7 août 2024

Un conte / Un cuento

 Silvina O Campo était une grande poétesse et écrivaine Argentine, (1903-1993) qui 

raffolait des nouvelles fantastiques. 

Il y a une dizaine d'années, j'avais traduit ce conte fantastique, ici

En voici un autre. 

 

                                           

LA VOIX

 

Silvina O Campo


 

L’automne ressemble plus à l’été que l’été. C’était une chaude journée d’automne. Avec ma robe en soie bleue et le petit pékinois qu’on m’avait offert pour mon anniversaire, je suis arrivée chez mon fiancé. Je me souviens clairement de ce jour.


- Les jalousies gouvernent le monde -disait la dame Yapura, croyant que je ne me

 mariais pas avec Romirio par jalousie-. Mon fils ne dort qu’avec le chat.


Moi je ne me mariais pas ou ne me décidais pas à me marier avec Romirio pour d’autres raisons. Parfois les mots que les gens disent dépendent de l’intonation de la voix de celui qui les prononce. Je semble divaguer mais il y a une explication. La voix de Romirio, mon fiancé, me répugnait. Quel que fût le mot qu’il prononçait, et bien qu’il montrât du respect en le disant, et bien qu’il ne me touchât pas même un doigt de pied, il me semblait obscène. Je ne pouvais l’aimer. Cette circonstance me peinait, non pour lui mais pour sa mère, qui était bonne et généreuse. Son seul défaut connu était la jalousie, mais elle était déjà vieille et l’avait perdue. Et depuis quand faut-il croire les commérages ? Les gens racontaient qu’elle s’était mariée jeune avec un garçon qui très vite la trompa avec une autre. Ayant des soupçons, elle vécut un mois sans dormir en essayant de découvrir l’adultère. Le découvrir fut comme un coup de couteau au coeur. Elle ne dit rien, mais la nuit même, quand son mari dormait à ses côtés, elle se jeta à son cou pour l’étrangler. La mère de la victime vint le sauver, sans elle il serait mort.

 Mes fiançailles avec Romirio se prolongeaient trop. “Qu’est-ce qu’une voix ?”, pensais-je, “ce n’est pas une main qui caresse avec insolence, ce n’est pas une bouche répugnante qui essaye de m’embrasser, ce n’est pas le sexe obscène et protubérant que je crains, ce n’est pas matériel comme les fesses ni chaud comme le ventre”. Pourtant la voix de Romirio signifiait quelque chose de bien plus désagréable que tout ça pour moi. Comment pourrais-je supporter qu’un homme vive à mes côtés distillant cette voix à qui voudrait l’entendre ! Cette voix viscérale, impudique, scatologique. Mais qui ose dire à son fiancé “ta voix me déplaît, me répugne, me scandalise, est comme, dans le catéchisme de mon enfance, le mot luxure”?

Notre mariage se postposait indéfiniment, sans qu’il existât apparemment de vrais motifs pour cela.

Romirio me rendait visite tous les soirs. Je n’allais que rarement à sa maison sombre, car sa mère, qui était malade, se couchait tôt. Je l’aimais beaucoup pourtant, le petit jardin rempli d’ombres, et Lamberti, le chat tigré de Romirio. Il n’y avait dans tout le voisinage de fiancés aussi réservés que nous. Si nous nous sommes embrassés une fois durant l’été ce fut beaucoup. Nous prendre la main ? Même pas pour rire. Nous étreindre ? On ne dansait plus enlacés. Ce comportement inhabituel faisait soupçonner que nous ne nous marierions jamais.

 




Ce jour-là j’ai emmené le petit pékinois qu’on m’avait offert chez Romirio. Romirio l’a pris dans ses bras pour le caresser. Pauvre Romirio, il aimait tant les petits animaux. Nous étions assis dans le salon comme d’habitude quand le poil de Lamberti s’est hérissé et, avec un bruit de crachement il s’est enfui de notre côté, renversant un pot de fleurs. C’est en pleurant que la dame Yapura me téléphona le jour suivant : cette même nuit et comme toujours, Romirio dormit avec Lamberti dans son lit, mais au milieu de la nuit le chat en furie lui enfonça les griffes dans le cou. En entendant les cris, la mère arriva. Elle parvint à arracher le chat du cou de son fils et l’étrangla avec une ceinture. On dit qu’il n’y a rien de plus terrible qu’un chat furieux. Je n’ai aucun mal à le croire. Je les déteste. Depuis lors Romirio est sans voix et les médecins qui l’ont vu ont dit qu’il ne la retrouverait jamais,

-Tu ne te marieras pas avec Romirio -dit la mère en larmes-. Ce n’est pas pour rien que je disais à mon fils de ne pas dormir avec le chat !

-Je me marierai -ai-je répondu

Depuis ce jour j’ai aimé Romirio.

(Trad: Colo)

La voz


El otoño se parece más al verano que el verano. Era un día caluroso de otoño. Con mi vestido de seda azul y el perrito pequinés que me habían regalado para mi cumpleaños llegué a casa de mi novio. Recuerdo patente aquel día.

Los celos rigen el mundo –decía la señora de Yapura, creyendo que yo no me casaba con Romirio por celos–. Mi hijo duerme solo con el gato.

Yo no me casaba o no me decidía a casarme con Romirio por otros motivos. A veces las palabras que las personas dicen dependen de la entonación de la voz con que las dicen. Parece que divago, pero hay una explicación. La voz de Romirio, mi novio, me repugnaba. Cualquier palabra que pronunciara, aunque tuviera mucho respeto por mí al decirla, aunque no me tocara ni un dedo del pie, me parecía obscena. No podía quererlo. Esta circunstancia me apenaba, no por él sino por su madre, que era generosa y buena. El único defecto que se le conocía eran los celos, pero ya era vieja y los habría perdido. ¿Y acaso hay que creer en las habladurías? La gente contaba que se casó muy joven con un muchacho que pronto la engañó con otra. Al sospechar la cosa, ella vivió un mes sin dormir tratando de descubrir el adulterio. Descubrirlo fue como una cuchillada que recibió en el corazón. No dijo nada, pero aquella misma noche, cuando su marido dormía a su lado, se le echó al cuello para estrangularlo. La madre de la víctima acudió para salvarlo; si no hubiera sido por ella habría muerto.

Mi noviazgo con Romirio se prolongaba demasiado. «¿Qué es una voz?», pensaba yo, «no es una mano que acaricia con insolencia, no es una boca repulsiva que intenta besarme, no es el sexo obsceno y protuberante que temo, no es material como las nalgas ni caliente como un vientre». Sin embargo, la voz de Romirio significaba algo mucho más desagradable que todo eso para mí. ¡Cómo soportaría que un hombre viviera a mi lado repartiendo esa voz a quien quisiera oírla! Esa voz visceral, impúdica, escatológica. ¿Pero quién se atreve a decir a su novio: «tu voz me desagrada, me repugna, me escandaliza, es como en el catecismo de mi infancia la palabra lujuria»?

Nuestro casamiento se postergaba indefinidamente, sin que existieran, aparentemente, verdaderos motivos para ello.


 

Romirio me visitaba todas las tardes. Rara vez yo iba a su oscura casa, porque su madre, que era enferma, se acostaba temprano. Asimismo, me gustaba mucho el jardincito, lleno de sombras, y Lamberti, el gato barcino de Romirio. Novios tan recatados como nosotros no existían en todo el vecindario. Si nos besamos una vez durante el verano de aquel año fue mucho. ¿Tomarnos de la mano? Ni por broma. ¿Abrazarnos? Ya no se usaba bailar abrazados. Este desusado comportamiento hacía sospechar que no nos casaríamos nunca.

Aquel día llevé a casa de Romirio el perrito pequinés que me habían regalado. Romirio lo tomó en brazos para acariciarlo. ¡Pobre Romirio, le gustaban tanto los animalitos! Estábamos sentados en la sala como de costumbre cuando el pelo de Lamberti se erizó y con un ruido de escupida huyó de nuestro lado volteando una maceta con flores. Llorando me llamó al día siguiente la señora de Yapura: aquella misma noche, como siempre, Romirio durmió con Lamberti en su cama, pero en medio de la noche el gato enfurecido le clavó las uñas a Romirio en el cuello. La madre acudió al oír los gritos. Logró arrancar el gato del cuello de su hijo y lo estranguló con una correa. Dicen que nada es tan terrible como un gato enfurecido. No me cuesta creerlo. Los detesto. Romirio quedó sin voz desde entonces y los médicos que lo vieron dijeron que no la recobraría jamás.

No te casarás con Romirio –dijo llorando su madre–. ¡Por algo yo le decía a mi hijo que no durmiera con el gato!

Me casaré –le respondí.

Amé a Romirio desde aquel día.




2 août 2024

Oiseaux en musique....Pájaros en música.

 Pablo Casals, ou Pau Casals1876-1973, violoncelliste, chef d'orchestre et compositeur 

catalan.

 

  El cant dels ocells (en catalan)

Le chant des oiseaux.




 

27 juil. 2024

Les discriminés / Los discriminados


En lisant ce poème de Mario Benedetti, je me disais qu’il en va de même pour les humains, du moins en


général…



Parmi les oiseaux cités par le poète, certains sont sud-américains.


 Et si on s’amusait ? Ce poème vous fait-il penser à un tableau, une musique, un livre, un dessin ou

 n’importe quoi d’autre ? 

Ce serait bien, si vous avez envie et le temps, d’élargir le sujet, j’insèrerais le tout dans le

 billet…………..un long billet collectif d’été (très chaud ici) sur les oiseaux.


Mario Benedetti   (Uruguay- 1920-2009)

Oiseaux


Le tyran quiquivi


Depuis déjà plusieurs siècles


d’illustres oiseaux survolent


les champs de la vaste poésie



Les hirondelles le rossignol l’alouette


la calandre le chardonneret le colibri


le corbeau le loriot


et bien sûr le phœnix


ont été convoqués par des poètes


pour peupler leurs forêts


orner leurs ciels


et habiter des métaphores



Moi ici je prends parti


pour les discriminés / ceux qui jamais


ou rarement apparaissent


les pauvres petits oiseaux de l’oubli


qui eux aussi sont remplis de souvenirs.



Pour cela ici je propose


le canari le moineau, la grive le merle


la viuda* l’étourneau le cardinal


la tourterelle la pie l’ortolan


le martin pêcheur le tyran quiquivi


pour qu’un jour ils soient dans un vers


même si ce n’est /comme en cette occasion


que par la porte de service


(Trad: Colo)

 


* Veuve dominicaine. 
 



Vidua (o viuda) macroura



Mario Benedetti 

Pájaros

Hace ya varios siglos
que pájaros ilustres sobrevuelan
los predios de la vasta poesía
 
la golondrina el ruiseñor la alondra
la calandria el jilguero el picaflor
el cuervo la oropéndola
y por supuesto el ave fénix
han sido convocados por poetas
para poblar sus bosques
ornamentar sus cielos
y rellenar metáforas
 
yo aquí rompo una lanza
por los discriminados / los que nunca
o pocas veces comparecen
los pobres pajaritos del olvido
que también están llenos de memoria
 
por eso aquí propongo
al canario el gorrión el tordo el mirlo
la viuda el estornino el cardenal
la tórtola la urraca el hortelano
el martín pescador el benteveo
 
para que alguna vez entren al verso
aunque tan sólo sea / como en esta ocasión
por la modesta puerta de servicio.

 

 Val, Les flamants roses, par Felix Ziem (Baune 1821-1911)

 

 


 

Adrienne. merci.



 La Malle Babbe de Frans Hals




Jeune fille à la colombe, Jean Baptiste Greuze.


Ecole des Pays-Bas méridionaux ? La fillette à l'oiseau mort
(premier quart 16ème siècle)


Denise, merci


Tania: 

2 titres de livre:  "Psychopompe" d'Amélie Nothomb, "Le jardin nu" d'Anne Le Maître 

Puis un extrait d'"un livre mystère, que je présenterai jeudi prochain sur mon blog. En voici déjà un extrait pour toi, à propos des corneilles et des pies" :

"De la fenêtre, on s'attend à une guerre. Très vite, pourtant, on s'étonne quand on voit le noir et blanc et le noir bleuté finir par se mélanger lentement sur la place sans coup d'éclat, mais plutôt à la suite de discrets détours, faux départs, contournements, reculs, avancées, astuces et abandons obligés ; tout cela comme imposé aux unes et aux autres par une espèce de loi tacite.
Pas de cris, pas de jacassements, dans ces circonstances.
Le bavardage, ce sera pour la fin de la journée, entre soi, dans le bosquet commun.
De la terrasse, on les entendra jusqu'à la tombée de la nuit, comme si elles étaient à deux pas."

 

Marie, grand merci !

Les mots sont des oiseaux sauvages
qu'on ne rattrape jamais, une fois lâchés.
Jean Simard "200 milliards de mots, explosent en plein soleil
et le vent les transporte...

Par les petits chemins
dans un jardin d'étoiles
les oiseaux les escortent
Dans ce monde d'enfants
chacun écrit son conte
et sa propre révolte"

Texte Yannick Jaulin et musique de Francis Cabrel

https://marie-aupaysdesimagesetdesmots.blogspot.com/2022/12/photos-bouquet-de-motsles-oiseaux-de.html

https://marie-aupaysdesimagesetdesmots.blogspot.com/2024/05/photos-les-pelicans-de-la-reserve-de.html


https://marie-aupaysdesimagesetdesmots.blogspot.com/2024/02/poemes-le-chant-de-lalouette.html


Anne Le Maître: Merci, ce petit discret a un chant si agréable et doux.


Fifi, merci! J'ai ajouté une vidéo de leur vol.

Claude Roy


"Les étourneaux
sont étourdis.
On le dit.
Ils font des tours
et des détours
et ils rient.
Les étourneaux n'ont pas de tête.
On le dit.
Mais ils sont gais,
les étourneaux,
légers là-haut !
Ils font dans le ciel des anneaux,
des anneaux gais à tire-d'aile
les étourneaux."


 Zoë Lucider , merci. J'ignore si c'est à ce bouvreuil que tu faisais allusion, mais c'est celui que j'ai trouvé sur le blog de JEA, à cette page:

 

Bouvreuil bourlingueur (Ph. JEA/DR).

 Avec ce texte: 

Avant de lire cette page, prière de laisser dehors appeaux, cages, filets, glu et autres miroirs des trahisons
ici, donner des noms d'oiseaux ne revient surtout pas à insulter
que ces oiseaux soient dénoncés ailleurs comme de mauvais augure et prenant vite la mouche, ils restent infiniment plus drôles, plus légers, plus libres que les tous les épouvantails du monde se donnant la main :

- alcidés accros aux jeux de hasard,
ardents ardéiformes,
coureurs de fond solitaires,
diurnes nyctalopes,
échassiers échalas,
gallinacés amateurs de galipettes et de gauloiseries,
grimpeurs et sans reproches,
intrépides impennes,
hugoliens victorieux,
migrateurs se fichant des montres et des horloges,
nocturnes avec sons et lumières,
palmipèdes pathétiques,
passereaux passéistes,
percheurs imités dangereusement par des chats joueurs,
plongeurs dégoûtés des restos,
rapaces amateurs de ragots,
ratites accusés injustement d'être ratiocineurs,
oiseaux terrestres se mettant vite en boule...


 Christw merci!


Poème "La sittelle" de Jacques Herman :


De l'encre bleue tomba
Goutte à goutte de son front bombé
En s'écrasant elle creusa
Un petit trou dans le pavé

Il en sortit plus tard
Une fleur nouvelle
Inconnue à ce jour
On la nomma Sittelle
Comme ces passereaux agiles
Qui descendent parfois les arbres
La tête en bas
Et qui étonnent souvent
Les passants prétentieux et fiers
Qui refusent de voir
Le monde à l'envers

Et le lien vers une photo prise à la Boverie à Liège : 


https://christw.piwigo.com/picture?/7/category/2-sittelle

 

Pour La Bacchante qui se plaint du manque de pigeons..


 Claudialucia: Merci!

Pour répondre à la Bacchante : La Fontaine : LES DEUX PIGEONS


Deux Pigeons s'aimaient d'amour tendre.
L'un d'eux s'ennuyant au logis
Fut assez fou pour entreprendre
Un voyage en lointain pays.

Charles Aznavour : Les deux pigeons (you tube)

Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre
Mais l'un d'eux a quitté leur toit
Ils sont longs les jours de l'attente
Et longues sont les nuits sans toi

Un pigeon regrettait son frère
Moi je regrette mon bel amour
Comme lui j'attends un bruit d'ailes
Le doux bruit d'ailes de son retour (...)


Les deux pigeons d'André Messager (ballet) 


 Marie, Bonheur du jour, envoie ceci: Merci!

Olivier Messiaen: Réveil des Oiseaux (1953)

 




 

22 juil. 2024

Échanges et découvertes potagères.

Un troc de plus, en échange de branches de l'avocatier que ce señor-ami a greffées, il nous a donné une plante qu'il a nommée "melon-poire". Intéressant, non ?

Nous l'avons plantée et maintenant elle porte ces fruits pas encore mûrs (il dit qu'il faut attendre qu'ils deviennent orange  clair avec des lignes). Wait and see.

La vertu principale des cultivateurs est la patience....


Il paraît qu'ils ont une léger goût de concombre. Voilà qui surprend encore plus. 

Après recherches il vient de la région andine de l'Amérique du sud, là il s'appelle concombre-melon (solanum muricatum), un fruit exotique donc. 

Ce qui semble intéressant c'est qu'il est peu sujet aux maladies....pas comme les tomates, misère, quelles grincheuses, difficiles, capricieuses...

Connaissiez-vous ce fruit-légumes qui goûte, hum, je vous dirai ? 

Manou peut-être, toi la spécialiste.

17 juil. 2024

Une alouette sur ton coeur / Una alondra en tu pecho

 Cesaria Evora, Cap vert, 1941-2011



                                           Temps et silence


Une maison dans le ciel
Un jardin dans la mer
Une alouette sur ton cœur
Un nouveau départ

Un désir d'étoiles
Un soupir* de moineau
Une île dans ton lit
Un coucher de soleil

Temps et silence
Cris et chants
Cieux et baisers
Voix et chagrin

 Naître dans ton rire
 Grandir dans tes larmes
Vivre sur tes épaules
Mourir dans tes bras

(trad:Colo )

* le mot exact est "battement", mais...






Tiempo y silencio 

(Pour toi, MA)


Una casa en el cielo
Un jardín en el mar
Una alondra en tu pecho
Un volver a empezar

Un deseo de estrellas
Un latir de gorrión
Una isla en tu cama
Una puesta de sol

Tiempo y silencio
Gritos y cantos
Cielos y besos
Voz y quebranto

Nacer en tu risa
Crecer en tu llanto
Vivir en tu espalda
Morir en tus brazos


10 juil. 2024

Déguisements / Disfraces


 Elvira Sastre (Segovia 1992) est une jeune femme brillante. Écrivaine, poétesse, philologue, 
 
traductrice, que j'ai lue souvent mais jamais jusqu'à aujourd'hui je n'avais assez accroché à sa
 
poésie pour décider des passer des heures à traduire un poème. 
 
 
 
L'amour dans un bocal    
                                      
                                                 Elvira Sastre 
 
 

La solitude c’est regarder des yeux qui ne vous regardent pas.

 

Elle arrive alors, déguisée

en oiseau, arbre et vent,

elle arrive alors, déguisée,

attrape une larme avec le doigt

et la met dans un bocal.

 

La mer me manque,

j’arrive à dire.


Il ne restera aucun espace dans le monde sans toi,

tu sais,

aucun endroit où

je ne te regarderai.

Montagnes, saules, toile d’araignée,

partout je tisse ton nom,

partout je place ton corps face à la blessure.


Je t’emmènerai, peut-être,

devant le précipice,

je devrai te pousser et te prendre la main

pour que tu me croies.

 

Et seulement alors, si je détourne le regard

vers le fond,

inquiète pour ce qui t’attend là,

je te dirai que je ne peux partager ma douleur,

que le vent me porte ailleurs,

que le silence est l’unique endroit

où il me reste des mots,

que je dois te lâcher

pour pouvoir me prendre,

que je pars, amour,

que je t’aime et je pars en t’aimant

pour ne plus jamais t’aimer

et oublier les montagnes,

et les saules,

et les toiles d’araignées,

et ton corps face à la douleur

qui m’attend maintenant en d’autres lieux.

 
 

Et ainsi, avec la peine de l’inévitable,

tu recueilleras du doigt la même larme

qu’aujourd’hui tu m’ôtes

et tu la déposeras à nouveau sur mon visage,

cette fois

sur l’autre joue.


La solitude c’est regarder des yeux qui ne vous regardent pas. 

 

(Trad: Colo)


José Perdomo
Precipicio
1988
República Dominicana

 

 



 
 
 
 

Elvira Sastre - El amor en un bote de cristal

 

La soledad es mirar a unos ojos que no te miran.

Llega entonces ella, disfrazada
de pájaro, árbol y viento,
llega entonces ella, disfrazada,
atrapa una lágrima con el dedo
y la mete en un bote de cristal.

Añoro el mar,
alcanzo a decir.

No quedara hueco en el mundo en el que no existas,
me dice,
no existirá lugar alguno en el que
no te mire.
Montañas, sauces, telas de araña,
en todos tejo tu nombre,
en todos coloco tu cuerpo frente al daño.

Te llevaré, acaso,
ante el precipicio,
habré de empujarte y cogerte la mano
para que me creas.

Y solo entonces si desvío la mirada
hacia el fondo,
inquieta por lo que allí te espera,
te diré que no puedo compartir mi dolor,
que el viento me lleva a otro sitio,
que el silencio es el único lugar
en el que me quedan palabras,
que he de soltarte
para poder cogerme,
que me voy, amor,
que te quiero y que me voy queriéndote
para no quererte nunca más
y olvidar las montañas,
y los sauces,
y las telas de araña
y tu cuerpo frente al daño
que me espera ahora en otros lugares.

Y así, con el dolor de lo inevitable,
recogerás con el dedo la misma lágrima
que hoy me quitas
y volverás a dejarla sobre mi rostro,
esta vez
en la otra mejilla.

La soledad es mirar a unos ojos que no te miran.