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28 janv. 2024

Couleurs

 

Le dernier billet était, sous la plume de Marie Laugery, dédié à l’hiver, à la

neige.

Toujours d’elle aujourd’hui, deux courts extraits de son recueil “Lumières”, qui

correspondent bien plus à ce que je vis.


Enfleurages

En jaune et rouge

 les lauriers roses enflamment

les terres du Sud


Séduits quelques soleils blancs

s’y déposent

touchés par la grâce

fille

des terres du Sud


 



Calme bleu

Pourquoi la Méditerranée ?

- elle a dissous dans ses eaux

sa moisson de lavande.

Marie Laugery

Lumières


Édition Le Solitaire, p 61-64

4 juin 2021

Les trois chants de l'âme / Los tres cantos del alma

 Vous connaissez mon admiration pour les traducteurs mais aussi pour les éditeurs qui publient de la poésie, et plus encore si ce sont des traductions de poétesses sud-américaines peu connues.

L’édition Cap de l’Étang m’a gracieusement envoyé cette fois, traduits par Monique-Marie Ihry, “Les trois chants” de Teresa Wilms Montt.

 

                                    Teresa Will Montt 1893-1921 Chili



Vous pouvez lire sur le blog de la traductrice une présentation de la poétesse, qui n’avait jamais été traduite en français, et du recueil.
http://aujardindesmots.unblog.fr/les-trois-chants-los-tres-cantos-de-teresa-wilms-montt-1893-1921-traduit-en-francais-par-monique-marie-ihry/


Avec leur permission je vous livre quelques extraits de ce “chant lyrique” “marqué par les expériences de l’âme avec en toile de fond la nature “ (quatrième de couverture).
                          



Des chants très poétiques qui m’ont surprise au départ: tout le recueil est une adresse à son âme, étonnant. Mais bien vite le beau rythme et la poésie m’ont séduite. 

Un court recueil, vraiment très beau, 3 chants, et une longue et intéressante introduction de Monique-Marie Ihry.

Extrait de “Le matin “


   “Chante mon âme, chante et bois une gorgée du nectar de la matinée;  chante, mon âme, tant que le ciel bleu et la campagne seront pour toi une bacchanale dont la beauté sera capable de t’enivrer !

   Chante, mon âme, chante avant que la nuit prenne fin et que le loup sauvage hurle dans la montagne”

Extracto de “”La mañana”

   ¡Canta, alma mía, canta y bébete de un sorbo el néctar de la mañana; canta, canta alma mía, mientras el cielo azul y la campiña sean para ti una bacanal con cuya belleza puedas embriagarte!

   Canta, alma mía, canta antes que cierre la noche y aullé el lobo salvaje en la montaña!


Extrait de “Crépuscule”

J’ai choisi un passage vers la fin où, après avoir répété “Prie, prie mon âme”, la nature est la protagoniste.


   “Le soleil s’en va, une lointaine musique de vents et de cascades l’accompagne jusqu'à la montagne.
  “ Les insectes bruyants courent dans tous les sens, en se cachant entre les herbes et en évitant le dernier rayon de l’astre d’or.
   Le soleil s’en va. Les peines entourent le monde avec des visages affamés à la recherche de cœurs à dévorer.
  Le soleil s’en va et le sourire du moribond se grave dans la pierre indélébile de l’immortalité.
  Le soleil s’en va et mon âme tremble de terreur dans les ténèbres. “


Extracto de “El crepúsculo”

   “Se va el sol, y una música alejada de vientos y de cascadas lo acompaña hasta la montaña.
   Los insectos rumorosos corren de un lado a otro, escondiéndose entre las malezas, evitando el último rayo del astro de oro.
   Se va el sol. Las penas rondan el mundo con caras hambrientas buscando corazones para devorar.
   Se va el sol, y la sonrisa del moribundo se está grabando en la indeleble piedra de la inmortalidad.
   Se va el sol y el alma mía tiembla de pavor en las tinieblas.“




Extrait de “La nuit”


  “ Pleure, mon âme, pleure ! "(...)
   Pleure avec l’avalanche de neige qui purifie la plaine et rend l’homme meilleur !
   Pleure avec le paria et la femme répudiée dans son lit d’hôpital !
   Pleure, mon âme, pleure avec la mère à qui la brutalité de l’homme a arraché les enfants et l’a abandonnée seule au milieu de sa vie !
   Pleure, mon âme, avec ceux qui n’ont pas de réconfort, qui, comme les morts  ayant une âme, n’attendent rien ni personne !”

Extracto de “La noche “


    "¡Llora, alma mía, llora!” (…)
   “¡Llora con el alud de nieve que purifica el llano y hace al hombre más bueno!
    ¡Llora con el paria, y con la mujer repudiada en su lecho de hospital!
    ¡Llora, alma mía, con la madre a quien la brutalidad del hombre arrancó sus hijos y la ha dejado sola en medio de la vida !
    ¡Llora, alma mía, con los que no tiene consuelo, que, como muertos con alma, no aguardan nada ni a nadie esperan!”

28 janv. 2020

Fais du bruit! / ¡Haz ruido!


Voici un second poème d'Elvira Sastre.
La simplicité est un choix, une décision qu'elle a prise après des études de philologie.
Tant, trop de poèmes hermétiques, alambiqués, et donc loin de la compréhension de tous pense-t-elle. 


Vasili Kandinsky, Bruit / Ruido


BRUIT
Si tu pars
fais-le avec du bruit;
casse les fenêtres,
insulte mes souvenirs,
jette par terre toutes et chacune
de mes tentatives
pour t’atteindre,
transforme en cri les orgasmes,
frappe avec rage la chaleur
abandonnée, le calme disparu, l’amour
qui ne résiste pas,
détruis la maison
qui ne sera plus un foyer.
Fais-le comme tu voudras,
mais avec du bruit.
Ne me laisse pas seule avec mon silence.
Trad: Colo
                    .....................................
 Vous penserez sans doute, comme moi, à Prévert,

On reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait quand il s'en va.”
Et à la chanson de  Renaud Boucan d’enfer https://www.youtube.com/watch?v=kkAEErrHaJE


Enrique Rogriguez Guzpana Sin ruido /Sans bruit

RUIDO Elvira Sastre

Si te marchas
hazlo con ruido:
rompe las ventanas,
insulta a mis recuerdos,
tira al suelo todos y cada uno
de mis intentos
de alcanzarte,
convierte en grito a los orgasmos,
golpea con rabia el calor
abandonado, la calma fallecida, el amor
que no resiste,
destroza la casa
que no volverá a ser hogar.
Hazlo como quieras,
pero con ruido.
No me dejes a solas con mi silencio.






2 août 2019

"Lo nuestro es pasar", Notre destin est de passer, A.Machado, fin.


Entre la dictature de Primo de Rivera et celle de F. Franco, les huit ans de République furent une époque faste (pour certains!) mais bien courte, bien trop courte pour A. Machado.
Si, dès l’arrivée du nouveau dictateur, il met sa plume et son énergie au service de la République, il connaît une des plus grandes souffrance de sa vie: son frère Manuel qu’il aime tant et avec lequel il a écrit, voyagé, prend le parti des nationalistes. Rupture définitive entre les deux frères.

Cette guerre civile dura trois ans de ‘36 à ‘39 et les poèmes écrits par Machado à cette époque ont, vous l’imaginez bien, perdu cette symbiose avec la nature. On y parle de mort, de morts.


https://www.slideshare.net/100005043120186/el-crimen-fue-en-granada-81190512 Machado Y Lorca



Voici le premier, sur l’exécution de F.Garcia Lorca:
Il y a eu crime dans Grenade
A Federico Garcia Lorca
I
Le crime
On l’avait vu, cheminant entre des fusils
par une longue rue,
apparaître dans la campagne froide,
encore étoilée, la campagne du matin.
Ils ont tué Frédéric
à l’heure où surgissait la lumière.
Le peloton des bourreaux
n’osait le regarder en face.
Ils ont tous fermé les yeux,
ils ont prié : Dieu lui-même ne te sauverait pas !
Il est tombé mort, Frédéric
- sang au front et aux entrailles. –
Il y a eu crime dans Grenade !
Vous savez ? – pauvre Grenade ! – sa Grenade !...
Traduit de l’espagnol par Jean Cassou 
 



El crimen fue en Granada
A Federico Garcia Lorca

I
El crimen
Se le vio, caminando entre fusiles,
por una calle larga,
salir al campo frío,
aún con estrellas, de la madrugada.
Mataron a Federico
cuando la luz asomaba.
El pelotón de verdugos
no osó mirarle la cara.
Todos cerraron los ojos;
rezaron: ¡ni Dios te salva!
Muerto cayó Federico.
-sangre en la frente y plomo en las entrañas-.
...Que fue en Granada el crimen
sabed -¡pobre Granada!-, en su Granada...

Et puis ces vers qui m’ont toujours tant émue, bouleversée:

Petit Espagnol qui viens au monde.
Que Dieu te garde.
Une des deux Espagne
Va te geler le coeur”

Españolito que vienes
al mundo te guarde Dios.
una de las dos Españas
ha de helarte el corazón.”

Juan Manuel Serrat a tant chanté les poèmes de Machado:

Ici, Serrat, jeune:


Puis il y eût la fuite, Valencia, Barcelona enfin, il est déjà en mauvaise santé. Le 2 février 1939, en compagnie de sa mère et d’un de ses frères, ils entreprennent à pied, dans le froid, le voyage épuisant vers la France. Et ils arrivent à Colliure où ils logent dans une auberge. Il y mourra une vingtaine de jours plus tard, sa mère ne lui survivra que quelques jours.



« Machado dort à Collioure 
Trois pas suffirent hors d'Espagne
Que le ciel pour lui se fit lourd 
Il s'assit dans cette campagne 
Et ferma les yeux pur toujours” Aragon.
(lire le poème entier:

Jean Ferrat l’a chanté:



Voilà, vie et mort, comme écrivait le poète: “Lo nuestro es pasar” (Notre destin est de passer)

Sur sa tombe, ces vers:


« Et quand viendra le jour du dernier voyage,
quand partira la nef qui jamais ne revient,
vous me verrez à bord, et mon maigre bagage,
quasiment nu, comme les enfants de la mer ».


PS: Je n'ai pas traduit ces billets sur A.Machado en espagnol parce que les natifs le connaissent fort bien, du moins ils devraient:-)

25 avr. 2019

Le tour du monde / La vuelta al mundo


Pierre Reverdy


HEURE


Un œil se ferme à l’horizon
                     L’autre se lève
Combien de temps faut-il pour parcourir la nuit
Le bruit et la lumière
Étoiles et grelots
            Quelqu’un sur la montagne a jeté son manteau
                     Et derrière
                                       L’eau
            Le soleil éteint qui tombe
Et le chant plus gai d’un oiseau
            Le tour du monde
                              Tout se dresse autour du rideau
                       Les voix qui montent vont plus haut
                       ou les marches plus basses
                              Celui qui redescend
                              Marche la tête basse
L’ombre s’allonge
                              Le ciel s’éclaire
On écoute les bruits tomber tout près du mur
                                     Contre la terre


 https://www.pyrenees-ossau-loisirs.com/crepuscule-a-laubisque/


Hora

Un ojo se cierra en el horizonte
              El otro se levanta
Cuánto tiempo hace falta para recorrer la noche
El ruido y la luz
Estrellas y cascabeles
         Alguien en la montaña ha tirado su abrigo
                     Y detrás
                            El agua
         El sol apagado que cae
Y el canto más alegre de un pájaro
          La vuelta al mundo
                         Todo se alza alrededor de la cortina
                 Las voces que suben van más alto
                 o los escalones más bajos
                       El que vuelve a bajar
                       Anda cabizbajo
Se alarga la sombra
                       Se ilumina el cielo
Se escuchan los ruidos caer muy cerca del muro
                        Contra la tierra
(Trad:Colo)

7 déc. 2016

Le gant d'une voix / El guante de una voz



 Poursuivons/ Sigamos con/ avec Jorge Boccanera

"Quand la dictature a commencé j'étais très jeune. Pour quelqu'un qui est en train de se former, l'exil est différent que pour ceux qui doivent l'affronter à un âge mûr. Je suis parti par voie de terre en un voyage qui dura 7 mois pour arriver au Mexique. Ce voyage m'a beaucoup appris. A mesure que je parcourais le continent j'apprenais non seulement sa poésie, mais son histoire, ses gens. Les odeurs, la musique, la vie des gens m'atteignaient également."
Trad:Colo
 
Cuando comenzó la dictadura yo era muy joven. Para alguien que está en formación, el exilio es diferente al de aquellos que deben afrontarlo en una edad de madurez. Me fui por tierra en un viaje que duró siete meses hasta llegar a México. Ese viaje me enseñó mucho. A medida que recorría el continente iba aprendiendo no sólo su poesía, sino su historia, su gente. Me llegaban también los olores, la música, la vida de la gente.”
Extracto de una entrevista del 2009 http://www.confinesdigital.com/conf22/jorge-boccanera.html

Carlos Correa, Naturaleza en silencio, Colombia1941 Óleo sobre lienzo 1,90 x 1,90 cms -Fuente: Museo de Arte de Medellín Fco. Antonio Zea -Editor o Impresor: Banco Popular -Gestor: Jorge Cárdenas - Tulia Ramírez




Dictature, silence.

Effilochure

Le silence est-il le gant d'une voix?
Pourrait-on le toucher?
Nous souviendrions-nous le silence d'un jour quelconque
                         étant enfants?
Peut-être vole-t-il à ras du sol?
Le poète réduit au silence, accepte-t-il
                  volontairement ou est-ce le silence qui l'appelle?
Qui ne dit mot, consent-il?

Ce sont des réponses que je ne peux poser.*
Je n'ai pas peur du silence,
même quand il écrase ses ailes de poudre sur
                        ma fenêtre.
L'écouter ne fait pas peur.
J'ai peur de le voir.

Trad: Colo

* Ici jeu de mots entre poser(demander) une question et la réponse.

Hilachas

Es el silencio el guante de una voz?
¿Se podría tocar?
Recordaríamos el silencio de un día cualquiera
             cuando niños?
¿Acaso vuela al ras del suelo?
El poeta que se llama a silencio, ¿va
             voluntariamente o el silencio lo llama?
El que calla, ¿otorga?

Son respuestas que yo no puedo preguntar.
No le temo al silencio,
aun cuando se estrelle con sus alas de polvo en
              mi ventana.
No da miedo escucharlo.
Tengo miedo de verlo.


26 août 2010

Rêveries / Ensueños

Penser à ce qu’on aurait pu être, rêver de tous ces possibles, ces impossibles passés. Avec ou sans mélancolie.
Un poème du colombien Álvaro Mutis, le moins noir que j’aie lu de lui. Cet écrivain-poète, le plus connu en dehors de la Colombie après G. García Márquez, n’a pas eu une vie de rêve.

Pensar en quién hubiéramos podido ser, soñar en todos esos posibles, esos imposibles pasados. Con o sin melancolía.
Un poema del colombiano Álvaro Mutis, el menos negro de los que he leido.
Este escritor-poeta, el más conocido fuera de Colombia después de G. García Márquez, no ha tenido una vida de ensueño.


Chanson de l’est - Álvaro Mutis

À deux pas d’ici
un ange invisible attend ;
un vague brouillard, un spectre diffus
te dira quelques mots du passé.
Telle l’eau du ruisseau, le temps
creuse en toi son dur labeur
de jours et de semaines,
d’années sans nom ni souvenir.
À deux pas d’ici
continuera à t’attendre en vain
celui que tu ne fus pas, celui qui mourut
de tant être toi-même ce que tu es.
Pas le moindre soupçon,
ni la moindre ombre
ne t’indique ce qu’aurait pu être
cette rencontre. Et pourtant,
c’est là qu’était la clé
de ton bref bonheur sur terre.

(Trad. Colo)



Canción del este - Álvaro Mutis

A la vuelta de la esquina
un ángel invisible espera;
una vaga niebla, un espectro desvaído
te dirá algunas palabras del pasado.
Como agua de acequia, el tiempo
cava en ti su arduo trabajo
de días y semanas,
de años sin nombre ni recuerdo.
A la vuelta de la esquina
te seguirá esperando vanamente
ése que no fuiste, ése que murió
de tanto ser tú mismo lo que eres.
Ni la más leve sospecha,
ni la más leve sombra
te indica lo que pudiera haber sido
ese encuentro. Y, sin embargo,
allí estaba la clave
de tu breve dicha sobre la tierra.

Mon rêve à moi, mais ce sera pour une prochaine vie, c’est d’être chanteuse d’opéra; Gloria Londoño par exemple, cette soprano colombienne que j’admire tant.

Mi sueño, será en mi próxima vida, es ser cantante de ópera. Gloria Londoño por ejemplo, esa soprano colombiana que tanto admiro.