18 févr. 2013

Au fond de l'eau.../ En el hondo del agua...

 
Dans la série de poèmes de F. García Lorca, miroirs et reflets, et parce qu'il faut bien s'arrêter un jour, voici ce dernier poème.
De nombreux problèmes de traduction cette fois aussi, notamment pour "niño" et "muchacho".
Il apostrophe le jeune, donc "enfant" pour "niño" ne convenait pas, j'ai choisi "petit".
Mais voilà que plus loin, il emploie "muchacho", garçon. Même problème. "jeune homme" n'est pas vraiment satisfaisant, si vous avez une suggestion...


En la serie de poemas de F. García Lorca, espejos y reflejos, y porque hay que parar un día, he aquí un último poema.
Traducirlo fue muy arduo...



Narcisse F. García Lorca

Petit.
Tu vas tomber dans le ruisseau!
Au fond il y a une rose
et dans la rose un autre ruisseau.
 
Regarde cet oiseau! Regarde
cet oiseau jaune!

Mes yeux sont tombés
dans l'eau.

Mon Dieu!
Il glisse! Muchacho!
 

...et dans la rose je suis, moi.

Quand il se perdit dans l'eau
je compris. Pourquoi expliquer.

(trad: Colo)

Narciso Arturo Martini

Narciso F. García Lorca
Niño.
¡Que te vas a caer al río!
En lo hondo hay una rosa
y en la rosa hay otro río.

¡Mira aquel pájaro! ¡Mira
aquel pájaro amarillo!
Se me han caído los ojos
dentro del agua.

¡Dios mío!
¡Que se resbala! ¡Muchacho! 

 
... y en la rosa estoy yo mismo.

Cuando se perdió en el agua
comprendí. Pero no explico.



vi interminables ojos inmediatos escrutándose en mí como en un espejo, vi todos los espejos del planeta y ninguno me reflejó” Borges, Aleph.


« je vis des yeux tout proches, interminables, qui s'observaient en moi comme dans des miroirs, je vis tous les miroirs de la planète et aucun ne me refléta” » JLB in l'Aleph
(Merci K)

Tania nous en envoie un autre, merci!


Le narcisse et la jonquille


Es-tu narcisse ou jonquille ?
Es-tu garçon, es-tu fille ?
Je suis lui et je suis elle,
Je suis narcisse et jonquille,
Je suis fleur et je suis belle
Fille.


Robert Desnos, Chantefleurs Chantefables

34 commentaires:

  1. oui, pourquoi expliquer
    que les oiseaux volent
    et les poissons nagent
    même si des poissons volent
    et des oiseaux surnagent...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. ...et des étoiles brillent au fond de l'eau.

      Supprimer
  2. Je lis en ce moment un magnifique roman où un vieil homme dit le vieux et une enfant dite la petite cheminent ensemble
    j'imagine tout à fait le vieux disant le début de ce poème à la petite à qui il veut nommer le monde
    une rose au fond d'un ruisseau et un oiseau qui vole

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Jolie correspondance en effet...tendresse.
      Belle journée, merci Dominique.

      Supprimer
  3. Je me demande si ce n'est pas avec vous que j'ai déjà avoué ma passion pour les problèmes de traduction. Un domaine que je ne pratique aucunement mais qui me plait beaucoup: votre exemple en est une belle illustration qui pose de nombreuses interrogations sur la façon de nommer et dire.
    Vos choix me semblent convenir... mais je ne connais pas l'espagnol.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Nous avions en effet effleuré le sujet mais je pensais que vous traduisiez vous aussi. Une passion plus qu'un passe-temps bien sûr, et plus le texte semble simple, plus il est compliqué! Surtout la poésie bien sûr qui pose tant de questions. Nous en discutons souvent longuement avec mon compagnon qui est espagnol car certains sous-entendus parfois m'échappent.
      Merci et bonne journée à vous!

      Supprimer
  4. Depuis ce matin, je vis avec le "pourquoi expliquer". Ces deux poèmes que tu viens de publier me 'parlent' beaucoup. Oui, ils me disent des choses.... Merci Colo

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le vent pousse les mots de Lorca vers toi, ¡muy bien!
      Merci d'être passé, un beso!

      Supprimer
  5. Pourquoi pas gamin ? je sens que mes méninges vont se triturer voire se... "torturer"... :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Gamin, oui, c'est une idée, il me semblait que le muchacho faisait plus référence à un garçon plus âgé que le niño du début; comme une évolution dans le poème. Mais je peux me tromper bien sûr.
      Surtout ne te torture pas l'esprit Lou!

      Supprimer
  6. L'important est qu'il ait compris ... et nous eh bien contentons-nous du rêve et de la musique des mots en reflet.
    Tu sais quoi ? j'ai du mal à regarder la sculpture qui te sert d'illustration, elle me glace. Et je ne peux pas expliquer pourquoi.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je comprends ton "glaçage" Sable, je crois qu'il est dû au côté brut de la pierre; je veux dire que les lignes et angles sont droits, bras, genou. Pas humains. Tu ne penses pas?
      Si tu cliques sur le nom du sculpteur, un italien fort connu, tu verras que ce n'est pas du tout une constante dans son oeuvre.
      Merci d'être passée, beaux rêves et oiseaux jaunes!

      Supprimer
  7. Oui, cela pourrait rappeler les moulages des corps à Pompeï. Oui un peu "mortuaire"... dans l'abandon d'un corps sur le sol.

    RépondreSupprimer
  8. Du garçon au jeune homme, je ne vois rien de plus.
    Des yeux tombés dans l'eau, le miroir qui avale les regards, la glissade où l'on se perd... Etonnant poème.
    En voici un autre, qui te plaira peut-être.

    Le narcisse et la jonquille

    Es-tu narcisse ou jonquille ?
    Es-tu garçon, es-tu fille ?
    Je suis lui et je suis elle,
    Je suis narcisse et jonquille,
    Je suis fleur et je suis belle
    Fille.

    Robert Desnos, Chantefleurs Chantefables

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il me plaît beaucoup Tania, merci! Je vais l'intégrer dans le billet!
      Belle soirée.

      Supprimer
  9. Une très belle lecture(à haute voix, bien entendu!) et son pendant français.

    Il semble que dans ce cas précis de "muchacho" on soit en limite de l'hispanisme avec la variété de nuances de la langue espagnole sur cette tranche d'âges; pas tout-à-fait- comme l'expression "hombre" mais pas très loin quand même.
    J'en veux pour preuves le point d'exclamation.
    à la limite,le mot "muchacho" pourrait rester tel quel, en italique, dans le texte avec la petite explication de nuance que tu as apportée.
    mais je ne suis pas experte en la matière. ce n'est que mon ressenti.
    Cependant, j'ai trouvé une explication de ce genre dans le Larousse en ligne, quand j'ai tapé dans le moteur de recherche" traduction de l'expression muchacho".
    Merci bien sûr pour ton billet que j'aime beaucoup.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour ta collaboration Maïté, j'ignorais si en français, le mot muchacho avait une quelconque résonance; je m'en vais illico remplacer ce "jeune homme" donc!
      Bien amicalement, ¡hasta pronto!

      Supprimer
  10. Ce beau poème donne le vertige, la photo aussi. Estoy cayendo!
    Je suis du même avis que Maïté : garder "muchacho".

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Vertige, oui Danièle! Comme le dit Tania, étrange ce poème de Lorca, très différent de ceux qu'on connaît de lui.
      Adopté le "muchacho", merci!

      Supprimer
  11. Pourquoi expliquer ?
    "Narcisse s'aima. Pour ce crime les Dieux le changèrent en fleur. Cette fleur donne la migraine et son oignon ne fait même pas pleurer."
    Le Grand Ecart (1923)
    Citations de Jean Cocteau
    Read more at http://www.dicocitations.com/citation.php?mot=Narcisse#Eowc5wBPz4UkVEgF.99

    Autres citations : Narcisse - Citations - Dicocitations ™ - Citation

    Belle journée Colo !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Migraine le narcisse? Ah, je n'avais jamais entendu cela! farceur le Cocteau!

      Merci Enitram, belle journée à toi aussi.

      Supprimer
  12. j'ai trouvé sur le net cette traduction


    NARCISSE

    Enfant.
    Tu vas tomber dans le fleuve !

    Au plus profond il y a une rose,
    et dans la rose un autre fleuve.

    Regarde cet oiseau ! Regarde
    cet oiseau jaune !

    Mes yeux sont tombés
    dans l’eau.

    Mon Dieu !
    Il glisse ! Enfant !

    … et dans la rose il y a moi-même.

    Quand il se fut perdu dans l’eau,

    Je compris. Mais je n’explique pas.


    Federico Garcia LORCA, Chansons (1921-1924)
    in Anthologie poétique
    (Ed. Charlot)

    http://www.abebooks.fr/Anthologie-po%C3%A9tique-Federico-Garcia-Lorca-Charlot/3389970360/bd

    Ainsi que cette belle vidéo
    http://www.youtube.com/watch?v=gimPH7GEnY4

    Très bonne soirée

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Grand merci Aloïs! Ici ils ont traduit par/ et répété "enfant", une traduction plus littérale donc; c'est un choix.
      La vidéo est belle, oui, la musique douce aussi. Tu es la reine des découvertes!
      Belle journée et encore gracias!

      Supprimer
  13. J'aime beaucoup les quatre premiers vers. Cette mise en abyme du ruisseau, vertigineuse et pourtant délicieuse. Par contre, la fin me dérange un peu ... Ce mythe, qui je pense est une mise en garde, n'a pas rempli sa fonction. "Mon Dieu! Il glisse! Muchacho!" (Très bon !)Je m'attendais à une réaction. Mais non ! Le poète est dans sa rose, dans sa "bulle" pourrait-on dire. Et il ne cherche même plus de mots. Tout reste intérieur et frustrant ... pour moi ! Amitié Colo.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci beaucoup Lily; le poète décide en effet de ne pas réagir, de laisser Narcisse plonger et se perdre dans son reflet, dans sa découverte de lui-même. Mais faudrait-il l'en empêcher?
      Connais-tu "L'esprit de solitude" de J. Kelen? Elle analyse ce mythe d'une façon personnelle, autre que freudienne, et fort intéressante.

      Belle journée, amicalement.

      Supprimer
    2. Je suis allée voir sur un site et ce livre m'a l'air tout à fait intéressant. Mais je pense que découverte de soi n'est pas amour exclusif de soi-même. La découverte intérieure, la solitude, sont importantes pour développer sa personnalité. Narcisse, lui, il est incapable d'aimer l'autre et bouffi d'admiration, de passion, pour lui-même. Cela est tout de même assez différent. Le véritable objectif de la connaissance de soi étant, pour moi, de parvenir à se décentrer. Merci beaucoup Colo, pour tes réflexions qui nous conduisent plus loin. Bonne journée !

      Supprimer
    3. Lily, il y a longtemps, sur un autre blog, j'avais écrit un billet résumant ce que J. Kelen en dit, elle qui conteste absolument cette incapacité à aimer l'autre, ce " bouffi d’admiration". Je te l'envoie par mail, c'est trop long ici. Je ne pense pas te convaincre bien sûr, juste un autre point de vue!
      Merci à toi...cheminements de la pensée!

      Supprimer
  14. J'aime vous lire les unes et les autres ... :)
    J'aime ta traduction et ton Muchacho conservé, dear Colo ! Il donne toute l'apostrophe à la traduction française et le goût du pays de Lorca et de ses eaux profondes où narcisse se noie ...

    Une fois qu'on s'est bien vu en face mais sous toutes nos coutures ! alors on peut commencer à mieux s'aimer pour mieux aimer l'autre, apostrophe d'apôtre, m'accompagneras-tu ?

    Bisous en Colo-nid !!!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour tes mots toujours pleins de fantaisie affectueuse; un chemin où il est difficile ne pas te suivre!
      Belle journée, besos!

      Supprimer
  15. Encore de la beauté pure. Je vais finir pas trouver les poètes français lourds à côté ! ;)
    J'avais pensé à "enfant" et "enfantelet" (mais c'est du vocabulaire de la Renaissance) ou "garçon", "garçonnet" ?
    Néanmoins c'est très joli aussi comme ça.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Parfois un peu pompeuse la poésie française, c'est vrai, certains poètes espagnols aussi tu sais! Mais pas Lorca!

      Enfantelet! J'aime bien ce mot, merci.
      Bon weekend Euterpe!

      Supprimer
  16. Je suggere petit ou gamin pour le second muchacho

    RépondreSupprimer