27 mars 2017

Un tigre-poète / Un tigre-poeta


Un tigre

MERCEDES ESCOLANO, Cádiz, España, 1964


Je pense à un tigre. Il descendra en ville
à l’heure où s’ouvrent les bars
et se répand un intense parfum
humain. La nuit tombe. Assoiffé
il s’accoudera au bar et boira
quelques verres les yeux allumés
du brillant sinistre et métallique,
souple sa langue, parfumé le local
avec le va-et-vient continuel des clients.
Du fond parvient un blues élastique et le hurlement
endiablé des machines à sous.
Il observe en silence et trempe ses crocs.
La griffe que cache sa chemise le trahit.
Personne ne dirait -à son aspect-
que c’est un cruel assassin de la jungle,
mais plutôt un homme peu pressé, indolent,
incapable de s’inventer
une autre routine.
Chaque vendredi, tendre et solitaire,
il commettra un crime sans autre trace
qu’un poème oublié sur le bar.

(Trad:Colo et merci à Adrienne)

Juan Gris, 1912, Hombre en el bar


Un tigre 

MERCEDES ESCOLANO, Cádiz 1964 

Pienso en un tigre. Bajará a la ciudad
a la hora en que abren los bares
y se expande un intenso perfume
humano. Anochece. Sediento
se acodará en la barra y beberá
unas copas con los ojos prendados
del brillo siniestro y metálico,
dúctil su lengua, aromado el local
con un vaivén continuo de clientes.
De fondo un blues elástico y el rugir
endiablado de las máquinas tragaperras.
Observa en silencio y remoja sus fauces.
Le delata la garra que esconde su camisa.
Nadie diría —por su aspecto—
que es un cruel asesino de la selva,
sino un hombre sin prisas, indolente,
incapaz de inventar
se otra rutina.
Cada viernes, tierno y solitario,
cometerá un crimen sin más rastro
que un poema olvidado sobre la barra.



32 commentaires:

  1. Oh que j'aime ce poème-récit, d'un homme anodin et solitaire qui se veut dangereux, les narines pleines des odeurs du soir, les babines frémissantes, les crocs luisants... et puis il écrit, silencieux!

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    1. C'est exactement ce que j'ai aimé moi aussi, on le "voit" presque, dans ce bar de nuit...

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  2. Tigre, mais triste tigre, tout de même. Tendre et solitaire, mais le tigre a laissé un poème!
    Quand on te lit, on ne pense pas que c'est traduit.

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    1. Merci beaucoup, tu sais toi que traduire requiert beaucoup de travail, alors ça me fait grand plaisir.

      Triste tigre...difficile à dire vite plusieurs fois de suite!;-))
      Bonne semaine.

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  3. j'ai bien aimé ce poème et sa chute qui l'enferme dans un cercle :-)

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    1. Merci encore, tes petites remarques et corrections en ont fait un texte fluide!

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  4. Ben moi, j'ai envie de le prendre par la main ce p'tit tigre et de l'emmener marcher au bord de la mer ou sur une montagne, il a besoin de nature et de joie il me semble... Ton illustration est très bien choisie ! Bises. brigitte

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    1. Sûr que cela lui ferait du bien Brigitte!
      Merci et excellente semaine, un beso.

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  5. Bonjour Colo, le tigre est mon animal préféré donc j'ai aimé ce poème. Merci.

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    1. Un tigre inspiré est peut-être doublement préféré...
      Bonne semaine Dasola.

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  6. des criminels qui laissent des poèmes dans les bars il faut les protéger comme une espèce en voie de disparition

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    1. En effet, peut-être qu'en tous on y arrivera!

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  7. Bien vu qu il laisse des vers au bar...

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    1. Hé, hé...
      Tu connais sûrement le poème "Le Bar" d'Antonin Artaud

      "Salut ô bar qui nous délivres des poisons

      Des misères et des douleurs et des alarmes

      En nous jetant dans la nudité de nos âmes

      Sur des grèves où les tourments n’arrivent pas."

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  8. Image un peu polar pour décrire le poète des comptoirs et coins de table qui aiguise les griffes de quelques pieds avec quelques verres d'alcool. Belle illustration de Juan Gris.

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    1. Oui, c'est bien vu, suspens jusqu'à la fin...
      merci Christian, bonne semaine.

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  9. Très beau poème. très belle illustration.
    La chute du poème est une ouverture inattendue après ce climat si bien créé. Un poème très cinématographique. Une ambiance où tout y est de la gestuelle à la lumière en passant par le fond musical.
    C'est félin, c'est carnassier et puis soudain comme le lait sur le feu, ça déborde; ça déborde de tendresse et c'est très agréable à lire et relire.Il y a une "patte d'écriture, une "griffe" en guise de signature.
    Bonne semaine, Colo. Je t'embrasse.

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    1. Oui, c'est tout ça chère Maïté, tu lis toujours si attentivement!
      Bonne semaine à toi aussi, j'espère qu'il fait aussi beau à Bordeaux qu'ici!
      Besos

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  10. On le voit ce félin sur son comptoir, qui s'enfuit en laissant son poème ... un beau poème qui a sa part de mystère.

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    1. Tu as raison, comme un film...je suis contente qu'il t'ait plu.
      À bientôt!

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  11. La nostalgie du fauve. J'y vois le rythme lent du temps. Les crocs qui se plantent dans le verre. Lassitude du moment où le fauve ronronne encore un peu.

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    1. Cher Obni, contente de te lire, lentement.
      Merci, bonne journée!

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  12. Je m'inquiète, est ce un assassin-poète ? Ce qui me rassure c'est qu'il est dit "tendre". J'aime le commentaire de K :-)
    Bises printanières, Colo !

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    1. Oh quand la griffe est un stylo, je crois qu'il ne faut pas trop s'inquiéter Fifi.
      Besos para ti!

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  13. Parfois, lorsque l'inspiration ne vient pas pour un poète, c'est clair qu'il peut sortir ses griffes mais ne fait de mal à personne :-) En fait, c'est un poète qui veut faire plaisir.
    Mes bisous chère Colo ♥

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    1. C'est bien de le voir comme ça Denise!
      Besos pour toi Denise.

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  14. Très beau, très étrange aussi et un peu inquiétant

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    1. Oui, une ambiance un peu glauque...

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  15. Voir au-delà des apparences ...
    Serions nous capable de reconnaître le tigre ?

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