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8 janv. 2020

Le poids du papier / El peso del papel


Une vie parmi les livres
Mercedes  Escolano. Cádiz 1964

Dans la rue attend le camion
chargé des livres d’une vie.
Qu’est-ce qui me retient dans ces
pièces vides? Peut-être l’odeur
laissée par les livres? Les heures, peut-être,
partagées dans l’intimité et la tristesse?
Les étagères sont restées nues
et les pièces commencent à acquérir
un air d’orphelinage et de non-sens.

Le poids de l’encre,
le poids du papier caressé,
le poids subtil et aérien des mots,
quel autre plaisir pourraient-ils me donner?
En bas attend le camion de déménagement.
Les caisses ont été soigneusement empilées,
comme si de porcelaine il s’agissait.
(Trad:Colo) 


UNA VIDA ENTRE LIBROS 
de "Placeres y mentiras" 
 
Mercedes Escolano 
 
 
 En la calle aguarda el camión de la mudanza
cargado con los libros de una vida.
¿Qué me retiene en estas
habitaciones vacías? ¿Tal vez el olor
que los libros dejaron? ¿Las horas, tal vez,
compartidas en intimidad y tristeza?
Los estantes han quedado desnudos
y los cuartos comienzan a adquirir
un aire de orfandad y sinsentido. 
 
 El peso de la tinta,
el peso del papel acariciado,
el peso sutil e ingrávido de las palabras,
¿qué más placer podrían darme?
Abajo aguarda el camión de la mudanza.
Las cajas han sido cuidadosamente apiladas,
como si de fina porcelana se tratase.
 


 
 
 
 
 

27 mars 2017

Un tigre-poète / Un tigre-poeta


Un tigre

MERCEDES ESCOLANO, Cádiz, España, 1964


Je pense à un tigre. Il descendra en ville
à l’heure où s’ouvrent les bars
et se répand un intense parfum
humain. La nuit tombe. Assoiffé
il s’accoudera au bar et boira
quelques verres les yeux allumés
du brillant sinistre et métallique,
souple sa langue, parfumé le local
avec le va-et-vient continuel des clients.
Du fond parvient un blues élastique et le hurlement
endiablé des machines à sous.
Il observe en silence et trempe ses crocs.
La griffe que cache sa chemise le trahit.
Personne ne dirait -à son aspect-
que c’est un cruel assassin de la jungle,
mais plutôt un homme peu pressé, indolent,
incapable de s’inventer
une autre routine.
Chaque vendredi, tendre et solitaire,
il commettra un crime sans autre trace
qu’un poème oublié sur le bar.

(Trad:Colo et merci à Adrienne)

Juan Gris, 1912, Hombre en el bar


Un tigre 

MERCEDES ESCOLANO, Cádiz 1964 

Pienso en un tigre. Bajará a la ciudad
a la hora en que abren los bares
y se expande un intenso perfume
humano. Anochece. Sediento
se acodará en la barra y beberá
unas copas con los ojos prendados
del brillo siniestro y metálico,
dúctil su lengua, aromado el local
con un vaivén continuo de clientes.
De fondo un blues elástico y el rugir
endiablado de las máquinas tragaperras.
Observa en silencio y remoja sus fauces.
Le delata la garra que esconde su camisa.
Nadie diría —por su aspecto—
que es un cruel asesino de la selva,
sino un hombre sin prisas, indolente,
incapaz de inventar
se otra rutina.
Cada viernes, tierno y solitario,
cometerá un crimen sin más rastro
que un poema olvidado sobre la barra.