7 déc. 2016

Le gant d'une voix / El guante de una voz



 Poursuivons/ Sigamos con/ avec Jorge Boccanera

"Quand la dictature a commencé j'étais très jeune. Pour quelqu'un qui est en train de se former, l'exil est différent que pour ceux qui doivent l'affronter à un âge mûr. Je suis parti par voie de terre en un voyage qui dura 7 mois pour arriver au Mexique. Ce voyage m'a beaucoup appris. A mesure que je parcourais le continent j'apprenais non seulement sa poésie, mais son histoire, ses gens. Les odeurs, la musique, la vie des gens m'atteignaient également."
Trad:Colo
 
Cuando comenzó la dictadura yo era muy joven. Para alguien que está en formación, el exilio es diferente al de aquellos que deben afrontarlo en una edad de madurez. Me fui por tierra en un viaje que duró siete meses hasta llegar a México. Ese viaje me enseñó mucho. A medida que recorría el continente iba aprendiendo no sólo su poesía, sino su historia, su gente. Me llegaban también los olores, la música, la vida de la gente.”
Extracto de una entrevista del 2009 http://www.confinesdigital.com/conf22/jorge-boccanera.html

Carlos Correa, Naturaleza en silencio, Colombia1941 Óleo sobre lienzo 1,90 x 1,90 cms -Fuente: Museo de Arte de Medellín Fco. Antonio Zea -Editor o Impresor: Banco Popular -Gestor: Jorge Cárdenas - Tulia Ramírez




Dictature, silence.

Effilochure

Le silence est-il le gant d'une voix?
Pourrait-on le toucher?
Nous souviendrions-nous le silence d'un jour quelconque
                         étant enfants?
Peut-être vole-t-il à ras du sol?
Le poète réduit au silence, accepte-t-il
                  volontairement ou est-ce le silence qui l'appelle?
Qui ne dit mot, consent-il?

Ce sont des réponses que je ne peux poser.*
Je n'ai pas peur du silence,
même quand il écrase ses ailes de poudre sur
                        ma fenêtre.
L'écouter ne fait pas peur.
J'ai peur de le voir.

Trad: Colo

* Ici jeu de mots entre poser(demander) une question et la réponse.

Hilachas

Es el silencio el guante de una voz?
¿Se podría tocar?
Recordaríamos el silencio de un día cualquiera
             cuando niños?
¿Acaso vuela al ras del suelo?
El poeta que se llama a silencio, ¿va
             voluntariamente o el silencio lo llama?
El que calla, ¿otorga?

Son respuestas que yo no puedo preguntar.
No le temo al silencio,
aun cuando se estrelle con sus alas de polvo en
              mi ventana.
No da miedo escucharlo.
Tengo miedo de verlo.


32 commentaires:

  1. comment parler de la dictature et du silence subi ou imposé...
    un poème qui fait réfléchir!

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    1. Partir et parler, rester et se taire ou parler(et mourir?)...dilemmes.

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  2. C'est superbe !
    Ah, les ailes de poudre du silence...

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    1. Il y a un poème dédié à une sourde-muette à qui les gens donnent un sou pour qu'elle montre la langue...payer pour voir le silence.
      Ce silence, plus que les mots, est un des thèmes principaux de sa réflexion.
      Bonne fin de semaine K.

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  3. être réduit au silence, y a t-il pour un poète quelque chose de plus douloureux
    l'exil est vraiment la douleur totale et je suis totalement admirative des gens qui recommencent une nouvelle vie

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    1. Tout à fait d'accord, et notre contemporain Boccanera mérite certainement notre admiration!

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  4. Quelle vue splendide en bannière !
    Dans le silence de Carlos Correa, une guitare.
    Dans le silence de Jorge Boccanera, des mots emprisonnés.

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    1. La photo est de notre amie CH. en Amérique Centrale...

      J'ai hésité pour l'illustration: nous sommes peu habitués aux tons, couleurs qu'emploient la plupart des peintres sud-américains, mais ce sont les leurs et à nous de nous y faire!
      Bonne fin de semaine Tania, un besito.

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  5. "le gant de la voix", quelle belle expression ! L'exil est une expérience particulière que seuls ceux qui la vivent peuvent sans doute comprendre.

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    1. Imagination dans la langue, oui.
      Oui, aussi pour l'exil...on n'imagine jamais la quantité innombrable de gens exilés, ou qui l'ont été, dans le monde. Que de déchirements...

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  6. Bonjour chère Colo, la photo de ton bandeau est magnifique et merci pour ton beau billet. Tout comme Aifelle, j'aime ces mots "le gant de la voix". J'ai une amie exilée depuis 40 ans, je crois et lorsqu'elle a dû fuir de son pays, elle devait le faire sans se retourner. Cela a été très dur.
    Douce soirée Colo avec mes bisous ♥

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    1. Quitter sans savoir ni si ni quand on pourra revenir...déchirements.

      Merci Denise, bonne soirée.

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  7. Quelle magnifique image d'accueil ! C'est un tableau, un poème en image!

    Le thème de l'exil est tristement actuel pour tellement de personnes.
    J'aime beaucoup :"Le silence est-il le gant d'une voix ?" Comme une protection quand la vie devient trop difficile...

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    1. Oui, un paysage de rêve Fifi!

      Il n'est pas de trop de lire et réfléchir, parler de l'exil. Hélas.
      Bon week-end Fifi.

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  8. Très belle image que ce poème... qui me laisse sans voix, admiration.

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    1. Merci de ta visite Pascale!
      À bientôt.

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  9. De certaines personnes, on dit qu'elles sont des puits de science. Vous, vous êtes un puits de poésie.
    Bon dimanche.

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    1. Je rougis...vous me faites vraiment plaisir Bonheur.
      Excellente journée.

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  10. Poésie magique, qui parle en douceur d'un mal terrible, le silence imposé, et qu'on ne veut voir. Mais tant de choses encore percent le silence... sans bruit...Merci Colo!

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    1. Tant d'endroits dans le monde où il faut se taire, mais où, tu as raison, on arrive, doucettement, à se faire entendre.
      Bonne semaine Edmée.

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  11. Le silence ne me fait pas peur, mais être réduit au silence, c'est une toute autre situation. Tu l'évoques de belle façon. Je ne sais qui a dit : "Si nous nous taisons, les pierres crieront."

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    1. Bonsoir Lily,

      Peut-être connais-tu ce cri du poète Blas de Otero durant le franquisme:

      IL ME RESTE LA PAROLE

      Si j’ai perdu la vie, le temps, tout
      ce que j’ai jeté, comme une bague, à l’eau,
      si j’ai perdu la voix dans les mauvaises herbes,
      il me reste la parole.

      Si j’ai souffert la soif, la faim, tout
      ce qui semblait être moi et finit par n’être rien,
      si j’ai moissonné les ombres en silence,
      il me reste la parole.

      Si j’ai ouvert les lèvres pour voir la figure
      pure et terrible de ma patrie,
      si je les ai ouvertes jusqu’à me les déchirer,
      il me reste la parole.

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  12. À la fois sombre et lumineux... Merci Colo, bel après-midi. brigitte

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    1. Merci d'être passée Brigitte, un beso.

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  13. Ah l'exil...!!! mon père était un éxilé. Ainsi que mon mari.
    C'est sans doute une des raisons pour laquelle ,je suis
    sensible ,aux textes et poèmes qui en parlent. Oui le silence
    est le gant de la voix . Cette expression me touche beaucoup.
    Amitiés à toi. ELZA
    est

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    1. Bonjour Elza, j'y suis très sensible moi aussi; nombre d'espagnols, âgés maintenant, ont fui la dictature,tu le sais; j'ai rencontré mon mari en Belgique et nous avons attendu la mort de Franco pour venir vivre en Espagne. Curieusement ici on ne parle presque pas de cette époque, pas encore du moins...
      Merci de ta visite, amicalement.

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  14. Les réponses sont aussi des questions bien souvent. Et le silence de celui qui s'interroge est plus grave que la question sans réponse.
    La toile de Carlos Correa me ...parle, si j'ose dire.

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    1. Bien vu.
      Léo Ferré chantant les poètes:
      "Ce sont des drôles de types qui regardent les fleurs
      Et qui voient dans leurs plis des sourires de femme
      Ce sont de drôles de types qui chantent le malheur
      Sur les pianos du cœur et les violons de l'âme".

      Bonne journée Christian.

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  15. "Le gant d'une voix", je n'avais jamais entendu cette expression. C'est très beau. Merci beaucoup.

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    1. Le grand plaisir du silence...Merci d'être passée.

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  16. La densité et la richesse du silence.
    J'aime.Tout comme j'aime le "gant de la voix".

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