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1 févr. 2025

Ëcrire le mot amour, pluie / Escribir la palabra amor, lluvia

 Pluie  Juan Gelman
 

aujourd'hui il pleut beaucoup, beaucoup,
on pourrait croire qu'on veut laver le monde.
mon voisin d'à côté regarde la pluie
et pense écrire une lettre d'amour/
une lettre à la femme qui partage sa vie
qui prépare ses repas lave son linge fait l'amour avec lui
           
et ressemble à son ombre/
mon voisin jamais ne dit de mots d'amour à sa femme/
il entre à la maison par la fenêtre et non par la porte/
par une porte on entre en beaucoup d'endroits/
au travail, à la caserne, à la prison, dans tous les bâtiments du monde/
            
mais non au monde/
ni dans une femme/ni dans l'âme/
c'est-à-dire/ dans ce tiroir ou ce navire ou cette pluie que nous appelons ainsi/
comme aujourd'hui/qu'il pleut beaucoup/
et que cela pèse d'écrire le mot amour/
parce que l'amour est une chose et le mot amour autre chose/
et que seule l'âme sait où les deux se rencontrent/
et quand/et comment/mais que peut expliquer l’âme/
c'est pourquoi mon voisin ressent des orages dans la bouche 

                              des mots qui font naufrage/
des mots qui ne savent pas qu'il pourrait faire soleil
parce qu'ils naissent et meurent la nuit même de l'amour/
et qui laissent dans la pensée des lettres qui ne seront jamais écrites/
comme le silence qu'il y a entre deux roses/
ou comme moi/qui écris des mots
dédiés à mon voisin qui regarde la pluie/
à la pluie/
à mon cœur exilé/ 

 
Ce poème figure dans le livre "Isso" publié par l'Université de Brasilia en 2004
http://jean.dif.free.fr/Textes/Nl20051.html




Lluvia Juan Gelman
 
hoy llueve mucho, mucho,
y pareciera que están lavando el mundo
mi vecino de al lado mira la lluvia
y piensa escribir una carta de amor/
una carta a la mujer que vive con él
y le cocina y le lava la ropa y hace el amor con él
y se parece a su sombra/
mi vecino nunca le dice palabras de amor a la
mujer/
entra a la casa por la ventana y no por la puerta/
por una puerta se entra a muchos sitios/
al trabajo, al cuartel, a la cárcel,
a todos los edificios del mundo/ pero no al mundo/
ni a una mujer/ni al alma/
es decir/a ese cajón o nave o lluvia que llamamos así/
como hoy/que llueve mucho/
y me cuesta escribir la palabra amor/
porque el amor es una cosa y la palabra amor es otra cosa/
y sólo el alma sabe dónde las dos se encuentran/
y cuándo/y cómo/
pero el alma qué puede explicar/
por eso mi vecino tiene tormentas en la boca/
palabras que naufragan/
palabras que no saben que hay sol porque nacen y
mueren la misma noche en que amó/
y dejan cartas en el pensamiento que él nunca
escribirá/
como el silencio que hay entre dos rosas/
o como yo/que escribo palabras para volver
a mi vecino que mira la lluvia/
a la lluvia/
a mi corazón desterrado/

9 avr. 2024

Un oiseau, un violon, une fleur / Un pájaro, un violín, una flor

 

Aujourd'hui le billet de Kwarkito intitulé “L’huître et le néant” m’a fait rire !

Aujourd’hui  aussi une épitaphe, très poétique, de Juan Gelman. 

 

 

Épitaphe Juan Gelman


Un oiseau vivait en moi

Une fleur voyageait dans mon sang

Mon cœur était un violon.

 

J'ai aimé ou pas. Mais parfois

on m'a aimé. Moi aussi

je me réjouissais : du printemps

des mains jointes, de ce qui rend heureux.

 

Je dis que l'homme se doit de l'être.

 

(Ci-gît un oiseau.

Une fleur.

Un violon)

(Traduction trouvée sans nom du traducteur, hélas)


 

Epitafio

Un pájaro vivía en mí.

Una flor viajaba en mi sangre.

Mi corazón era un violín.

Quise o no quise. Pero a veces

me quisieron. También a mí

me alegraban: la primavera,

las manos juntas, lo feliz.

¡Digo que el hombre debe serlo!

(Aquí yace un pájaro.

Una flor.

Un violín).


28 févr. 2023

Emportés par la vie / Llevados por la vida

 

   Juan Gelman – Argentine 1930-2014


Una mujer y un hombre, 1962 / Une femme et un homme 

 

Une femme et un homme emportés par la vie,
une femme et un homme face à face
habitent dans la nuit, débordés par leurs mains,
ils s’entendent monter libres dans l’ombre,
leurs têtes reposent sur une belle enfance
qu’ils ont créée ensemble, pleine de soleil, de lumière,
une femme et un homme attachés par leurs lèvres
comblent la nuit lente de toute leur mémoire,
une femme et un homme plus beaux en l’autre
occupent leur place sur la terre.

Traduit de l’espagnol par Jacques Ancet, je n'y ai changé qu'un mot.  

 

                                  Cordelia Urueta (Mexico) Un couple dans la nuit

Una mujer y un hombre llevados por la vida,
una mujer y un hombre cara a cara
habitan en la noche, desbordan por sus manos,
se oyen subir libres en la sombra,
sus cabezas descansan en una bella infancia
que ellos crearon juntos, plena de sol, de luz,
una mujer y un hombre atados por sus labios
llenan la noche lenta con toda su memoria,
una mujer y un hombre más bellos en el otro
ocupan su lugar en la tierra.





13 sept. 2022

Sans réponses 2 / Sin respuetas 2

                                       La voz del autor, Juan Gelman

QUESTIONS

Vu que tu navigues dans mon sang

et connais mes limites,

et que tu m’éveilles au milieu du jour

pour me coucher dans ton souvenir

et que pour moi tu es furie de ma patience,

dis-moi que diable fais-je,

pourquoi ai-je besoin de toi

qui es-tu, muette, seule, qui me parcours,

motif de ma passion,

pourquoi je veux t’emplir de moi seul,

et t’envelopper, t’épuiser

m’emmêler dans tes cheveux

et pourquoi tu es l’unique patrie

contre les bêtes de l’oubli. 

Trad: Colo

 

PREGUNTAS de Juan Gelman

Ya que navegas por mi sangre

y conoces mis límites,

y me despiertas en la mitad del día

para acostarme en tu recuerdo

y eres furia de mi paciencia para mí,

dime qué diablos hago,

por qué te necesito,

quien eres, muda, sola, recorriéndome,

razón de mi pasión,

por qué quiero llenarte solamente de mí,

y abarcarte, acabarte,

mezclarme en tus cabellos

y eres única patria

contra las bestias del olvido.

 

3 févr. 2022

Les visages des photos / Los rostros de las fotos

 

Photos / Fotos


 J'aime énormément cette photo de mon arrière grand-mère, que je n'ai pas connue, de ma grand-mère, à gauche, de ses trois filles et de sa soeur. Ma mère, la cadette, semble avoir 5-6 ans donc la photo date du début des années '30. 

Les photos de famille  anciennes où on a souvent du mal à reconnaître qui est qui, qui le bébé, - ce pourrait être l'oncle Jules ou la tante Marguerite-, sont des marqueurs du temps, aussi.

Voici deux poèmes, fort différents. L'un très court, puis un extrait d'un autre.

 

De Juan Gelman (Argentina 1930-2014)



Sur la photo que tes yeux rendent douce

il y a ton visage de profil, ta bouche, tes cheveux,

mais quand nous vibrons d’amour

sous la houle de la nuit et la clameur de la ville

ton visage est une terre toujours inconnue

et cette photo l’oubli, autre chose.

Trad: Colo

 

En la fotografía que tus ojos vuelven dulce
hay tu rostro de perfil, tu boca, tus cabellos,
pero cuando vibrábamos de amor
bajo el oleaje de la noche y el clamor de la ciudad
tu rostro es una tierra siempre desconocida
y esta fotografía el olvido, otra cosa.



 

                            ----------------------------------



Ne la contemple pas avec mépris ni rire

Si la figure te semble vulgaire

Et le front effacé et indécis


Image vraie de l’âge mûr,

Elle te dit clairement que passent vite

La jeunesse, les cheveux et la beauté.

 

Extrait de “Envoyant un portrait” De Manuel del Palacio (España 1831-1906)

Trad: Colo

 

No la contemples con desdén ni risa
Si vulgar se te antoja la figura
Y la frente borrada é indecisa.

Imagen cierta de la edad madura,
Claro te dice que se van aprisa
La juventud, el pelo y la hermosura.

Extracto de “Enviando un retrato” de Manuel del Palacio



 


13 nov. 2021

Chanter cui-cui / Cantar pío-pío

Encore un poème de Juan Gelman, fort différent, quoique...

 

Sur la poésie

Juan Gelman



il y aurait deux choses à dire /
que personne ne la lit beaucoup /
que ce personne c’est très peu de gens /
que tout le monde ne pense qu’au problème de la crise mondiale / et
 

au problème de manger tous les jours / il s’agit
d’un sujet important / je me rappelle
quand l’oncle juan est mort de faim /
il disait qu’il ne se souvenait même pas de manger et qu’il n’y avait pas de problème /
 

mais le problème vint plus tard /
il n’y avait pas d’argent pour le cercueil /
et quand finalement le camion municipal passa pour l’emporter
l’oncle juan ressemblait à un petit oiseau /
 

ceux de la municipalité le regardèrent avec mépris et dédain / ils murmuraient
qu’on leur casse toujours les pieds /
 qu’eux ils étaient des hommes et qu’ils enterraient des hommes / et non
des oisillons comme l’oncle juan / spécialement
 

parce que l’oncle s’était mis à chanter cui-cui tout le long du voyage au crématorium municipal /
ce qui leur avait semblé un manque de respect dont ils étaient très offensés /
et quand ils lui donnaient une tape pour qu’il ferme sa boîte /
le cui-cui volait dans la cabine du camion et ils sentaient que ça leur faisait cui-cui dans la tête


/ l’oncle juan était comme ça / il aimait chanter /
et il ne voyait pas pourquoi la mort était une raison pour ne pas chanter /
il entra dans le four en chantant cui-cui / on sortit ses cendres elles piaillèrent un moment /
et les compagnons municipaux regardèrent leurs chaussures grises de honte / mais
 

pour en revenir à la poésie /
les poètes aujourd’hui vont assez mal /
personne ne les lit beaucoup / ce personne c’est très peu de gens /
le métier a perdu son prestige / pour un poète c’est tous les jours plus difficile
 

d’obtenir l’amour d’une fille /
d’être candidat à la présidence / d’avoir la confiance d’un épicier /
d’avoir un guerrier de qui chanter les exploits /
un roi pour lui payer trois pièces d’or le vers /
 

et personne ne sait si ça se passe comme ça parce qu’il n’y a plus de filles / d’épiciers / guerriers / de rois /
ou simplement de poètes /
ou les deux choses à la fois et il est inutile
de se casser la tête à penser au problème /
 

ce qui est bon c’est de savoir qu’on peut chanter cui-cui
dans les plus étranges circonstances /
l’oncle juan après sa mort / moi à présent
pour que tu m’aimes

 

Vers le sud et autres poèmes, Poésie/Gallimard, 2014 

Traduction : Jacques Ancet

 


                                La voix (voz) de Juan Gelman recitant son poème

 

  SOBRE LA POESÍA

habría un par de cosas que decir/
que nadie la lee mucho/
que esos nadie son pocos/
que todo el mundo está con el asunto de la crisis mundial/ y


con el asunto de comer cada día/se trata
de un asunto importante/recuerdo
cuando murió de hambre el tío juan/
decía que ni se acordaba de comer y que no había problema/


pero el problema fue después/
no había plata para el cajón/
y cuando finalmente pasó el camión municipal a llevárselo
el tío juan parecía un pajarito/


los de la municipalidad lo miraron con desprecio o desdén/
murmuraban
que siempre los están molestando/
que ellos eran hombres y enterraban hombres/y no


pajaritos como el tío juan/especialmente
porque el tío estuvo cantando pío-pío todo el viaje
hasta el crematorio municipal/
y a ellos les pareció un irrespeto y estaban muy ofendidos/


y cuando le daban un palmetazo para que se callara la boca/
el pío-pío volaba por la cabina del camión y ellos sentían que
les hacía pío-pío en la cabeza/el
tío juan era así/le gustaba cantar/


y no veía por qué la muerte era motivo para no cantar/
entró al horno cantando pío-pío/salieron sus cenizas y piaron un rato/
y los compañeros municipales se miraron los zapatos grises de vergüenza/pero
volviendo a la poesía/


los poetas ahora la pasan bastante mal/
nadie los lee mucho/esos nadie son pocos/
el oficio perdió prestigio/para un poeta es cada día más difícil
conseguir el amor de una muchacha/


ser candidato a presidente/que algún almacenero le fíe/
que un guerrero haga hazañas para que él las cante/
que un rey le pague cada verso con tres monedas de oro/
y nadie sabe si eso ocurre porque se terminaron


las muchachas/los almaceneros/los guerreros/los reyes/
o simplemente los poetas/
o pasaron las dos cosas y es inútil
romperse la cabeza pensando en la cuestión/


lo lindo es saber que uno puede cantar pío-pío
en las más raras circunstancias/
tío juan después de muerto/yo ahora
para que me quier
as/

7 nov. 2021

Après la nuit / Después de la noche

 

Parfois, en très peu de mots, des poètes arrivent à concentrer une longue histoire.

 Juan Gelman que vous avez souvent rencontré sur ce blog, et dont l’histoire personnelle, absolument tragique mais illuminée vers la fin (cet article le raconte vraiment bien), est joliment résumée dans ce court poème qui ne peut, je crois, bien se comprendre qu’en connaissant les drames de sa vie.



La victoire


Juan Gelman


Dans un livre de vers éclaboussé

d'amour, de tristesse, du monde,

mes enfants ont dessiné des femmes jaunes,

des éléphants qui avancent sur des parapluies rouges,

des oiseaux arrêtés au bord d'une page,

ils ont envahi la mort,

le grand chameau bleu repose sur le mot cendre,

une joue glisse sur la solitude de mes os,

la candeur vainc le désordre de la nuit.

(Trad: Colo)

 

 



 

La victoria

-- de Juan Gelman --

En un libro de versos salpicado
por el amor, por la tristeza, por el mundo,
mis hijos dibujaron señoras amarillas,
elefantes que avanzan sobre paraguas rojos,
pájaros detenidos al borde de una página,
invadieron la muerte,
el gran camello azul descansa sobre la palabra ceniza,
una mejilla se desliza por la soledad de mis huesos,
el candor vence al desorden de la noche.




25 mars 2020

Il me manque / Lo extraño


Ce voyage à Paris en avril, rêvé depuis des mois, est tombé à l’eau, comme les projets de chacun. Pas d’expo Turner ni de balades le long de la Seine. ni d’amis à y rencontrer. Ce sera pour une autre fois.
Mais le rêve peut se prolonger et mon œil est irrémédiablement attiré par les poèmes où “Paris” apparaît.

Il y a celui-ci, comme une histoire étrange et simple, de Juan Gelman qui s’est carrément inspiré du titre d’un tango du même titre de Carlos Gardel. Un poème comme un tango...

 
Ancré à Paris 

Juan Gelman (1930-2014).

Celui qui me manque c’est le vieux lion du zoo,
on prenait toujours le café au Bois de Boulogne,
il me racontait ses aventures en Rhodésie du Sud
mais il mentait, il était évident qu’il n’était jamais sorti du Sahara.

Quoi qu’il en soit j’aimais beaucoup son élégance,
sa façon de rentrer la tête dans les épaules devant les broutilles de la vie,
il regardait les Français par la fenêtre du café
et disait ”les idiots font des enfants”-

Les deux ou trois chasseurs anglais qu’il avait mangés
provoquaient en lui de mauvais souvenirs voire de la mélancolie,
les choses qu’on fait pour vivre” pensait-il
en regardant sa crinière dans le miroir du café.

Oui, il me manque beaucoup,
il ne payait jamais l’addition,
mais indiquait le pourboire à laisser
et les garçons le saluaient avec une déférence particulière.

Nous nous séparions à la lisière du crépuscule,
il retournait à son bureau*, comme il disait,
non sans m’avertir avant, une patte sur mon épaule
fais attention, mon fils, au Paris nocturne”.

Il me manque vraiment beaucoup,
ses yeux s’emplissaient parfois de désert
mais il savait se taire comme un frère
quand, ému, ému,
je lui parlais de Carlitos Gardel.

Trad: Colo
*En français dans le texte


Anclao en París

Al que extraño es al viejo león del zoo,
siempre tomábamos café en el Bois de Boulogne,
me contaba sus aventuras en Rhodesia del Sur
pero mentía, era evidente que nunca se había movido del Sahara.


De todos modos me encantaba su elegancia,
su manera de encogerse de hombros ante las pequeñeces de la vida,
miraba a los franceses por la ventana del café
y decía “los idiotas hacen hijos”.


Los dos o tres cazadores ingleses que se había comido
le provocaban malos recuerdos y aun melancolía,
“las cosas que uno hace para vivir” reflexionaba
mirándose la melena en el espejo del café.


Sí, lo extraño mucho,
nunca pagaba la cuenta,
pero indicaba la propina a dejar
y los mozos lo saludaban con especial deferencia.


Nos despedíamos a la orilla del crepúsculo,
él regresaba a son bureau, como decía,
no sin antes advertirme con una pata en mi hombro
“ten cuidado, hijo mío, con el París nocturno”.


Lo extraño mucho verdaderamente,
sus ojos se llenaban a veces de desierto
pero sabía callar como un hermano
cuando emocionado, emocionado,
yo le hablaba de Carlitos Gardel.


Juan Gelman (1930-2014).




8 juin 2019

Questions / Preguntas


En prose et sans ponctuation ce poème de Juan Gelman.

Poema en prosa y sin punctuación de Juan Gelman


Puisque tu navigues dans mon sang et connais mes limites et m’éveilles au milieu du jour pour me coucher dans ton souvenir et que tu es furie de ma patience pour moi dis-moi ce que diable je fais pourquoi j'ai besoin de toi qui es muette seule me parcourant raison de ma passion pourquoi je désire te remplir de moi seul et t'envelopper et t’épuiser me mêler à tes petits os et tu es l’unique patrie contre les bêtes l'oubli.”
(Trad:Colo)



Ya que navegas por mi sangre y conoces mis límites y me despiertas en la mitad del día para acostarme en tu recuerdo y eres furia de mí paciencia para mí dime qué diablos hago por qué te necesito quién eres muda sola re recorriéndome razón de mi pasión por qué quiero llenarte solamente de mí y abarcarte acabarte mezclarme a tus huesitos y eres única patria contra las bestias el olvido”.






13 oct. 2016

Soif /Sed



Septembre fut un mois d'excursions; la chaleur avait diminué.
Septiembre fue un mes de excursiones; había disminuido el calor.
L'une d'elles nous emmena dans le centre de l'île appelé Es Pla. Ce plat est décoré par-ci par-là de hautes collines (ou petites montagnes). Et devinez qui a édifié sa demeure en haut, jouissant d'une vue fabuleuse, d'un calme inégalable? Des moines, bien sûr.
Una de ellas nos llevó al centro de la isla llamado Es Pla. Esa llanura está decorada aquí y allá de altas colinas (o pequeñas montañas). Y adivinad ¿quién edificó allí su morada, gozando de una vista fabulosa, de una quietud incomparable? Unos monjes, claro.



C'est du haut de l'une d'elles, dont je vous parlerai dans le prochain billet, que j'ai pris cette photo panoramique; là aussi que j'ai pensé à ce poème...tout était si sec.
Desde lo alto de una de ellas, os hablaré de ella en la próxima entrada,  saqué esta foto panorámica; allí también pensé en este poema...todo estaba tan seco.




Épitaphe

Un oiseau vivait en moi.
Une fleur voyageait dans mon sang.
Mon cœur était un violon.
J'aimai et n'aimai pas. Mais parfois
on m'aima. Moi aussi me
réjouissaient: le printemps,
les mains jointes, l'heureux.
Je dis que l'homme doit l'être!
Ci-gît un oiseau.
Une fleur.
Un violon.

Epitafio
J. Gelman

Un pájaro vivía en mí.
Una flor viajaba en mi sangre.
Mi corazón era un violín.
Quise o no quise. Pero a veces
me quisieron. También a mí
me alegraban: la primavera,
las manos juntas, lo feliz.
¡Digo que el hombre debe serlo!
Aquí yace un pájaro.
Una flor.
Un violín.

19 mai 2015

D'amour et de pluie / De amor y lluvia










Pluie  Juan Gelman
 
aujourd'hui il pleut beaucoup, beaucoup,
on pourrait croire qu'on veut laver le monde.
mon voisin d'à côté regarde la pluie
et pense écrire une lettre d'amour/
une lettre à la femme qui partage sa vie
qui prépare ses repas lave son linge fait l'amour avec lui
et ressemble à son ombre/
mon voisin jamais ne dit de mots d'amour à sa femme/
il entre à la maison par la fenêtre et non par la porte/
par une porte on entre en beaucoup d'endroits/
au travail, à la caserne, à la prison, en tous les bâtiments du monde/
mais non au monde/
ni dans une femme/ni dans l'âme/
c'est-à-dire/en ce tiroir ou ce navire ou cette pluie que nous appelons ainsi/
comme aujourd'hui/qu'il pleut beaucoup/
et que cela pèse d'écrire le mot amour/
parce que l'amour est une chose et le mot amour autre chose/
et que seule l'âme sait où les deux se rencontrent/
et quand/et comment/  mais que sait-on de l'âme/
c'est pourquoi mon voisin ressent des perturbations dans sa bouche  des mots qui font naufrage/
des mots qui ne savent pas qu'il pourrait faire soleil
parce qu'ils naissent et meurent la nuit même de l'amour/
et qui laissent dans la pensée des lettres qui ne seront jamais écrites/
comme le silence qu'il y a entre deux roses/
ou comme moi/qui écris des mots
dédiés à mon voisin qui regarde la pluie/
à la pluie/
à mon coeur exilé/ 
Ce poème figure dans le livre "Isso" publié par l'Université de Brasilia en 2004
http://jean.dif.free.fr/Textes/Nl20051.html



Lluvia Juan Gelman
hoy llueve mucho, mucho,
y pareciera que están lavando el mundo
mi vecino de al lado mira la lluvia
y piensa escribir una carta de amor/
una carta a la mujer que vive con él
y le cocina y le lava la ropa y hace el amor con él
y se parece a su sombra/
mi vecino nunca le dice palabras de amor a la
mujer/
entra a la casa por la ventana y no por la puerta/
por una puerta se entra a muchos sitios/
al trabajo, al cuartel, a la cárcel,
a todos los edificios del mundo/ pero no al mundo/
ni a una mujer/ni al alma/
es decir/a ese cajón o nave o lluvia que llamamos así/
como hoy/que llueve mucho/
y me cuesta escribir la palabra amor/
porque el amor es una cosa y la palabra amor es otra cosa/
y sólo el alma sabe dónde las dos se encuentran/
y cuándo/y cómo/
pero el alma qué puede explicar/
por eso mi vecino tiene tormentas en la boca/
palabras que naufragan/
palabras que no saben que hay sol porque nacen y
mueren la misma noche en que amó/
y dejan cartas en el pensamiento que él nunca
escribirá/
como el silencio que hay entre dos rosas/
o como yo/que escribo palabras para volver
a mi vecino que mira la lluvia/
a la lluvia/
a mi corazón desterrado/

14 mai 2015

Juan Gelman, l'exil et le souvenir / Juan Gelman, el exilio y la memoria



Pour que ce grand poète qu'est Juan Gelman nous soit un peu mieux révélé dans toute sa nature : celle d'un homme qui, face aux atrocités et aux désespoirs de la vie a su résister non par la haine, la rancœur ou la soif de vengeance, mais par l'amour, la beauté, l'enfance. Et par la poésie qui les réunit tous. Une poésie qui, dans le bouleversement et l'intensité qui sont les siens, est un acte de vie interminablement jeté à la face de la mort”. Jacques Ancet, son traducteur.

Para que ese gran poeta Juan Gelman nos sea mejor revelado en su naturaleza: la de un hombre que, frente a las atrocidades y a las desesperanzas de la vida consiguió resistir, no por el odio, el rencor o la sed de venganza, sino por el amor, la belleza, la infancia. Y por la poesía que todos los reúne. Una poesía que, en la conmoción y la intensidad que le son propios, es un acto de vida interminablemente arrojado frente a la muerte.” J. Ancet. (trad: Colo)


Juan Gelman, Buenos Aires 1930 – Mexico 2014

Juan Gelman y su caricatura

Il se trouvait à Rome pour dénoncer les violations des droits de l'homme en Argentine sous Eva Perrón quand, le 24 mai 1976 il y eut un coup d'État qui imposa un “terrorisme d'État”, et on lui interdit de revenir dans son pays. Il passa sa vie dans diverses parties du monde. Exil.
Se encontraba en Roma para denunciar las violaciones de los derechos del hombre en Argentina bajo Eva Perrón cuando, el 24 de mayo 1976 hubo un golpe de Estado que impuso un “terrorismo de Estado”, y se le prohibió volver a su país. Pasó su vida en varias partes del mundo. Exilio.



 des devoirs de l'exil :
ne pas oublier l'exil /
combattre la langue qui combat l'exil !
pas oublier l'exil / autrement dit la terre /
ou la patrie ou bon lait ou mouchoir
où nous vibrions / nous vivions enfants /
pas oublier les raisons de l'exil /
dictature militaire / ou erreurs
commises par nous pour toi / contre toi /
terre dont nous sommes et qui nous étais
là à nos pieds / comme une aube étendue /
et toi / toi tout petit cœur qui regarde
n'importe quel matin comme un oubli /
non n'oublie pas d'oublier l'oubli

Sous la pluie étrangère, p.85 Tra: J. Ancet

de los deberes del exilio:
no olvidar el exilio/
combatir a la lengua que combate al exilio
no olvidar el exilio/o sea la tierra/
o sea la patria o lechita o pañuelo
donde vibrábamos/donde niñábamos/
no olvidar las razones del exilio/
la dictadura militar/los errores
que cometimos por vos/contra vos/
tierra de la que somos y nos eras
a nuestros pies/como alba tendida/
y vos/corazoncito que mirás
cualquier mañana como olvido/
no te olvides de olvidar el olvido

Son fils et sa belle-fille, enceinte, furent faits prisonniers. Lui fut tué et elle aussi après avoir accouché en prison de sa petite fille, Macarena, que J. Gelman retrouvera bien plus tard, en l'an 2000; ce fut une fête dans toute l'Argentine. Elle avait été donnée à un couple stérile...Juan Gelman n'avait jamais abandonné ses recherches.
Su hijo y su nuera, embarazada, fueron apresados. A él le mataron y a ella también pero después de haber dado a luz de una niña, Macarena, que encontró finalmente en el año 2000. Fue una fiesta en toda la Argentina. Había sido dada a una pareja estéril...Gelman nunca había dejado de buscarla.


Rincón de la memoria Margarita Garcéshttp://www.portaldearte.cl/agenda/pintura/2004/rincon_memoria.htm

Une femme et un homme emportés par la vie…
Une femme et un homme emportés par la vie,
une femme et un homme face à face
habitent dans la nuit, débordés par leurs mains,
ils s’entendent monter libres dans l’ombre,
leurs têtes reposent sur une belle enfance
qu’ils ont créée ensemble, pleine de soleil, de lumière,
une femme et un homme attachés par leurs lèvres
remplissent la nuit lente avec toute leur mémoire,
une femme et un homme plus beaux en l’autre
occupent leur place sur la terre.

(Trad: J. Ancet)



UNA MUJER Y UN HOMBRE

Una mujer y un hombre llevados por la vida,
una mujer y un hombre cara a cara
habitan en la noche, desbordan por sus manos,
se oyen subir libres en la sombra,
sus cabezas descansan en una bella infancia
que ellos crearon juntos, plena de sol, de luz,
una mujer y un hombre atados por sus labios
llenan la noche lenta con toda su memoria,
una mujer y un hombre más bellos en el otro
ocupan su lugar en la tierra.



Ce dernier poème pour aujourd'hui s'adresse, j'imagine, à sa petite-fille.
Este último poema para hoy se dirige, me imagino, a su nieta.


J, Gelman y Macarena, su nieta
J’écris dans l’oubli…
J’écris dans l’oubli
dans chaque feu de la nuit
chaque visage de toi.
Il y a une pierre alors
je t’y couche en moi,
personne ne la connaît,
j’ai fondé des villages dans ta douceur,
j’ai souffert de tout cela,
tu es hors de moi

 étrangère tu m’appartiens.



Escribo en el olvido...
Escribo en el olvido
en cada fuego de la noche
cada rostro de ti.
Hay una piedra entonces
donde te acuesto mía,
ninguno la conoce,
he fundado pueblos en tu dulzura,
he sufrido esas cosas,
eres fuera de mí,
me perteneces extranjera.


Liens en français où vous trouverez des détails de sa vie, de sa poésie, d'excellents articles:
http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article2204
http://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/2014/01/juan-gelman-une-parole-pour-lindicible.html
http://america-latina.blog.lemonde.fr/2014/01/20/largentin-juan-gelman-poete-des-disparus/

(suite la semaine prochaine)