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29 janv. 2015

Mots et caresses / Palabras y caricias



Vos mots si chaleureux qui me sont arrivés durant mon séjour prolongé à l'hôpital ont été de douces caresses.
Merci, grand merci.

Peu à peu reprendre la route, la mienne, celle qui me mène à vous aussi.

La première fleur d'amandier défie le froid, réconforte: fin janvier, tout est normal.

 

"La caresse est un langage
si tes caresses me parlent
je ne voudrais pas qu'elles se taisent"
Mario Benedetti "informe sobre caricias"
Vuestras palabras afectuosas me llegaron durante mi estancia prolongada en el hospital y me parecieron suaves caricias.
Gracias, muchas gracias.
Poco a poco volver a caminar, mi camino, el que me lleva a vosotros también.

La primera flor de almendro desafía el frío, conforta: final de enero, todo está normal.

"La caricia es un lenguaje
si tus caricias me hablan
no quisiera que se callen"
Mario Benedetti (Informe sobre caricias)

12 nov. 2013

Elle souriait / Ella sonreía


Souvent on n'y prête pas l'attention qui les rendrait plus beaux, plus doux … et ces moments de la journée semblent banals, voire ennuyeux.

Un ciel, une musique, le passage d'un livre, une plante, un gâteau, une visite...

C'est à ceux-là que Bonheur du jour dédie son blog, ses écrits.
Ce texte du 7 novembre m'a touchée et sitôt l'autorisation reçue, le voilà, avec sa traduction et ce poème / sourire de Mario Benetti.
Grand merci à vous, dame Bonheur.
A menudo no se les presta la atención que les volvería más bonitos, más dulces...y esos momentos del día parecen a veces banales, tal vez aburridos.
Un cielo, una música, el párrafo de un libro, una planta, un pastel, una visita...
La autora del blog Bonheur du jour les dedica su atención y su nota del 7 de noviembre me pareció tan delicada que le pedí permiso para reproducirlo, traducirlo aquí.



Un deux trois ... Soleil !


C’est l’après-midi où on s’installe, dans un coin du grand salon de la maison de retraite, pour tricoter près d’un très vieux monsieur qui aime garder dans ses mains la pelote de laine et dérouler le fil peu à peu. Il dit qu’il aime faire ça car c’est comme un travail, que c’est utile.
Le silence est scandé de brèves paroles et du cliquetis des aiguilles. On s’arrête parfois pour mesurer et le très vieux monsieur, de sa seule main encore valide, tient ferme le bout du mètre et annonce les chiffres.
A l’opposé de la pièce, une dame observe la scène. Quelques rangs de tricot et, quand le regard se lève, elle s’est rapprochée un peu. Un tout petit peu. Encore quelques rangs, et elle a progressé de quelques mètres. Puis, elle est là, tout à côté. Toute souriante. Dans ses mains à la peau plissée et aux doigts torses, une aiguille et une pelote de laine.
- Je ne me souviens plus comment on fait.
On l’aide à remonter les mailles sur l’aiguille. On lui rappelle, doucement, qu’il faudrait une seconde aiguille.
- Ah oui… Mais je ne sais pas où elle est… Oh, mais j’irai à la mercerie en acheter une, ce n’est pas pour ce que ça coûte, hein ? Et vous, qu’est-ce que vous faites ?
- Une écharpe.
- Ah oui… Un cache-col. J’en faisais aussi à mes enfants. C’est le modèle ? dit-elle en regardant un catalogue posé sur le divan.
On lui tend le livret, qu’elle feuillette et qu’elle commente.
- J’aimerais bien faire celui-là, dit-elle, en montrant un mantelet rouge pour une petite fille. Et vous ? Qu’est-ce que vous faites ?
- Une écharpe.
- Ah oui… Un cache-col, enfin moi je dis un cache-col. J’en faisais aussi à mes enfants. Je tricotais beaucoup. Je faisais tout. Des bonnets, des pulls… Pour l’hiver. Il y a de belles choses, dans ce catalogue. Vraiment. Phildar...
- Voulez-vous le garder ?
- Volontiers, c’est très aimable. Vous êtes bien gentille. Et vous, qu’est-ce que vous faites ?

 - Une écharpe.
- Ah oui… Un cache-col. J’en faisais aussi à mes enfants quand ils étaient petits.
Quand on part parce que c’est l’heure, laisser le catalogue à la dame, tout sourire en feuilletant les pages.




                           Un, dos, tres... Sol!

Es por la tarde cuando nos instalamos, en un rincón del gran salón de la residencia de ancianos, para hacer punto cerca de un señor muy mayor a quien le gusta guardar en sus manos el ovillo de lana y desenrollarlo poco a poco. Dice que le gusta hacer esto ya que es como un trabajo, que es útil.
El silencio está puntuado de palabras breves y del ruido de las agujas. A veces nos paramos para medir y el señor muy mayor, de su única mano todavía válida, agarra firmemente el extremo del metro y anuncia las cifras.
Al otro lado de la habitación, una señora observa la escena. Algunas vueltas del punto y, al levantar la mirada, se ha acercado un poco. Un poquito. Algunas vueltas más, y ha progresado de unos metros. Después, está allí, justo al lado. Toda sonrisa. En sus manos de piel arrugada y dedos torcidos, una aguja y un ovillo de lana.
- No me acuerdo cómo se hace.
Le ayudamos a volver a subir los puntos en la aguja. Le recordamos, suavemente, que haría falta une segunda aguja.
-Ha, sí....Pero no sé donde está....Oh, pero iré a la mercería a comprar una, no es por lo que cuesta, verdad? Y usted, ¿qué hace?
- Una bufanda.
- Ha, sí...Un “tapa - cuello”. También hacía para mis hijos. ¿Es el modelo? dice mientras mira un catálogo en el sofá.
Le damos el librillo que ella hojea y comenta.
- Me gustaría mucho hacer este, dice, enseñando una manteleta roja para una niña. ¿Y usted, qué hace?
- Una bufanda.
-Ha, sí...un “tapa - cuello”, bueno, yo digo “tapa-cuello”. También hacía para mis hijos. Tricotaba mucho. Hacía de todo. Gorros, jerséis...para el invierno. Hay cosas bonitas, en este catálogo. Realmente, Phildar...
- ¿Quiere quedárselo?
- Con mucho gusto, es muy amable. Es usted muy atenta. ¿Y usted, qué hace?
- Una bufanda.
- Ha, sí...un “tapa – cuello”. También hacía a mis hijos cuando eran pequeños.
Cuando es la hora, irse, dejar el catálogo a la señora, todo sonrisa al hojear las páginas.

Mario Benedetti

Arco iris                                             Arc - en - ciel

A veces
por supuesto
usted sonríe
y no importa lo linda
o lo fea
lo vieja
o lo joven
lo mucho
o lo poco
que usted realmente
sea

(...)

sonríe
y usted nace
asume el mundo
mira
sin mirar
indefensa
desnuda
transparente


y a lo mejor
si la sonrisa viene
de muy
de muy adentro
usted puede llorar
sencillamente
sin desgarrarse
sin desesperarse
sin convocar la muerte
ni sentirse vacía

llorar
sólo llorar

entonces su sonrisa
si todavía existe
se vuelve un arco iris.

Des fois
bien sûr
vous souriez
et peu importe
qu'en réalité
vous soyez jolie
ou laide
vieille
ou jeune
gens de beaucoup
ou de peu

(...)

vous souriez
et vous naissez
vous assumez le monde
regardez
sans regarder
sans défense
nue
transparente


et peut-être
si le sourire vient
de loin
de très loin à l'intérieur
vous pouvez pleurer
simplement
sans vous déchirer
sans vous désespérer
sans appeler la mort
ni vous sentir vide

pleurer
seulement pleurer

alors votre sourire
s'il existe encore
se transforme en arc-en-ciel
                                                  (Trad: Colo)



Merci Savarati.


"Par les meneaux
qui défigurent les ors du ciel
les griffures du temps
impriment une partition
oubliée

Les saisons s’échelonnent
sans qu’on puisse les dénombrer
longues robes monotones
devenues par l’iris fatigué
de plus en plus floues

Constante
l’horloge fait semblant
remontoir à contre-courant
rappelle les silhouettes alertes
et les cris dévoyés

Rejoindre la mémoire
effilée bien souvent
dans les couloirs tristes
couleurs délavées
soupirer avec ce qui reste de souffle
juste avant la nuit
qui pèse lourd

Elle est restée belle
la peau en parchemin
les veinules qui courent
et explosent parfois
les mains qui détressent l’écheveau
à peine commencé
déjà trop emmêlé
la bouche qui sans le savoir
remonte les commissures
ébauche d’un sourire
dont elle ignore le sens

Les autres
ceux qui veillent
ne savent pas
et cueillent cette fleur un peu fanée
juste au creux de sa bouche."