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3 août 2026

Franchir un pont sans pont / Cruzar un puente sin puente

 Mario Benedetti était Uruguayen. Durant de longues années il a été en exil, Argentine, 

Pérou, Cuba, Espagne. 

Ce pont imaginaire qu'il a dû franchir, tant et tant d'immigrés l'ont fait au long de

 l'histoire de l'humanité. Je pense bien sûr aux si nombreux marocains qui récemment, à

 Ceuta. 

Mais il faut préserver notre bien-être, isnt'it ?

 

Il est des ponts qui ne mènent nulle part.

                                            Dali, Le pont cassé et le rêve

 

D'autres qui mènent vers vers l'obscurité la plus dense.
 

                                                     L. Spillaert Clair de lune et lumières
 

 Mais voici le poème. Sa simplicité en espagnol a rendu la traduction ardue, je ne suis pas

 complètement satisfaite du résultat, mais après plus d'une semaine à le retravailler, je 

n'arrive pas à mieux faire. 

 

 

Le Pont


Pour le traverser ou pour ne pas le traverser
voilà le pont.
Sur l'autre rive, quelqu'un m'attend
avec une pêche et un pays.
J'arrive chargé d'offrandes d’antan :
un parapluie au nombril de bois,
un livre, aux pages blanches de paniques, 
une guitare que je ne sais pas étreindre.
Je viens avec les joues de l'insomnie,
les mouchoirs de la mer et de la paix,
les timides bannières de la douleur,
les liturgies du baiser et de l'ombre.
Jamais je n'ai apporté tant de choses,
jamais je ne suis venu avec si peu.
Voici le pont.
Pour le traverser ou ne pas le traverser
Moi, je le franchirai,
sans réserve.
Sur l'autre rive, quelqu'un m'attend
avec une pêche et un pays.
(Trad: Colo)

El puente

 

Para cruzarlo o para no cruzarlo

ahí está el puente

 

en la otra orilla alguien me espera

con un durazno y un país

 

traigo conmigo ofrendas desusadas

entre ellas un paraguas de ombligo de madera

un libro con los pánicos en blanco

y una guitarra que no sé abrazar

 

vengo con las mejillas del insomnio

los pañuelos del mar y de las paces

las tímidas pancartas del dolor

las liturgias del beso y de la sombra

 

nunca he traído tantas cosas

nunca he venido con tan poco

 

ahí está el puente

para cruzarlo o para no cruzarlo

yo lo voy a cruzar

sin prevenciones

 

en la otra orilla alguien me espera

con un durazno y un país.


 

14 mai 2015

Juan Gelman, l'exil et le souvenir / Juan Gelman, el exilio y la memoria



“Pour que ce grand poète qu'est Juan Gelman nous soit un peu mieux révélé dans toute sa nature : celle d'un homme qui, face aux atrocités et aux désespoirs de la vie a su résister non par la haine, la rancœur ou la soif de vengeance, mais par l'amour, la beauté, l'enfance. Et par la poésie qui les réunit tous. Une poésie qui, dans le bouleversement et l'intensité qui sont les siens, est un acte de vie interminablement jeté à la face de la mort”. Jacques Ancet, son traducteur.

Para que ese gran poeta Juan Gelman nos sea mejor revelado en su naturaleza: la de un hombre que, frente a las atrocidades y a las desesperanzas de la vida consiguió resistir, no por el odio, el rencor o la sed de venganza, sino por el amor, la belleza, la infancia. Y por la poesía que todos los reúne. Una poesía que, en la conmoción y la intensidad que le son propios, es un acto de vida interminablemente arrojado frente a la muerte.” J. Ancet. (trad: Colo)


Juan Gelman, Buenos Aires 1930 – Mexico 2014

Juan Gelman y su caricatura

Il se trouvait à Rome pour dénoncer les violations des droits de l'homme en Argentine sous Eva Perrón quand, le 24 mai 1976 il y eut un coup d'État qui imposa un “terrorisme d'État”, et on lui interdit de revenir dans son pays. Il passa sa vie dans diverses parties du monde. Exil.
Se encontraba en Roma para denunciar las violaciones de los derechos del hombre en Argentina bajo Eva Perrón cuando, el 24 de mayo 1976 hubo un golpe de Estado que impuso un “terrorismo de Estado”, y se le prohibió volver a su país. Pasó su vida en varias partes del mundo. Exilio.



 des devoirs de l'exil :
ne pas oublier l'exil /
combattre la langue qui combat l'exil !
pas oublier l'exil / autrement dit la terre /
ou la patrie ou bon lait ou mouchoir
où nous vibrions / nous vivions enfants /
pas oublier les raisons de l'exil /
dictature militaire / ou erreurs
commises par nous pour toi / contre toi /
terre dont nous sommes et qui nous étais
là à nos pieds / comme une aube étendue /
et toi / toi tout petit cœur qui regarde
n'importe quel matin comme un oubli /
non n'oublie pas d'oublier l'oubli

Sous la pluie étrangère, p.85 Tra: J. Ancet

de los deberes del exilio:
no olvidar el exilio/
combatir a la lengua que combate al exilio
no olvidar el exilio/o sea la tierra/
o sea la patria o lechita o pañuelo
donde vibrábamos/donde niñábamos/
no olvidar las razones del exilio/
la dictadura militar/los errores
que cometimos por vos/contra vos/
tierra de la que somos y nos eras
a nuestros pies/como alba tendida/
y vos/corazoncito que mirás
cualquier mañana como olvido/
no te olvides de olvidar el olvido

Son fils et sa belle-fille, enceinte, furent faits prisonniers. Lui fut tué et elle aussi après avoir accouché en prison de sa petite fille, Macarena, que J. Gelman retrouvera bien plus tard, en l'an 2000; ce fut une fête dans toute l'Argentine. Elle avait été donnée à un couple stérile...Juan Gelman n'avait jamais abandonné ses recherches.
Su hijo y su nuera, embarazada, fueron apresados. A él le mataron y a ella también pero después de haber dado a luz de una niña, Macarena, que encontró finalmente en el año 2000. Fue una fiesta en toda la Argentina. Había sido dada a una pareja estéril...Gelman nunca había dejado de buscarla.


Rincón de la memoria Margarita Garcéshttp://www.portaldearte.cl/agenda/pintura/2004/rincon_memoria.htm

Une femme et un homme emportés par la vie…
Une femme et un homme emportés par la vie,
une femme et un homme face à face
habitent dans la nuit, débordés par leurs mains,
ils s’entendent monter libres dans l’ombre,
leurs têtes reposent sur une belle enfance
qu’ils ont créée ensemble, pleine de soleil, de lumière,
une femme et un homme attachés par leurs lèvres
remplissent la nuit lente avec toute leur mémoire,
une femme et un homme plus beaux en l’autre
occupent leur place sur la terre.

(Trad: J. Ancet)



UNA MUJER Y UN HOMBRE

Una mujer y un hombre llevados por la vida,
una mujer y un hombre cara a cara
habitan en la noche, desbordan por sus manos,
se oyen subir libres en la sombra,
sus cabezas descansan en una bella infancia
que ellos crearon juntos, plena de sol, de luz,
una mujer y un hombre atados por sus labios
llenan la noche lenta con toda su memoria,
una mujer y un hombre más bellos en el otro
ocupan su lugar en la tierra.



Ce dernier poème pour aujourd'hui s'adresse, j'imagine, à sa petite-fille.
Este último poema para hoy se dirige, me imagino, a su nieta.


J, Gelman y Macarena, su nieta
J’écris dans l’oubli…
J’écris dans l’oubli
dans chaque feu de la nuit
chaque visage de toi.
Il y a une pierre alors
je t’y couche en moi,
personne ne la connaît,
j’ai fondé des villages dans ta douceur,
j’ai souffert de tout cela,
tu es hors de moi

 étrangère tu m’appartiens.



Escribo en el olvido...
Escribo en el olvido
en cada fuego de la noche
cada rostro de ti.
Hay una piedra entonces
donde te acuesto mía,
ninguno la conoce,
he fundado pueblos en tu dulzura,
he sufrido esas cosas,
eres fuera de mí,
me perteneces extranjera.


Liens en français où vous trouverez des détails de sa vie, de sa poésie, d'excellents articles:
http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article2204
http://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/2014/01/juan-gelman-une-parole-pour-lindicible.html
http://america-latina.blog.lemonde.fr/2014/01/20/largentin-juan-gelman-poete-des-disparus/

(suite la semaine prochaine)