Ida Vitale, qui a maintenant 102 ans, est née à Montévidéo. Femme de lettres et poétesse Uruguayenne, voici un poème d’elle que je n’avais jamais publié, sans doute n’avais-je pas trouvé une jolie façon de le traduire. Mais voilà qu’une autre femme, poétesse elle aussi, Silvia Baron Supervielle, l’a fait pour nous.
Traduire
Quelqu’un
déborde
au cœur de la nuit.
Face à un ordre de mots
étrangers,
rebelle soumis,
il leur offre l’éventail de
toute sa mémoire,
les revêt d’une nouvelle peau
et avec
cet amour
les couche en langue neuve.
Éteinte
la lumière,
le vent tempête dans les arbres,
et il fait
froid près de la fenêtre
et la certitude que tout
paysage
intérieur se brise
comme une phrase qui atteint le
fond
du redoutable sens.
Il n’y a pas
de guide
bienveillant
dans le désert.
Les pas sont aveugles,
le
ciel est sans étoiles.
Et l’esprit anticipe les fauves.
Ni plus Ni Moins. Éditions du Seuil. 2016. Traduction : Silvia Baron Supervielle & François Maspero.
Traducir
Alguien
desborda,
al centro de la noche.
Ante un orden de palabras
ajenas,
rebelde sometido,
ofrece el canto de toda su
memoria,
las reviste de nueva piel
y con amor
las
duerme en nueva lengua.
Apagada
la luz,
el viento se pregona entre los árboles
y junto a
la ventana hay frío
y la certeza de que todo paisaje
adentro
se interrumpe
como frase que alcanza la madriguera
del
terrible sentido.
No hay dispuesto
en el yermo
un
benévolo guía.
Los
pasos son a ciegas,
el cielo sin estrellas.
Y el
pensamiento anticipa las fieras.

Je ne connais pas du tout cette poétesse, je sens une souffrance, un arrachement peut-être ? Je vais aller explorer sa biographie, merci dame Colo, des bises, y-a-t-il la canicule chez toi aussi ? brigitte
RépondreSupprimerBonjour Brigitte, comme énormément de sud-américains, elle a connu des dictatures, l'exil (au Mexique) etc.
SupprimerOn a chaud, oui, comme partout hélas. Je t'embrasse.
Paysage intérieur, paysage extérieur, ils ne font qu'un pour décrire la tempête. C'est très beau. Merci de nous faire découvrir ces deux poétesses. Bises alpines caniculaires.
RépondreSupprimerTrès imagé ce poème, un peu les affres de la traduction ?
SupprimerDes besos bien chauds..hum, hum.
Cette poétesse porte bien son nom ! Revêtir les mots d'une nouvelle peau, j'aime cette image de la traduction.
RépondreSupprimerTrès belle image en effet, et elle décrit bien cette absence de guide au moment de traduire, il ne s'agit pas qe des mots et pourtant il nous faut en choisir.
SupprimerBonne soirée, Tania
"il leur offre l’éventail de toute sa mémoire,
RépondreSupprimerles revêt d’une nouvelle peau
et avec cet amour
les couche en langue neuve."
Elle parle de toi, Colo :-) de la difficulté de choisir les mots adéquats, ne pas trahir...
Tu nous réjouis régulièrement et je suis sûre que tu y prends aussi du plaisir .
Bonne continuation dans des lieux de fraîcheur où se réfugier
Bises un peu épuisées :-))
Oh oui, Fifi, j'aime énormément traduire même si parfois je me décourage, le rythme, la musique n'y sont pas, un vers sonne mal etc...
SupprimerMerci !
Je crois que nous sommes plus préparés que vous à de grosses chaleurs, à rester confinés pendant des heures...
Je t'embrasse, un baiser tout frais.
102 ans? Ben purée, bravo à cette poétesse! J'espère que tu n'as pas trop chaud! Bisous
RépondreSupprimerLa poésie semble conserver !
SupprimerPasse un bon été Val, un beso
"avec Amour, tu couches les mots sur le papier en langue neuve " cela te correspond tout à fait Colo !
RépondreSupprimerLe traducteur est aussi important que l'auteur. Certains livres sont sublimés par des traducteurs talentueux. C'est un art à part entière.
Courage sous ce soleil qui brûle, plantes, animaux et humains. Je t'embrasse.
Merci, je rougis Claudie.
SupprimerCurieusement ici nous avons aujourd'hui la température normale de l'été, entre 29 et 31º de maximum.
Je t'embrasse aussi.
C'est bien cela, il me semble : une nouvelle peau. C'est très beau.
RépondreSupprimerMerci !
SupprimerIl n’y a pas
RépondreSupprimerde guide bienveillant
dans le désert.
Les pas sont aveugles,
le ciel est sans étoiles.
Et l’esprit anticipe les fauves.
Résonne bien avec l'actualité, l'anticipation des fauves
Aucun doute, Zoë.
SupprimerMerci pour la découverte de ce poème et de l'auteur. Bon dimanche, bises.
RépondreSupprimerMerci à toi d'être passée. Je suis paresseuse ces derniers temps, bon, la chaleur a cette conséquence ...Bonne semaine, un beso
SupprimerComme toujours quand je viens ici, je découvre...Je ne connaissais pas cette poétesse et je trouve cette idée superbe de recouvrir les souvenirs d'une nouvelle peau. Tout recommencer avec un regard neuf, nous devrions le faire plus souvent. Merci pour ce partage. A très bientôt
RépondreSupprimerBonjour Manou, il y a un recueil de poèmes d'Ida Vitale appelé "Ni plus ni moins", traduit au départ par François Macspéro et Et Silvia Baron Supervielle. Mais après le décès de Maspéro, Silvia a poursuivi la traduction seule. Une excellente traductrice.
SupprimerLa poésie se lit peu, circule mal...
Bonne journée !