Vous connaissez mon admiration pour les traducteurs mais aussi pour les éditeurs qui publient de la poésie, et plus encore si ce sont des traductions de poétesses sud-américaines peu connues.
Avec leur permission je vous livre quelques extraits de ce “chant lyrique” “marqué par les expériences de l’âme avec en toile de fond la nature “ (quatrième de couverture).
Des chants très poétiques qui m’ont surprise au départ: tout le recueil est une adresse à son âme, étonnant. Mais bien vite le beau rythme et la poésie m’ont séduite.
Un court recueil, vraiment très beau, 3 chants, et une longue et intéressante introduction de Monique-Marie Ihry. Extrait de “Le matin “
“Chante mon âme, chante et bois une gorgée du nectar de la matinée; chante, mon âme, tant que le ciel bleu et la campagne seront pour toi une bacchanale dont la beauté sera capable de t’enivrer !
Chante, mon âme, chante avant que la nuit prenne fin et que le loup sauvage hurle dans la montagne” Extracto de “”La mañana”
¡Canta, alma mía, canta y bébete de un sorbo el néctar de la mañana; canta, canta alma mía, mientras el cielo azul y la campiña sean para ti una bacanal con cuya belleza puedas embriagarte!
Canta, alma mía, canta antes que cierre la noche y aullé el lobo salvaje en la montaña!
Extrait de “Crépuscule”
J’ai choisi un passage vers la fin où, après avoir répété “Prie, prie mon âme”, la nature est la protagoniste.
“Le soleil s’en va, une lointaine musique de vents et de cascades l’accompagne jusqu'à la montagne. “ Les insectes bruyants courent dans tous les sens, en se cachant entre les herbes et en évitant le dernier rayon de l’astre d’or. Le soleil s’en va. Les peines entourent le monde avec des visages affamés à la recherche de cœurs à dévorer. Le soleil s’en va et le sourire du moribond se grave dans la pierre indélébile de l’immortalité. Le soleil s’en va et mon âme tremble de terreur dans les ténèbres. “
Extracto de “El crepúsculo”
“Se va el sol, y una música alejada de vientos y de cascadas lo acompaña hasta la montaña. Los insectos rumorosos corren de un lado a otro, escondiéndose entre las malezas, evitando el último rayo del astro de oro. Se va el sol. Las penas rondan el mundo con caras hambrientas buscando corazones para devorar. Se va el sol, y la sonrisa del moribundo se está grabando en la indeleble piedra de la inmortalidad. Se va el sol y el alma mía tiembla de pavor en las tinieblas.“
Extrait de “La nuit”
“ Pleure, mon âme, pleure ! "(...) Pleure avec l’avalanche de neige qui purifie la plaine et rend l’homme meilleur ! Pleure avec le paria et la femme répudiée dans son lit d’hôpital ! Pleure, mon âme, pleure avec la mère à qui la brutalité de l’homme a arraché les enfants et l’a abandonnée seule au milieu de sa vie ! Pleure, mon âme, avec ceux qui n’ont pas de réconfort, qui, comme les morts ayant une âme, n’attendent rien ni personne !” Extracto de “La noche “
"¡Llora, alma mía, llora!” (…) “¡Llora con el alud de nieve que purifica el llano y hace al hombre más bueno! ¡Llora con el paria, y con la mujer repudiada en su lecho de hospital! ¡Llora, alma mía, con la madre a quien la brutalidad del hombre arrancó sus hijos y la ha dejado sola en medio de la vida ! ¡Llora, alma mía, con los que no tiene consuelo, que, como muertos con alma, no aguardan nada ni a nadie esperan!”
Voici un second poème d'Elvira Sastre.
La simplicité est un choix, une décision qu'elle a prise après des études de philologie.
Tant, trop de poèmes hermétiques, alambiqués, et donc loin de la compréhension de tous pense-t-elle.
Vasili Kandinsky, Bruit / Ruido
BRUIT
Si
tu pars
fais-le
avec du bruit;
casse
les fenêtres,
insulte
mes souvenirs,
jette
par terre toutes et
chacune
de
mes tentatives
pour
t’atteindre,
transforme
en cri les orgasmes,
frappe
avec rage la chaleur
abandonnée,
le calme disparu, l’amour
qui
ne résiste pas,
détruis
la maison
qui
ne sera plus un foyer.
Fais-le
comme tu voudras,
mais
avec du bruit.
Ne
me laisse pas seule avec mon silence.
Trad:
Colo ..................................... Vous penserez sans doute, comme moi, à Prévert,
Si
te marchas
hazlo con ruido:
rompe las ventanas,
insulta
a mis recuerdos,
tira al suelo todos y cada uno
de mis
intentos
de alcanzarte,
convierte en grito a los
orgasmos,
golpea con rabia el calor
abandonado, la calma
fallecida, el amor
que no resiste,
destroza la casa
que
no volverá a ser hogar.
Hazlo como quieras,
pero con
ruido.
No me dejes a solas con mi silencio.
Entre
la dictature de Primo de Rivera et celle de F. Franco,
les huit ans de République furent une époque faste (pour certains!)
mais bien courte, bien trop courte pour A. Machado.
Si,
dès l’arrivée du nouveau dictateur, il met sa plume et son
énergie au service de la République, il connaît une des plus
grandes souffrance de sa vie: son frère Manuel qu’il aime tant et
avec lequel il a écrit, voyagé, prend le parti des nationalistes.
Rupture définitive entre les deux frères.
Cette
guerre civile dura trois ans de ‘36 à ‘39 et les poèmes écrits
par Machado à cette époque ont, vous l’imaginez bien, perdu cette
symbiose avec la nature. On y parle de mort, de morts.
Voici
le premier, sur l’exécution de F.Garcia Lorca:
Il
y a eu crime dans Grenade
A
Federico Garcia Lorca
I
Le
crime
On
l’avait vu, cheminant entre des fusils par
une longue rue, apparaître
dans la campagne froide, encore
étoilée, la campagne du matin. Ils
ont tué Frédéric à
l’heure où surgissait la lumière. Le
peloton des bourreaux n’osait
le regarder en face. Ils
ont tous fermé les yeux, ils
ont prié : Dieu lui-même ne te sauverait pas ! Il
est tombé mort, Frédéric -
sang au front et aux entrailles. –
…Il
y a eu crime dans Grenade ! Vous
savez ? – pauvre Grenade ! – sa Grenade !...
Se
le vio, caminando entre fusiles, por
una calle larga, salir
al campo frío, aún
con estrellas, de la madrugada. Mataron
a Federico cuando
la luz asomaba. El
pelotón de verdugos no
osó mirarle la cara. Todos
cerraron los ojos; rezaron:
¡ni Dios te salva! Muerto
cayó Federico. -sangre
en la frente y plomo en las entrañas-. ...Que
fue en Granada el crimen sabed
-¡pobre Granada!-, en su Granada...
Et
puis ces vers qui m’ont toujours tant émue, bouleversée:
“Petit
Espagnol qui viens au monde.
Que
Dieu te garde.
Une
des deux Espagne
Va
te geler le coeur”
“Españolito
que vienes
al mundo te guarde Dios.
una de las dos
Españas
ha de helarte el corazón.”
Juan
Manuel Serrat a tant chanté les poèmes de Machado:
Ici,
Serrat, jeune:
Puis
il y eût la fuite, Valencia, Barcelona enfin, il
est déjà
en mauvaise santé. Le 2 février 1939, en compagnie de sa mère et
d’un de ses frères, ils entreprennent à pied, dans le froid, le
voyage épuisant vers la France. Et ils
arrivent à Colliure
où ils logent dans une auberge. Il y mourra une vingtaine
de jours plus tard, sa mère ne
lui survivra que quelques jours.
Voilà,
vie et mort, comme écrivait le poète: “Lo
nuestro es pasar” (Notre destin est de passer)
Sur
sa tombe, ces vers:
«
Et quand viendra le jour du dernier voyage,
quand partira la nef
qui jamais ne revient,
vous me verrez à bord, et mon maigre
bagage,
quasiment nu, comme les enfants de la mer ».
PS: Je n'ai pas traduit ces billets sur A.Machado en espagnol parce que les natifs le connaissent fort bien, du moins ils devraient:-)
Un
œil se ferme à l’horizon
L’autre se
lève
Combien de temps faut-il pour parcourir la nuit
Le
bruit et la lumière
Étoiles et grelots
Quelqu’un sur la montagne a jeté son
manteau
Et derrière
L’eau
Le
soleil éteint qui tombe
Et le chant plus gai d’un oiseau
Le tour du monde
Tout se dresse autour du
rideau
Les voix qui montent
vont plus haut
ou les marches plus
basses
Celui qui redescend
Marche la tête basse
L’ombre s’allonge
Le ciel s’éclaire
On écoute les
bruits tomber tout près du mur
Contre la terre
"Quand la dictature a
commencé j'étais très jeune. Pour quelqu'un qui est en train de se
former, l'exil est différent que pour ceux qui doivent l'affronter à un
âge mûr. Je suis parti par voie de terre en un voyage qui dura 7
mois pour arriver au Mexique. Ce voyage m'a beaucoup appris. A mesure
que je parcourais le continent j'apprenais non seulement sa poésie,
mais son histoire, ses gens. Les odeurs, la musique, la vie des gens
m'atteignaient également." Trad:Colo
“Cuando
comenzó la dictadura yo era muy joven. Para alguien que está en
formación, el exilio es diferente al de aquellos que deben
afrontarlo en una edad de madurez. Me fui por tierra en un viaje que
duró siete meses hasta llegar a México. Ese viaje me enseñó
mucho. A medida que recorría el continente iba aprendiendo no sólo
su poesía, sino su historia, su gente. Me llegaban también los
olores, la música, la vida de la gente.” Extracto de una entrevista
del 2009 http://www.confinesdigital.com/conf22/jorge-boccanera.html
Carlos Correa, Naturaleza en silencio, Colombia
1941 Óleo
sobre lienzo1,90 x 1,90 cms-Fuente: Museo de Arte de Medellín Fco. Antonio Zea -Editor o Impresor: Banco Popular -Gestor: Jorge Cárdenas - Tulia Ramírez
Dictature, silence.
Effilochure
Le
silence est-il le gant d'une voix?
Pourrait-on
le toucher?
Nous
souviendrions-nous le silence d'un jour quelconque
étant
enfants?
Peut-être
vole-t-il à ras du sol?
Le
poète réduit au silence, accepte-t-il
volontairement
ou est-ce
le silence qui l'appelle?
Qui
ne dit mot, consent-il?
Ce
sont des réponses que je ne peux poser.*
Je
n'ai pas peur du silence,
même
quand il écrase ses ailes de poudre sur
ma
fenêtre.
L'écouter
ne fait pas peur.
J'ai
peur de le voir.
Trad:
Colo
*
Ici jeu de mots entre poser(demander) une question et la réponse.
Hilachas
Es
el silencio el guante de una voz? ¿Se podría
tocar? Recordaríamos el silencio de un día
cualquiera
cuando niños? ¿Acaso vuela al ras del suelo? El poeta que se
llama a silencio, ¿va
voluntariamente o el silencio lo llama? El que calla,
¿otorga?
Son respuestas que yo no puedo preguntar. No le
temo al silencio, aun cuando se estrelle con sus alas de polvo
en
mi ventana. No da miedo escucharlo. Tengo miedo de verlo.
Penser à ce qu’on aurait pu être, rêver de tous ces possibles, ces impossibles passés. Avec ou sans mélancolie. Un poème du colombien Álvaro Mutis, le moins noir que j’aie lu de lui. Cet écrivain-poète, le plus connu en dehors de la Colombie après G. García Márquez, n’a pas eu une vie de rêve.
Pensar en quién hubiéramos podido ser, soñar en todos esos posibles, esos imposibles pasados. Con o sin melancolía. Un poema del colombiano Álvaro Mutis, el menos negro de los que he leido. Este escritor-poeta, el más conocido fuera de Colombia después de G. García Márquez, no ha tenido una vida de ensueño.
À deux pas d’ici un ange invisible attend ; un vague brouillard, un spectre diffus te dira quelques mots du passé. Telle l’eau du ruisseau, le temps creuse en toi son dur labeur de jours et de semaines, d’années sans nom ni souvenir. À deux pas d’ici continuera à t’attendre en vain celui que tu ne fus pas, celui qui mourut de tant être toi-même ce que tu es. Pas le moindre soupçon, ni la moindre ombre ne t’indique ce qu’aurait pu être cette rencontre. Et pourtant, c’est là qu’était la clé de ton bref bonheur sur terre.
(Trad. Colo)
Canción del este - Álvaro Mutis
A la vuelta de la esquina un ángel invisible espera; una vaga niebla, un espectro desvaído te dirá algunas palabras del pasado. Como agua de acequia, el tiempo cava en ti su arduo trabajo de días y semanas, de años sin nombre ni recuerdo. A la vuelta de la esquina te seguirá esperando vanamente ése que no fuiste, ése que murió de tanto ser tú mismo lo que eres. Ni la más leve sospecha, ni la más leve sombra te indica lo que pudiera haber sido ese encuentro. Y, sin embargo, allí estaba la clave de tu breve dicha sobre la tierra.
Mon rêve à moi, mais ce sera pour une prochaine vie, c’est d’être chanteuse d’opéra;Gloria Londoñopar exemple, cette soprano colombienne que j’admire tant.
Mi sueño, será en mi próxima vida, es ser cantante de ópera. Gloria Londoñopor ejemplo, esa soprano colombiana que tanto admiro.