29 sept. 2026

C'est autre chose / Es otra cosa


                                Détail de L’Elève intéressante
                              Marguerite Gérard et Fragonard, vers 1786, Louvre.

 

POUR QUE DEMAIN JE T’EN RACONTE UNE AUTRE

Teresa Calderón Chili 1955



Quelque chose comme un fantôme
gesticule de l’autre côté du réel.
Croquemitaine, Gitan, Homme au sac :
ne pleure pas dors, mon petit, ne crie pas,
enlève tes cheveux de l’assiette, tes coudes
de la table et salue, bon sang,
les visiteurs.

Le temps déforme le regard :
ne fumez pas argumentez parlez moins fort,
ne critiquez pas, peut-être reviendrai-je demain,
ne négligez pas la coupe de cheveux,
l’heure d’arrivée,

car la vie n’est pas plus sérieuse
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . que vous ne la prenez
. . . . . . . . . . . . . . . . .Simplement, c’est autre chose.

(Trad: Colo)

 

Teresa Calderón Chile 1955


PARA QUE MAÑANA TE CUENTE OTRO

Algo así como un fantasma
gesticula al otro lado de lo cierto.
Cuco, Gitano, Hombre del Saco:
no llores duérmete niño no grites
quita el pelo del plato los codos
de la mesa y saluda carajo
a las visitas.

El tiempo retuerce la mirada:
no fume argumente hable más bajo
no critique tal vez vuelva mañana
no descuide el corte de pelo
la hora de llegada

que la vida no es más seria
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . de lo que usted la toma
. . . . . . . .Sólo es otra cosa simplemente.

 

 

23 sept. 2026

La parole entend passer le vent / La palabra oye pasar el viento

  

L'Heure des oiseaux


LUZ MARY GIRALDO (Colombienne)


                                      Insaisissable couseuse                                       
la parole
tisse d'une toile trompeuse
la blessure de la nuit:
joue à être libre
ou rêve d'aventure.
Telle l'éternelle Pénélope 
elle tisse la tunique de tous
défaufile le secret de l'attente
jusqu'à inventer un nouveau visage
ou un miroir sans nom.
Insaisissable couseuse
elle entend passer le vent
fatigué par les oiseaux.

                                                 (Trad: Colo)


 LA HORA DE LOS PÁJAROS



LUZ MARY GIRALDO (Colombiana)

Inasible y costurera               
la palabra
teje con tela engañosa
la herida de la noche:
juega a la libertad
o sueña la ventura.
Como eterna Penélope
teje la túnica de todos
deshilvana el secreto de la espera
hasta inventar un nuevo rostro
o un espejo sin nombre.
Inasible y costurera
oye pasar el viento
fatigado por los pájaros.


14 sept. 2026

Tacatá, tacatá

 

Gloria Fuentes (Madrid, 1917 - 1998) semble plus connue pour ses poèmes pour enfants que pour tout le reste de son oeuvre. Dommage. Un peu comme Maurice Carême, des étiquettes.

Dans sa poésie elle défend principalement les femmes, le pacifisme et l’environnement.

Comme l’atmosphère générale est tout sauf légère dans le monde, j’ai choisi ce poème ritmé en honneur à une araignée épeire-frelon (L’Argiope fasciée), qui, comme chaque année, avait tissé sa toile au milieu des plantes de tomates.

 
Foto I Pampín. Gracias !

   

L’araignée d’Espagne

Je suis l’araignée
d’Espagne,
qui ne pique
ni ne gratte,
je danse le flamenco
sur les cils.

Je danse avec toutes mes pattes.
— Tacatá, tacatá !

Je me balance sur ma scène,
entre les fleurs et les canaris,
dans ma toile de cristal.
— Tacatá, tacatá !

Et j’oublie de chasser ;
si une petite mouche ou un moustique
tombe par ici, je l’invite
à me regarder danser.
— Tacatá, tacatá !

Je suis l’araignée
d’Espagne,
qui ne pique
ni ne gratte.

Je suis l’araignée andalouse,
et je fais claquer mes talons
quand la chouette me regarde.
— Tacatá, tacatá !

Je suis l’araignée
d’Espagne,
je danse le flamenco
sur la canne.
— Tacatá, tacatá !

Ma toile s’est cassée
à force de danser.

Soy la araña

Soy la araña

de España

que ni pica

ni araña,

bailo flamenco

en la pestaña.

 

Bailo con todas mis patas.

—¡Tacatá, tacatá!

Me columpio en mi escenario,

entre flores y canarios

en mi tela de cristal.

—¡Tacatá, tacatá!


Y se me olvida cazar;

si se cae mosquita o mosquito

a verme bailar invito.

—¡Tacatá, tacatá!

Soy la araña

de España,

que ni pica

ni araña.


Soy la araña andaluza

y taco taconeo

si mira la lechuza.

—¡Tacatá. Tacatá!

Soy la araña

de España,

bailo flamenco

en la caña.

—¡Tacatá, tacatá!

Se me ha roto la tela

de tanto bailar.




7 sept. 2026

Puzzles, symboles et plaisirs

Une tête d’oiseau, une paire de fesses, du rose, du bleu clair, des intruments de musique...par où commencer ce puzzle de 2000 pièces représentant Le Jardin des délices de Jérôme Bosch ?

 



Du temps, on en avait cet été car, comme tous, on vivait cloîtrés.


Trois panneaux, le paradis, l’enfer, et puis au milieu un entremêlement de corps nus, d’armes, d’eau, d’animaux, de formes bizarres. 

 

Le puzzle

À trois, nous avons passé un mois fantastique: jamais, même au musée, nous n’aurions distingué autant de détails. Peu à peu des ensembles se créaient qui prenaient tout leur sens.


Une fois terminé, une analyse très éclairante sur les symboles représentés nous a fait mieux comprendre l’ensemble. C’est ici, si ça vous intéresse:

https://trajetslitteraires.wordpress.com/2018/02/10/le-jardin-des-delices-de-jerome-bosch-lecture-des-symboles/


Nous venons d’en commencer un autre: Le Triomphe de la mort de Brueghel l'Ancien.

Très compliqué, lui aussi, mais rien ne presse.



Le triomphe de la mort Brueghel


Ces moments dédiés aux puzzle sont à la fois très relaxants et permettent “de remettre les idées en ordre” comme m’écrit une amie qui dit avoir la “puzzlite aigüe”.