19 juil. 2016

Sautes d'humeur / Cambios de humor



La chaleur, la forte chaleur rend souvent les gens irritables, je le constate tous les étés. Et v'lan on klaxonne, on claque une porte, on invective...

Fascination et peur : deux sentiments que j’éprouve en présence de la colère d’autrui. La transformation physique subite d’une personne est souvent impressionnante. « Rouge de colère » Mais aussi, dans certains cas, les sourcils, cheveux se dressent, la bouche se distord, les bras volent en tous sens….une vraie sainte colère non contenue.
C’est effrayant et drôle à la fois.


El calor, el calor fuerte a menudo vuelve irritable a la gente, lo constato cada verano. Y pito, golpeo la puerta, injurio...

Fascinación y miedo: dos sentimientos que siento frente a la cólera ajena. La transformación física y súbita de una persona es, muchas veces, sobrecogedora. “Rojo de cólera”. Pero también, en algunos casos, las cejas, los pelos se levantan, la boca se distorsiona, los brazos vuelan en todas direcciones….una verdadera santa cólera no contenida.
Asusta y da risa a la vez.

La colère Charles Le Brun 1670

La colère peut aussi être canalisée. Je pense à Beethoven qui, selon Cioran, « a vicié la musique : il y a introduit les sautes d’humeur, il y a laissé entrer la colère ». Réécouter certaines de ses symphonies avec cette idée en tête donne, je trouve, un sens nouveau à certains mouvements forts. Et à voir ses portraits je l’imagine si bien en colère!


La cólera puede también ser canalizada. Pienso en Beethoven que, según Cioran, “ha viciado la música: ha introducido saltos de humor, ha dejado entrar la cólera”. Volver a escuchar algunas sinfonías con esto en la mente da, encuentro yo, un sentido nuevo a ciertos movimientos fuertes. Y, al ver sus retratos, me lo imagino muy bien así, iracundo.



Tout comme la révolte la colère est bonne en soi… mais parfois malvenue. J’ai trouvé un court texte d’Aristote qui en parle :

"Tout le monde peut se mettre en colère
c'est facile,
mais de se mettre en colère
avec la bonne personne
au bon degré
au bon moment
pour la bonne cause
de la bonne manière
ça, ce n'est pas facile"

Aristote (384-322)
(reprise d'une partie d'un texte publié il y a des lunes, sur un autre blog)



Al igual que la rebelión, la cólera es buena en si…aunque a veces inoportuna. He encontrado un texto corto de Aristóteles que habla de ello:

Todo el mundo puede montar en cólera
es fácil,
pero montar en cólera
con la persona que toca
en el momento que toca
por el buen motivo
de la manera que toca
eso, no es fácil.”

13 juil. 2016

Manger le marron / Comerse el marrón


Voici le quatrième billet fait d'expressions espagnoles traduites littéralement en français...sur le même ton que les précédents que vous pouvez lire ici, ici et ici

Ce fut une sale affaire.
Toujours à l'affût d'un bon, ou d'un mauvais coup, les deux amis emmenaient souvent le chat à l'eau (llevar el gato al agua).
Mais cette fois Juan en était sorti grenouille (salir rana), Manolo était le plus habile des deux, et c'était encore lui, Juan, qui avait payé le canard (pagar el pato).
La señora Catalina était pourtant gentille et plus d'une fois elle avait rapproché son épaule pour les sortir du pétrin (arrimar el hombro). Mais ce jour-là ils étaient à deux bougies (estar a dos velas) et avaient décidé de lui chiper son vélomoteur pour le revendre.
Ponerse las botas

-Toc, toc, hola señora, on peut entrer?
- Hola les jeunes, je viens de préparer un bon gâteau aux amandes, vous en voulez? Les deux comparses qui étaient des vive la Vierge (Ser un viva la Virgen) sans vergogne, acceptèrent. Délicieux le gâteau, ils se mirent les bottes (ponerse las botas).
En quittant la señora, qu'ils remercièrent, ils filèrent vers son garage, mirent en marche le vélomoteur ...mais à ce moment elle apparut, furieuse.
Ni une ni deux, Manolo sauta sur la selle et disparut.
Et ce fut Juan qui mangea le marron (comerse el marrón).


Vous avez deviné le sens de ces expressions imagées? Je vous aide un peu?

Llevar el gato al agua: l'emporter, être vainqueur
Salir rana: échouer, rater
Pagar el pato: payer les pots cassés
Arrimar le hombre: donner un coup de main
Estar a dos velas: être fauché (ici)
Ser un viva la Virgen: être un bon vivant...! et/ou insouciant
Ponerse las botas: s'en mettre plein la panse, ou les poches!
Comerse el marrón: trinquer, écoper.

9 juil. 2016

Pablo, amour et révolution / Pablo, amor y revolución


Pablo Milanés; vous connaissez probablement ce compositeur, chanteur, guitariste cubain, ce "troubadour révolutionnaire", “un des intellectuels qui critique avec le plus de lucidité le gouvernement de son pays”(El País, ref. en bas de page)
Ses chansons les plus belles sont des chansons d'amour, voici ma préférée; une femme généreuse et libre, des vers qui sonnent si bien...en espagnol!

Je vous l'ai quand même traduite...




Le court espace où tu n'es pas

Il reste encore des traces d'humidité,
déjà ses odeurs emplissent ma solitude,
dans le lit, sa silhouette
se dessine comme une promesse
de remplir le court espace
où elle n'est pas...

J'ignore si elle reviendra,
personne ne sait ce que demain elle fera.
Elle brise tous mes schémas,
n'avoue aucune peine,
ne me demande rien en échange
de ce qu'elle donne.

Elle est violente et tendre,
ne parle pas d'unions éternelles,
mais s'abandonne comme s'il n'y
avait qu'un seul jour pour aimer.

Elle ne participe à aucune réunion,
mais elle aime la chanson
qui engage la pensée.
Je n'ai pas encore demandé "tu resteras?”
J'ai très peur de la réponse "jamais".
Je préfère la partager
plutôt que vider ma vie,
elle n'est pas parfaite
mais s'approche de ce dont
j'ai simplement rêvé...

Pablo Milanés (Trad: Colo)


http://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/2011/09/02/pablo-milanes-chanteur-revolutionnaire-mais-pas-fanatique

http://internacional.elpais.com/internacional/2015/10/21/actualidad/1445443571_485686.html

3 juil. 2016

Une main amicale / Una mano amiga





Du seuil d’un rêve on m'appela…
C’était la bonne voix, la voix aimée.
— Dis-moi: viendras-tu avec moi visiter l’âme?…

À mon cœur parvint une caresse.
Avec toi, toujours… Et dans mon rêve j’avançai
par une galerie longue et nue,
sentant m’effleurer la robe pure,
doucement palpiter la main amicale.
(Trad: Colo)
Antonio Machado


Desde el umbral de un sueño me llamaron...
Era la buena voz, la voz querida.
-Dime: ¿vendrás conmigo a ver el alma?...
Llego a mi corazón una caricia.
-Contigo siempre...Y avancé en mi sueño
por una larga, escueta galería
sintiendo el roce de la veste pura
y el palpitar suave de la mano amiga.
Antonio Machado



 
Luís Enrique Gómez (Cuba)



29 juin 2016

Footballeurs / Futbolistas




Stade Vatican



Les joueurs de football
retournent dans leurs loges
pas à pas, la tête basse,
frémissants et sanglotants
à travers les vieilles ruines d'Occident vénérées
et la racaille de poètes si sûrs d'eux-mêmes,
de leveurs de poids, diplômés des gymnases,
des rois de l'amour, de l'argent et de la santé,
qui méchamment se moquent
du footballeur sensible,
législateur de la planète.

Carlos Germán Belli dela Torre (Lima, Perou, 15 septembre 1927)
(Trad:Colo)
Nicolas de Staël
 Nicolas de Staël : "« Merveilleux. Entre ciel et terre, sur l’herbe rouge ou bleue, une tonne de muscles voltige en plein oubli de soi avec toute la présence que cela requiert en toute invraisemblance », confie-t-il à René Char.""
 
Estadio Vaticano



Los jugadores de fútbol
a sus camarines vuelven
paso a paso cabizbajos,
trémulos y sollozando
por entre las viejas ruinas de Occidente veneradas
y la chusma de poetas tan seguros de sí mismos,
levantadores de pesas, diplomados en gimnasios,
soberanos del amor, del dinero y la salud,
que ferozmente se burlan
del sensible futbolista,
legislador del planeta.



Carlos Germán Belli dela Torre (Lima, Perú, 15 de septiembre de 1927)

*Des articles / artículos:
Les écrivains et le foot: http://www.lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=29&nid=3169
Football, langue te littérature: https://blogs.mediapart.fr/edition/socrates-football-club/article/200614/football-langue-et-litterature

El fenómeno del futbol en algunos textos literarios: https://dialnet.unirioja.es/servlet/articulo?codigo=3851637
textos de futbol: https://textosdefutbol.wordpress.com/







26 juin 2016

Tristesse / Tristeza








Se duerme un perro
La cabeza entre las patas
Casa de crisantemos.

Un chien s’endort
Il tient sa tête entre ses pattes.
Maison de chrysanthèmes.



Aratika Moritake ( 1452-1549 )
 

21 juin 2016

Ici et ailleurs / Aquí y en otra parte



"Ces trois jours de canicule sans répit, d'orage latent et de malaise sous-jacent à la quiétude ambiante, ont apporté, comme l'orage avait filé ailleurs, une agréable, légère et tiède fraîcheur à la surface limpide des choses. 
De même, au cours de notre existence, il arrive parfois que notre âme, ayant souffert du poids de la vie, éprouve soudain un soulagement qu'aucun événement ne peut expliquer.

J'imagine que nous sommes des sortes de climats, sur lesquels pèsent des menaces de tempêtes qui vont se concrétiser ailleurs.
L'immensité vide des choses, le vaste oubli qui règne dans le ciel et sur la terre..."

Fernando Pessoa, le livre de l'intranquillité

"Esos tres días de canícula sin tregua, de tormenta latente y de malestar subyacente a la quietud ambiente, han traído, ya que la tormenta había volado a otra parte, un frescor agradable y tibio a la superficie límpida de las cosas. Asimismo, a lo largo de nuestra existencia, ocurre a veces que nuestra alma, habiendo padecido del peso de la vida, experimenta un alivio que ningún acontecimiento puede explicar.

Me imagino que somos tipos de climas, sobre los cuales pesan amenazas de tormentas que van y se concretan en otra parte.
La inmensidad vacía de las cosas, el amplio olvido que reina en el cielo y la tierra..."

Fernando Pessoa, El libro de la intranquilidad,  
trad Colo




 Les orages nous ont poursuivis durant ces quelques jours hors de l'île.

Las tormentas nos persiguieron durante esos días fuera de la isla.

Celui-ci, même en courant vers l'horizon, n'a pu être évité.

Esta, no pudo ser evitada, ni siquiera corriendo.