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18 avr. 2023

Le fond et la forme / El fondo y la forma

 

Il est des poèmes tellement tarabiscotés, travaillés, que le sens nous échappe encore après plusieurs lectures.

Le poème, très simple, d’aujourd’hui, incite, au contraire, à regarder derrière les mots...

Hay poemas, escritos tan elaborados que su sentido nos escapa todavía después de varias lecturas.

El poema, muy simple, de hoy, incita, al contrario, a mirar detrás de las palabras...

 

Le filtre transparent 

 Circé Maia (Uruguay, Montevideo 1932)

 

Le mieux serait de ne pas trop penser

à eux, les mots. Ils viennent

ainsi ou autrement et ce n’est pas si important.

Verres, ce sont des fenêtres qu’il faudrait nettoyer

avec soin. Ne pas les peindre

- que verrais-tu derrière?- ni les décorer.

À force de regarder la décoration à la fenêtre

tu n’as pas regardé dehors.

Le moindre coup d’œil

aurait pourtant suffi

pour voir la lumière de l’autre côté.

Oui, cette lumière du dehors

sur un visage qui passe.

Trad: Colo



Merci Dominique, j'ajoute ce magnifique poème de Armen Lubin 

 

Armen Lubin: SANS RIEN AUTOUR

N’ayant plus de maison ni logis,
Plus de chambre où me mettre,
Je me suis fabriqué une fenêtre
Sans rien autour.

Fenêtre encadrant la matière
Par le tracé de son contour,
Elle s’ouvre comme la paupière,
Se ferme sans rien autour.

Se sont dépouillées les vieilles amours,
Mais la fenêtre dépourvue de glace
Gagne les hauteurs, elle se déplace,
Avec son cadre étonnant,

Qui n’est ni chair ni bois blanc,
Mais qui conserve la forme exacte
D’un oeil parcourant sans ciller
L’espace soumis, le temps rayé.

Et je reste suspendu au cadre qui file,
J’en suis la larme la plus inutile
Dans la nuit fermée, dans le petit jour,
Ils s’ouvrent à moi sans rien autour.

 



 

EL MEDIO TRANSPARENTE Circé Maia (Uruguay, Montevideo 1932)

Lo mejor sería no pensar demasiado
en ellas, las palabras. Ellas vienen
así o de otro modo y no es tan importante.
Vidrios, ventanas son y habría que limpiarlas
con cuidado, por eso. No pintarlas
–¿qué verías detrás?– y no adornarlas.
Por mirar el adorno en la ventana
no miraste hacia afuera.
El más breve vistazo
hubiera sido al menos suficiente
para mirar la luz del otro lado.
Sí, esa luz de afuera
sobre un rostro que pasa.

 


13 févr. 2023

Où les ai-je mises? ¿Dónde los puse?

Voici un autre poème de Circé Maia, Tania m’avait encouragée à en traduire plus vu qu’en français il semble n’y en avoir que fort peu.


In memoriam            Circé Maia (90 ans maintenant)

Une bague, une chaise

mais surtout les lunettes, qui apparaissent soudain,

comme déjà là pour être mises.

“Où ai-je laissé mes lunettes?” L’éternelle question

est maintenant inaudible mais s’entend presque,

plus exactement, elle est maintenant dans la zone mitoyenne

entre la réalité et le souvenir. Plus forte

que la seule mémoire, la question colle

aux lunettes et les fait osciller

entre ce qui est présent- le silence-

et ce qui fut le jour où ces lunettes

étaient toujours oubliées: Ah les lunettes!

¿Où les ai-je mises?

(Trad: Colo)


                                 

La photo de Gabriel Garcia Marqués, prise par Mauricio Veléz, avec lunettes et fleurs n’est pas innocente...un billet se prépare sur le grand rôle des fleurs chez cet auteur.

 

In memoriam Circé Maia (90 años ahora)


Un anillo, una silla
pero sobre todo los lentes, que aparecen, de pronto
como si ya estuviera por ponérselos.
“¿Dónde dejé los lentes?” La pregunta de siempre
es ahora inaudible pero casi se oye
mejor dicho, está ahora en la zona intermedia
entre la realidad y el recuerdo. Más fuerte
que la sola memoria, la pregunta se pega
a los lentes y los hace oscilar
entre lo que está aquí ahora -el silencio-
y lo que estuvo el día en que los lentes
eran siempre olvidados: ¡Ah, los lentes!
¿Dónde los puse?


7 févr. 2023

Contente / Contenta

        Des millions de femmes réalisent des travaux ménagers, s'occupent des

 enfants, certaines avec aigreur ou frustration, d'autres avec plaisir. Voici un poème

très simple,  dédié à ces dernières.                            


À cette femme


Circé Maia ( Uruguay)



Un pleur éveille cette femme:

elle se lève, moitié endormie.

Elle prépare un lait dans un silence

entrecoupé de petits bruits de cuisine.



Regarde comment son temps l’enrobe

et en lui elle est vivante.

Ses heures

solidement tramées

sont faites de fibres résistantes

comme des réalités: pain, avoine,

linge lavé, laine tissée.



De chaque heure germent d’autres heures

et toutes sont des marches

qu’elle monte et qui retentissent.

Elle sort et entre et bouge

et son labeur l’illumine. 

(Trad: Colo)

 

Jorge Jorge Blanco (Argentina)

Mujer en la cocina

 

A esta mujer
poema de Circe Maia

A esta mujer la despierta un llanto:
se levanta medio dormida.
Prepara una leche en silencio
cortado por pequeños ruidos de cocina.

 

Mira cómo envuelve su tiempo
y en el está vida.
Sus horas
fuertemente tramadas
están hechas de fibras resistentes
como cosas reales: pan, avena,
ropa lavada, lana tejida.

Cada hora germina otras horas
y todos son peldaños
que ella sube y resuenan.
Sale y entra y se mueve
y su hacer la
ilumina.