22 juin 2026

Traduire des mots étrangers / Traducir palabras ajenas

Ida Vitale, qui a maintenant 102 ans, est née à Montévidéo. Femme de lettres et poétesse Uruguayenne, voici un poème d’elle que je n’avais jamais publié, sans doute n’avais-je pas trouvé une jolie façon de le traduire. Mais voilà qu’une autre femme, poétesse elle aussi, Silvia Baron Supervielle, l’a fait pour nous.

Traduire

Quelqu’un déborde
au cœur de la nuit.
Face à un ordre de mots étrangers,
rebelle soumis,
il leur offre l’éventail de toute sa mémoire,
les revêt d’une nouvelle peau
et avec cet amour
les couche en langue neuve.

Éteinte la lumière,
le vent tempête dans les arbres,
et il fait froid près de la fenêtre
et la certitude que tout paysage
intérieur se brise
comme une phrase qui atteint le fond
du redoutable sens.
Il n’y a pas
de guide bienveillant
dans le désert.
Les pas sont aveugles,
le ciel est sans étoiles.
Et l’esprit anticipe les fauves.

Ni plus Ni Moins. Éditions du Seuil. 2016. Traduction : Silvia Baron Supervielle & François Maspero.

 


Traducir

Alguien desborda,
al centro de la noche.
Ante un orden de palabras ajenas,
rebelde sometido,
ofrece el canto de toda su memoria,
las reviste de nueva piel
y con amor
las duerme en nueva lengua.

Apagada la luz,
el viento se pregona entre los árboles
y junto a la ventana hay frío
y la certeza de que todo paisaje
adentro se interrumpe
como frase que alcanza la madriguera
del terrible sentido.
No hay dispuesto
en el yermo
un benévolo guía.

Los pasos son a ciegas,
el cielo sin estrellas.
Y el pensamiento anticipa las fieras.





14 juin 2026

La vie en été / Vida en verano

  

Le poème d’aujourd’hui a été écrit dans les années 60, par le catalan Miquel Martí i Pol, 1929 - 2003, poète et traducteur espagnol d'expression catalane reconnu pour la simplicité de sa poésie, loin d'hermétismes et essentiellement communicative. (Wiki)

Un petit sourire à la lecture de certains vers, c’était avant Me too...

 

Noche de verano en Sevilla. Gonzalo Bilbao. 1905.
                                    Nuit d'été à Seville. 



ÉTÉ

C’est maintenant le temps d’aimer sur les chemins,

au bord de la rivière où l’herbe est douce et accueillante

et à l’ombre des vieux arbres,

près des sources à demi perdues,

là où la forêt est plus intime.


C’est maintenant le temps de s’asseoir dans les rues

pour parler de football et de femmes,

après le dîner,

en groupes, sur l’étroit trottoir

et regarder les jeunes filles traverser la rue avant d’arriver,

puis passer et s’éloigner,

un peu craintives.


C’est maintenant le temps des charpentiers et des maçons,

le temps de chanter en travaillant en plein soleil,

en oubliant le risque des échafaudages,

en oubliant l’effort

et la monotonie du travail

et de la vie.


C’est maintenant le temps de se promener avec les enfants

et la dame qui porte des gants blancs

pour cacher les ravages de l’eau de Javel,

le dimanche après-midi,

sur la large route bordée de platanes,

saluant tout le monde d’un grand mouvement de la tête

et enviant l’épouse de ceux qui passent.


C’est maintenant le temps des femmes

qui cousent dans la pénombre des entrées

et s’endorment souvent sur leur ouvrage,

et c’est le temps des hommes

qui font la sieste

dans le coin le plus sombre de la maison

les après-midi ensoleillés,

quand dans les rues règne un silence pesant

et qu’il fait une chaleur despotique.


C’est maintenant l’été,

l’été lourd et un peu absurde

mais intensément beau,

qui arrive soudainement une

de ces nuits du début de juin

et qui s’en va, lui aussi soudainement,

une nuit de la fin de septembre.

(Trad: Colo)

" ESTIU " de Miquel Martí i Pol

Ara és el temps d'estimar pels camins,

a la vora del riu on l'herba és blana i acollidora

i a l'ombra dels vells arbres,

a les fonts mig perdudes,

allí on el bosc és més íntim.



Ara és el temps de seure pels carrers

a parlar de futbol i de dones,

havent sopat,

formant grup a l'escassa voravia

i veure com les noies

travessen el carrer abans d'arribar

i passen i s'allunyen

una mica porugues.



Ara és el temps dels fusters i dels paletes,

temps de cantar tot treballant

a ple sol,

oblidant el risc de les bastides,

oblidant l'esforç

i la monotonia de la feina i del viure.



Ara és el temps de passejar amb les nenes

i la senyora que porta guants blancs

per amagar els estralls del lleixiu,

a la tarda del diumenge,

per l'ampla carretera vorejada de plàtans

dient adéu-siau a tothom

amb un gran gest del cap

i envejant la muller dels que passen.



Ara és el temps de les dones que cusen

a la penombra de les entrades

i s'adormen sovint damunt la feina,

i és el temps dels homes que fan la sesta

al racó més fosc de la casa

a les tardes de sol,

quan als carrers hi ha un silenci feixuc

i fa una calor despòtica.



Ara és l'estiu,

l'estiu massís i una mica absurd

però intensament bell,

que arriba sobtadament

una nit qualsevol de principis de juny

i que se'n va, també sobtadament,

una nit qualsevol de finals de setembre. 


2 juin 2026

La vie et les formules / La vida y las fórmulas

 Cette courte biographie d'Oscar Campos vous aidera à comprendre le poème, je crois. 

 

Oscar Campos est né à Valparaíso en 1955 et est fils de pêcheur. Durant ses années universitaires, le pays a traversé des ruptures, des changements complexes et des traumatismes. Dans ce contexte, il a choisi de brûler sa bibliothèque naissante ainsi que ses premiers écrits. Il a étudié l’ingénierie commerciale et a exercé professionnellement en tant qu’auditeur-comptable. Il est titulaire d’un Master en administration. Son parcours ressemble à l’itinéraire d’un train : de temps à autre, il descend dans une gare, comme tout le monde, à ceci près qu’il écrit, respire et évite la claustrophobie…

 

Une feuille verte 

Oscar Campos 

 

Une feuille verte

tombe sur un livre,

la branche ne l’a pas lâchée,

mais l’habitant

a oublié d’écouter les saisons.

Le livre ouvert,

ne la reconnaît pas,

il ne parle que de formules.

 

Ce n’est pas l’automne, sa chute,

elle semble être l’erreur d’un code

qui ne comprenait pas les arbres.

 

La pensée cherche les codes exacts,

saute entre des formules.

Sa frénésie l’éloigne de la chair.

.      

Peut-être la feuille

était-elle plus proche de la réalité

que cette architecture parfaite. 

(...)

 Ainsi la pensée,

qui ne touche pas l’âme

se convertit en un piège,

et arrête simplement de fleurir.

 

Une feuille verte,

cherche la vie,

tombe sur un livre de poésie...

 (Trad: Colo)

 


 

Oscar Campos nace en Valparaíso y es hijo de pescador. En su época de universitario el país experimenta quiebres, cambios complejos y traumas, y en este contexto, opta por quemar su incipiente biblioteca y escritos. Estudió ingeniería comercial y en su vida profesional se desempeña como contador auditor. Posee un Master en administración. Su camino se parece al itinerario de un tren, de vez en cuando desciende en alguna estación, como todos, solo que escribe, respira, y evita la claustrofobia....

 

   

Una Hoja verde

Oscar Campos

 

Una hoja verde

cae sobre un libro,

 no porque la rama la soltara,

sino porque el habitante

olvidó escuchar las estaciones.

El libro abierto,

no la reconoce,

habla solo de fórmulas.

 

No es otoño, su caída,

parece un error de un código

que no entendía de árboles.

 

El pensamiento busca los códigos exactos,

salta entre formulas.

Su frenesí lo aleja de la carne.

 

Quizás, la hoja

estaba mas cerca de la realidad

que esa arquitectura perfecta.

 

 (...)

Así el pensamiento,

que no toca el alma

se convierte en una trampa,

simplemente deja de florecer.

 

Una hoja verde,

busca la vida,

cae en un libro de poesía…