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30 août 2023

Et la balustrade cède / Y la baranda cede

 

J’aime les bougainvilliers, pour leurs couleurs, bien sûr, mais surtout pour leur sauvagerie.  Avec leurs longues tiges, leurs grandes épines acérées, ils poussent dans tous les sens, sont hirsutes ou grimpeurs, selon. Échevelés. 

 Des branches ont même eu soif…

 



 


Voici un subtil poème de Gioconda Belli.

 

 L’Amour des bougainvilliers

Gioconda Belli (Nicaragua 1948-)


Je suis tentée par l’amour et ses épines

ses égratignures têtues

sa façon de sauter les haies

et de grimper aux murs

sa vocation de fleur

de bougainvillier rose, blanc, mauve

qui s’enchevêtre dans les patios agrestes.



Je ne sais ce que je veux de lui

ce qu’il imagine de moi

quels rêves ou chimères nous esquissons

en laissant refroidir le café sur la table,

les regards accrochés tels des hameçons

sur le poisson rouge qui nage dans nos poitrines.


Tandis que nous parlons

chacun tire sur la ligne

en une lutte tenace pour la capture.

Nous discutons de si oui ou si non

tandis que le bougainvillier monte

nous emmêle

et les fleurs explosent

et la balustrade cède.

(Trad: Colo)





EL AMOR DE LAS BUGANVILIAS

Gioconda Belli (Nicaragua 1948-)


Me tienta el amor con sus espinas

sus arañazos tercos

su manera de brincarse los cercos

y subirse a las tapias

su vocación de flor

de buganvilia rosa, blanca, morada

enredándose en los agrestes patios.

 

No sé qué quiero de él

qué imagina de mí

qué sueños o quimeras hilvanamos

dejando enfriar el café sobre la mesa,

las miradas prendidas como anzuelos

sobre el pez rojo que nos nada en el pecho.

 

Mientras hablamos

cada cual da tirones a la caña

en la lucha tenaz por apresarlo.

Discutimos de si sí o si no

mientras la buganvilia sube

nos enreda

y las flores explotan

y la baranda cede.

28 mai 2021

Nourrir et rire

Fin mai. 


Billet léger, gai, nature.


Nous avons un compagnon de luxe pour les travaux du potager.
Depuis plus d’un an un merle familier nous suit ou, comme hier, “cueille” les fraises avec moi, à mes côtés.
I. l’a surnommé Mirlenko (merle=mirlo en espagnol) car l’animal n’a qu’une patte et il pense que ce doit être un rescapé de Chernobyl…


Quoi qu'il en soit, le nom lui est resté et nous nous demandions s’il passerait l’hiver.

Voilà Mirlenko



 


 

 

 

La señora Mirlenka....


                                                      Fotos I. Pampin gracias

 

Alors ce mois de mai, surprise. Non seulement il a survécu mais il a trouvé une compagne qui, elle, a bien ses deux pattes, et ils ont procréé dans l’araucaria juste derrière la maison. Les parents se relaient pour nourrir les oisillons affamés, comme il se doit.
Espérons qu’il ne manque aucun membre à ces petits;-))


Les oisillons affamés.
  Foto I. Pampin

 

Alors, pour finir ce mois de mai en beauté, un poème bien sûr.

 

Mai

Gioconda Belli

Les baisers ne se fanent pas

comme les flamboyants,

ni ne me poussent des gousses sur les bras;

toujours je fleuris

de cette pluie intérieure,

comme les patios verts de mai

et je ris car j’aime le vent et les nuages

et le passage des oiseaux chanteurs,

bien que je sois empêtrée dans des souvenirs,

couverte de lierre comme les vieux murs,

je crois toujours aux murmures gardés,

en la force des chevaux sauvages,

au message ailé des mouettes.

Je crois aux innombrables racines de mon chant.

(Trad: Colo)


MAYO


No se marchitan los besos
como los malinches, (flamboyants)
ni me crecen vainas en los brazos;
siempre florezco
con esta lluvia interna,
como los patios verdes de mayo
y río porque amo el viento y las nubes
y el paso del los pájaros cantores,
aunque ande enredada en recuerdos,
cubierta de hiedra como las viejas paredes,
sigo creyendo en los susurros guardados,
la fuerza de los caballos salvajes,
el alado mensaje de las gaviotas.
Creo en las raíces innumerables de mi canto.


 Gioconda Belli


3 janv. 2021

À fleur de peau / A flor de piel

 

Gioconda Belli, une poétesse que nous avons déjà rencontrée plusieurs fois sur ce blog.

Si vos sens sont un peu engourdis par le froid, par l’apathie de ces derniers mois, je pense que ce poème vous réveillera ...


Ya hemos encontrado esta poetisa varias veces en este blog.

Si tenéis los sentidos algo adormecidos por el frío o la apatía de esos últimos meses, creo que este poema os despertará...

 

 

                                      El visitante / Le visiteur  Fernando de Szyszlo (Perú)


Gioconda Belli


Je te vois comme un tremblement...

 

Je te vois comme un tremblement

dans l’eau.

Tu vas

tu viens,

et laisses des ronds dans mon imagination.



Quand je suis avec toi

j’aimerais avoir plusieurs moi,

envahir l’air que tu respires,

me transformer en un amour chaud

pour que tu me sues

et pouvoir entrer et sortir de toi.


Te caresser cérébralement

ou me glisser dans ton cœur et exploser

à chacun de tes battements.


Te semer, tel un grand arbre, dans mon corps

et soigner tes feuilles et ton tronc,

te donner mon sang de sève

et, pour toi, me convertir en terre.


Je sens un souffle chatouilleur

quand nous sommes ensemble,

je voudrais me transformer en rire,

pleine de plaisir,

batifoler sur plages de tendresse

récentes,

mais que j’ai toujours pressenties,

t’aimer, t’aimer

jusqu’à ce que nous oubliions tout

et ne sachions plus qui est qui.

(Trad: Colo)





Te veo como un temblor...

Te veo como un temblor
en el agua.
Te vas,
te venís,
y dejás anillos en mi imaginación.

Cuando estoy con vos
quisiera tener varios yo,
invadir el aire que respiras,
transformarme en un amor caliente
para que me sudes
y poder entrar y salir de vos.

Acariciarte cerebralmente
o meterme en tu corazón y explotar
con cada uno de tus latidos.

Sembrarte como un gran árbol en mi cuerpo
y cuidar de tus hojas y tu tronco,
darte mi sangre de savia
y convertirme en tierra para vos.

Siento un aliento cosquilloso
cuando estamos juntos,
quisiera convertirme en risa,
llena de gozo,
retozar en playas de ternuras
recién descubiertas,
pero que siempre presentí,
amarte, amarte
hasta que todo se nos olvide
y no sepamos quién es quién.



29 déc. 2020

Toc, toc !

 Nous voilà en fin d'Année, souhaitons pour 2021 que le tempête s'éloigne et que chacun de nous puisse donner et recevoir visites, baisers et caresses, avoir travail, logement, tout ce qui lui manque.


 

Foto: https://www.ultimahora.es/noticias/local/2020/12/29/1226099/tiempo-mallorca-amaina-borrasca-bella.html

 

Gioconda Belli Poeta Nicaragua 1948-

 

Dis-moi que tu ne me façonneras jamais, 

ni ne me donneras le bonheur de la résignation 

mais celui dont souffrent les élus, ceux qui peuvent

 embrasser des yeux la mer et le ciel 

et amener l'Univers dans leurs corps.”(Trad: Colo)

 

Bonne Année, Feliz Año

 

Dime que no me conformarás nunca, 

ni me darás la felicidad de la resignación, 

sino la felicidad que duele de los elegidos, 

los que pueden abarcar el mar y el cielo con sus ojos 

y llevar el Universo dentro de sus cuerpos.” 


Nota:  Poema entero aquí.


2 avr. 2019

Illuminer la nuit / Iluminar la noche

 
Poursuivons une semaine encore avec GiocondaBelli et le thème de l’enfance, de l’éphémère.
Sigamos otra semana con Gioconda Belli y el tema de la infancia, de lo efímero.


Le Tombeau des Lucioles -Isao Takahata-1988



Lucioles


A cinq heures du soir,
Quand la lumière perd de son brillant
Et le jardin se submerge dans la dernière ardeur du jour,
J’entends le bruyant groupe d’enfants
Qui sortent chasser des lucioles.


Ils courent dans la prairie,
Se dispersent entre les arbustes,
Crient leur excitation, palpent leur éblouissement.
Se forme un cercle autour de la petite
Qui montre le creux de ses mains illuminé
Scintillant.

Ancien métier humain
Celui de vouloir éteindre la lumière.

Te souviens-tu de la dernière fois que nous avons cru pouvoir illuminer
la nuit?


Le temps nous a vidés d’éclat.
Mais l’obscurité
Est toujours peuplée de lucioles.


(Trad: Colo)


Luciérnagas

A las cinco de la tarde
Cuando el resplandor se queda sin brillo
Y el jardín se sumerge en el último hervor dorado del día
Oigo el grupo bullicioso de niños
Que salen a cazar luciérnagas.

Corriendo sobre el pasto
Se dispersan entre los arbustos,
Gritan su excitación, palpan su deslumbre
Se arma un círculo alrededor de la pequeña
Que muestra la encendida cuenca de sus manos
Titilando.

Antiguo oficio humano
Este de querer apagar la luz.

¿Te acordás de la última vez que creímos poder iluminar
la noche?

El tiempo nos ha vaciado de fulgor.
Pero la oscuridad
Sigue poblada de luciérnagas.



20 avr. 2017

Doutes et amples horizons / Dudas y anchos horizontes



Quand j'arriverai à la vieillesse
-si j'y arrive-
et me regarderai dans le miroir
et compterai mes rides
comme une délicate orographie
de peau distendue.
Quand je pourrai compter les marques
qu'ont laissé les larmes
et les préoccupations,
et que déjà mon corps répondra lentement
à mes désirs,
quand je verrai ma vie enrobée
de veines bleues,
de profondes cernes,
et que je lâcherai ma chevelure blanche
pour m’endormir tôt
-comme il se doit-
quand viendront mes petits-enfants
s’asseoir sur mes genoux
rouillés par le passage de tant d’hivers,
je sais qu’encore mon cœur
sera -rebelle- à tictaquer
et que les doutes et les amples horizons
salueront aussi
mes matins.
(Trad: Colo)
*André Derain -  Madame Matisse au kimono



Desafío a la vejez Gioconda Belli
Cuando yo llegue a vieja
-si es que llego-
y me mire al espejo
y me cuente las arrugas
como una delicada orografía
de distendida piel.
Cuando pueda contar las marcas
que han dejado las lágrimas
y las preocupaciones,
y ya mi cuerpo responda despacio
a mis deseos,
cuando vea mi vida envuelta
en venas azules,
en profundas ojeras,
y suelte blanca mi cabellera
para dormirme temprano
-como corresponde-
cuando vengan mis nietos
a sentarse sobre mis rodillas
enmohecidas por el paso de muchos inviernos,
sé que todavía mi corazón
estará -rebelde- tictaqueando
y las dudas y los anchos horizontes
también saludarán
mis mañanas.



*André Derain (Chatou, 1880 - Garches, 1954) peintre fauviste, grand ami de Matisse.

2 juil. 2015

Cimenter les rêves / Cimentar los sueños


Paresse et chaleur, ou / et vice versa...je n'ai pas écrit, comme annoncé, de détails sur la vie et la personnalité de Gioconda Belli. Mais je vous ai traduit ce court texte.




Tendresse des peuples  Gioconda Belli

 
Je te disais que la solidarité

est la tendresse des peuples.

Je te le disais après le triomphe,

après avoir passé les temps durs des batailles

et
des pleurs;

maintenant tandis que je repense aux choses qui se sont passées 

là-bas,

quand tout n'était que rêve et rêve, éveillés et endormis,

sans jamais nous lasser de cimenter le rêve

jusqu'à ce qu'il cesse d'en être un et que nous avons vu les

drapeaux rougenoirs

- en vrai - flottant sur les maisons, les cabanes, les chaumières,

les arbres du chemin et nous avons pensé à tout ce que nous 

avons dû vivre

et c'
était comme un grand casse-tête de rages et de feu

et sang et espoirs...


(Trad: Colo)

Consuelo (détail) Antonio Soler


Consuelo (réconfort) Antonio Soler (link)



Ternura de los pueblos   Gioconda Belli



Yo te decía que la solidaridad 

es la ternura de los pueblos.

Te lo decía después del triunfo,
 
después de que pasamos los tiempos duros de batallas

y llantos;

ahora mientras recuerdo cosas que pasaron allá afuera,

cuando todo era soñar y soñar, despiertos y dormidos, 

sin cansarnos nunca de ponerle argamasa al sueño

hasta que dejó de serlo, hasta que vimos las banderas rojinegras
 
de verdad— ondeando sobre las casas, las casitas, las chozas,

los árboles del camino y pensamos en todo lo que nos tocó vivir

y era como un gran rompecabezas de rabias y fuego

y sangre y esperanza.. .

25 juin 2015

Érotisme poétique / Erotismo poético




Il y a un temps une amie blogueuse, dans un commentaire, écrivait ceci: “Pourquoi ne parle-t-on jamais de sexe dans nos blogs?”.

C'est vrai. Remédions-y

Le sexe et la Révolution, l'érotisme et la lutte, c'est ce que nous propose la poétesse Gioconda Belli née en 1948 au Nicaragua. Je vous parlerai d'elle la semaine prochaine, en attendant commençons l'été avec ces plaisirs charnels.



Hace un tiempo una amiga de blog, en un comentario, escribía esto: “por qué no se habla nunca de sexo en los blogs?”

Cierto, ¿por qué?

El sexo y la Revolución, el erotismo y la lucha, es lo que nos propone la poetisa Gioconda Belli nacida en Nicaragua en 1948. Os hablaré de ella la próxima semana, mientras...

Empecemos el verano con placeres carnales.


Gioconda Belli


Pequeñas Lecciones de Erotismo

Petites leçons d'érotisme
 
Rodin

I

Recorrer un cuerpo en su extensión de vela


Es dar la vuelta al mundo


Atravesar sin brújula la rosa de los vientos


Islas golfos penínsulas diques de aguas embravecidas


No es tarea fácil - si placentera -


No creas hacerlo en un día o noche de sábanas explayadas


Hay secretos en los poros para llenar muchas lunas 



Parcourir un corps à la voile déployée

C'est faire le tour du monde

Traverser sans boussole la rose des vents

Îles golfes péninsules digues d'eaux furieuses

Ce n'est pas tâche aisée - si plaisante soit-elle -

Ne crois pas pouvoir le faire en un jour ou une nuit de draps étalés 

Il y a assez de secrets dans les pores pour emplir bien des lunes

II, III


IV

Instálate en el humus sin miedo al desgaste sin prisa


No quieras alcanzar la cima


Retrasa la puerta del paraíso


Acuna tu ángel caído revuélvele la espesa cabellera con la


Espada de fuego usurpada


Muerde la manzana



Installe-toi dans l'humus sans crainte de l'usure, sans hâte

N'essaye pas d'atteindre la cime

Retarde la porte du paradis

Berce ton ange déchu bouleverse l'épaisse chevelure avec

L'épée de feu usurpée

Mords la pomme

Temple Konarka, Inde


V, VI


VII

Traspasa la tierra del fuego la buena esperanza


navega loco en la juntura de los océanos


Cruza las algas ármate de corales ulula gime


Emerge con la rama de olivo llora socavando ternuras ocultas


Desnuda miradas de asombro


Despeña el sextante desde lo alto de la pestaña


Arquea las cejas abre ventanas de la nariz 



 

Traverse la Terre de Feu le Cap de  Bonne Espérance

navigue fou à la jonction des océans

Croise le fer avec les algues arme-toi de coraux hulule gémis
 
Émerge avec le rameau d'olivier pleure et sape les tendresses occultes
  
Dénude les regards de surprise
 
Jette le sextant depuis le haut du cil
  
Arque les sourcils ouvre les fenêtres du nez




VIII

Aspira suspira


Muérete un poco


Dulce lentamente muérete


Agoniza contra la pupila extiende el goce


Dobla el mástil hincha las velas


Navega dobla hacia Venus


estrella de la mañana


- el mar como un vasto cristal azogado -


duérmete náufrago. 

Aspire soupire 
 
Meurs un peu


Doucement meurs

Agonise contre la pupille étends la jouissance

Double le mât gonfle les voiles

Navigue et cingle devers Vénus

étoile du matin

 -la mer comme un vaste cristal étamé-

 endors-toi naufragé. 

 
 


Traduction Colo inspirée par celle de E. Dupas. Vous trouverez les autres strophes, qui me plaisaient moins ici:

Encontraréis las otras estrofas que me gustaban un poco menos aquí.