9 juin 2012

Lumières d'aubes / Luces de albas


L'aube, ce n'est pas la première fois qu'on parle ici (l'autre c'était en 2010) de ce long moment “d'entre”, de calme ou d'agitation, d'angoisses ou de rêves.
Alors je vous ai préparé une rencontre poético-musicale plus qu'improbable entre un Argentin d'origine Arabe, d'où son surnom Le Turc, le très célèbre Jorge Cafrune, et du personnage haut en couleurs que fut le poète surréaliste Robert Desnos 
Deux résistants, le premier contre la Junte militaire, l'autre contre les allemands en '40, deux hommes unis ici aussi par l'amour.

El alba, no es la primera vez que se habla aquí (la otra fue en 2010) de ese largo momento de “entre”, de calma o agitación, de angustias o de sueños.
Os he preparado un encuentro poético-musical más que improbable, entre un Argentino de origen árabe, por eso le apodaban El Turco, hablo de Jorge Cafrune, y del poeta surrealista de gran renombre Robert Desnos.
Dos resistentes, el primero contra la Junta Militar, el otro contra los alemanes en 1940, dos hombres unidos aquí también por el amor.

Photo: Nadine M. merci!
« À l’aube d’un jour de coup de dés » Robert Desnos
1932

À l’aube d’un jour de coup de dés
il s’arrête au bord des fontaines de sa vie
il y cherche un mirage à lui promis
baigne son front désaltère sa bouche
Et prononce ce mot : chérie
qui retentit à travers les rêves de la ville endormie
va la bercer dans sa couche.

Il n’y aura pas un jour de moins
dans son amour et dans le tien.
Et il s’endort aux échos multipliés
de ce seul mot : chérie.
12 novembre 1932
3 heures du matin


Al alba de un día de golpe de dados
se para al borde de las fuentes de su vida
y busca un espejismo a él prometido
baña su frente desaltera su boca
Y pronuncia esa palabra: cariño
que ya suena a través de los sueños de la ciudad dormida
va a mecerle en su lecho.

No habrá un día menos
en su amor ni en el tuyo.
Y se duerme con los ecos multiplicados
de esa única palabra: cariño.
(Trad: Colo) 
 

Cuando llegue el alba / Quand arrivera l'aube
Poema y canto
Letra y Musica: Jorge Cafrune

Vieja soledad hoy me iré de ti
buscando la luz, de un amanecer,
cuando llegue el alba
viviré, viviré

Vieille solitude aujourd'hui je te quitterai
cherchant la lumière, d'une aube,
quand se lèvera le jour
je vivrai, je vivrai

Noche adentro irá, vencida de amor,
la tristeza gris, de mi corazón,
cuando llegue el alba
viviré, viviré
À la nuit noire s'en ira, vaincue d'amour,
la tristesse grise, de mon cœur,
quand se lèvera le jour
je vivrai, je vivrai

A un costado del olvido, mis sueños madurarán,
reventando en luz, florecidos,
cuando llegue el alba
viviré, viviré
À un versant de l'oubli, mes rêves mûriront,
éclatant de lumière, fleuris,
quand se lèvera le jour
je vivrai, je vivrai

Encontrarte fue, intuición de Dios,
todo nace en ti, como nací yo,
cuando llegue el alba
viviré, viviré
Te rencontrer fut, intention de Dieu,
tout naît en toi, comme je suis né,
quand se lèvera le jour
je vivrai, je vivrai

Tus palabras son, fresco manantial,
sintiendo tu voz, aprendí a cantar,
cuando llegue el alba
viviré, viviré
Tes mots sont, source fraîche,
en écoutant ta voix, j'appris à chanter
quand se lèvera le jour
je vivrai, je vivrai

A un costado del olvido mis sueños madurarán,
reventando en luz, florecidos,
cuando llegue el alba

viviré, viviré
(Trad: Colo)

43 commentaires:

  1. Robert Desnos :

    Comme une main à l'instant de la mort et du naufrage se dresse comme les rayons du soleil couchant, ainsi de toutes parts jaillissent tes regards.
    Il n'est plus temps, il n'est plus temps peut-être de me voir.
    Mais la feuille qui tombe et la roue qui tourne te diront que rien n'est perpétuel sur terre.
    Sauf l'amour...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Superbe, merci JEA.
      Écrit en fin de vie, dans les camps peut-être...?

      Supprimer
    2. du poème "A la mystérieuse" - 1926
      sauf erreur involontaire
      à lire dans le recueil "Corps et Biens" chez Gallimard

      Supprimer
    3. Merci, c'était bien avant alors.

      Supprimer
  2. c'est la nuit qu'il est beau de croire en la lumière... ainsi l'aube est un moment à la fois oppressant et intensément exaltant !
    Deux beaux textes que tu nous propose là...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il y a un poème de F.García Lorca intitulé Alba; je le garde pour une autre occasion, tu le connais?

      Supprimer
  3. Réponses
    1. ..qui se répondent de par le monde.

      Supprimer
  4. Pour moi, une belle découverte celle de Jorge Cafrune. Je ne connaissais pas du tout. C'est très beau. Texte, façon de jouer de la guitare et de chanter. Robert Desnos je connais mieux bien sûr. Son poème est une ode à la vie et à l'amour. C'est beau et ça fait du bien de lire cela dans un monde de plus en plus difficile.

    Très belle association entre les deux écrits !

    Ton blog est vraiment un grand plaisir de lecture et de découverte ! Merci.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci, merci à toi Obni!
      La chanson la plus connue de Cafrune est "Zamba de mi esperanza" (tu la trouveras facilement) qui lui a valu les pires ennuis avec la Junta mais que les gens lui demandaient toujours de chanter.
      Excellent weekend...vous allez, encore une fois voter, non? Quelle drôle d'idée de ne pas unir les présidentielles et les législatives le même jour!

      Supprimer
    2. Oui nous allons voter une fois de plus… Je le ferais sans soucis comme toujours parce que pour moi c'est important.

      C'est vrai qu'il serait plus simple Président de la République et Assemblée Nationale le même jour, mais j'imagine que le Législateur a préfèré que les électeurs sachent le nom du président avant d'élire les députés, histoire de voter pour le Parlement en toute connaissance de cause… C'est sans doute une façon de penser à la stabilité du pays.

      Supprimer
    3. Bien sûr qu'il faut voter!
      Bon dimanche Obni.

      Supprimer
  5. "Toute pensée est un coup de dé". Ah, je fais la maligne en écrivant ce vers de Mallarmé, mais c'est le Coup de Dé de Desnos qui m'y fait songer ... C'est quoi donc un jour de Coup de Dé ? Un jour de création poétique - neuve de préférence, mais cela va sans dire- ? Un jour de chance ? Un jour où les 7, 9 ou 12 sont exclus ? Je m'y perds un peu ...
    Quant à la fin, quelle femme femme n'aimerait point s'endormir aux échos multipliés de ce seul mot "Chérie" ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonsoir Lily, mais oui, j'y avais pensé aussi à ce vers.
      Chance ou pas, le hasard fait-il nos jours? Il y a de quoi se gratter le menton...
      Arrêtons-nous un moment aux fontaines de nos vies pour y réfléchir.
      Bonne soirée à toi.

      Supprimer
  6. Chaque fois que je me suis levée à l´aube, où que je sois, je découvre à chaque fois des teintes surprenantes qui me donnent envie de me lever plus souvent à cette heure-là.
    Jorge Cafrune, que de souvenirs Colo...
    Un beau billet.
    Bon dimanche.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour Alba, ton nom à lui seul réjouit ce moment, pour moi, privilégié de la journée. Couleurs, oui, mais aussi cette idée d'accompagner la lumière, les oiseaux, les corps...dans ce long et lent éveil.
      Cafrune, pour moi aussi tant de souvenirs; la première année passée en Espagne j'ai appris, en partie, l'español avec Serrat et Cafrune!
      Ce matin il fait gris, le vent va-t-il se lever?
      À bientôt.

      Supprimer
  7. S'arrêter au bord des fontaines de sa vie...
    Reprendre des forces et se désaltérer grâce à la vision d'un être aimé, l'amour sans doute la dernière image de notre vie...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour Marcelle, tu connais surement ce long poème de Desnos
      "Les espaces du sommeil" http://www.unjourunpoeme.fr/poeme/les-espaces-du-sommeil.
      "Dans la nuit passent les trains et les bateaux et le mirage des pays
      où il fait jour. Les derniers souffles du crépuscule
      et les premiers frissons de l’aube.
      Il y a toi."
      Beau dimanche.

      Supprimer
  8. C'est l'amour qui aide à résister , mais qui peut résister à l'amour?

    Demain, dès l'aube...

    Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
    Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
    J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
    Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

    Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
    Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
    Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
    Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

    Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
    Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
    Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
    Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

    Victor Hugo

    Il y a des "coups de dés" qui sont bien malheureux!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je vous sens si triste Gérard.
      Si je pouvais en cette aube grisounette vous apporter un réconfort chaleureux et amical.
      "Dans la nuit il y a les merveilles du mondes.
      Dans la nuit il n'y a pas d'anges gardiens
      mais il y a le sommeil.
      Dans la nuit il y a toi.
      Dans le jour aussi."

      À bientôt amigo.

      Supprimer
    2. Et oui Colo , il y a des anniversaires que l'on aimerait encore souhaiter.
      Merci beaucoup pour ce joli poème. Il y a des chaleurs qui me vont droit au coeur. A bientôt Colo

      Supprimer
  9. L'aube cette renaissante toujours renouvelée, si l'on arrive à faire fuir la tristesse alors l'aube est magique, on peut accueillir la lumière, sentir une fleur et ce matin ce sont les oiseaux qui m'ont accompagner mais impossible de les surprendre
    deux poètes pour ce dimanche l'aube nous a apporté un bien beau cadeau
    Bon redevenons terre à terre : je pars voter !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le vague à l'âme de certains matins, une tristesse imprécise, oui Dominique.

      Terre à terre: j'espère que ton potager-terrasse te donne quelques joies et plaisirs!
      Je suivrai les résultats de ce premier tour, bien sûr.
      Belle journée à toi.

      Supprimer
  10. C'est vraiment bouleversant... et grand dans sa simplicité!

    Merci Colo!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. "S'en ira la tristesse grise de mon cœur", simple et émouvant, oui.
      Belle semaine Edmée, madame télé de Liège!:-)

      Supprimer
  11. Aube/Alba, même douceur des sonorités pour dire cette page blanche au début de la journée, avant que les couleurs se réveillent. Belle rencontre entre poètes qui ont résisté, au nom de l'amour.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Aubes blanches et douces, souvent oui, mais comme tu vois, il y a des levers de jour fort colorés aussi, presque trop...rien de bon ne s'annonce alors à cet éveil (je dis, jiji)
      Douce semaine à toi.

      Supprimer
  12. Tu nous gâtes, Colo ! Bonne fin de dimanche !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Chacune son tour Danièle...Ce matin il faisait très gris, je suis allée voir la mer et j'ai réussi, enfin!, à photographier une mouette en plein vol; ça m'a fait penser à toi.

      Supprimer
  13. Oh Desnos, j'ai tant rêvé de toi !! pour Yvonne et les autres, et comme Obni, je dis, c'est bon de t'entendre.
    Merci aussi pour cette chanson lumineuse de ce bel hidalgo... viviré, viviré et voilà le refrain qui me trotte en tête !
    Big besos Colo du soleil

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bel hidalgo? Où ça?¿?¿?
      Une belle voix surtout, une guitare qui dit tout aussi...chante, chante l'amour donc!
      Un beso para ti.

      Supprimer
  14. Ben... une belle tête très typée et un homme à cheval, c'est ça un hidalgo non ?
    (un billet sur le sujet ??) Bonne journée !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Excellente idée, je te/nous prépare un super hidalgo en billet hebdomadaire!!
      Belle journée à toi aussi.

      Supprimer
  15. C'est beau ! j'en suis émue.
    Desnos a été, longtemps, mon compagnon de lecture...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Un compagnon très recommandable Lou.
      Belle journée.

      Supprimer
  16. Je crois que l'aube est mon moment préféré
    C'est pour cela que je dors fenêtres et volets ouverts afin d'en profiter

    " Aucune récompense éternelle ne viendra nous pardonner d’avoir gâché l’aube."
    Jim Morrison
    Bonne journée

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le mien aussi, aucun doute. Peu à peu réunir des forces pour la journée, concentrer les idées. Moment béni.
      Belle journée à toi aussi.

      Supprimer
  17. Quelle belle rencontre autour del alba y del amanecer entre ces deux poètes. découverte pour moi de Jorge Cafrune et son espagnol si pur. Le tout indissociable aussi de Victor Hugo.
    Je suis revenue pour profiter de la beauté de ce billet.
    Merci.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Que tu sois revenue me fait un immense plaisir Maïté.
      Cafrune était un personnage authentique qui a dédié sa vie, son énergie, à la liberté de son peuple; guitare et voix, poésie, présence.

      "Zamba, de mi esperanza
      amanecida como un querer
      Sueño, sueño del alma
      que a veces muere sin florecer
      Sueño, Sueño del alma
      que a veces muere sin florecer" (Zamba de mi esperanza)

      Belle semaine.

      Supprimer
  18. Je ne suis jamais vraiment partie Colo, mais je dois ménager ma main ; il est vrai que lorsque je dois écrire des articles pour ce à quoi je me suis engagée, cela prend presque tout le temps de disponibilité de ma main; je n'ai que peu d'amélioration. Heureusement que je peux tapoter sur le clavier un certain temps tout de même.Alors souvent je lis et revient déposer un message plus tard.
    Merci d'être passée chez moi: j'avais tellement envie de faire part de ce lieu et de cette exposition.
    Belle fin de semaine.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oh, cette main...quel ennui.
      ¡Ojala se ponga buena muy pronto!

      Supprimer
  19. bonjour Colo !
    le hasard fait bien les choses quelques fois... il sonne juste ce poème de Desnos, un poème quotidien, simple !! un petit grelot de joie, me réveille ce matin.
    Merci.
    Beijinhos

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bom dia K!

      L'écho est arrivé jusqu’à toi à l'aube...ravissement.
      Un poème qu'on voudrait avoir écrit, mais hélas...plaisir donc de le lire et relire.
      Gracias por tu visita, un besito español por uno portugués.

      Supprimer