16 mai 2012

Un vent si cruel et délicat / Un viento tan cruel y delicado


LE LECTEUR DE JULES VERNE” de Almudena Grandes. (Épisodes d'une guerre interminable) Je crois que ce roman est traduit en français, mais je ne possède que le volume en espagnol.
Nino, 9 ans et fils de garde civil, vit dans un village de la Sierra Sur de Jaen; un garçon qui n'oubliera jamais l'été 1947, moment où il fait une rencontre qui changera sa vie... Un roman dur et délicat à la fois, passionnant aussi qui se déroule durant l'après-guerre civile. Je vous le recommande vivement.

Voici la première page du roman, elle me semble de toute beauté:

« Les gens disent qu'en Andalousie il fait toujours beau, mais dans mon village, en hiver, nous mourions de froid.
   Avant la neige, et par traîtrise, arrivait le gel. Quand les jours étaient encore longs, quand le soleil de midi chauffait toujours et que nous descendions jouer à la rivière, les après-midi, l'air soudain s'aiguisait et devenait plus propre, et puis le vent, un vent si cruel et délicat qu'on aurait dit qu'il était fait de cristal, un cristal aérien et transparent qui descendait de la sierra en sifflant, sans lever la poussière des rues. Alors, à la frontière de n'importe quelle nuit d'octobre, de novembre avec un peu de chance, le vent nous rattrapait avant de rentrer chez nous, et nous savions que le « bon temps » était fini. (...)
   Dans mon village, l'hiver commençait quand le vent le voulait, quand il lui prenait le caprice de nous poursuivre dans les rues et de nous égratigner le visage de ses ongles de cristal comme s'il avait de vieux comptes à régler avec nous, une dette qui ne se soldait pas jusqu'à l'aube, car il continuait à vrombir sans repos de l'autre côté des portes, des fenêtres fermées, pour cesser soudain, comme empiffré de sa propre furie, à cette heure où même les insomniaques dorment déjà.
   Et dans ce calme rusé et discret, malgré les livres et les calendriers, et bien que ce n'était sur aucune affiche, la première gelée tombait sur nous.
Après, tout était hiver. » (…)
(Trad : Colo)
Site en français : http://www.books.fr/best-seller/la-guerre-sans-fin/qualification_id=9/


EL LECTOR DE JULIO VERNE” de Almudena Grandes es una novela que cuenta la historia de un niño de 9 años, Nino, hijo de guardia civil, en un pueblo de la sierra de Jaen. Un niño que jamás olvidará el verano 1947 cuando hizo un encuentro que cambiará su vida... Una novela dura y delicada a la vez, apasionante, que tiene lugar durante la post- guerra civil.




La novela empieza por una página que me pareció magistral:

La gente dice que en Andalucía siempre hace buen tiempo, pero en mi pueblo, en invierno, nos moríamos de frío.
    Antes que la nieve, y a traición, llegaba el hielo. Cuando los días todavía eran largos, cuando el sol del mediodía aún calentaba y bajábamos al río a jugar por las tardes, el aire se afilaba de pronto y se volvía más limpio, y luego el viento, un viento tan cruel y delicado como si estuviera hecho de cristal, un cristal aéreo y transparente que bajaba silbando de la sierra sin levantar el polvo de las calles. Entonces, en la frontera de cualquier noche de octubre, noviembre con suerte, el viento nos alcanzaba antes de volver a casa, y sabíamos que lo bueno había acabado. (…)
   En mi pueblo, el invierno empezaba cuando quería el viento, cuando al viento se le antojaba perseguirnos por las calles y arañarnos la cara con sus uñas de cristal como si tuviera alguna vieja cuenta que ajustar con nosotros, una deuda que no se saldaba hasta la madrugada, porque seguía zumbando sin descanso al otro lado de las puertas, de las ventanas cerradas, para cesar de repente, como empachado de su propia furia, a esa hora en la que hasta los desvelados duermen ya. Y en esa calma artera y sigilosa, a despecho de los libros y calendarios, aunque no estuviera escrito en ningún cartel, la primera helada caía sobre nosotros. Después, todo era invierno.”(...)

Os recomiendo esta lectura, dura a la par que delicada.

Explicación de la novela por la autora: http://www.almudenagrandes.com/
Foto: Fuensanta de Martos, pueblo de la novela / Village du roman
  


40 commentaires:

  1. "Vents contraires", "Le coeur glacé", les titres d'Almudena Grandes que j'ai trouvés en traduction sur la Toile font écho à ce grand froid. Très beau début, merci pour la traduction. Le vent aux ongles de cristal, superbe ! Une romancière à découvrir, pour moi.
    Inutile de te préciser qu'en Belgique, ce mois de mai peine vraiment à sortir de l'hiver - un temps plus propice à la lecture ou à l'écriture qu'au jardinage. Un baiser tout frais.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Les deux romans que tu cites sont excellents et Almudena Grandes est l'auteure préférée de ma fille, une bonne référence donc!!!
      Frisquet aussi ici aujourd'hui, je te renvoie un baiser de la même chaleur.

      Supprimer
  2. " vent de cristal " oui c'est très fort. Le vent n'en finit jamais de régler ses comptes. J'aime beaucoup ce texte. je cherche de suite une traduction française. Merci Colo.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce vent voyageur qui parfois même nous apporte du sable africain...
      S'il n'est pas encore traduit, cela ne saurait tarder (je dis moi)
      Bonne après-midi à toi.

      Supprimer
  3. Hors sujet mais sans plus tarder :
    Chère Colo
    depuis quand votre blog a-t-il disparu de ceux que j'emporterai sur une île déserte ? ou plus précisément, pourquoi de cette liste, fut-il effacé par une de ces énigmes technico-brolesques qui me dépassent ?
    comme un mécano maladroit d'une loco générale dépassée par le "progrès", j'ai réparé cet outrage aux choix qui me tiennent vraiment à coeur

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Cher JEA, un coup du vent cruel? Allez savoir, mais je vous remercie d'avoir contrecarré ses plans diaboliques.

      Supprimer
  4. A lire le commentaire de Tania, pas de traduction en français de ce roman. Me reste plus qu'à me mettre à l'espagnol!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oh, à mon avis il sera traduit avant que tu ne saches assez d'español pour le lire!
      Sinon, je m'y mettrai peu à peu, promis.

      Supprimer
    2. Tu doutes de mes capacités. Depuis hier, j'ai appris le mot curandero!!! Cela dit, à chaque nouveau billet ici, je lis la V.O. et la V.F.

      Supprimer
    3. Mais pas du tout La Bacanta! Je calculais en fonction du temps que j'ai mis, moi, à lire (avec plaisir) en español....ce qui ne veut rien dire of course.
      Bon, vous avez congé dans le nord, mais nous on bosse ici, bye, bye.

      Supprimer
  5. Belle page mais je me prends à frissonner...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. "Comme un visage en pleurs
      que les brises essuient,
      L'air est plein du frisson
      des choses qui s'enfuient." Baudelaire

      À bientôt.

      Supprimer
    2. Merci, Colo, pour ces magnifiques vers Baudelairiens.

      Supprimer
  6. Les saints de glace s'éternisant en ce milieu de mois de mai, ce texte aussi brillant (que de la glace) soit-il ne me réchauffe guère ! Brrr !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tiens, en te lisant je me suis dit que j'ignorais qui étaient ces saints! Un lien intéressanthttp://www.web-libre.org/dossiers/saints-glace,7029.html

      Ça va passer ce froid, tu vas pouvoir repiquer tes légumes!

      Supprimer
  7. Para mi, ese sera el libro del verano, ya que de momento todavia tengo algunos libros en reserva, ese ya lo leyo mi hermana y me lo tiene reservado para el mes de julio, me gusto bastante Ines y la alegria y segun me dicen,este es mejor !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. No sé si es mejor, es algo diferente Marie, ya que estamos aquí en la post-guerra, pero el tono histórico + romántico + aventura es el mismo.
      ¡Ojalá te guste también!

      Supprimer
  8. Ce texte donne envie d'être lu. J'adore cette phrase "l'air soudain s'aiguisait et devenait plus propre"… quelle belle métaphore pour parler du froid.

    Mon espagnol est souvent trop incertain mais pourquoi pas essayer de le lire dans cette belle langue qui est celle de mes ancêtres. Après tout, j'ai découvert l'œuvre d'octavio Paz de cette façon là (un dico à la main pour les mots sur lequels je butais mais à la fin le plaisir de lire en espagnol, langue aux sonorités poétiques s'il en est !)

    En plus, un séjour à Grenade peut-être cet été ou l'autre été est en projet… Alors de petites révisions seraient à l'ordre du jour… ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Aucun doute alors, adelante, leelo en español!

      Très imagée, cette langue apprise il y a fort longtemps, m'enchante encore et toujours.
      Il est amusant de découvrir de plus en plus de blogueuses/blogueurs d'origine espagnole mais vivant en France ou ailleurs.
      Bonne lecture et voyage...il fait trrrrrrès chaud en été à Granada, mais c'est si beau et intéressant.

      Supprimer
  9. Une très belle entrée en matière, pleine de poésie. Mais le livre ... "Le pire de la répression franquiste", lit-on sur le site en lien ! J'attendrai un peu.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est un livre intemporel, à lire quand on veut bien sûr Lily.
      A. Grandes, dans une fresque de 6 volumes, le premier est "Inès et la joie", retrace fidèlement des épisodes de la guerre civile et du franquisme, rien de léger donc, mais y place des personnages fictifs qui aiment, vivent...et la lecture n'est en rien pesante, dure, mais comme une aventure.
      Je te mets un autre lien qui t'en dira plus:
      http://www.ladepeche.fr/article/2012/04/22/1336525-toulouse-a-joue-un-role-crucial-pour-les-espagnols.html

      Supprimer
  10. J'aime beaucoup les écrits d'Almuneda Grandes même si parfois il est difficile d'entrer dans le récit qui souvent foisonne de personnages.
    Le coeur glacé m'avait marquée je n'ai pas encore lu Inès et la joie et je ne connaissais pas celui que tu nous présentes aujourd'hui.
    Tu ne veux pas nous envoyer un peu de chaleur?
    On gèle ici!
    Bonne journée

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah, aujourd’hui il y a juste 20º ici, pas de quoi vous réchauffer, mais le prochain billet fera un effort d'envoi plus chaleureux!

      Excellent weekend.

      Supprimer
  11. Comme Autour du Puits j'ai lu avec plaisir cet auteur, ce livre là n'est pas encore traduit mais je l'ai noté pour surveiller sa sortie car ton extrait et le sujet sont très tentant

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je suis convaincue que tu aimeras celui-ci Dominique: j'ai vu que "Inès et la joie" est paru en français en mars de cette année, celui-ci devrait suivre.
      Bon dimanche.

      Supprimer
  12. Chez nous le temps reste de cristal... belle page, merci pour ce plaisir !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je regarde les prévisions pour demain sur Bruxelles, 22º et orages...de jolis grêlons transparents?

      Supprimer
  13. Je vais noter le nom de cette auteur(e) dans ma liste des prochains à lire... Je ferai une recherche dans notre "médiathèque" bibliothèque...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonne lecture LOU, j'espère que tu aimeras...

      Supprimer
  14. Ici le vent nous "fouette" le visage ou nous "pince".
    C'est loin d'être un vent aux "ongles de cristal" car où j'habite lorsque le froid "tombe" c'est un peu comme si on vous frottait avec du papier de verre.
    Chaque goutte d'embrun qui pénètre au plus profond de vous , jusque sous vos habits, se transforme en microscopique glaçon dur comme de l'émeri.
    Ici le vent ne vous écorche pas , il vous polit , il vous burine le corps entier, il vous fait ressembler à une écrevisse qu'on vient d'ébouillanter (c'est peut-être pour cela qu'on dit qu'il pince?)
    J'espère que ce livre sera traduit en Français un jour . Comme Lou,il est noté dans ma liste d'ouvrages à ne pas rater .

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Votre description du vent breton est si précise et imagée cher Gérard que j'ai l'impression de le ressentir!
      Le vent froid sec est en effet fort différent...mais ici, comme chez vous et comme sur toutes les îles, il est humide et pénètre impitoyablement dans nos chairs, nous laissant transis.
      Sinon, oui je suis sûre qu'il sera traduit vu que le premier de la série l'a été.

      Joyeux dimanche à vous.

      Supprimer
    2. J'ai quelquefois entendu dire lors d'hivers rigoureux et venteux "j'ai froid à mes os" , ce qui en dit beaucoup sur ce froid très pénétrant!
      Bon dimanche à vous aussi Colo.

      Supprimer
  15. Oh ce vent, j'en ai eu froid rien qu'à le lire... Je le connais un peu moi-même....

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'imagine bien que tu le connais, toi la voyageuse....c'est l'idée, si erronée aussi, que dans les pays du sud il fait toujours chaud!!!
      Bon dimanche.

      Supprimer
  16. Merci de ce partage et de nous offrir aussi une belle perspective de lecture !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Avec plaisir K, à bientôt avec Octavio Paz ou/et d'autres.

      Supprimer
  17. Nueve meses de invierno tres meses de infierno?

    un très beau texte assurément.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Sí Maïté, eso es. Pero en medio de todos los horrores, desastres, hay momentos más soleados.

      Veo que tu mano te permite unas palabras, me alegro.

      Supprimer
  18. J'aime le vent qui balaie nos vies, nos villages comme une exigence de pureté, j'aime écouter ses histoires le soir quand la maison devient refuge ...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. « Quand nous rions, nous nous vidons et le vent passe en nous, remuant portes et fenêtres, introduisant en nous la nuit du vent. » Paul Éluard.

      Elles sont si belles les histoires du vent, merci Marcelle.

      Supprimer