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21 mai 2026

Manger / Comer

Aujourd'hui je republie cet article qui date d'il y a exactement 10 ans,  et toujours, si pas plus, d'actualité. Hélas. 

Pour nous qui cultivons, élevons poules et lapins, la nourriture, la cuisine, occupent une place essentielle. Ah, le goût d'une sauce - tomates maison !

 

https://www.eneljardin.com/2013/01/la-huerta-en-enero.html

Vivre sans manger

Elvira Lindo El País (http://elpais.com/elpais/2015/05/26/estilo/1432661730_752325.html)

(Trad: Colo)


Il est de plus en plus fréquent de partager sa table avec des gens qui considèrent leur devoir de vous informer des nutriments que contient chaque aliment sur votre assiette. Si tu commandes des sardines ils te rappellent leur haut contenu en Oméga-3; s'il s'agit de brocolis comment contourner ses propriétés anti cancérigènes; si on mange avec du thé (de plus en plus fréquent) on célèbre son potentiel antioxydant et diurétique; si la salade contient des noix on commente le pouvoir énergétique et les bontés cardiovasculaires; si c'est du saumon il faut rappeler à chaque bouchée qu'on est en train de donner un coup de pied au mauvais cholestérol; (…). Moi, je le confesse, tout ça me dépasse.

Je m'indigne devant cette tendance à juger les aliments en effaçant tout aspect hédoniste et social; ces derniers exercent sûrement une influence plus décisive sur le bien-être que le stricte récit de leurs propriétés.

Je lis que les super créatifs de Sylicon Valley sont enthousiasmés par de petites poudres appelées Soylent qui, mélangées à de l'eau, évitent de passer par cette terrible épreuve qu'est manger un plat comme il faut. Soylent est un composant nutritif qui fut crée en 2003 par un ingénieur software dans le but d'épargner de l'argent et de ne perdre de temps ni dans la préparation du repas ni dans cette demi-heure perdue où on le déguste. Ce régime, qui se prend à la paille et permet à l'exécutif de ne pas quitter son ordinateur des yeux, n'est pas accepté par la science comme un substitut de la nourriture mais il y a des “branchés” qui l'adoptent avec enthousiasme.

Je considère que cela constitue un manque de respect envers ceux qui n'ont rien à se mettre sous la dent.

 

 

https://www.elconfidencial.com/tecnologia/2015-01-19/soylent-la-comida-del-futuro-aun-tiene-mucho-por-demostrar_623364/
                                             







Vivir sin comer


Elvira Lindo El País (http://elpais.com/elpais/2015/05/26/estilo/1432661730_752325.html )


Cada vez es más frecuente compartir mesa con personas que consideran que han de informarte de los nutrientes que contiene cada alimento que hay sobre el plato. Si pides sardinas te recuerdan su alto contenido en Omega-3; si la cosa va de brocoli cómo obviar sus propiedades anti cancerígenas; si se come con té (cada vez más frecuente) se celebra su potencial antioxidante y diurético; si la ensalada lleva nueces se comenta el poder energético y las bondades cardiovasculares; si se trata de salmón hay que recordar que con cada bocado estamos dándole la patada al colesterol malo; (...)
Yo, lo confieso, no puedo con tanto.
Me indigna esa tendencia a juzgar los alimentos borrando cualquier aspecto hedonista o social, que finalmente seguro que ejerce una influencia más decisiva en el bienestar que la relación estricta de sus propiedades. Leo que los creativos guays de Sylicon Valley están entusiasmados con unos polvitos llamados Soylent que mezclados con agua le evitan a uno el mal trago de comerse un plato como Dios manda. Soylent es un compuesto nutritivo que fue diseñado en 2003 por un ingeniero de
software con el fin de ahorrar dinero y no perder tiempo ni en la preparación de comida ni en esa media hora preciosa que se va en consumirla. Esta dieta, que se toma con pajita y permite al ejecutivo no apartar la mirada del ordenador, no está aceptada por la ciencia como un sustitutivo de la comida pero hay modernetes que la están abrazando con entusiasmo. Considero que no es más que una falta de respeto hacia aquellos que no tienen comida que llevarse a la boca.

 


22 juin 2012

Un parler lent / Un hablar lento


L'été c'est aussi les touristes, plan à la main, perdus quand même. Et les questions, mal posées et mal comprises, et les réponses plus souvent mimées que dites.
J'ai repêché et traduit un extrait d'une chronique d'Elvira Lindo; j'aime son style simple, son ton mordant et l'apparente banalité de ses propos.
Et puis j'ai souvenir de tant et tant de malentendus...
El verano es también los turistas, plano en mano pero pedidos. Y las preguntas, mal hechas y mal comprendidas, y las respuestas más a menudo mimadas que dichas.
Conseguí encontrar este artículo de Elvira Lindo del cual me acordaba bien; me gusta su estilo simple, su tono mordaz y la aparente banalidad de sus propósitos.
También tengo recuerdos de tantos malentendidos...
Eastern Han Dynasty / Gentlemen in conversation

« Le bonheur d'une langue étrangère le ressentent ceux qui n'en savent que quatre phrases, basiques: combien ça coûte, où se trouve cela, quelle heure est-il, je viens d'Espagne (ou je suis catalan, basque ou galicien, si on considère qu'être espagnol est vexatoire).
J'ai connu beaucoup de touristes heureux. Moi-même, à un moment, je le fus. Je vis maintenant dans le malheur de celui qui sait un peu plus. Savoir un peu plus consiste à connaître la magnitude de tout ce qu'on ne sait pas. Comprendre et être compris, que c'est difficile. C'est la vie, une vallée de malentendus. On dit que ce qui est le plus intraduisible est la poésie et le sens de l'humour. La poésie ne se trouve pas seulement dans les vers, mais dans la musicalité de la langue dans laquelle tu as été élevé, qui te fait remarquer les subtilités et remarquer quand on essaye de te tromper.
Les étrangers nous sommes toujours bêtes. Lents à l'heure de percevoir une ironie, lents à l'heure de la dire nous-mêmes. Les gens lents n'ont aucune grâce. John Huston le disait déjà : « Il ne faut pas se fier des gens qui parlent lentement ». J'achète : les gens qui parlent lentement, comme en se délectant, cachent généralement sous ce manteau de solennité un esprit pauvre en idées ; cette lenteur à dire ce qu'ils ont à dire, qui est généralement une bêtise, est un genre d'égoïsme, un égoïsme que je tiens pour délictueux. : ce sont des gens qui te volent ton temps.
Mais ce n'est pas le cas du pauvre étranger, cet étranger qui parle lentement car pendant qu'il parle il pourchasse dans sa tête les mots qu'il va employer dans la phrase suivante et parce qu'il se sent souvent idiot et incompris.
Le moment le plus satisfaisant dans une langue est celui où tu comprends une blague et tu ris au même moment que tous les autres. (...) »
Elvira Lindo El País, 30 Septembre 2007 , Extrait. (Trad: Colo)

Juan Muñoz - Conversación


LA FELICIDAD de una lengua extranjera la tienen los que sólo se saben cuatro frases, las básicas: cuánto cuesta esto, dónde está lo otro, qué hora es, soy de España (o soy catalán, vasco o gallego, si es que se considera el ser español algo vejatorio). 
He conocido a muchos turistas felices. Yo, en su momento, también lo fui. Ahora vivo en la infelicidad del que sabe algo más. Saber algo más consiste en conocer la magnitud de todo aquello que no se sabe. Entender y ser entendido, qué difícil. Eso es la vida, un valle de malentendidos. Dicen que lo más intraducible es la poesía y el sentido del humor. La poesía no sólo está en los versos, sino en la musicalidad de la lengua en la que te criaste, que te hace advertir sutilezas y advertir cuándo te la están colando.
 Los extranjeros siempre somos tontos. Lentos a la hora de percibir una ironía, lentos a la hora de decirla nosotros. La gente lenta no tiene ninguna gracia. Ya lo dijo John Huston: "No hay que fiarse de la gente que habla lento". Se lo compro: las personas que hablan lento, como recreándose, suelen esconder bajo ese manto de solemnidad una mente escasa de ideas; ese tardar tanto en decir lo que tienen que decir, que normalmente es una tontería, es un tipo de egoísmo, un egoísmo que tengo por delictivo: son personas que te roban el tiempo. 
Pero no es el caso del pobrecito extranjero, ese extranjero que habla lento porque mientras habla anda cazando en su mente las palabras que usará en la siguiente frase y porque a menudo se siente un idiota y un incomprendido. El momento más satisfactorio que se tiene en una lengua es aquel en el que pillas un chiste y te ríes en el mismo momento en el que se ríe todo el mundo.” 

Carabanchel Alto y Carabanchel Bajo (Extracto)

Elvira Lindo 30 SEP 2007 El País.
 

14 août 2010

Frivolité de fin d'été /Frivolidad de fin de verano

Trois ans de suite, 2001, 2002, 2003, Elvira Lindo publia dans le journal El País une série de courts récits basés sur ses vacances estivales dans un village espagnol. Fiction et réalité se mélangent avec un humour décapant dans cette saga familiale où elle narre le quotidien (apparemment banal), ironise sur les vanités de notre société, l’observe en s’amusant énormément.
Pour tous ceux qui ont le moral raplapla, voilà la traduction d’une partie de « Que c’est romantique » publié en 2003 (Otro verano contigo, ed. Aguilar, Tinto de verano 3).

Para los que tienen la moral por los suelos, he aquí unos pasajes de una de las crónicas humorísticas escritas por Elvira Lindo y publicadas por el diario El País durante los veranos 2001, 2002 y 2003.
Esta está sacada de “Tinto de verano 3” “Otro verano contigo” y se llama Qué romántico.

Note : pour la compréhension de l’extrait : son mari est l’écrivain Antonio Muñoz Molina qu’elle appelle ici « mon saint ».

« Grande nouvelle : nous avons eu une tomate.
La figure de mon saint était un poème quand il est entré le légume miniature à la main. Trois jours durant il refusa de le mordre mais moi, voyant qu’il pourrissait, je l’ai coupé en deux (pour cela les femmes nous avons plus de sang froid) et nous l’avons mangé. Aïe, ce couple d’intellectuels
partageant une tomate de leur propre récolte. Je trouve cela fort tendre.

(…) quand mon saint s’assied sur le perron et contemple notre parcelle de cent mètres, comme Scarlett regardait Tara, je lui demande : « Chéri, sans vouloir t’offenser, crois-tu qu’arrivera le jour où tous les efforts que tu fais, et que je valorise, aboutiront à nous faire une petite salade ?, car si nous allons de tomate en tomate tous les 15 jours, je trouve que c’est un peu coïtus interruptus ». « Qui sait » me répond-il, « peut-être que nous ne le verrons pas, mais nos petits-enfants mangeront des pommes de ce pommier et chaque bouchée contiendra toutes nos ardeurs ». Il m’en tomba une larme qu’il interpréta comme un signe de mon extrême sensibilité, bien que la vérité soit que moi, penser que je suis morte et que des descendants mangent ce qui est à moi, ça me fait chier. Pourquoi le nier.
Mais ces discussions frugales ne peuvent dissimuler ce qui saute aux yeux : nous sommes amoureux. ( …). Que sonnent les violons ! Javier Sampedro dit, c’est à la fois illustratif et amusant, que nous tombons amoureux par l’odeur, parce que nous nous voyons comme de bons reproducteurs (nous, nous n’avons plus que des tomates), et à cause de notre doigt majeur. L’histoire du majeur est ce que je trouve le plus sensé. Surtout pour une femme ce doigt du milieu peut être définitif. Lázaro Carreter le disait déjà : « L’orgasme des hommes est analogique, celui des femmes, digital ». Ce doigt du milieu…je le trouve fondamental." (trad. Colo)

“Grandes noticias: hemos tenido un tomate.
La cara de mi santo era un poema cuando entró con la diminuta hortaliza en la mano. Estuvo tres días sin querer hincarle el diente pero yo, viendo que se nos pudría, lo partí por la mitad (la mujeres para eso tenemos más sangre fría) y nos lo comimos. Ay, esa pareja de intelectuales compartiendo un tomate de su propia cosecha. Lo encuentro entrañable.
(…) cuando mi santo se sienta en el pollete, contemplando nuestra parcela de cien metros, como escarlata miraba Tara, yo le pregunto:”Cariño, no te molestes por la pregunta pero, ¿crees que llegará un día en que todo ese esfuerzo que estás haciendo, y que yo valoro, dé para que nos hagamos siquiera una ensalada?, porque si vamos de tomate en tomate cada 15 días, lo encuentro un poco coitus interruptus”. “Quién sabe”. Me contesta, “tal vez nosotros no lo veamos, pero nuestros nietos comerán manzanas de este manzano y en cada bocado estarán contenidos todos nuestros anhelos”. Se me cayó una lágrima, que él interpretó como signo de mi extremada sensibilidad, aunque la verdad es que a mí, pensar en estar yo muerta y unos descendientes comiéndose lo mío, me jode. A qué negarlo.

Pero esas frugales discusiones no pueden disimular lo que a la vista está: estamos enamorados.(…) ¡Que suenen los violines! Dice Javier Sampedro, que ilustra a la par que entretiene, que nos enamoramos por el olor, porque nos vemos pinta de buenos reproductores (nosotros ya sólo tenemos tomates), y por nuestro dedo medio. Lo del dedo medio es lo que encuentro más sensato. Sobre todo para una mujer ese dedo medio puede ser definitivo. Ya lo decía Lázaro Carreter:”El orgasmo de los hombre es analógico, y el de las mujeres, digital”. Ese dedo medio…lo encuentro fundamental”.