Encore une semaine très chaude, alors de l’eau, une source, et F. García Lorca,
ça vous dit ? Un long poème que j'ai trouvé superbe.
Source (extraits)
F. García Lorca
L'ombre s'est endormie en la prairie.
Les sources chantent.
Face au vaste crépuscule d'hiver,
Mon cœur songeait.
Que ne puis-je comprendre les sources,
Le secret de l'eau
Nouveau-née : chant occulte
À tous les regards
De l'esprit, douce mélodie,
Au-delà des âmes ? ...
Luttant sous le poids de l'ombre
Chante une source.
Je m'approche pour écouter son chant
Mais mon cœur ne perçoit rien.
C'est un jaillissement d'invisibles étoiles
Au ras de l'herbe chaste,
La naissance du Verbe de la terre
En un sexe sans tache.
(….)
Mais je perçois dans l'eau
Quelque chose qui m'émeut... comme un souffle
À travers le feuillage de mon âme.
Sois arbre ! dit une voix lointaine.
Et un torrent d'étoiles
Roula dans le ciel clair.
Mon doux feuillage n'entendra-t-il jamais
Le secret de l'eau ?
Est-ce que ma racine atteindra le royaume
Où il naît et se fige ?
J'inclinai mon ramage vers le ciel
Que l'onde répétait.
Je le mouillai au cristallin
Diamant bleu qui chante
Et je sentis les sources bouillonner
Ainsi qu'elles faisaient à mon oreille humaine.
C'était le même flux plein de musique
Et de science ignorée.
À lever mes bras gigantesques
Face à l'azur, j'étais
Plein de brouillard épais, de rosée
Et de lumière fanée.
J'éprouvai la tristesse des arbres :
Je désirai des ailes
Pour pouvoir me jeter dans le vent
Jusqu'aux étoiles claires.
Pourtant mon cœur dans les racines,
Triste, me murmurait :
Si tu ne comprends pas les sources,
Meurs et brise tes ramées !
Seigneur, arrache-moi du sol. Fais-moi entendre
Le langage de l'eau !
Donne-moi une voix amoureuse qui tire
Leur secret aux ondes enchantées.
Pour allumer leur phare, je ne veux
Que l'huile des paroles.
Sois rossignol ! dit une voix perdue
En la morte distance.
Et un torrent d'astres de feu
Jaillit alors du sein de la nuit.
Traduit de l'espagnol par André Belamich
Gallimard, 1954
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Manantial
F. García Lorca
La
sombra se ha dormido en la pradera.
Los manantiales cantan.
Frente
al ancho crepúsculo de invierno
mi corazón soñaba.
¿Quién
pudiera entender los manantiales,
el secreto del agua
recién
nacida, ese cantar oculto
a todas las miradas
del espíritu,
dulce melodía
más allá de las almas...?
Luchando
bajo el peso de la sombra,
un manantial cantaba.
Yo me
acerqué para escuchar su canto,
pero mi corazón no entiende
nada.
Era un brotar de estrellas invisibles
sobre la hierba
casta,
nacimiento del Verbo de la tierra
por un sexo sin
mancha.
(…)
Mas
yo siento en el agua
algo que me estremece..., como un aire
que
agita los ramajes de mi alma.
¡Sé árbol! (Dijo una voz en la
distancia.)
Y hubo un torrente de luceros
sobre el cielo
sin mancha.
¿No
podrán comprender mis dulces hojas
el secreto del
agua?
¿Llegarán mis raíces a los reinos
donde nace y se
cuaja?
Incliné mis ramajes hacia el cielo
que las ondas
copiaban,
mojé las hojas en el cristalino
diamante azul
que canta,
y sentí borbotar los manantiales
como de humano
yo los escuchara.
Era
el mismo fluir lleno de música
y de ciencia ignorada.
Al
levantar mis brazos gigantescos
frente al azul, estaba
lleno
de niebla espesa, de rocío
y de luz marchitada.
Tuve la
gran tristeza vegetal,
el amor a las alas.
Para poder
lanzarse con los vientos
a las estrellas blancas.
Pero mi
corazón en las raíces
triste me murmuraba:
"Si no
comprendes a los manantiales,
¡muere y troncha tus
ramas"!
¡Señor, arráncame del suelo! ¡Dame oídos
que
entiendan a las aguas!
Dame una voz que por amor arranque
su
secreto a las ondas encantadas,
para encender su faro sólo
pido
aceite de palabras.
"Sé
ruiseñor!", dice una voz perdida
en la muerta distancia,
y
un torrente de cálidos luceros
brotó del seno que la noche
guarda.

C'est joli, mais comme d'habitude chez moi, le poème reste assez hermétique, même en relisant.
RépondreSupprimerÀ quelques exceptions près, les recueils de poésie que je tente de lire me tombent des mains.
Mais que j'aime le frisson du chant des sources et l'ardeur des bras d'arbres levés vers l'azur...
J'espère que vous allez bien, chère Colette.
Bien amicalement.
"Mais je perçois dans l'eau / Quelque chose qui m'émeut... comme un souffle /
RépondreSupprimerÀ travers le feuillage de mon âme. / Sois arbre ! dit une voix lointaine. / Et un torrent d'étoiles
Roula dans le ciel clair."
De l'eau à l'arbre, nouvel écho entre nos blogs, je m'en réjouis. Bonne semaine, Colo.