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22 juin 2026

Traduire des mots étrangers / Traducir palabras ajenas

Ida Vitale, qui a maintenant 102 ans, est née à Montévidéo. Femme de lettres et poétesse Uruguayenne, voici un poème d’elle que je n’avais jamais publié, sans doute n’avais-je pas trouvé une jolie façon de le traduire. Mais voilà qu’une autre femme, poétesse elle aussi, Silvia Baron Supervielle, l’a fait pour nous.

Traduire

Quelqu’un déborde
au cœur de la nuit.
Face à un ordre de mots étrangers,
rebelle soumis,
il leur offre l’éventail de toute sa mémoire,
les revêt d’une nouvelle peau
et avec cet amour
les couche en langue neuve.

Éteinte la lumière,
le vent tempête dans les arbres,
et il fait froid près de la fenêtre
et la certitude que tout paysage
intérieur se brise
comme une phrase qui atteint le fond
du redoutable sens.
Il n’y a pas
de guide bienveillant
dans le désert.
Les pas sont aveugles,
le ciel est sans étoiles.
Et l’esprit anticipe les fauves.

Ni plus Ni Moins. Éditions du Seuil. 2016. Traduction : Silvia Baron Supervielle & François Maspero.

 


Traducir

Alguien desborda,
al centro de la noche.
Ante un orden de palabras ajenas,
rebelde sometido,
ofrece el canto de toda su memoria,
las reviste de nueva piel
y con amor
las duerme en nueva lengua.

Apagada la luz,
el viento se pregona entre los árboles
y junto a la ventana hay frío
y la certeza de que todo paisaje
adentro se interrumpe
como frase que alcanza la madriguera
del terrible sentido.
No hay dispuesto
en el yermo
un benévolo guía.

Los pasos son a ciegas,
el cielo sin estrellas.
Y el pensamiento anticipa las fieras.





26 août 2024

Centre imprenable / Centro inexpugnable

 

Née en Argentine en 1934 et exilée en France depuis 1961, Silvia Baron Supervielle a toujours écrit des poèmes, d'abord en espagnol, puis, dans une écriture de plus en plus minimaliste, en français.

Ce poème a été écrit par elle en français, je me suis permise de le traduire en espagnol, bien qu’elle ait elle-même énormément traduit.


Que j’aille par le nord

que j’aille par le nord
où s’avancent mes pas
ou que je reste au sud
saisie par mes pensées
que je voyage ailleurs
sans mémoire imaginant
un souvenir dépouillé
de distance et de rivage
que j’habite les règnes
du rêve ou les empires
de la passion tout sera
équidistant du même
centre imprenable


       Nicolas de Staël, (lumière du nord, lumière du sud)

 

Que vaya por el norte


que vaya por el norte

por donde avanzan mis pasos

o que me quede en el sur

invadida por mis pensamientos

que viaje a otra parte

sin memoria imaginando

un recuerdo despojado

de distancia y de ribera

que viva en los reinos

del sueño o en los imperios

de la pasión todo será

equidistante del mismo

centro inexpugnable


Trad: Colo


11 août 2024

La poupée / La muñeca

 Je republie ce billet, relu ce week-end, pour la beauté, l'originalité du poème. 


Dans une interview, je ne sais plus laquelle, Marguerite Yourcenar disait qu’on met plus de soi dans la poésie que dans les romans.

Je veux penser qu’elle était d’humeur légère et ludique quand elle a écrit ce calligramme, s’inspirant d’ Apollinaire, vers 1932.
Petrouchka est l’équivalent russe de notre Polichinelle.
Si vous suivez ce blog depuis un temps, vous savez qui est Silvia Barón Supervielle, c’est elle qui a traduit, tâche extrêmement compliquée, (mais elle a également traduit Borgès!), ce poème en espagnol.
Deux bijoux.
En una entrevista, no me acuerdo cual, Marguerite Yourcenar decía que en la poesía uno pone más de si mismo que en las novelas.
Quiero creer que estaba de humor ligero y lúdico cuando escribió este caligrama, inspirado de Apollinaire, en los años ‘30
Petroushka es el equivalente ruso de nuestro Polichinelle (Polichinela).
La traducción al español, tan complicada (pero ella tradujo a Borges!) es de Silvia Barón Supervielle.
Dos joyas.

Poème pour une poupée achetée dans un bazar russe M. Yourcenar





Je suis
Bleu de roi
Et noir de suie.

Je suis le grand Maure
(Rival   de    Petrouchka).
La nuit me sert  de   troïka;
J’ai  le   soleil pour  ballon  d’or.

Presque aussi vaste que les ténèbres,
Mais    tout    aussi    fragile    qu’un    vivant,
Le moindre souffle émeut mon corps sans vertèbres.

Je    suis    très    résigné,    car   je   suis   très    savant :
Ne   raillez   pas    mon   teint   noir,  ni  mes  lèvres béantes,
Je  suis,  comme  vous,   un   pantin   entre  des   mains   géantes.



Petrouchka, source Wiki




Poema para una muñeca comprada en un bazar ruso.




Soy
El rey
Azul voy
Negra mi ley

Yo soy el gran Moro
(Rival de Petrouchka)
La   noche  fue  mi troica
Y  el  sol  mi  balón  de   oro.

De   las   tinieblas,   el   rellano;
Del    aire    respirante,   el    rocío;
Un  soplo  oscila  en  mi cuerpo vacío.

Soy muy resignado porque soy muy sabio.
No desdeñen mi tez negra o mi abierto labio:
Soy como ustedes un juguete en la enorme mano.
Versión de Silvia Barón-Supervielle

14 déc. 2022

Vivre à peine / Vivir apenas

 

Silvina Ocampo, il y a bien longtemps que nous ne la retrouvons pas ici.

Et sa traductrice de choix, Silvia Baron Supervielle.


Décembre gris et pluvieux, moment où les plages offrent des images, des sensations uniques d'infinis confus, brillants et perturbés à la fois où je me sens si bien.


Merci Kwarkito pour cette belle photo.







Sur le sable

Je voudrais pénétrer dans les profonds reflets,
pénétrer dans la lumière de ces grands miroirs
que la mer forme dans les sables de ses rivages,
et de leurs profondeurs horizontales, loin,
mourir, vivre à peine.

Traduction de Silvia Baron Supervielle.


Sobre la arena

Quisiera penetrar en los hondos reflejos,
penetrar en la luz de esos grandes espejos
que forma en sus orillas el mar en las arenas
y en sus profundidades horizontales, lejos,
morir, vivir apenas.



22 juil. 2022

Ne garder que l'étendue du ciel / No guardar más que la extensión del cielo

 

                                                              Mingo, Chile, Révéler l'origine /Revelando el origen    https://noticiassobreartecultura.blogspot.com/2010/03/exposicion-ojos-al-cielo-pies-en-la.html

Voilà ce que nous propose Silvia Baron Supervielle.  Le poème a été écrit en français.

 

je ferai tomber les pierres
des murs qui m'encerclent
puis j'abattrai les portes
qui supportent la structure
où se cantonne le néant
je détacherai les chaînes
des ancres qui enfoncent
dans le sable leur crochet
je mettrai à ras les tours
les colonnes et les poteaux
je renverserai les piliers
des poèmes sur les feuilles
j'arracherai de ma poitrine
la médaille de mon cœur
je repousserai mon corps
et je lâcherai mes yeux
sur la vaste surface
qui naît du ciel


Silvia Baron Supervielle


haré caer las piedras

de los muros que me encierran

después derrumbaré las puertas

que aguantan la estructura

donde se encierra la nada

desataré las cadenas

de las anclas que hunden

sus ganchos en la arena

arrasaré las torres

las columnas y los postes

tumbaré los pilares

de los poemas sobre las hojas

arrancaré de mi pecho

la medalla de mi corazón

rechazaré mi cuerpo

y abandonaré mis ojos

sobre la extensa superficie

que nace del cielo


Trad: MAH gracias

31 oct. 2018

Désorientation / Desorientación

Silvia Baron Supervielle, vous vous en souvenez? Nous en avions parlé et lu
certains poèmes en 2014.

Avant deux poèmes, courts comme tous ses poèmes en français, je vous remets en mémoire ses propres mots:


- J'écrivais des poèmes et des contes en espagnol, mais je ne pensais pas sérieusement à écrire. J'ai pas mal tardé à changer de langue. Pour faire plaisir à mes amis, qui voulaient lire quelque chose de moi, j'ai essayé de me traduire, mais c'était de longs poèmes, parfois des sonnets. Alors je me suis mise à écrire en français. Ça m'a beaucoup plu, je voyais les choses d'une autre façon. J'avais peur de cette nouvelle langue et je soupçonne que c'est pour cela que j'ai écrit des poèmes courts. Ce fut la révélation d'un style et avec lui, d'un univers. Ces poèmes me rendaient mon image, la solitude dans laquelle je me trouvais. L'idée me vint que je pouvais être écrivaine. Pas parce que mes poèmes étaient en français mais parce qu'ils étaient dans une autre langue. Les mots étaient lointains. La désorientation me convenait." S. Baron Supervielle



"–Yo escribía poemas y cuentos en español, pero no pensaba seriamente en escribir. Tardé bastante en cambiar de lenguaje. Por complacer amigos, que querían leer algo mío, traté de traducirme, pero eran poemas largos, a veces sonetos. Entonces me puse a escribir en francés. Me gustó mucho, veía las cosas de otra manera. Le temía a la nueva lengua y sospecho que por ello escribí poemas breves. Fue la revelación de un estilo y con él, de un universo. Esos poemas me devolvían mi imagen, la soledad en la que estaba. Me vino la idea que podía ser una escritora. No porque mis poemas estuvieran en francés sino porque estaban en otra lengua. Las palabras estaban lejos. La desorientación me convenía."

Essais pour un espace
(extrait)


que personne
ne ferme mes
paupières

je veux te
voir déranger
l’éternité

que nadie
me cierre
los párpados

quiero
verte molestar
la eternidad



fresque, flûtiste



le flûtiste
de l’espace
se promène
en scrutant
l’accord
disparu

(Dans “Sur le fleuve”) 


                 el flautista
                 del espacio
                 se pasea
                 oteando
                 el acorde
                desvanecido
 
  (trad: Colo)


Sur le magnifique site Terres de Femmes, un court texte de S.B.Supervielle: https://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2005/04/silvia_baron_su.html

16 févr. 2018

La poupée russe de M. Yourcenar / La muñeca rusa de M. Yourcenar

Dans une interview, je ne sais plus laquelle, Marguerite Yourcenar disait qu’on met plus de soi dans la poésie que dans les romans.

Je veux penser qu’elle était d’humeur légère et ludique quand elle a écrit ce calligramme, s’inspirant d’ Apollinaire, vers 1932.
Petrouchka est l’équivalent russe de notre Polichinelle.
Si vous suivez ce blog depuis un temps, vous savez qui est Silvia Barón Supervielle, c’est elle qui a traduit, tâche extrêmement compliquée, (mais elle a également traduit Borgès!), ce poème en espagnol.
Deux bijoux.
En una entrevista, no me acuerdo cual, Marguerite Yourcenar decía que en la poesía uno pone más de si mismo que en las novelas.
Quiero creer que estaba de humor ligero y lúdico cuando escribió este caligrama, inspirado de Apollinaire, en los años ‘30
Petroushka es el equivalente ruso de nuestro Polichinelle (Polichinela).
La traducción al español, tan complicada (pero ella tradujo a Borges!) es de Silvia Barón Supervielle.
Dos joyas.

Poème pour une poupée achetée dans un bazar russe M. Yourcenar





Je suis
Bleu de roi
Et noir de suie.

Je suis le grand Maure
(Rival   de    Petrouchka).
La nuit me sert  de   troïka;
J’ai  le   soleil pour  ballon  d’or.

Presque aussi vaste que les ténèbres,
Mais    tout    aussi    fragile    qu’un    vivant,
Le moindre souffle émeut mon corps sans vertèbres.

Je    suis    très    résigné,    car   je   suis   très    savant :
Ne   raillez   pas    mon   teint   noir,  ni  mes  lèvres béantes,
Je  suis,  comme  vous,   un   pantin   entre  des   mains   géantes.



Petrouchka, source Wiki




Poema para una muñeca comprada en un bazar ruso.




Soy
El rey
Azul voy
Negra mi ley

Yo soy el gran Moro
(Rival de Petrouchka)
La   noche  fue  mi troica
Y  el  sol  mi  balón  de   oro.

De   las   tinieblas,   el   rellano;
Del    aire    respirante,   el    rocío;
Un  soplo  oscila  en  mi cuerpo vacío.

Soy muy resignado porque soy muy sabio.
No desdeñen mi tez negra o mi abierto labio:
Soy como ustedes un juguete en la enorme mano.

Versión de Silvia Barón-Supervielle

24 juil. 2014

Ondes poétiques / Ondas poéticas


Le premier juillet, souvenez-vous, un court poème de Silvia Baron Supervielle sur ce blog...je l'avais traduit en espagnol. Une amie-blog, Adrienne, a eu l'idée de le traduire en néerlandais...tâche ardue car sans ponctuation il nous faut interpréter, mais elle le publie aujourd'hui sur son blog et m'a donné l'autorisation, muchas gracias, de le reproduire ici.
Suite à son idée, j'ai fait appel à Danielle, poète et spécialiste de la langue wallonne, puis à ma fille pour qu'elle le traduise en catalan. Toutes deux acceptèrent le défi, mille mercis.
El día 1 de julio, acordaos, un corto poema de Silvia Baron Supervielle en este blog...lo había traducido al español. Una amiga-blog, Adrienne, tuvo la idea de traducirlo al neerlandés...tarea ardua debido a la falta de puntuación que obliga a interpretar, pero lo publica hoy en su blog y me dio la autorización, muchas gracias, de ponerlo aquí.
Siguiendo su idea, contacté a Danielle, poeta y especialista de la lengua valona, luego a mi hija para que lo traduzca al catalán. Las dos aceptaron, mil gracias.

Si l'envie vous prenait de le traduire en italien, breton ou portugais ou …?, ce serait fantastique!
Si tuvierais ganas de traducirlo al italiano, portugués, gallego o...? ¡sería fantástico!
  1. Texte original en français (rappel)
Silvia Baron Supervielle

dans La distance de sable


dans les tiroirs de l’armoire
la valise vide les coins inanimés
sur l’étagère dans les miroirs
enchaînés l’escalier l’étalage
de la rue permanente pressée
au fond du jour du sac des poches
d’où viennent toutes ces clefs
le fleuve les arbres les coupoles
qui coulent avec le vent le virage
depuis longtemps contre le lit
le mur revenir sur ses pas demander
mais les gens ne sont pas d’ici
j’ai perdu quelque chose au large
de l’espace la mer le désert
au seuil d’une ombre disparue 

2) Traduction espagnole (Colo) (rappel)


 
en La distancia de arena


en los cajones del armario
la maleta vacía los rincones inanimados
en el estante en los espejos
encadenados la escalera el escaparate
de la calle permanente apresurada
en le fondo del día del bolso de los bolsillos
de dónde salen toda esas llaves
el río los árboles las cúpulas
que fluyen con el viento la curva
desde hace tiempo contra la cama
la pared volver sobre sus pasos preguntar
pero la gente no es de aquí
he perdido algo en la lejanía
del espacio el mar el desierto
en el umbral de una sombra desaparecida

(Trad: Colo)



3) Traduction en Wallon . Danielle (http://albumvenitien.blogspot.com.es/)


dins lès ridants d' l'ârmwêre
èl valîje vûde lès cwins bôyant ô lôdje
su l’ bâr dins lès murwès
atchin.nès lès montéyes, èl mousse
dèl rûwe toufêr a dalâdje
ô pèrfond du djoû du satch dès poches
d'ayu vèn.neut-èles toutes lès clés
èl fleûve lès-ârbes lès ronds twèts
qui coul'neut avè l'vint èl toûrnant
dispûs lontins asto du lit
èl mur èrvèni su sès pas d'mandér
mins lès djins n’ sont nin dè d'ci
dj'é pièrdu 'ne saqwè ô lon
d’ l’èstindûwe èl mér´ èl désêrt
su l'soû d'ène ombe dèsfacéye


4) Traducción al catalán . Anaïs

a La distància de sorra

als calaixos de l’armari
la maleta buida els racons inanimats
al prestatge als miralls
encadenats l’escala l’aparador
del carrer permanent afanyat
al fons del dia de la bossa de les butxaques
d’allà on surten totes aquestes claus
el riu els arbres les cúpules
que flueixen amb el vent el viratge,
d’un temps ençà contra el llit
la paret tornar enrere demanar
però la gent no és d’aquí
he perdut quelcom a la llunyania
de l’espai la mar el desert
al llindar d’una ombra desapareguda







De afstand van zand



in de laden van de kast

de lege koffer de levenloze hoeken

op het rek in de spiegels

vastgeketend de trap het uitstalraam

van de straat steeds gehaast

in het diepste van de dag de tas de zakken

vanwaar al die sleutels komen

de stroom de bomen de koepels

die verglijden met de wind de bocht

al lang tegen het bed

de muur op zijn stappen terugkeren vragen

maar de mensen zijn niet van hier

ik ben iets kwijt in de verte

van de ruimte de volle zee de woestijn

op de drempel van een verdwenen schaduw



traduction de l'Adrienne



Tableaux / Cuadros


1 juil. 2014

Quitter, pas abandonner / Marcharse, no abandonar


Perdre quelque chose au large...partir, quitter; ce qu'on laisse là-bas restera en suspens, au dessus des mers .

Ce poème je l'ai lu il y a longtemps et depuis je crois n'avoir jamais trouvé de plus belle et exacte expression de ce vide. Silvia Baron Supervielle, dame que vous connaissez déjà: ici et ici.

Ce poème a été écrit par elle en français, je l'ai traduit en español (elle l'a peut-être fait elle-même, je l'ignore).


Perder algo en la lejanía...partir, marcharse; lo que se deja allá quedará en suspenso, encima de los mares.

Hace tiempo que leí ese poema y no creo haber encontrado después más bonita y exacta expresión de ese vacío. 
Silvia Baron Supervielle que ya conocéis: aquí y aquí.




Partir no significa abandonar” 
 



Silvia Baron Supervielle

dans La distance de sable


dans les tiroirs de l’armoire
la valise vide les coins inanimés
sur l’étagère dans les miroirs
enchaînés l’escalier l’étalage
de la rue permanente pressée
au fond du jour du sac des poches
d’où viennent toutes ces clefs
le fleuve les arbres les coupoles
qui coulent avec le vent le virage
depuis longtemps contre le lit
le mur revenir sur ses pas demander
mais les gens ne sont pas d’ici
j’ai perdu quelque chose au large
de l’espace la mer le désert
au seuil d’une ombre disparue 



 

en La distancia de arena


en los cajones del armario
la maleta vacía los rincones inanimados
en el estante en los espejos
encadenados la escalera el escaparate
de la calle permanente apresurada
en le fondo del día del bolso de los bolsillos
de dónde salen toda esas llaves
el río los árboles las cúpulas
que fluyen con el viento la curva
desde hace tiempo contra la cama
la pared volver sobre sus pasos preguntar
pero la gente no es de aquí
he perdido algo en la lejanía
del espacio el mar el desierto
en el umbral de una sombra desaparecida

(Trad: Colo)

3 mai 2014

Vivre entre deux .../ Vivir entre dos....


Ce billet est long, prenez votre temps...nous poursuivons avec Silvia Baron Supervielle

Esta nota es larga, tomad vuestro tiempo...seguimos con Silvia Baron Supervielle





sans aller vers la mer
ni venir vers le fleuve
ni traduire le murmure
momentané de l'ombre
sans reprendre l'aventure
à la dérive et l'amour
enfoui dans la tranchée
ni retrouver la plaine
suspendue aux étoiles
ni parler du territoire
de l'espace dépris
de son pays


Sin ir hacia el mar
ni venir hacia el río
ni traducir el murmullo
momentáneo de la sombra
sin retomar la aventura
a la deriva y el amor
sepultado en la trinchera
ni encontrar la llanura
suspendida en las estrellas
ni hablar del territorio
del espacio abandonado
de su país.
(trad: MAH-Colo)

Silvia Baron Supervielle - Autour du vide

(les poèmes sont probablement traduits par elle-même, je n'en ai pas la traduction en espagnol et l'ai réalisée avec MAH)



Silvia Baron Supervielle vit à Paris depuis 1961 et commença à écrire en français quelques année plus tard. Je vous l'ai dit dans le billet précédent, avec le temps elle est devenue une traductrice hors pair.

Née à Buenos Aires en 1934, dans le Río de la Plata, sa mère, qui mourut quand elle avait 2 ans, était Uruguayenne d'origine espagnole, et son père Argentin d'origine française. C'est donc sa grand-mère paternelle, cousine de Jules Supervielle qui l'éleva en français. Mais c'est en espagnol qu'elle vécut son enfance et sa jeunesse.

“–Una argentina que vive en París, escribe en francés pero se siente del Río de La Plata. ¿Por qué?
- Une Argentine qui vit à Paris, écrit en français mais se sent du Río de la Plata. Pourquoi?
  • Al escribir en francés no varían los recuerdos de la infancia y de la adolescencia, que son esenciales. Además me siento cerca de los escritores del Río de la Plata. Por eso los he traducido. No soy una escritora francesa. Escribo en francés pero pertenezco al Río de la Plata.
    - En écrivant en français, les souvenirs de l'enfance et de l'adolescence, qui sont essentiels, ne varient pas. De plus je me sens proche des écrivains du Río de la Plata. C'est pour cela que je les ai traduits. Je ne suis pas une écrivaine française. J'écris en français mais je suis du Río de la Plata.”



Adulte elle voyage et décide de s'installer à Paris. Elle raconte:


"–Yo escribía poemas y cuentos en español, pero no pensaba seriamente en escribir. Tardé bastante en cambiar de lenguaje. Por complacer amigos, que querían leer algo mío, traté de traducirme, pero eran poemas largos, a veces sonetos. Entonces me puse a escribir en francés. Me gustó mucho, veía las cosas de otra manera. Le temía a la nueva lengua y sospecho que por ello escribí poemas breves. Fue la revelación de un estilo y con él, de un universo. Esos poemas me devolvían mi imagen, la soledad en la que estaba. Me vino la idea que podía ser una escritora. No porque mis poemas estuvieran en francés sino porque estaban en otra lengua. Las palabras estaban lejos. La desorientación me convenía.
- J'écrivais des poèmes et des contes en espagnol, mais je ne pensais pas sérieusement à écrire. J'ai pas mal tardé à changer de langue. Pour faire plaisir à mes amis, qui voulaient lire quelque chose de moi, j'ai essayé de me traduire, mais c'était de longs poèmes, parfois des sonnets. Alors je me suis mise à écrire en français. Ça m'a beaucoup plu, je voyais les choses d'une autre façon. J'avais peur de cette nouvelle langue et je soupçonne que c'est pour cela que j'ai écrit des poèmes courts. Ce fut la révélation d'un style et avec lui, d'un univers. Ces poèmes me rendaient mon image, la solitude dans laquelle je me trouvais. L'idée me vint que je pouvais être écrivaine. Pas parce que mes poèmes étaient en français mais parce qu'ils étaient dans une autre langue. Les mots étaient lointains. La désorientation me convenait."


alrededor del vacío
me desnudo
para unirme
al perfil
en suspenso
aéreo

 autour du vide
je me dénude
pour m’unir
au profil
en suspens
aérien 


On lui doit des traductions en français de Jorge Luís Borges, Alexandra Pizarnik, Silvina Ocampo, de Robeto Juarroz (tous originaires de Buenos Aires), puis la traduction en espagnol de Marguerite Yourcenar*

–“Yo pertenezco a los ausentes”, usted ha dicho.
-”J'appartiens aux absents” avez-vous dit.
Tengo la casa llena de fotos de ausentes. Los que están lejos y los que se han ido mas lejos aún. Todos mis amigos están entre mis libros junto a escritores que admiro como Borges, Silvina Ocampo, Marguerite Yourcenar, etc. Sus rostros se acompañan. Estoy rodeada de ausentes maravillosos. No los cambiaría por muchos presentes.
-J'ai la maison pleine de photos d'absents. Ceux qui sont loin et ceux qui sont partis plus loin encore. Tous mes amis sont entre mes livres à côté d'écrivains que j'admire comme Borges, Silvana Ocampo, Marguerite Yourcenar, etc. leurs visages m'accompagnent. Je suis entourée de merveilleux absents. Je ne les échangerais pas pour beaucoup`de présents.”


Leon Spilliaert Marine avec sillon



au cours de la traversée
la mer articula une langue
hors des registres du son 
et ce fut voir le sillage
se détacher de la cabine
et les périodes de la houle
ouvrir un étrange miroir
sur la surface circonscrite
ce fut commencer à suivre
des inflexions étonnantes
sur le hublot hermétique 
et ni taire ni chanter
mais fendre le rythme 
naturel du courant



(Extrait de Pages de voyage)



durante la travesía

el mar articuló un lenguaje

fuera del registro del sonido

y ver la estela

separarse de la cabina

y los periodos de oleaje

abrir un extraño espejo

sobre la superficie circunscrita

fue comenzar el rastreo

de inflexiones sorprendentes

sobre la hermética ventanilla

y ni cantar ni callarse

sino atravesar el ritmo

natural de la corriente


(Trad. MAH; Colo)



Pour terminer, et c'est la partie de son interview qui me touche le plus, elle explique comment elle se sent toujours “entre deux” et contente de l'être:



"-¿Podría volver a Buenos Aires a vivir?
-Pourriez-vous revenir à Buenos Aires?
Siempre me he dejado llevar por lo que se imponía. No creo que pueda hacer una elección. Si llega el momento, en que el regreso se impone, volveré. Si no, me quedaré en París. Ser extranjero –y ahora lo soy en todas partes– es también una manera de ser libre. La no integración es una libertad. No estoy integrada en ningún lado. Y no busco estarlo. No sé formar parte de un grupo humano. Pertenezco sólo a los que quiero que estén allí o aquí. Y Al Margen es quizá mi patria.
- Je me suis toujours laissé porter par ce qui s'imposait. Je ne pense pas pouvoir choisir. Si arrive le moment où le retour s'impose, je reviendrai. Sinon je resterai à Paris. Être étranger – et maintenant je le suis partout- est aussi une façon d'être libre. La non intégration est une liberté. Je ne suis intégrée nulle part. Et je ne cherche pas à l'être. Je ne sais pas faire partie d'un groupe humain. Je n'appartiens qu'à ceux que je veux qu'ils soient ici ou ailleurs. Et EN MARGE est peut-être ma patrie."


Source de l'interview, (2-09-2013)
traduction Colo

* Si l'amitié qui a surgi entre elle et Marguerite Yourcenar vous intéresse, lisez ceci: