2 sept. 2010

Troncs et mystères / Troncos y misterios

Dix-neuf artistes majorquins de naissance ou d’adoption ont été réunis pour une exposition dans le jardin et deux salles d’un restaurant, près de Santa Eugenia, en pleine campagne. (Vidéo de présentation ici)
Le 13 août, soir de l’inauguration, il y avait trop de monde – déjà rien que leurs familles... m’a soufflé mon compagnon -, pour bien voir. Nous avons donc regardé, salué, parlé un moment avec l’un ou l’autre des exposants. Mais une seconde visite vendredi dernier a été des plus intéressantes.
Aujourd’hui je ne vous parlerai que de deux artistes liés par le thème de l’Arbre : Lluís López, et Sandra Lehnis.
Diez y nueve artistas mallorquines de nacimiento o de adopción han sido reunidos para una exposición en el jardín y dos salas de un restaurante, cerca de Santa Eugenia, en medio del campo. (Video de presentación aquí)
El 13 de agosto, día de la inauguración, había demasiada gente – ya sólo con sus familias…me susurró mi compañero – para bien ver. Entonces miramos, saludamos, charlamos con el uno y el otro de los exponentes. Pero una segunda visita el viernes pasado fue de lo más interesante.
Hoy sólo os hablaré de dos artistas reunidos alrededor del tema del Árbol: Lluís López y Sandra Lehnis.

Faites d’une seule pièce, les sculptures de bois d’olivier de L. López, on les emporterait en catimini si leur taille le permettait. L’artiste semble dénuder le tronc pour y trouver une forme, une âme, pour le rendre aérien par endroits, le faire danser à d’autres. Mes photos ne sont pas très bonnes, mais visitez son site ici.

Hechas de una sola pieza, las esculturas de madera de olivo de L. López, uno se las llevaría a escondidas si su tamaño lo permitiera. El artista parece desnudar el tronco para encontrar allí una forma, un alma, para volverle aéreo en unas partes, hacerle bailar en otras. Mis fotos no son muy buenas, pero visitad su website aquí.


La démarche de Sandra Lehnis (son website), Suissesse installée depuis quatre ans sur l’île et avec qui j’ai agréablement bavardé lors de cette deuxième visite, est vraiment originale. Ce qui l’intéresse c’est l’espace entre les arbres; quelque chose de mystérieux s’y passe me dit-elle.
Animus Mundi est le titre d’un ensemble de peintures. « Le rythme des champs infinis d’amandiers et d’oliviers à Majorque compose Animus Mundi ».
« L’espace entre le sol et la couronne des arbres a éveillé mon intérêt. C’est l’endroit où se passe l’invisible et mon objectif est de le rendre visible.
Le rythme et l’emplacement de chaque arbre –représentés par des cercles et des troncs- sont la porte d’entrée de ce sujet".

El planteamiento de Sandra Lehnis, Suiza instalada en la isla desde hace cuatro años y con quien charlé agradablemente en esta segunda visita, es realmente original. Lo que le interesa es el espacio entre los árboles; algo misterioso ocurre allí, me dijo.
Animus Mundi es el título de un conjunto de pinturas.”El ritmo infinito de los campos de almendros y olivos en Mallorca compone Animus Mundi”.
“El espacio entre el suelo y la copa de los árboles despertó mi interés. Es el lugar donde ocurre lo invisible y mi objetivo es volverle visible. El ritmo y el emplazamiento de cada árbol- representados por círculos y troncos- son la puerta de entrada de ese tema”.

L’idée de mystères, d’ondes invisibles circulant entre les arbres est fort séduisante, isn’it ?
La idea de misterios, de ondas invisibles circulando entre los árboles es muy seductora, ¿no?

PS: Gracias Sandra por toda la información y el permiso de reproducción.


26 août 2010

Rêveries / Ensueños

Penser à ce qu’on aurait pu être, rêver de tous ces possibles, ces impossibles passés. Avec ou sans mélancolie.
Un poème du colombien Álvaro Mutis, le moins noir que j’aie lu de lui. Cet écrivain-poète, le plus connu en dehors de la Colombie après G. García Márquez, n’a pas eu une vie de rêve.

Pensar en quién hubiéramos podido ser, soñar en todos esos posibles, esos imposibles pasados. Con o sin melancolía.
Un poema del colombiano Álvaro Mutis, el menos negro de los que he leido.
Este escritor-poeta, el más conocido fuera de Colombia después de G. García Márquez, no ha tenido una vida de ensueño.


Chanson de l’est - Álvaro Mutis

À deux pas d’ici
un ange invisible attend ;
un vague brouillard, un spectre diffus
te dira quelques mots du passé.
Telle l’eau du ruisseau, le temps
creuse en toi son dur labeur
de jours et de semaines,
d’années sans nom ni souvenir.
À deux pas d’ici
continuera à t’attendre en vain
celui que tu ne fus pas, celui qui mourut
de tant être toi-même ce que tu es.
Pas le moindre soupçon,
ni la moindre ombre
ne t’indique ce qu’aurait pu être
cette rencontre. Et pourtant,
c’est là qu’était la clé
de ton bref bonheur sur terre.

(Trad. Colo)



Canción del este - Álvaro Mutis

A la vuelta de la esquina
un ángel invisible espera;
una vaga niebla, un espectro desvaído
te dirá algunas palabras del pasado.
Como agua de acequia, el tiempo
cava en ti su arduo trabajo
de días y semanas,
de años sin nombre ni recuerdo.
A la vuelta de la esquina
te seguirá esperando vanamente
ése que no fuiste, ése que murió
de tanto ser tú mismo lo que eres.
Ni la más leve sospecha,
ni la más leve sombra
te indica lo que pudiera haber sido
ese encuentro. Y, sin embargo,
allí estaba la clave
de tu breve dicha sobre la tierra.

Mon rêve à moi, mais ce sera pour une prochaine vie, c’est d’être chanteuse d’opéra; Gloria Londoño par exemple, cette soprano colombienne que j’admire tant.

Mi sueño, será en mi próxima vida, es ser cantante de ópera. Gloria Londoño por ejemplo, esa soprano colombiana que tanto admiro.





19 août 2010

Saveurs, parfums des heures/ Sabores, perfumes des las horas

Rares sont les aubes qui m’échappent.
Une journée me semble perdue, ou dure à rattraper si, assise sur une marche en pierre sèche, un café à la main, je rate ce moment.
Tout aussi important est l’instant, car ça va très vite, où le soleil fatigué se glisse derrière la montagne.
Ce sont mes heures.
Heures.Chacun a les siennes.


Pocas son las albas que se me escapan.
Un día me parece perdido, o difícil de recuperar si, sentada en un peldaño de piedra, con un café en la mano, me pierdo este momento.
Igual de importante es el instante, porque va muy deprisa, en el que el sol cansado se desliza tras la montaña.
Son mis horas.
Horas. A cada cual las suyas.


Heure P. Reverdy

Poème lu sur le site Terre de femmes, Angèle Paoli/Terres de femmes)
Foto:I.Pampín
Hora. P. Reverdy

14 août 2010

Frivolité de fin d'été /Frivolidad de fin de verano

Trois ans de suite, 2001, 2002, 2003, Elvira Lindo publia dans le journal El País une série de courts récits basés sur ses vacances estivales dans un village espagnol. Fiction et réalité se mélangent avec un humour décapant dans cette saga familiale où elle narre le quotidien (apparemment banal), ironise sur les vanités de notre société, l’observe en s’amusant énormément.
Pour tous ceux qui ont le moral raplapla, voilà la traduction d’une partie de « Que c’est romantique » publié en 2003 (Otro verano contigo, ed. Aguilar, Tinto de verano 3).

Para los que tienen la moral por los suelos, he aquí unos pasajes de una de las crónicas humorísticas escritas por Elvira Lindo y publicadas por el diario El País durante los veranos 2001, 2002 y 2003.
Esta está sacada de “Tinto de verano 3” “Otro verano contigo” y se llama Qué romántico.

Note : pour la compréhension de l’extrait : son mari est l’écrivain Antonio Muñoz Molina qu’elle appelle ici « mon saint ».

« Grande nouvelle : nous avons eu une tomate.
La figure de mon saint était un poème quand il est entré le légume miniature à la main. Trois jours durant il refusa de le mordre mais moi, voyant qu’il pourrissait, je l’ai coupé en deux (pour cela les femmes nous avons plus de sang froid) et nous l’avons mangé. Aïe, ce couple d’intellectuels
partageant une tomate de leur propre récolte. Je trouve cela fort tendre.

(…) quand mon saint s’assied sur le perron et contemple notre parcelle de cent mètres, comme Scarlett regardait Tara, je lui demande : « Chéri, sans vouloir t’offenser, crois-tu qu’arrivera le jour où tous les efforts que tu fais, et que je valorise, aboutiront à nous faire une petite salade ?, car si nous allons de tomate en tomate tous les 15 jours, je trouve que c’est un peu coïtus interruptus ». « Qui sait » me répond-il, « peut-être que nous ne le verrons pas, mais nos petits-enfants mangeront des pommes de ce pommier et chaque bouchée contiendra toutes nos ardeurs ». Il m’en tomba une larme qu’il interpréta comme un signe de mon extrême sensibilité, bien que la vérité soit que moi, penser que je suis morte et que des descendants mangent ce qui est à moi, ça me fait chier. Pourquoi le nier.
Mais ces discussions frugales ne peuvent dissimuler ce qui saute aux yeux : nous sommes amoureux. ( …). Que sonnent les violons ! Javier Sampedro dit, c’est à la fois illustratif et amusant, que nous tombons amoureux par l’odeur, parce que nous nous voyons comme de bons reproducteurs (nous, nous n’avons plus que des tomates), et à cause de notre doigt majeur. L’histoire du majeur est ce que je trouve le plus sensé. Surtout pour une femme ce doigt du milieu peut être définitif. Lázaro Carreter le disait déjà : « L’orgasme des hommes est analogique, celui des femmes, digital ». Ce doigt du milieu…je le trouve fondamental." (trad. Colo)

“Grandes noticias: hemos tenido un tomate.
La cara de mi santo era un poema cuando entró con la diminuta hortaliza en la mano. Estuvo tres días sin querer hincarle el diente pero yo, viendo que se nos pudría, lo partí por la mitad (la mujeres para eso tenemos más sangre fría) y nos lo comimos. Ay, esa pareja de intelectuales compartiendo un tomate de su propia cosecha. Lo encuentro entrañable.
(…) cuando mi santo se sienta en el pollete, contemplando nuestra parcela de cien metros, como escarlata miraba Tara, yo le pregunto:”Cariño, no te molestes por la pregunta pero, ¿crees que llegará un día en que todo ese esfuerzo que estás haciendo, y que yo valoro, dé para que nos hagamos siquiera una ensalada?, porque si vamos de tomate en tomate cada 15 días, lo encuentro un poco coitus interruptus”. “Quién sabe”. Me contesta, “tal vez nosotros no lo veamos, pero nuestros nietos comerán manzanas de este manzano y en cada bocado estarán contenidos todos nuestros anhelos”. Se me cayó una lágrima, que él interpretó como signo de mi extremada sensibilidad, aunque la verdad es que a mí, pensar en estar yo muerta y unos descendientes comiéndose lo mío, me jode. A qué negarlo.

Pero esas frugales discusiones no pueden disimular lo que a la vista está: estamos enamorados.(…) ¡Que suenen los violines! Dice Javier Sampedro, que ilustra a la par que entretiene, que nos enamoramos por el olor, porque nos vemos pinta de buenos reproductores (nosotros ya sólo tenemos tomates), y por nuestro dedo medio. Lo del dedo medio es lo que encuentro más sensato. Sobre todo para una mujer ese dedo medio puede ser definitivo. Ya lo decía Lázaro Carreter:”El orgasmo de los hombre es analógico, y el de las mujeres, digital”. Ese dedo medio…lo encuentro fundamental”.

10 août 2010

En relisant Colette... / Releyendo a Colette...

« Au lieu d'aborder des îles, je vogue donc vers ce large où ne parvient que le bruit solitaire du coeur, pareil à celui du ressac. Rien ne dépérit, c'est moi qui m'éloigne, rassurons-nous. Le large, mais non le désert. »
Le Fanal bleu S. Gabrielle Colette


Pour voir un plus grand large, clic!
“En lugar de abordar las islas, bogo hacia ese mar abierto donde sólo llega el ruido solitario del corazón, semejante al de la resaca. Nada se marchita; soy yo quien se aleja, tranquilicémonos. El mar abierto, no el desierto.”
El fanal azul S. Gabrielle Colette
Photo prise dimanche en face de Cala Gamba à 11h. / Foto tomada el domingo en frente de Cala Gamba

4 août 2010

Fleurs de nuit / Flores de noche


Lundi, vingt deux heures trente, le téléphone sonne. « Colo, descends avec ton appareil, elles sont toutes ouvertes ». C’est la voix de María Teresa, et le ton ne me laisse aucun choix. J’obtempère donc, à tâtons, une nuit sans lune, ouvre la barrière, descends quelques marches, salue son chien qui me saute dessus et la voilà qui surgit de derrière l’énorme figuier qui masque l’entrée. « Je les ai surveillés toute la journée mais les fleurs viennent seulement de s’ouvrir, alors j’ai pensé à toi ».
« Les » ce sont ses cactus géants appelés San Pedro (echinopsis pachanoi) qui,
cette année, sont couverts de fleurs.


Maria Teresa a 82 ans, un corps douloureux et une allégresse d’esprit qui, me confie-t-elle, l’a fait monter à l’arrière de la moto de son petit-fils il y a peu pour faire une balade mais « ne le dis à personne, on me gronderait ». Promis.
Nous voilà devant ses San Pedro, on les devine car elle n’a rien allumé, ils doivent mesurer entre 3 et 4 mètres de haut, et je vise, un peu au hasard, les fleurs que je ne vois pas. Plus tard elle apporte une lampe de poche ; fantastiques !
Lunes a las diez y media de la noche suena el teléfono. “Colo, baja con tu cámara, se han abierto”. Es la voz de María Teresa y su tono no me deja ninguna opción. Obtempero pues. Es una noche sin luna, a tientas abro la barrera, bajo algunos peldaños, saludo a su perro que me salta encima y, emergiendo de la enorme higuera que tapa la entrada, aparece ella. “Los he vigilado todo el día pero las flores no se han abierto hasta ahora, así que pensé en ti”.
“Los” son sus gigantescos cactus llamados San Pedro (echinopsis pachanoi) que, este año, se han cubierto de flores.
María Teresa tiene 82 años, un cuerpo doloroso y una alegría espiritual que le hizo subirse, hace poco, en la parte trasera de la moto de su nieto para dar una vuelta, “no se lo digas a nadie, me reñirían”. Prometido.
Estamos delante de los San Pedro, más bien se les adivina ya que todo está a oscuras, deben medir entre 3 y 4 metros, y apunto mi cámara, un poco al azar, hacia flores que no veo. Más tarde trae una linterna: ¡fantástico!

(Cliquez sur les photos pour les agrandir)
La journée, explique-t-elle, il y a tellement d’abeilles qu’on ne peut pas s’en approcher et je pense à cette phrase de Philippe Geluk « Le miel des cactus c’est délicieux, même que ce sont des abeilles-fakirs qui le récoltent ».
Durante el día, me explica, hay tantas abejas que uno no puede acercarse y pienso en esa frase de Philippe Geluk:” La miel del cactus es deliciosa, son las abejas-fakir que la cosechan”





Rentrée chez moi je découvre que ces géants, originaires des Andes, sont aussi de puissants hallucinogènes (il y a même sur Youtube la manière de procéder).
On ne le dira pas à Maria Teresa…

De vuelta a casa descubro que esos gigantes, originarios de los Andes, son también potentes alucinógenos (en Youtube se encuentra incluso la manera de proceder).
No se lo diremos a María Teresa…

28 juil. 2010

Naissances poétiques / Nacimientos poéticos

Sur le thème “naître” voici deux poèmes, totalement différents.
Sobre el tema « nacer » he aquí dos poemas, totalmente distintos.
Le premier est de la Paraguayenne et contemporaine Lourdes Espínola.
Peu de mots, un message clair et fort.
El primero es de la Paraguaya y contemporánea Lourdes Espínola
Pocas palabras, un mensaje claro y fuerte.

Nacer Mujer

La alternativa:
Saltar del balcón; despedazarlo.
Faldas, abanico, hilo, aguja:
me desnudo y rebelo.
¡Basta de mirar la vida
desde este balcón!
Cárcel semicircular
tímpano sordo, sorda boca
grito y digo
del solitario oficio de escribir.
Manuscrito de internas visiones
espejos de mujer abriéndose.
Nazco
rompiendo venenosos manantiales
(L. Espínola)

Naître femme

L’alternative:
Sauter du balcon; le déchiqueter.
Jupes, éventail, fil, aiguille :
je me dénude et rebelle.
Fini de regarder la vie
du balcon !
Prison semi-circulaire
tympan sourd, sourde bouche
je crie et dis
du solitaire travail d’écrire.
Manuscrit de visions internes
miroirs de femme s’ouvrant.
Je nais
brisant de venimeuses sources. (trad. Colo)
Peinture:Goya

Le second est nostalgique ; retrouver l’enfance perdue et ses douceurs est le sujet de ce poème, pas fort connu, d’Antonio Machado (1875-1939). Si vous connaissez peu et/ou mal l’homme, sa vie, ses mots, prenez le temps de lire ceci.
El segundo es nostálgico; volver a encontrar la infancia perdida y sus dulzuras es el tema de ese poema, poco conocido, de Antonio Machado.

Renacimiento

Galerías del alma... ¡El alma niña!
Su clara luz risueña;
y la pequeña historia,y la alegría de la vida nueva...
¡Ah, volver a nacer, y andar camino,
ya recobrada la perdida senda!
Y volver a sentir en nuestra mano
aquel latido de la mano buena
de nuestra madre... Y caminar en sueños
por amor de la mano que nos lleva.

En nuestras almas todo
por misteriosa mano se gobierna.
Incomprensibles, mudas,
nada sabemos de las almas nuestras.
Las más hondas palabras
del sabio nos enseñan
lo que el silbar del viento cuando sopla
o el sonar de las aguas cuando ruedan. (A. Machado)


Renaissance

Galeries de l’âme…L’âme, ma fille!
Sa claire lumière souriante;
et la petite histoire
et la joie de la vie nouvelle…
Ah, renaître et faire du chemin
le sentier perdu enfin retrouvé !
Et à nouveau sentir dans notre main
le battement de la bonne main
de notre mère…Et marcher en rêve
par amour de la main qui nous mène.

Tout dans nos âmes
par une main mystérieuse est gouverné.
Incompréhensibles, muettes,
nous ne savons rien de nos âmes.
Les plus profondes paroles
du sage nous enseignent
ce que dit le sifflement du vent quand il souffle
ou le murmure de l’eau quand elle roule.
(Trad. Colo)

22 juil. 2010

Dur de naître! ¡Qué duro es nacer!

Deux jours d’émerveillement, d’encouragements muets : « Vas-y, encore un effort mon petit ».
Nous étions une dizaine, entre 2 et 65 ans, des amis, des voisins, collés à la vitre de la couveuse, à contempler des heures durant les 17 naissances. C’était la première fois que nous suivions tout le processus, depuis le premier coup de bec dans la coquille jusqu’à la sortie complète de l’œuf. Il y a en qui ont mis 3 heures à y arriver.
Travail exténuant.
Notre admiration n’avait rien du « oh, qu’il est mignon » ; elle était silencieuse et tenait au dévoilement d’un mystère de la vie, à la ténacité et à la patience sans lesquels leur vie est impossible.


Dos días de asombro, de aliento mudo: « venga pequeño, todavía un esfuerzo”
Éramos una decena, entre 2 y 65 años, amigos y vecinos, los que asistíamos pegados al cristal de la incubadora a los 17 nacimientos. Para nosotros era la primera vez que seguíamos todo el proceso, desde el primer picotazo en la cáscara hasta la salida total del huevo. Algunos han necesitado hasta tres horas para conseguirlo.
Trabajo agotador.
Nuestra admiración tenia poco de “qué bonito”; era muda y hablaba más bien de la revelación de un misterio de la vida, de la tenacidad y la paciencia sin los cuales su vida resulta imposible.



(cliquer pour agrandir)










17 juil. 2010

L'ennui / El aburrimiento


C’est après une conversation avec le responsable de la section légumes et fruits du supermarché que m’est apparue l’idée suivante : pourquoi l’ennui serait-il négatif ? Vivre intensément des moments pas folichons, banals, quotidiens – fastidieux selon les critères établis- n’est-ce pas vivre ?
Cet homme entre deux âges me disait que les jours torrides et répétitifs à Majorque le déprimaient et qu’il trouvait un plaisir immense à trier, placer les légumes et fruits frais dans les rayons « même si cela semble ennuyeux » me dit-il.

Fue al hablar con el encargado de la sección de frutas y verduras del supermercado cuando me apareció la idea siguiente: ¿por qué sería el aburrimiento algo negativo? Vivir intensamente aquellos momentos que no son excitantes,
banales, cotidianos – fastidiosos según el criterio establecido - ¿no es vivir?
Ese hombre de mediana edad me decía que los días calurosos y repetitivos de Mallorca le deprimían y que escoger y colocar las frutas y verduras frescas en los lineales le procuraba un gran placer “a pesar de que eso pueda parecer aburrido”, añadió.


L’ennui est l’apanage des jeunes entre 10 et 15 ans, et c’est pour cette raison que les romantiques, qui voulaient vivre une éternelle adolescence, en ont fait leur symbole.
Et les adultes ? Il y en a qui souffrent de cette insipidité vitale, ils s’ennuient et je me suis demandé de quel talent inné jouissent ceux qui savent apprécier le moment présent, arrivent à lui trouver un côté plaisant.

El aburrimiento es la especialidad de los jóvenes de entre 10 y 15 años y es por esta razón por que los románticos, que querían vivir una eterna adolescencia, lo convirtieron en su símbolo.
¿Y los adultos? Los hay que sufren de esta insipidez vital, se aburren y me he preguntado de qué talento innato gozan los que saben apreciar el momento presente, consiguen encontrar su lado placentero.

J’avais noté ce passage du livre « 99 francs » de Frédéric Beigbeder.
"Le vrai hédonisme, c’est l’ennui. Seul l’ennui permet de vivre le présent mais tout le monde vise le contraire : pour se désennuyer, les occidentaux fuient par l’intermédiaire de la télé, du cinéma, d’Internet, du téléphone, du jeu vidéo, ou d’un simple magazine. Ils ne sont jamais à ce qu’ils font, ils ne vivent plus que par procuration, comme s’il y avait un déshonneur à se contenter de respirer ici et maintenant. (…) On est ailleurs qu’à l’endroit où l’on est. On n’est peut être pas mort, mais pas très vivant non plus. Il serait intéressant de mesurer combien d’heures par jour, nous passons ainsi ailleurs que dans l’instant. Ailleurs que là où nous sommes. (…) »
Cette vision singulière de l’hédonisme me paraît intéressante. Elle
rejoint en quelque sorte la pensée du grand poète espagnol, Miguel de Unamuno :
« L'ennui fait le fond de la vie, c'est l'ennui qui a inventé les jeux, les distractions, les romans et l'amour. »

Del libro “99 francos” de Frédéric Beigbeder había anotado el siguiente pasaje:
“El verdadero hedonismo es el aburrimiento. Sólo el aburrimiento permite vivir el presente aún cuando todo el mundo intenta lo contrario: para “desaburrirse” los occidentales se escapan a través de la televisión, del cine, de Internet, del teléfono, del videojuego o de una simple revista. Nunca están a lo que están, tan sólo viven por procuración, como si fuera una deshonra el contentarse de respirar aquí y ahora. (…)
No estamos donde estamos. No estamos muertos pero tampoco muy vivos. Sería interesante calcular cuántas horas al día pasamos fuera del instante. En otro sitio que aquel en que estamos (…).”

Esta visión singular del hedonismo me parece interesante. De alguna manera se acerca al pensamiento de Miguel de Unamuno:
“El aburrimiento constituye el fondo de la vida, es el aburrimiento el que ha inventado los juegos, las distracciones, las novelas y el amor.”

NB: Les quatre tableaux sont du peintre Xavier Valls /Los cuatro cuadros son del pintor Xavier Valls

12 juil. 2010

Bleu / Azul

http://carmensabes.blogspot.com



En ce début de juillet me poursuit la couleur bleue. Normal penserez-vous en Méditerranée, le ciel, la mer. Mais non, le ciel est laiteux de chaleur et je vis à la campagne.
Bleu mauve d’un bracelet reçu, bleu étrange d’une salade dégustée, bleu clair du plumbago devant ma porte, bleu soutenu du volubilis qui couvre la clôture de ma voisine, bleu sombre d’une chemise légère offerte par ma fille, cascade de bleus de la clématite,…tout est bleu je vous dis, couleur du rêve, de la sagesse, de la sérénité.
Mais vous, rêvez-vous d’un espace, d’un instant bleu ?




En este principio de julio me persigue el color azul. Pensareis que es lo normal viviendo en el Mediterráneo, el cielo, el mar. Pues no; el cielo es lechoso, cocido de calor y yo vivo en el campo.
Azul morado de una pulsera recibida, azul raro de una ensalada degustada, azul claro del plumbago delante de mi casa, azul constante del volúbilis que cubre la valla de mi vecina, azul oscuro de una camisa ligera regalo de mi hija, cascada de azules de la clemátide,… todo es azul os digo, color del sueño, de la cordura, de la serenidad.
Pero vosotros, ¿soñáis con un espacio, con un instante azul?




Bleu de toi de Eduardo Carranza

Penser à toi est bleu, comme musarder
dans un bois doré à midi :
naissent des jardins dans mon parler
et dans tes rêves je marche avec mes nuages.

Nous unit et nous sépare un air mou,
une distance de mélancolie ;
je lève les bras de ma poésie,
bleu de toi, blessé et haletant.

C’est comme un horizon de violons
ou une tiède souffrance de jasmins
penser à toi, de bleu tempérament.

Le monde devient cristallin,
et je te regarde, dans ma lampe de verre*,
bleu dimanche de ma pensée.

(Trad. Colo. « lámpara de trino » est peut-être une expression ou réalité colombienne, je n’ai pas réussi à le savoir. Une suggestion ?)




Azul De Ti de Eduardo Carranza

Pensar en ti es azul, como ir vagando
por un bosque dorado al mediodía:
nacen jardines en el habla mía
y con mis nubes por tus sueños ando.

Nos une y nos separa un aire blando,
una distancia de melancolía;
yo alzo los brazos de mi poesía,
azul de ti, dolido y esperando.



Es como un horizonte de violines
o un tibio sufrimiento de jazmines
pensar en ti, de azul temperamento.

El mundo se me vuelve cristalino,
y te miro, entre lámpara de trino,
azul domingo de mi pensamiento.














ET... voilà les volubilis , Euterpe.
(cliquer pour agrandir).