7 oct. 2013

Marina Tsvetaeva, femme d'aucun compromis / Marina Tsvetaeva, mujer de ningún compromiso


Dans “7 femmes” Lydie Salvayre consacre 43 pages à Marina Tsvetaeva (1892 - 1941). J'ai délibérément omis beaucoup d'éléments dont la Révolution russe (voir le billet de Dominique aujourd'hui) ainsi que la biographie commentée de Marina.
Voici des extraits qui, j'espère, vous feront comprendre sa personnalité.

En “ 7 mujeres” Lydie Salvayre le dedica 43 páginas a Marina Tsvetaeva (1892 - 1941). Omití deliberadamente muchos elementos entre los cuales la Revolución rusa, así como la biografía comentada de Marina.
Aquí unos extractos que, espero, os harán comprender su personalidad.

Pour accompagner la lecture, la voix d' Elena Frolova chante un poème de Marina
Para acompañar la lectura, la voz de Elena Frolova canta un poema de Marina




  
Ce cri qui donne le frisson fut celui d'une écorchée vive qui affirma, avec une intransigeance folle, que là où il y avait la poésie, il y avait le monde.
Une femme qui (…) ne céda jamais à l'accouplement effroyable du conformisme et de la terreur qui sévissaient alors dans sa Russie natale.
Et qui décida d'en finir lorsque la misère ajoutée à la déréliction et à une politique meurtrière étranglèrent définitivement sa parole poétique, indéfectiblement liée à sa capacité d'aimer”
Ese grito estremecedor fue el de una despellejada viva capaz de afirmar, con una total intransigencia, que allí donde existe la poesía, existe el mundo.
Una mujer que (…) no cedió nunca al espantoso apareamiento entre el conformismo y el terror que reinaba entonces en su Rusia natal. Eso la decidió a poner fin a su vida cuando la miseria, añadida al desamparo y a una política asesina, estrangularon definitivamente su palabra poética, unida indefectiblemente a su capacidad de amar.”

Elle s'appelait Marina Tsvetaeva, et la poésie, disaient ses proches, sourdait d'elle et jaillissait comme l'eau vive des fontaines.
Une poésie (…) qui procédait d'un sentiment d'exil fondamental (…) doublé d'un goût de la vérité dont elle ne pouvait ou ne voulait diluer la violence. “Et maintenant je vous avoue une de mes vilaines passions, écrivit-elle à Pasternak: tenter les gens (les éprouver) par une sincérité excessive, sans précédent...La tentation par la vérité. Qui la supportera?
Ils furent rares ceux qui la supportèrent, et là fut en partie son malheur.”
Se llamaba Marina Tsvetaeva, y la poesía, decían sus allegados, manaba de ella y brotaba como el agua viva de las fuentes.
Una poesía (…) que procedía de un sentimiento de exilio fundamental (…) añadido a una inclinación por la verdad de la cual no podía o no quería diluir la violencia. “Ahora os confieso una de mis feas pasiones, le escribía a Pasternak: tentar a la gente (ponerlos a prueba) por una sinceridad excesiva, sin precedentes... La tentación por la verdad. ¿Quien lo soportará?
Pocos fueron los que lo soportaron, y de allí vino, en parte, su desgracia.”


Elle disait qu'elle était condamnée aux mots (…) condamnée à vouloir l'impossible qui émane du domaine des mots.
Elle disait qu'elle ne tenait pas la plume, que c'était la plume qui la tenait”
Decía que estaba condenada a las palabras(...) condenada a querer el imposible que emana del mundo de las palabras.
Decía que no era ella quien sostenía la pluma, que era la pluma la que la sostenía a ella.”

Cette écriture, de son vivant, se heurta à une surdité quasi totale et qui, d'une certaine façon, la tua.
Toutes les lettres qu'elle envoya aux écrivains lors de son exil français demeurèrent sans réponse, et presque tous ses manuscrits refusés.
Elle en éprouva un désespérant sentiment d'exclusion. C'est, à n'en pas douter, ce sentiment, joint à des conditions d'existence effroyables, qui la poussa à regagner, avec au cœur un terrible pressentiment, la Russie soviétique qu'elle avait fuie en 1920 et où elle finit par se pendre en 1941, deux ans après son retour.”
Esta escritura, durante su vida, tropezó con una sordera casi total que, de alguna manera, la mató.
Todas las cartas que envió a los escritores, durante su exilio francés, permanecieron sin respuesta, y casi todos sus manuscritos fueron rechazados.
Todo eso hizo que sufriera un desesperante sentimiento de exclusión. Es ese sentimiento el que, sin duda, unido a unas condiciones de existencia espantosas, la empujó a regresar, con un intimo y terrible presentimiento, a la Rusia soviética de la cual había huido en 1920 y en la que acabaría por ahorcarse en 1941, dos años después de su vuelta.” 
 
Marina et Sergueï Efron - leur mariage

Femme d'aucun compromis “..son refus, par exemple, de répondre aux attentes des cercles parisiens de l'émigration russe, malades d'une nostalgie qui n'était pas la sienne. (…)
Et son même refus d'adresser un compliment à Staline comme la plupart s'y pliaient.”
Tsvetaeva était de cette poignée d'insensés pour qui vivre se confondait avec le refus farouche de prendre un quelconque parti, et ce aux fins de protéger une liberté intérieure qui leur était précieux, leur unique, leur inestimable bien.”
Mujer de ningún compromiso “..su negativa, por ejemplo, a responder a las expectativas de los círculos parisinos de la emigración rusa, enfermos de una nostalgia que no era la suya. (…)
Como el rechazo a enviar algún cumplido a Stalin, a lo que la mayoría se había sometido.”
Tsvetaeva pertenecía a ese puñado de insensatos para los que vivir se confundía con el rechazo feroz a tomar cualquier partido, y eso a fin de proteger una libertad interior que les era preciosa, su única, su inestimable fortuna.”

Lydie voue une admiration sans borne à la correspondance entre Marina et Pasternak: “(...) une des plus belles correspondances qu'il m'ait été donné de lire (…).
Correspondance d'âme à âme, de rêve à rêve,
" De mon rêve j'ai
Sauté dans le tien.”
Une correspondance Où chacun devient meilleur, le plus juste, le plus sensible lecteur de l'autre, dans une complicité telle qu'elle les fait égaux.
Où les deux, descendant jusqu'aux grands fonds d'eux-mêmes, finissent par se joindre et, amoureusement, s'entre-influencer.”
Lydie profesa una admiración sin limites a la correspondencia entre Marina y Pasternak: “(...) una de las más bellas correspondencias que he podido leer (…)
Correspondencia de alma a alma, de sueño a sueño,
De mi sueño
al tuyo he saltado.”
Una correspondencia “En la que cada uno se vuelve mejor, el más certero, el más sensible lector del otro, en tal complicidad que les hace iguales.
Donde los dos, bajando hasta tocar el fondo de ellos mismos, acaban por encajarse y, amorosamente influenciarse.”

Marina, Rilke , Pasternak

Ce qui n'empêche nullement Tsvetaeva d'aimer d'un amour inentamable son mari Sergueï Efron et de s'enticher à intervalles très réguliers d'un homme ou d'une femme sur qui elle a jeté son dévolu.
(…) Amours qui sont courtes folies.
(…) Aventures où elle se jette, se rue, à bride abattue, Cheval ruant rompt l'attache.
Grâce auxquelles, perdant toute mesure, elle s'exalte jusqu'au délire. Mais c'est un bien. Car l'homme, écrit-elle, ne voit correctement le monde que dans la suprême exaltation”
Eso no impide a Tsvetaeva amar de un amor sin merma a su marido Sergueï Efron ni encapricharse a intervalos muy regulares de un hombre o una mujer en los que ella se hubiera fijado.
(…) Amores que son cortas locuras.
(…) Aventuras en las que se echa, se abalanza, desenfrenada, Caballo encabritado rompe las bridas.
Gracias a esos amores, desmesurada, se exalta hasta el delirio. Pero no se daña. La persona, escribe, tan solo en la suprema exaltación ve correctamente el mundo.”

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Des liens en français:
 - Une biographie, une bibliographie, des extraits, un forum, des liens : http://tsvetaeva.free.fr/index.html

-  Un dossier sur le site esprits nomades
- Deux blogs-amis qui y font mention:

  En español: una dirección con muchos poemas de ella, una corta biografía

 




35 commentaires:

  1. un lien vers ce magnifique billet a été ajouté à un article sur la fin de l'URSS

    Une femme d'exception pour un pays d'exception !!!

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  2. Un billet vibrant, merci ! Lydie Salvayre rend bien l'intensité qui était le maître mot de cette poétesse.
    Je n'ai pas encore lu sa correspondance avec Pasternak, cela ne saurait tarder.

    (Merci pour le lien, je me permets d'ajouter celui vers la toute première page de mon blog : http://textespretextes.blogs.lalibre.be/archive/2008/02/29/vivre-dans-le-feu.html )
    A bientôt.

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    1. Un livre que tu liras sûrement.

      Oh, ce lien m'avait échappé...je l'ajoute dans le billet!

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  3. Très grand merci pour ce billet très complet, diversifié sur une grande russe que je ne connaissais que très peu.
    J'ajouterai que le magazine LIRE de septembre, lui consacre quatre pages bien documentées, que j'aurais sans doute survolées si je n'avais eu connaissance de vos billets.
    Merci, Colo, d'avoir effectué ce travail enrichissant.

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    1. Quelle bonne nouvelle ces pages de Lire!

      Un gros travail, vous vous en doutez, passionnant aussi....je crois que je vais faire une courte pause (de ce livre) avant d'aborder les autres femmes, toutes si intéressantes.
      Bonne journée et merci à vous.

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  4. ah je n'ai pas encore vu le magazine Lire de ce mois donc merci à Christian
    j'ai évidemment réservé ce livre de L Salvayre à la bibliothèque mais là il faut de la patience
    En attendant je me délecte de ton billet

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    1. Merci Dominique, je serai curieuse de lire ce que tu en penseras...
      Bonne journée!

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  5. Quatre pages !!!! Ah bon ben LIRE est quand même moins phallocentré que "Le magazine littéraire" qui consacre rarement quatre pages à une femme...
    Elle me plaît beaucoup cette poétesse et ce qu'en a écrit Tania complète merveilleusement tes deux passionnants billets, Colo.
    Poèmes, proses et citations de cette grande dame à retenir !
    (Et plus besoin de lire LIRE ;)).

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    1. Bonjour Euterpe, je n'ai lu d'elle que de nombreux poèmes, mais je ne vais pas tarder à lire de la prose.
      Ce livre, "7 femmes", devrait te plaire énormément!
      Bonne fin de journée!

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  6. Bonjour Colo
    J'ai tellement de choses à lire... ( comme en ce moment, ce livre magnifique "La paix dans l'enfer" de cette femme exceptionnelle Etty Hillesum, chez Points Sagesse ) mais je note dans mon précieux carnet, cette poétesse russe qui apparemment a su ne pas se compromettre.

    belle fin de journée


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    1. Bonjour Yanis, vous pourriez commencer par quelques poèmes alors, il y en a de vraiment magnifiques.
      Ne pas se compromettre a eu un prix tellement élevé pour elle, qu'en lisant je me disais parfois, allez, ne sois pas aussi sotte, ta vie est en danger Marina!
      Bonne fin de journée, pluies ici.

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    2. je vais commander un de ses livres à notre petite librairie (lieu de résistance).

      mon autre blog : "A l'ombre de la lumière" jpaudren.blogspot.fr

      Etty Hillesum, une femme absolument à connaître.

      :-))

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  7. Un grand merci Colo d'avoir donner envie d'aimer Marina à celles-eux qui ne la connaissaient pas.
    Une femme entière, exceptionnelle ... Magnifique et tragique destin.

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    1. désolée il faut lire " donné "

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    2. Bonsoir Sable, oh, oui, je meurs d'envie d'en lire beaucoup plus. Demain je sors de ma campagne et m'en vais dévaliser la librairie!
      Je sais combien tu la portes dans ton coeur, alors, on en reparlera?
      Bonne soirée, besos.

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    3. ce sera avec un immense plaisir !

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  8. Tu me donnes une furieuse envie de me jeter sur le livre de Lydie Salvayre, et je vais ressortir vite fait la correspondance Pasternak-Marina-Rilke de mes étagères. France-Culture a fait des émissions passionnantes sur elle, j'en ai entendue une récemment (rediffusions de la nuit, les pépites des 50 dernières années .. vive les insomnies). Je ne comprends pas le russe, mais l'interprétation de la chanteuse est magnifique.

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    1. France culture tu dis? je vais essayer de les retrouver, grand merci!
      Je ne comprends pas plus le russe que toi ey n'ai aucune idée du poème chanté, mais la voix est superbe, oui, oui!
      Bonne soirée Aifelle, et excellente lecture alors.

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  9. Colo, les émissions de la nuit ne sont pas réécoutables, ni podcastables et je le regrette souvent. J'adorais cette radio dans les années 80, un peu moins maintenant que les dirigeants successifs veulent la moderniser !!

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    1. Une modernisation relative si on ne peut même pas réécouter...dommage!
      merci de me signaler, je cherchais...vainement donc!

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  10. Quelle force semblait-elle avoir ! Force et détermination... pas toujours aisées à affirmer dans mon quotidien. J'admire d'autant plus.

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    1. Bonjour Lou, une obstination farouche à ne pas dévier de sa ligne, un courage aussi, tu as raison!
      Bonne journée, un beso.

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  11. Là où il y avait la poésie se trouvait le monde... Dire l'incontournable en si peu de mots.

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    1. Une vie d’exaltations, une mort quand elles disparurent...

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  12. Tu me donnes vraiment envie de lire cet opus et je crois aussi la correspondance dont parle Aifelle.
    Belle soirée à toi !
    Bises

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    1. Je crois qu'on ne peut qu'être passionné par cette lecture Enitram.
      Bonne journée à toi aussi, besos!

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  13. Pardon, je suis très distrait, merci pour ta visite sur mon nouveau blog.

    J'aime beaucoup les trois poèmes de la publication précédente.

    Douce journée

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  14. Yanis, le nom de Etty Hillesum me dit quelque chose...une hollandaise je crois, je vais chercher. Merci et très bonne journée!

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  15. Une très belle découverte que Marina Tsvetaïeva.
    J'ai lu les poèmes que tu as choisis et j'ai suivi le lien vers ses poèmes traduits en français.
    Mon choix s'est porté sur:
    "Chaque poème-un enfant de l’amour,
    Un enfant éternel, démuni de tout,
    Un premier-né-posé près
    De l’ornière, en plein vent".

    Mais aussi sur cet extrait qui montre bien son style, style et jeux de langue que j'apprécie:

    "Neuve ? Neige,
    Plus blanche que page
    Neuve neige
    Plus blanche que rage
    Slave…
    Rafale, rafale,
    Aux mille pétales,
    Aux mille coupoles
    Rafale-la-Folle"...
    La voir sur les photos est saisissant: elle a un air grave.


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  16. merci Maïté pour ces extraits que tu aimes, que j'aime aussi.
    Pourquoi ne pas suivre "Rafale-la-Folle", ne fut-ce qu'un moment? un momentito...
    Bonne soirée, un beso.

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  17. Un très beau portrait de femme poète, tellement déterminée !

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    1. Inébranlable, tout à fait Danièle.

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  18. "Boulversifiant" - quelle vie ! J'adore également "Rafale-la-Folle" Belles lectures en perspective... merci Colo

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    1. Te connaissant, tu as écouté Frolova....l'âme russe dit-on! Superbe voix, non?
      Je t'embrasse hermano, hasta pronto!

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