et je suis, comme toi, admiratrice.

      Supprimer
  3. Je connais très mal les poèmes de Marguerite Yourcenar ; celui-ci est magnifique et un peu inattendu. Ce n'est pas vraiment l'image que je me fais d'elle. Bon week-end Colo.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour Aifelle, surprenant, tu as raison. Je connais très mal sa poésie moi aussi et je me demande pourquoi elle est moins connue que sa prose.
      Bonne journée, sans pluie chez toi?

      Supprimer
  4. Je le crois, oui, qu'on met plus de soi dans des poèmes que dans d'autres écrits.
    Merci pour ce poème de Marguerite Yourcenar que je ne connaissais pas.
    Bon week end !

    RépondreSupprimer
  5. épatant ce poème et cette poupée russe, merci colo pour cette jolie découverte

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai été ravie de le trouver en deux langues aussi...un peu de repos de traduction:-))
      Bonne soirée Niki

      Supprimer
  6. Ah oui c'est très réussi, surtout l'astuce de la première strophe, qui n'était pas facile à mettre en forme. J'aime aussi beaucoup Yourcenar, qui a écrit des choses très diverses. Dans ma jeunesse, j'avais 16 ans, la mère de mon amoureuse avait créé en France, pour un spectacle de conservatoire, son adaptation de la petite sirène. Elle avait á cette occasion entâmé une correspondance avec yourcenar qui habitait dans le Maine aux USA. C'est elle qui nous a fait découvrir les chants de Baleines dont elles nous avaient envoyé des enregistrements qu'on ne trouvait alors pas en France. Évidemment j'ai commencé à découvrir son œuvre peu après...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oh, merci pour ces souvenirs. Parfois on a peur d'approcher les artistes, mais généralement ils sont fort contents et coopératifs.
      Ainsi, un an après avoir publié deux billets sur et avec des poèmes de Silvia Baron Supervielle, elle m'a écrit pour me remercier et nous avons eu une courte correspondance. Elle vit à Paris et est très âgée maintenant.
      À bientôt Kwarkito.

      Supprimer
  7. Il me fait un peu penser à notre cher Père Fouettard, aussi dit Zwarte Piet ou Hans Kroef, compagnon de Saint NIcolas chez nous,mais qui est un ... ramoneur et que les "anti-racistes" veulent proscrire de notre folklore!!!

    Que c'est bien "architecturé", ce poème à la fois graphique,ludique et élégant...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ici pour les Trois Rois (pas de Saint Nicolas en Espagne), une personne de couleur noire joue le rôle de Balthazar...une façon de contourner, d'intégrer aussi je suppose.

      Bon week-end dame Edmée.

      Supprimer
  8. Merci chère Colo pour ce joli poème de Marguerite Yourcenar. Je découvre car je n'ai jamais rien lu d'elle.
    Bon week-end avec mes bisous ♥

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bon week-end à toi aussi chère Denise.

      Supprimer
  9. ah c'est réjouissant que ce poème, les rois mages ont toujours fait partie de mon imaginaire alors ce Petrouchka est fait pour me plaire

    RépondreSupprimer
  10. Une trouvaille, ce poème inattendu ! C'est si beau, "le soleil pour ballon d'or", merci Colo.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, j'ai été la première surprise. En fait je lisais des poèmes et traductions de Silvia Baron Supervielle, et c'est comme ça que...
      Bonne soirée.

      Supprimer
    2. Je reviens pour saluer ta nouvelle bannière, magnifique photo où se promener ! Bonne semaine, Colo.

      Supprimer
    3. C'est un endroit où nous sommes passées ensemble, entre Calvià et la route de Puigpunyent, tu t'en souviens?
      Une semaine douce (13-14º) et pluvieuse ici, je te souhaite du soleil.

      Supprimer
  11. Je suis d'accord avec Tania. La même phrase m'a touchée! Bisous

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Regarder le soleil autrement...Bonne soirée Val.

      Supprimer
  12. Quel joli poème ! Réaliser cette traduction français espagnol avec des mots qui collent à la perfection au texte originale est aussi une belle prouesse. Cela semble facile et pourtant je ne pense pas que celà le fut. Mais je pense que SBS a connu une satisfaction énorme à s'imprégner de la version française pour la traduction.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Cette dame poétesse, Argentine d'origine, vit en France depuis très longtemps et est parfaitement bilingue Serge.
      Merci d'être passé.

      Supprimer
  13. Joli poème, joliment traduit par cette poétesse dont je viens de prendre connaissance: Silvia Barón Supervielle. Toi qui maîtrise l'espagnol et le français, Colo, si tu publies ce poème, c'est que il te touche profondément et que la traduction en espagnol te convient parfaitement.
    Merci Colo
    Bises

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oh, je serais bien incapable de traduire aussi joliment ce poème Bizak!
      Bon week-end, besos

      Supprimer
  14. Russo-pyramidal, certes, mais très réussi.
    Silvia Baron Supervielle, toujours du très très bon.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. On voyage K, poésie sans frontières...

      Supprimer
  15. "Soy como ustedes un juguete en la enorme mano."
    Et cela vient de se vérifier pour moi. :(
    Besitos.

    RépondreSupprimer
  16. Réponses
    1. Pour nous, plus simples à déchiffrer ces hiéroglyphes européens...

      Supprimer
  17. En plus, elle sculptait la poésie, quelle femme talentueuse, quelle grande âme ! Merci Colo, lumineuse journée. brigitte

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Une découverte ce calligramme...j'aime beaucoup ton expression "sculpter la poésie"!
      Bonne journée Brigitte, un beso.

      Supprimer
  18. "Un pantin entre des mains géantes" : à méditer ! Bonne journée, Colo !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. En effet, ce dernier vers est lourd de sens...
      Bonne journée à toi aussi Annie!

      Supprimer
  19. Poème pour une poupée......J'aurais bien aimé qu'il y ait 8 poèmes, un pour chacune des matriochkas ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah, tu nous en fais une jolie aquarelle, je cherche un(e) poète, ok?:-))

      Supprimer
  20. Un petit bijou bien ciselé en effet.
    Merci.
    Encore un aspect de son œuvre qui m'était inconnu.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Inconnu de tous je crois, c'est vraiment un hasard si je l'ai lu!
      Besos

      Supprimer
  21. Douée l'académicienne ! On la connaît moins pour ses traductions. "Suis/suie", c'est adroit et joli.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Inattendu en effet! Bonne journée Christw...voyons si le froid s'en va vers d'autres horizons, poco a poco.

      Supprimer