21 janv. 2025

Couleurs / Colores

Machado, vous connaissez probablement Antonio Machado, le poète né à Séville et 

mort à Colliure.

Aujourd’hui un poème de son frère, Manuel poète lui aussi, et qui a collaboré avec

 son frère en de maintes occasions.


Antonio Machado y Manuel Machado (Carmen Vivas) 

 

Un poème qui réjouit, très visuel, au point que je n’ai pas trouvé d’illustration 

aussi vivante que les mots. Je suis preneuse si vous en avez une:-)

 

Couleurs 

 

Manuel Machado

 

	

Que le ciel est beau ! 
Que le matin est radieux ! 
Quelle fraîcheur dans la campagne !
Quelle gaieté dans l’eau ! 
 
Cours, cours mon cheval
sur le petit sentier blanc,
tu connais bien le chemin
où te guident mes désirs.
	

Ne t’arrête pas près du bois
ni sous les fraîches ramures,
filles du clair ruisseau
qui descend de la colline.  
 
Continue, continue par le sentier 
qui des deux côtés débouche 
sur des prés verts ornés
de coquelicots écarlates.
 

 Derrière nous, les oliveraies,

Se termine le sentier.

Et entre les feuilles tissées

de loin, on voit la maison. 

(Trad: Colo) 

 



	
	
	
	

Colores

Manuel Machado

 

¡Qué hermosos están los cielos!
¡Qué bonita la mañana!
¡cuánta frescura en el campo!
¡cuánta alegría en el agua!;
Corre, corre mi caballo
por la veredita blanca,
qué bien sabes el camino
donde te guían mis ansias.

 

No te pares junto al bosque
ni en las frescas enramadas,
hijas del arroyo claro
que de la colina baja.
Sigue, sigue por la senda
que a los dos lados derrama
campos verdes con adornos
de amapolas coloradas.
Ya pasan los olivares.
Ya la vereda se acaba.
Y entre las hojas tejidas,
de lejos se ve la casa.





	
	
	
	
. 


12 janv. 2025

Toi, page blanche ! / Tú, ¡ página en blanco !

 

Que faire quand l’inspiration se fait rare? 


Mario Benedetti a une idée, voyez plutôt.




Page blanche   Mario Benedetti (Uruguay, 1920, 2009)



Je suis descendu au marché


et j'ai rapporté


tomates journaux averses


endives et envies

 


gambas croupes et amen


farine monosyllabes jerez


instantanés éternuements riz


artichauts et cris


rarissimes silences




page blanche


voilà, je te laisse tout


fais-en ce que tu veux


débrouille-toi


ou du moins organise-toi

 


moi je ferai une sieste


pourvu que tu m’éveilles


avec une chose originale


et suggestive


afin que je la signe



 (Trad: Colo)




 


Página en blanco Mario Benedetti



Bajé al mercado
y traje
tomates diarios aguaceros
endivias y envidias
gambas grupas y amenes
harina monosílabos jerez
instantáneas estornudos arroz
alcachofas y gritos
rarísimos silencios

página en blanco
aquí te dejo todo
haz lo que quieras
espabílate
o por lo menos organízate

yo me echaré una siesta
ojalá me despiertes
con algo original
y sugestivo
para que yo lo firme


5 janv. 2025

Au-delà / Más allá

 

Derrière  "La voix qui t'est due" 1933

Pedro Salinas 1891-1951



Oui, au-delà des gens
je te cherche.
Pas dans ton nom, s’ils le disent,
pas dans ton image, s’ils la peignent.
Derrière, derrière, au-delà.

Au-delà de toi, je te cherche.
Pas dans ton miroir, ni dans ton écriture,
ni dans ton âme.
Derrière, au-delà…

Derrière aussi, plus en arrière
de moi je te cherche. Tu n’es pas
ce que je sens de toi.
Tu n’es pas
ce qui palpite en moi
avec mon sang dans les veines,
sans être moi.
Derrière, au-delà je te cherche.

Pour te trouver, cesser
de vivre en toi, et en moi,
et dans les autres.
Vivre enfin au-delà de tout,
de l’autre côté de tout
— pour te trouver —

comme si c’était mourir.

Trad: Jeanne Marie.

 




 

 

Detrás - La voz a ti debida

Sí, por detrás de las gentes
te busco.
No en tu nombre, si lo dicen
no en tu imagen, si la pintan.
Detrás, detrás, más allá.

Por detrás de ti te busco.
No en tu espejo, no en tu letra,
ni en tu alma
Detrás, más allá.

También detrás, más atrás
de mí te busco. No eres
lo que yo siento de ti.
No eres
Io que me está palpitando
con sangre mía en las venas,
sin ser yo.
Detrás, más allá te busco.

Por encontrarte, dejar
de vivir en ti, y en mí,
y en los otros.
Vivir ya detrás de todo,
al otro lado de todo
—por encontrarte—,
como si fuese morir.

Pedro Salinas (1891–1951)

31 déc. 2024

D'une année à l'autre / De un año al otro

Comme je vis sur une île, voici des trains particuliers, aériens et maritimes, 

qui  vous apporteront mes souhaits.

Bon passage d'un an à l'autre, et que 2025 vous soit aimable !



Ya que vivo en una isla, aquí unos trenes singulares para llevaros mis deseos de Feliz Año Nuevo.


Réalisme magique andin /Train volant
  Gonzalo Endara Crow 1936-1996  Ecuador



fuente: http://hermandaddelcolor.blogspot.com/2010/04/

 

 

Gonzalo Endara Crow 1936-1996  Ecuador 

Realismo mágico andino /Train nageur


10 déc. 2024

Un nid de baisers fous / Un nido de locos besos

 

Arthur Rimbaud avait 16 ans quand il écrivit ce poème.



Rêvé pour l’hiver



Arthur Rimbaud 1870

À Elle



L’hiver, nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.

Tu fermeras l’œil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.

Puis tu te sentiras la joue égratignée…
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou…

Et tu me diras :  » Cherche !  » en inclinant la tête,
– Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
– Qui voyage beaucoup…

Arthur Rimbaud



                                       Ricardo Lopez Cabrera, En tren. 1895



M.A. et moi avons beaucoup travaillé à la traduction en espagnol de ce charmant voyage en train qui vous/nous mènera jusqu’au Nouvel An.



Soñado para el invierno

Arthur Rimbaud

A Ella…

En invierno, viajaremos en un vagoncito rosa
Con cojines azules
Estaremos bien. Un nido de locos besos descansa

En cada rincón mullido.

Cerrarás los ojos para no ver por los cristales
Las muecas de las sombras nocturnas
Esas monstruosidades ariscas, plebeyas
De negros demonios y de lobos negros

Después sentirás la mejilla acariciada...
Unos labios, como una alocada araña,
correrán por tu cuello...

¡Busca! me dirás, inclinando la cabeza.
Y nos tomaremos nuestro tiempo para encontrar ese bicho

Que tanto viaja…



Trad: Colo/M.A. (gracias)

 


 Merci Marie !

2 déc. 2024

En forêt / En el bosque

 

Balade dans la montagne derrière chez moi

 

Forêt

Ángel González (Oviedo, 1925 - Madrid, 2008)


Tu traverses le crépuscule

L’air

tu dois presque l’écarter de tes mains

si dense, si impénétrable.

Tu marches. Tes pieds

ne laissent pas de traces. Des centaines d’arbres

retiennent leur souffle au-dessus

de ta tête. Un oiseau ne sait pas

que tu es là, et lance son cri,

long, à l’autre côté du paysage.

Le monde change de couleur: il est comme l’écho

du monde. Écho distant

que tu ébranles, traversant

les dernières frontières du soir. 

Trad: Colo

 

https://ca.wikiloc.com/rutes-senderisme/puig-de-galatzo-desde-puigpunyet-32786068/photo-21110677
 

Bosque


Ángel González (Oviedo, 1925 - Madrid, 2008)


Cruzas por el crepúsculo.
El aire
tienes que separarlo casi con las manos
de tan denso, de tan impenetrable.
Andas. No dejan huellas
tus pies. Cientos de árboles
contienen el aliento sobre tu
cabeza. Un pájaro no sabe
que estás allí, y lanza su silbido
largo al otro lado del paisaje.
El mundo cambia de color: es como el eco
del mundo. Eco distante
que tú estremeces, traspasando
las últimas fronteras de la tarde.


 

 

27 nov. 2024

Qu'en sera-t-il de moi / Qué será de mí.

 

Tláloc. Azteca, Dieu de l'eau.


Si les nuages…


Raul Gómez Jattin         Colombie 1945-1997



Si dans leurs formes les nuages n’anticipent pas l’

       histoire des hommes

Si les couleurs du fleuve ne représentent pas les desseins du

       Dieu des Eaux

Si tu ne raccommodes pas de tes mains d’astromelia* les

       commissures de mon âme

Si mes amis ne sont une légion d’anges

      clandestins. Qu’en sera-t-il de moi.


Trad: Colo


*Alstroemeria, ou astromelia, originaire d’Amérique du sud. Fleur qui représente l’amitié

 


 

Si las nubes…

 

Raúl Gómez Jattin     Colombia 1945-1997



Si las nubes no anticipan en sus formas la
       historia de los hombres  

Si los colores del río no figuran en los designios del
       Dios de las Aguas 


Si no remiendas con tus manos de astromelias* las
       comisuras de mi alma

 
Si mis amigos no son una legión de ángeles
       clandestinos Qué será de mí.

.

19 nov. 2024

Tout ce qui aide à être meilleurs / Todo lo que ayuda a ser mejor

 

Dans son Manifeste “L’utilité de l’inutile” que je viens de terminer, Nuccio Ordine cite, parmi de très nombreux écrivains, philosophes, poètes, scientifiques...Poincaré (le scientifique)

Voici la fin d’un chapitre.

“Le savant n’étudie pas la nature parce que cela est utile ; il l’étudie parce qu’il y prend plaisir et il y prend plaisir parce qu’elle est belle. Si la nature n’était pas belle, elle ne vaudrait pas la peine d’être connue, la vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue.

Je ne parle pas ici, bien entendu, de cette beauté qui frappe les sens, de la beauté des qualités et des apparences ; non que j’en fasse fi, loin de là, mais elle n’a rien à voir avec la science ; je veux parler de cette beauté plus intime qui vient de l’ordre harmonieux des parties, et qu’une intelligence pure peut saisir. C’est elle qui donne un corps, un squelette pour ainsi dire aux chatoyantes apparences qui flattent nos sens, et sans ce support, la beauté de ces rêves fugitifs ne serait qu’imparfaite parce qu’elle serait indécise et toujours fuyante.” Poincaré.

 

Apolo y las musas, 1514-1523, Baldassarre Peruzzi (Florencia, Galería Palatina, Palazzo Pitti) 

Il convient donc de regarder cette “beauté intellectuelle” qui se suffit à elle même. C’est pour elle, “plus peut-être que pour le bien futur de l’humanité” que “le savant se condamne à de longs et pénibles travaux”. Car, sans ces efforts laborieux et désintéressés, comment imaginer que nous puissions devenir meilleurs?

 

La Aritmética, 1492-1494, Pinturicchio (Vaticano, Palazzi Pontifici)



En su manifiesto “La utilidad de lo inútil” que acabo de terminar, Nuccio Ordine cita, entre numerosos escritores, filósofos, científicos, poetas...a Poincaré.


Aquí el final de un capítulo.


El hombre de ciencia no estudia la naturaleza porque sea útil; la estudia porque encuentra placer, y encuentra placer porque es bella. Si la naturaleza no fuera bella, no valdría la pena conocerla, ni valdría la pena vivir la vida.

No hablo aquí, entendámoslo bien, de esta belleza que impresiona los sentidos, de la belleza de las cualidades y de las apariencias; no es que la desdeñe, lejos de ahí, pero no tiene nada que ver con la ciencia. Quiero hablar de esa belleza, más íntima, que proviene del orden armonioso de las partes y que sólo una inteligencia pura puede comprender. Por así decirlo es ella la que da un cuerpo, un esqueleto a las halagadoras apariencias que embellecen nuestros sentidos, y sin este soporte, la belleza de estos sueños fugitivos sería imperfecta, porque sería indecisa y huiría siempre. Poincaré


Hay que saber poner la mira en «la belleza intelectual» que «se basta a sí misma». Por ella sola, «más quizá que por el bien futuro de la humanidad», «el hombre de ciencia se condena a largos y penosos trabajos». Sin este laborioso y desinteresado esfuerzo, sería realmente difícil pensar en hacerse mejores.

 

                                   No molestar, estoy currando
 

12 nov. 2024

Au-delà / Más allá

Réflexion matinale

Reflexión matinal

Otoño 2024, foto Colo
 

 

Voir au-delà de la feuille, penser au-delà de l'émotion. 

C'est certainement le rôle de la poésie. 



Ver más allá de la hoja, pensar más allá de la emoción.

Es sin duda el papel de la poesía.

7 nov. 2024

S'aimer en silence / Quererse en silencio

Parfois, et de plus en plus souvent, on aimerait un monde moins bruyant, voire. tonitruant. Ou l'a-t-il toujours été mais on le savait moins ? Ou encore, avec l'âge, le silence devient-il plus essentiel ?

 

                                       
                                                      Jaume Plensa  / Poesía del silencio



Silence 

A.Eloy Blanco (Venezuela 1896)


Quand tu seras muette,
quand je serai aveugle,
il nous restera les mains.

Quand tu deviendras vieille,
et quand je deviendrai vieux,
il nous restera les lèvres
et le silence.

Quand toi tu seras morte,
et moi je serai mort,
ils devront nous enterrer ensemble
et en silence;

et quand tu ressusciteras,
quand je revivrai,
nous nous aimerons à nouveau
en silence;

et quand tout finira
pour toujours dans l’univers,
ce sera un silence d’amour
le silence. 

(Trad: Colo)

 

D'autres, par contre, semblent avoir des difficultés de communication...(ajouté le 9 novembre)



                                            
David Hockney. My Parents, 1977.


 

 

Silencio Andrés Eloy Blanco


 

Cuando tú te quedes muda,
cuando yo me quede ciego
nos quedarán las manos.

Cuando tú te pongas vieja
cuando yo me ponga viejo,
nos quedarán los labios
y el silencio.

Cuando tú te quedes muerta,
cuando yo me quede muerto,
tendrán que enterrarnos juntos
y en silencio;

y cuando tú resucites,
cuando yo viva de nuevo,
nos volveremos a amar
en silencio;

y cuando todo se acabe
por siempre en el universo,
será un silencio de amor
el silencio.