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23 oct. 2012

Une fronde d'appétits / Una fronda de apetitos

 
Ils sont trois ce matin, ils étaient là hier et y seront demain. Ils parlent de premières dents, de nuits blanches et de panades.
D'aucuns pourraient y voir une marque de modernité, d'égalité des sexes, mais ces trois hommes jeunes achetant du pain à 9h30 avec landeaux et poussettes-bébés sont l'image de mon village, du pays, de pays à l'arrêt. Pas de travail rémunéré disponible.
Eran tres esta mañana, estaban allí ayer y lo estarán mañana. Hablan de primeros dientes, de noches en vela y de papillas.
Algunos podrían ver en esta escena una marca de modernidad, de igualdad de sexos, pero esos tres hombres jóvenes comprando pan a las 9h30 con cochecitos de bebés son la imagen de mi pueblo, de mi país, de países parados. No hay trabajos remunerados disponibles.


Difficile après un temps de ne pas laisser s'étioler la révolte, de ne pas perdre les espoirs, mais il faut résister, absolument.
Difficile dernièrement de parler d'amour et des jolies couleurs de l'aube, mais il y a des poètes pour nous y aider.
Blas de Otero est peu connu à l'étranger je crois, dommage, un grand poète du XXº siècle espagnol, poète de l'après-guerre civile, cette époque de faims et pauvretés. Au pluriel.
Es difícil, después de un tiempo, no dejar que la rebelión se debilite, no perder las esperanzas, pero es imprescindible resistir.
Es difícil, últimamente, hablar de amor y de los bonitos colores del alba, pero existen poetas para ayudarnos.
Elegí a Blas de Otero, poeta de la post-guerra, época de hambrunas y pobrezas. En plural.



Voici la traduction, ardue, d'un de ses sonnets.


Impetus    Blas de Otero

Mais tout ne doit être ruine et vide.
Ni tout déblayage et dégel.
Sur cette épaule je porte le ciel,
et sur cette autre, un large fleuve

d'enthousiasme. Et, au milieu, mon corps,
arbre de lumière depuis le ciel.
Et, mi-racine mortelle, mi-fronde de désir,
mon cœur debout, rayon sombre.

Seule l'angoisse me vainc. Mais j'avance
sans douter, sur des abîmes infinis,
la main tendue: si je ne l'atteins

de la main, je l'atteindrai par des cris!
et toujours je suis debout, et ainsi me lance
à la mer, depuis une fronde d'appétits.
(Trad: Colo)




Ímpetu    Blas de Otero

Mas no todo ha de ser ruina y vacío.
No todo desescombro ni deshielo.
Encima de este hombro llevo el cielo,
y encima de este otro, un ancho río

de entusiasmo. Y, en medio, el cuerpo mío,
árbol de luz gritando desde el suelo.
Y, entre raíz mortal, fronda de anhelo,
mi corazón en pie, rayo sombrío.

Sólo el ansia me vence. Pero avanzo
sin dudar, sobre abismos infinitos,
con la mano tendida: si no alcanzo

con la mano, ¡ya alcanzaré con gritos!
y sigo, siempre, en pie, y así, me lanzo
                                                           al mar, desde una fronda de apetitos.