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23 juin 2020

Cléopâtre / Cleopatra


Cléopâtre , Eduardo Galeano
 
Ses courtisanes la baignent dans du lait d’ânesse et de miel. Après l’avoir ointe de sucs de jasmins, lys et chèvrefeuille, elles déposent son corps sur des coussins de soie rembourrés de plumes.
Sur ses paupières fermées, de fines tranches d’aloès. Sur la figure et le cou, des emplâtres faits de bile de bœuf, d’œufs d’autruche et de cire d’abeilles.
Quand elle s’éveille de sa sieste, la lune brille déjà au ciel.
Les courtisanes imprègnent de roses ses mains et parfument ses pieds d’élixirs d’amandes et de fleur d’oranger. Ses aisselles exhalent des fragrances de citron et de cannelle, et les dattes du désert donnent de l’arôme à sa chevelure, brillante d’huile de noix.
Et arrive le tour du maquillage. De la poudre de scarabée sur les joues et les lèvres. De la poudre d’antimoine dessine les sourcils. Le lapis-lazuli et la malachite lui font un masque d’ombres bleues et d’ombres vertes autour des yeux.
Dans son palais d’Alexandrie, Cléopâtre entre dans sa dernière nuit.
La dernière pharaonne,
celle qui ne fut pas aussi belle qu’on le dit,
celle qui fut meilleure reine qu’on le dit,
celle qui parlait plusieurs langues et s’y connaissait en économie et autres mystères masculins,
celle qui éblouit Rome,
celle qui défia Rome,
celle qui partagea le lit et le pouvoir avec Jules César et Marc Antoine, a mis maintenant ses habits les plus éblouissants et s’assied lentement sur son trône, tandis que les troupes romaines avancent contre elle.
Jules César est mort, Marc Antoine est mort. Les défenses égyptiennes tombent.
Cléopâtre commande d’ouvrir le panier en paille.
La sonnette sonne.
Le serpent glisse.
Et la reine du Nil ouvre sa tunique et lui offre ses seins nus, brillants de poudre d’or.
(Trad:Colo)
NB: cette fois, et pour l'instant, j’arrête ces portraits pour laisser la place à la poésie.


Si vous voulez vous remettre en mémoire la vie de Cléopâtre, ses amours, lisez cette narration fort sympathique et vivante:


Cleopatra
Eduardo Galeano

Sus cortesanas la bañan en leche de burra y miel. Después de ungirla en zumos de jazmines, lirios y madreselvas, depositan su cuerpo desnudo en almohadones de seda rellenos de plumas.
Sobre sus párpados cerrados, hay finas rodajas de áloe. En la cara y el cuello, emplastes hechos de bilis de buey, huevos de avestruz y cera de abejas.
Cuando despierta de la siesta, ya hay luna en el cielo.
Las cortesanas impregnan de rosas sus manos y perfuman sus pies con elixires de almendras y flores de azahar. Sus axilas exhalan fragancias de limón y de canela, y los dátiles del desierto dan aroma a su cabellera, brillante de aceite de nuez.
Y llega el turno del maquillaje. Polvo de escarabajos colorea sus mejillas y sus labios. Polvo de antimonio dibuja sus cejas. El lapislázuli y la malaquita pintan un antifaz de sombras azules y sombras verdes en torno de sus ojos.
En su palacio de Alejandría, Cleopatra entra en su última noche.
La última faraona,
la que no fue tan bella como dicen,
la que fue mejor reina de lo que dicen,
la que hablaba varias lenguas y entendía de economía y otros misterios masculinos,
la que deslumbró a Roma,
la que desafió a Roma,
la que compartió cama y poder con Julio César y Marco Antonio, viste ahora sus más deslumbrantes ropajes y lentamente se sienta en su trono, mientras las tropas romanas avanzan contra ella.
Julio César ha muerto, Marco Antonio ha muerto. Las defensas egipcias caen.
Cleopatra manda abrir la cesta de paja.
Suena el cascabel.
Se desliza la serpiente.
Y la reina del Nilo abre su túnica y le ofrece sus pechos desnudos, brillantes de polvo de oro.
(En "Mujeres"ed sigloXX, p.90)

17 juin 2020

Emily



Voici le dernier billet, c’est promis;-), sur les portraits de Femmes de E. Galeano. En quelques mots il nous parle d’Emily Dickinson, la voici accompagnée de deux courts poèmes.
Aquí va la última entrada, lo prometo;-), sobre retratos de “Mujeres” de E. Galeano. En pocos palabras nos habla de Emily Dickinson, lo he acompañado de dos breves poemas suyos.



Emily

C’est arrivé à Amherst, en 1886
Quand mourut Emily Dickinson, la famille découvrit mille huit cents poèmes gardés dans sa chambre.
Sur la pointe des pieds elle avait vécu, sur la pointe des pieds elle écrivit. Elle ne publia pas plus de onze poèmes durant toute sa vie, presque tous anonymes ou signés sous un autre nom.
De ses ancêtres puritains elle hérita l’ennui, marque de distinction de sa race et de sa classe: interdit de se toucher, interdit de se dire.
Les hommes faisaient de la politique et des affaires et les dames perpétuaient l’espèce et vivaient malades.
Emily vécut la solitude et le silence. Enfermée dans sa chambre, elle inventait des poèmes qui violaient les lois, les lois de la grammaire et les loi de son propre enfermement, et c’est là que chaque jour elle écrivait une lettre à sa belle-sœur, Susan, la lui envoyait par courrier, bien que vivant dans la maison à côté.
Ces poèmes et ces lettres fondèrent son sanctuaire secret, où ses douleurs cachées et ses désirs interdits voulurent être libres.
(Trad:Colo)


EMILY
Ocurrió en Amherst, en 1886.
Cuando Emily Dickinson murió, la familia descubrió mil ochocientos poemas guardados en su dormitorio.
En puntas de pie había vivido, y en puntas de pie escribió. No publicó más que once poemas en toda su vida, casi todos anónimos o firmados con otro nombre.
De sus antepasados puritanos heredó el aburrimiento, marca de distinción de su raza y de clase: prohibido tocarse, prohibido decirse.
Los caballeros hacían política y negocios y las damas perpetuaban la especie y vivían enfermas.
Emily habitó la soledad y el silencio. Encerrada en su dormitorio, inventaba poemas que violaban las leyes, las leyes de la gramática y las leyes de su propio encierro, y allí escribía una carta por día a su cuñada, Susan, y se la enviaba por correo, aunque ella vivía en la casa de al lado.
Esos poemas y esas cartas fundaron su santuario secreto, donde quisieron ser libres sus dolores escondidos y sus prohibidos deseos.
En Mujeres (Siglo XXI), página 174.
  


Poème 288 


Je suis Personne! Qui êtes-vous?
Êtes-vous —Personne — vous aussi?
Alors nous sommes deux.- Mais silence!
On nous chasserait —vous savez!



Que c'est pénible d'être— Quelqu'un!

Que c'est commun —telle une Grenouille-

De dire son nom —sans cesse—

Au Marais qui admire!

-----------------------
¡Yo no soy Nadie! ¿Quién eres tú?
¿Tampoco eres Nadie tú?
Ya somos dos - ¡Pero no lo digas!
Ya sabes, luego se percatarían.

¡Qué terrible ser - Alguien!
¡Qué público decir tu nombre

Cual Rana ‑ todo el santo día –
Para que un
Pantano se asombre!




Poème 249

Folles nuits —Folles nuits!
Si j'étais avec toi
De folles nuits seraient
Notre luxure!

Futiles —les vents—
Pour un Cœur au port—
Plus de Boussole—
Plus de Carte!

Ramant dans l'Eden—
Oh! la mer!
Si je pouvais amarrer —ce soir—
En toi!

¡Noches locas-Noches locas!
Si estuviera contigo
Serían esas noches
Nuestro Gozo sin fin.

Fútiles- los vientos
Para un corazón al puerto-
Nada de Brujulas-
Nada de Mapas!
 
¡Remando al Paraíso!
¡Oh este mar!
¡Si pudiera anclar en Ti-
Esta noche!


 

10 juin 2020

Alertes et fugues / Alertas y fugas



Nous poursuivons avec deux textes du livre “Mujeres” d’Eduardo Galeano (voir billet précédent).
Le premier...vous comprendrez vite pourquoi je l’ai choisi. 
Le second arrache un sourire ou même un rire, au vu des inconvénients et prétextes avancés par certains hommes.

Seguimos con dos textos del libro “Mujeres” de Eduardo Galeano. (ver entrada anterior).
El primero...comprenderéis rápidamente porque lo elegí.
El el segundo nos hace sonreír, sino reír, a la vista de algunos inconvenientes y pretextos citados por algunos hombres.


Harriet

C’est arrivé vers le milieu du dix-neuvième siècle.
Harriet Tubman fugue, emportant en souvenir les cicatrices dans le dos et une fente dans le crâne.
Elle n’emmène pas son mari. Lui préfère rester esclave et père d’esclaves.
- Tu es folle - lui dit-il -. Tu pourras t’échapper, mais pas le raconter.
Elle s’échappe, le raconte, revient, emmène ses parents, revient encore et emmène ses frères. Et elle fait dix-neuf voyages depuis les plantations du sud jusqu’aux terres du nord, traversant la nuit, et de nuit en nuit, elle libère plus de trois cents noirs.
Aucun des fugitifs n’a été capturé. On dit que Harriet résout d’un tir les épuisements et les remords qui surgissent à mi-chemin. Et on dit qu’elle disait:
- Moi, je ne perds aucun passager.
C’est la tête la plus dure de son temps. Une récompense de quarante mille dollars est offerte.
Personne ne la touche.
Ses déguisements de théâtre la rendent méconnaissable et aucun chasseur ne peut rivaliser avec son art de brouiller les pistes ni d’inventer des chemins.
(Trad:Colo) 

Harriet

Ocurre a mediados del siglo diecinueve.
Se fuga
Harriet Tubman y se lleva de recuerdo las cicatrices en la espalda y una hendidura en el cráneo.
Al marido no se lo lleva. Él prefiere seguir siendo esclavo y padre de esclavos:
—Estás loca –le dice–. Podrás escaparte, pero no podrás contarlo.
Ella se escapa, lo cuenta, regresa, se lleva a sus padres, vuelve a regresar y se lleva a sus hermanos. Y hace diecinueve viajes desde las plantaciones del sur hasta las tierras del norte, y atravesando la noche, de noche en noche, libera a más de trescientos negros.
Ninguno de sus fugitivos ha sido capturado. Dicen que Harriet resuelve con un tiro los agotamientos y los arrepentimientos que ocurren a medio camino. Y dicen que ella dice:
—A mí no se me pierde ningún pasajero.
Es la cabeza más cara de su tiempo. Cuarenta mil dólares fuertes se ofrecen en recompensa.
Nadie los cobra.
Sus disfraces de teatro la hacen irreconocible y ningún cazador puede competir con su maestría en el arte de despistar pistas y de inventar caminos.
 E. Galeano


Alerte! Bicyclettes!



-La bicyclette a fait plus que tout et plus que personne pour l’émancipation des femmes dans le monde – disait Susan Anthony.
Et, disait Elizabeth Stanton, sa compagne de lutte:
-Les femmes nous voyageons, en pédalant, vers le droit au vote.
Certains médecins, comme Philippe Tissié, avertissaient que la bicyclette pouvait provoquer avortements et stérilité, et d’autres collègues assuraient que cet instrument indécent menait à la dépravation, car il donnait du plaisir aux femmes qui frottaient leurs parties intimes contre la selle.
La vérité est que, à cause de la bicyclette, les femmes se déplaçaient par elles-mèmes, elles désertaient le foyer et jouissaient du dangereux petit goût de la liberté. Et à cause de la bicyclette, le corset oppressif, qui empêchait de pédaler, sortait de l’armoire et s’en allait au musée.
 Trad:Colo
NB: (Les deux femmes sur Wiki.
 Susan Brownell Anthony, née le 15 février 1820 et décédée le 13 mars 1906 était une militante américaine des droits civiques, qui joua notamment un rôle central dans la lutte pour le suffrage des femmes aux États-Unis qui aboutira en 1920 à l'adoption du dix-neuvième amendement de la Constitution américaine, donnant le droit de vote aux femmes.
Cofondatrice, avec Elizabeth Cady Stanton, de la National Woman Suffrage Association, elle sillonne les États-Unis et l'Europe en donnant de 75 à 100 conférences par an pour les droits des femmes, pendant plus de 45 ans. Lors de l'élection présidentielle de 1872, qui voit la réélection du président Grant pour un second mandat, Susan Anthony est arrêtée et condamnée pour avoir tenté de voter.) 

Alarma: ¡Bicicletas!

—La bicicleta ha hecho más que nada y más que nadie por la emancipación de las mujeres en el mundo –decía Susan Anthony.
Y decía su compañera de lucha, Elizabeth Stanton:
—Las mujeres viajamos, pedaleando, hacia el derecho de voto.
Algunos médicos, como Philippe Tissié, advertían que la bicicleta podía provocar aborto y esterilidad, y otros colegas aseguraban que este indecente instrumento inducía a la depravación, porque daba placer a las mujeres que frotaban sus partes íntimas contra el asiento.
La verdad es que, por culpa de la bicicleta, las mujeres se movían por su cuenta, desertaban del hogar y disfrutaban el peligroso gustito de la libertad. Y por culpa de la bicicleta, el opresivo corsé, que impedía pedalear, salía del ropero y se iba al museo.
E. Galeano

3 juin 2020

Marginalisation / Marginación


Mujeres - Femmes Eduardo Galeano

Ce livre d’Eduardo Galeano intitulé “Mujeres”-Femmes, pas (encore?) traduit en français, paru en 2015, juste après son décès, est un parcours de vies de femmes à travers près de 2.500 ans d’histoire.
Paradoxes, contradictions, luttes, sacrifices, condamnations et réussites de femmes aussi différentes que Cléopâtre, Artémise, Frida Kahlo, Eva Perón, Camille Claudel ou Marylin Monroe…
“ Galeano nous amène à réfléchir sur la conception légale, philosophique et religieuse qui donna un cadre institutionnel à la marginalisation de la moitié de l’humanité. C’est ainsi qu’il nous rapporte les mots d’Aristote sur les femmes: “La femme est comme un homme difforme. Il lui manque un élément essentiel: l’âme”. Son artillerie littéraire pointe aussi le Code Civil de Napoléon édité en 1804, qui sert encore de modèle juridique dans le monde, dans lequel les femmes furent privées des droits fondamentaux, “comme les enfants, les criminels et les débiles mentaux...”*

En attendant que ce livre paraisse en français, je vous traduirai au fur et à mesure quelques histoires de femmes, écrites par E.Galeano bien sûr!


http://www.vagabunda.mx/las-mujeres-de-eduardo-galeano-de-lo-ultimo-que-escribio-antes-de-su-muerte/ 

Mujeres, este libro publicado justo después de la muerte de Eduardo Galeano en 2015, recorre la vida de mujeres a través de unos 2.500 años de historia.
Paradojas, contradicciones, luchas, sacrificios, condenaciones y logros de mujeres tan diferentes como Cleopatra, Artemisa, Frida Kahlo, Eva perón, Camille Claudel ou Marylin Monroe….

“Galeano nos lleva a reflexionar sobre la concepción legal, filosófica y religiosa que dio un marco institucional a la marginación de la mitad de la humanidad. Así, nos trae las palabras de Aristóteles sobre las mujeres: “La hembra es como un macho deforme. Le falta un elemento esencial: el alma”. También apunta su artillería literaria contra el Código Civil de Napoleón dictado en 1804, que todavía sirve de modelo jurídico en el mundo, en el que las mujeres fueron privadas de derechos fundamentales, “como los niños, los criminales y los débiles mentales...” (Fuente: https://www.elhistoriador.com.ar/mujeres-fragmentos-de-eduardo-galeano/)

Aquí va un retrato, publicaré unos cuantos, poco a poco.


JUANA
Tout comme Teresa de Ávila, Juana Inés de la Cruz se fit religieuse pour éviter la prison du mariage.
Mais son talent offensait aussi au couvent. Cette tête de femme avait-elle un cerveau d’homme? Pourquoi écrivait-elle comme un homme? Pourquoi voulait-elle penser, si elle cuisinait si bien? Et elle, moqueuse, répondait:
- Que pouvons-nous savoir, nous les femmes, si ce n’est des philosophies de cuisine?
Comme Teresa, Juana écrivait, bien que le père Gaspar de Astete avait prévenu qu’une jeune fille chrétienne n’a pas besoin de savoir écrire, et que cela peut lui porter préjudice.
Comme Teresa, Juana non seulement écrivait mais, pour plus de scandale, elle écrivait indubitablement bien.
À différents siècles, et sur différentes rives de la même mer, Juana, la Mexicaine, et Teresa, l’Espagnole, défendaient en paroles et par écrit la moitié méprisée du monde.
Comme Teresa, Juana fut menacée par l’Inquisition. Et l’Église, leur Église, les poursuivit car elles louaient l’humain autant ou plus que le divin, et obéissaient trop peu et posaient trop de questions.
Avec du sang, et non de l’encre, Juana signa sa repentance. Et jura silence, pour toujours. Et muette, elle mourut.
(Trad:Colo)


JUANA
Como Teresa de Ávila, Juana Inés de la Cruz se hizo monja para evitar la jaula del matrimonio.
Pero también en el convento su talento ofendía. ¿Tenía cerebro de hombre esta cabeza de mujer? ¿Por qué escribía con letra de hombre? ¿Para qué quería pensar, si guisaba tan bien? Y ella, burlona, respondía:
—¿Qué podemos saber las mujeres, sino filosofías de cocina?
Como Teresa, Juana escribía, aunque ya el sacerdote Gaspar de Astete había advertido que a la doncella cristiana no le es necesario saber escribir, y le puede ser dañoso.
Como Teresa, Juana no sólo escribía, sino que, para más escándalo, escribía indudablemente bien.
En siglos diferentes, y en diferentes orillas de la misma mar, Juana, la mexicana, y Teresa, la española, defendían por hablado y por escrito a la despreciada mitad del mundo.
Como Teresa, Juana fue amenazada por la Inquisición. Y la Iglesia, su Iglesia, la persiguió, por cantar a lo humano tanto o más que a lo divino, y por obedecer poco y preguntar demasiado.
Con sangre, y no con tinta, Juana firmó su arrepentimiento. Y juró por siempre silencio. Y muda murió.
E. Galeano

9 avr. 2020

Eduardo Galeano, deux textes courts / Galeano, dos textos cortos

Eduardo Galeano, nous connaissons déjà cet écrivain Uruguayen, surtout pour son recueil de textes, souvent très courts, du "Livre des étreintes". 
Mais voici deux autres petits textes, lourds de sens, vous verrez.

Bajo el título “El miedo manda” , el uruguayo Eduardo Galeano denuncia en varios textos el uso del miedo como arma de poder.
 Aquí van dos, cortos. 



Sécurité   Eduardo Galeano

Elle nous vit, dormant. Dans le rêve d’Elena nous étions tous les deux à faire la queue, avec beaucoup d’autres passagers, dans un quelconque aéroport, car tous les aéroports sont plus ou moins les mêmes. Et chaque passager portait un oreiller sous le bras. En route vers une machine, qui nous attendait; les oreillers passaient sous la machine et la machine lisait les rêves de la nuit antérieure.

C’était une machine détectrice de rêves dangereux pour l’ordre public. 
(Trad:Colo)

Seguridad          Eduardo Galeano

Durmiendo nos vio. En el sueño de Elena estábamos los dos haciendo fila con muchos otros pasajeros en algún aeropuerto, quién sabe cual, porque todos los aeropuertos son más o menos todos iguales. Y cada pasajero llevaba una almohada bajo el brazo. Rumbo a una máquina, que nos esperaba, pasaban las almohadas bajo la máquina y la máquina leía los sueños de la noche anterior.
Era una máquina detectora de sueños peligrosos para el orden público.
 


Indices

On ne sait si cela s’est passé il y a un moment ou un siècle ou jamais.
À l’heure de se rendre à son travail un bûcheron découvrit qu’il lui manquait la hache.
Il observa son voisin. Le voisin avait tout à fait l’aspect d’un voleur de haches.
C’était clair: le regard, les gestes, la façon de parler.

Quelques jours plus tard le bûcheron trouva la hache qu’il avait perdue. Et quand il observa à nouveau son voisin, il constata qu’il n’avait rien d’un voleur de hache, ni dans le regard ni dans les gestes ni dans la façon de parler.
(Trad:Colo)


Indicios
No se sabe si ocurrió hace un rato o hace siglos o nunca.
A la hora de ir a trabajar un leñador descubrió que le faltaba el hacha.
Observó a su vecino. El vecino tenía todo el aspecto de un ladrón de hachas. Estaba claro: la mirada, los gestos, la manera de hablar.
Unos días después el leñador encontró el hacha que había perdido. Y cuando volvió a observar a su vecino, comprobó que no se parecía para nada a un ladrón de hachas, ni en la mirada ni en los gestos ni en la manera de hablar.

Note: 
Sous le titre “La peur commande” L’Uruguayen Eduardo Galeano dénonce dans plusieurs textes l’usage de la peur comme arme de pouvoir.
 Sur ce blog d'autres textes de E. Galeano.

13 janv. 2017

Pour vous messieurs /Para ustedes, señores

Oui, pour vous messieurs, avec toute ma compréhension et sympathie.

Sí, para ustedes señores, con toda mi comprensión y simpatía.

Rembrandt, 1630, homme chauve au manteau fourré

Moi, mutilé capillaire
Eduardo Galeano - Le livre des étreintes  (Traduction Colo)
 
Les coiffeurs m'humilient en ne me faisant payer que la moitié.

Il y a environ vingt ans, le miroir révéla les premières éclaircies sous la chevelure dissimulatrice. Aujourd'hui le reflet de ma calvitie dans les vitrines, fenêtres et vitres me provoque un frémissement d'horreur.

Chaque cheveu que je perds, chacun des derniers cheveux, est un compagnon qui tombe, et qui, avant, a eu un nom, ou du moins un numéro.

La phrase d'un ami compatissant me console:

- Si le cheveu était si important, il serait dans la tête et pas en dehors.

Je me console aussi en constatant que pendant toutes ces années j'ai perdu beaucoup de cheveux mais aucune idée, ce qui est une joie si on le compare à tant de repentis* qui vont de par le monde.



*Il fait référence, je crois, à tous ceux qui ont carrément changé de cap, d'idées...au cours de leur vie.




 


Yo, mutilado capilar

 Los peluqueros me humillan cobrándome la mitad.

  Hace unos veinte años, el espejo delató los primeros claros bajo la melena encubridora. Hoy me provoca estremecimientos de horror el luminoso reflejo de mi calva en vidrieras y ventanas y ventanillas.

  Cada pelo que pierdo, cada uno de los últimos cabellos, es un compañero que cae, y que antes de caer ha tenido nombre, o por lo menos número.

  Me consuelo recordando la frase de un amigo piadoso:

  - Si el pelo fuera importante, estaría dentro de la cabeza, y no afuera.

  También me consuelo comprobando que en todos estos años se me ha caído mucho pelo pero ninguna idea, lo que es una alegría si se compara con tanto arrepentido que anda por ahí.

Eduardo Galeano - El libro de los abrazos.


25 oct. 2016

Le secret du raisin / El secreto de la uva





C'est le temps des raisins. Ici on dit “uvas con queso saben a beso”. Autrement dit: avec du fromage, les raisins ont le goût des baisers.
Irrésistibles donc...







Extrait /extracto de

Eduardo Galeano



El libro de los abrazos
Le livre des étreintes



Le raisin et le vin

A l'agonie, un homme des vignes parla à l'oreille de Marcela.
Avant de mourir il lui révéla son secret:

Le raisin, chuchota-t-il, est fait de vin.

Marcela Pérez-Siva me le conta, et je pensai: si le raisin est fait de vin, peut-être sommes-nous les mots qui racontent ce que nous sommes.

 (trad: Colo)
 

 


La uva y el vino

Un hombre de las viñas habló, en agonía, al oído de
Marcela. Antes de morir, le reveló su secreto:

La uva le susurró está hecha de vino.

Marcela Pérez-Silva me lo contó, y yo pensé: si la uva
está hecha de vino, quizás nosotros somos las palabras
que cuentan lo que somos.




 



                             



17 avr. 2015

Loin de la peur / Lejos del miedo


Eduardo Galeano (Uruguay), décédé la semaine dernière, était non seulement un grand poète et narrateur, mais aussi un analyste, plutôt lucide, qui nous a expliqué dans “Les veines ouvertes de l'Amérique Latine” comment s'imbriquent le pouvoir et l'Histoire. Il y raconte le passé d'un continent, c'était en 1971, une époque où Cuba n'était pas encore suspecte, ou du moins on pouvait encore croire et penser que de l'île allait venir un monde meilleur. Pas mal d'artistes, dont le poète Benedetti, l’auteur-compositeur-interpète Viglietti et Galeano reprirent le message du Che et d'autres, mais en lui ajoutant une touche plus, - comment dire?, humaine, hédoniste, romantique. Ni uniformes ni louanges à l'Union Soviétique. On aimait le vin, l'amour et...le football.
Galeano était un grand fan de foot, et quand on le lui reprochait, il répondait “Pour les intellectuels de gauche, le football empêche le peuple de penser. Pour ceux de droite, il prouve qu'il pense avec les pieds. C'est un business? Le sexe n'en est-il pas un? Et ceux qui savent m'ont dit que le sexe n'est pas mal”.
Il transforma le foot en une affaire politique.
Le général Videla le condamna à mort (il vécut en exil) et les “caudillos” de gauche se laissèrent aduler par lui. Toujours il offrit son renom pour appuyer toutes les causes justes, présentes et futures.
Peut-être lit-on certains de ses écrits avec un brin de raillerie de nos jours, peut-être s'est il parfois trompé, mais qui pas?



Eduardo Galeano, fallecido la semana pasada, era no solo un gran poeta y narrador, sino también un analista, mas bien lúcido, que nos explicó en “Las venas abiertas de América Latina” cómo se imbrican el poder y la Historia. Nos cuenta el pasado de un continente, era en 1971, una época en la que Cuba todavía no era sospechosa, o por lo menos se podía creer y pensar que de la isla iba a salir un mundo mejor. Muchos artistas, entre los cuales el poeta Benedetti, el autor y interprete Viglietti y Galeano recogieron el mensaje del Che y de otros, pero añadiéndole un toque, - ¿cómo decirlo?, más humano, hedonista, romántico. Ni uniformes ni alabanzas a la Unión Soviética. Gustaba el vino, l'amour, y...el fútbol.
Galeano era un gran fan de fútbol, y cuando se le reprochaba, respondía: «Para los intelectuales de izquierdas, el fútbol impide que el pueblo piense. Para los de derechas, prueba que piensa con los pies. ¿Que es un negocio? ¿El sexo no lo es? Y los que saben me han dicho que el sexo no está mal».
Trasformó el deporte en un asunto político.
El General Videla le condenó a muerte (vivió en el exilio) y los caudillos de izquierda se dejaron adular por él. Siempre ofreció son renombre para apoyar todas las causas justas, presentes y futuras.
Tal vez leamos algunos de sus escritos con algo de mofa hoy en día, tal vez se haya equivocado a veces, pero ¿quién no?

Sources /Fuentes:
El País :http://cultura.elpais.com/cultura/2015/04/13/actualidad/1428951264_473655.html
La voz de Galicia : http://www.lavozdegalicia.es/noticia/opinion/2015/04/15/galeano-hombre-palabra/0003_201504G15P15994.htm
El Mundo: http://www.elmundo.es/cultura/2015/04/13/552bbabbe2704e5f158b457a.html

Signos y constelaciones enamorados / Miró /Signes et constellations amoureux.


Voici trois courts textes extraits du “Livre des étreintes” (déjà publié ici l'histoire du petit garçon et de la montre)
Aquí tres textos cortos extraídos de “El libro de los abrazos” (ya publiqué aquí la historia del niño y des reloj)




El arte y el tiempo

¿Quiénes son mis contemporáneos? -se pregunta Juan Gelman.
Juan dice que a veces se cruza con hombres que huelen a miedo, en Buenos Aires, París o donde sea, y siente que esos hombres no son sus contemporáneos.
Pero hay un chino que hace miles de años escribió un poema,
acerca de un pastor de cabras que está lejísimos de la mujer amada y sin embargo puede escuchar, en medio de la noche, en medio de la nieve, el rumor del peine en su pelo: y leyendo ese remoto poema, Juan comprueba
que sí, que ellos sí, que ese poeta, ese pastor y esa mujer son sus contemporáneos.
 
L'art et le temps
Qui sont mes contemporains? -se demandait Juan Gelman.
Juan dit que parfois il croise des hommes qui ont une odeur de peur, à Buenos Aires, à Paris ou n'importe où, et qu'il sent que ces hommes ne sont pas ses contemporains.
Mais il y a un chinois qui, il y a des milliers d'années, écrivit un poème sur un berger de chèvres qui se trouve très loin de la femme aimée et qui pourtant peut entendre, au milieu de la nuit, au milieu de la neige, le bruit du peigne dans ses cheveux: et en lisant ce lointain poème, Juan constate que oui, que eux oui, que ce poète, ce berger et cette femme sont ses contemporains.






La función del arte /1

Diego no conocía la mar. El padre, Santiago Kovadloff, lo llevó a descubrirla.
Viajaron al sur.
Ella, la mar, estaba mas allá de los altos médanos, esperando.
Cuando el niño y su padre alcanzaron por fin aquellas dunas de arena, después de mucho caminar, la mar estalló ante sus ojos. Y fue tanta la inmensidad de la mar, y tanto su fulgor que el niño quedó mudo de hermosura.
Y cuando por fin consiguió hablar, temblando, tartamudeando, pidió a su padre;
- ¡Ayúdame a mirar!


La fonction de l'art / 1

Diego ne connaissait pas la mer. Le père, Santiago Kovadloff l'emmena la découvrir.
Ils voyagèrent cap vers le sud.
Elle, la mer, se trouvait au-delà de hautes dunes; elle attendait.
Quand enfin l'enfant et son père atteignirent ces dunes de sable, après une longue marche, la mer explosa devant leurs yeux. Et l'immensité de la mer fut telle, tel son éclat que l'enfant resta muet de beauté.
Et quand, enfin, il réussit à parler, tremblant, bégayant, il demanda à son père:
- Aide-moi à regarder!





La desmemoria /2

El miedo seca la boca, moja las manos y mutila. El miedo de saber nos condena a la ignorancia; el miedo de hacer, nos reduce a la impotencia. La dictadura militar, miedo de escuchar, miedo de decir, nos convirtió en sordomudos.
Ahora la democracia, que tiene miedo de recordar, nos enferma de amnesia: pero no se necesita ser Sigmund Freud para saber que no hay alfombra que no
pueda ocultar la basura de la memoria.

Le manque de mémoire / 2

La peur sèche la bouche, mouille les mains et mutile. La peur de savoir nous condamne à l'ignorance; la peur de faire nous réduit à l'impuissance. La dictature militaire, peur d'écouter, peur de dire, nous transforma en sourds-muets.
Maintenant la démocratie, qui a peur de se souvenir, nous rend malades d'amnésie: mais il n'est pas besoin d'être Sigmund Freud pour savoir qu'il n'existe aucun tapis qui ne peut cacher la poubelle de la mémoire.



Traductions: Colo