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11 déc. 2023

Un tableau, un poème / Un cuadro, un poema - 1

 

 Une exposition à Madrid, au musée national Thyssen-Bornemisza propose un

 "voyage de la fin du XVIe siècle aux premières décennies du XXe siècle, à 

travers  huit scènes importantes du parcours des femmes vers leur

émancipation".

Et je réfléchis, et me rends compte qu'à l'exception d'une ou deux, comme Maria Blanchard, je ne connais pas de peintres-femmes espagnoles.

Je vous propose pour ce mois, qui sait pour le suivant, de vous présenter quelques tableaux que j'aime particulièrement, suivis d'un poème. 


         «Idilio en La Caleta» (1914) de Flora López Castrillo ("Idylle dans La Caleta - la crique", sans doute à Tenerife)


Nuits...Josefina de la Torre*


Nuits sur la plage: rumeur de rive fraîche.

Blanc battement des rames que l’obscurité surprend.

Sur la grande barre les torches de pêche,

et un corps paresseux qui sur le sable s'allonge. 


Sur le haut de l’Île le phare tourne et tourne.

Une dense odeur d’algues...Vénus, la Grande Ourse….

Résonne une guitare. Une femme soupire.

La brise apporte des arômes de chèvrefeuille en fleur.

(...) Trad: Colo

*Josefina de la Torre Millares, née le 25 septembre 1907 à Las Palmas de Grande Canarie et décédée à Madrid le 12 juillet 2002, est une poétesse, romancière, chanteuse lyrique et actrice espagnole.

 

 

Noches… Josefina de la Torre

Noches sobre la playa: rumor de orilla fresca.  

Blanco batir de remos que la sombra sorprende.  

Sobre la barra grande los hachones de pesca,  

y un cuerpo perezoso que en la arena se tiende.  

 

En lo alto de la Isleta el faro gira y gira.  

Un denso olor a algas... Venus, la Osa Mayor...  

Rasguea una guitarra. Una mujer suspira.  

La brisa trae aromas de madreselva en flor.  

 

(…)

18 sept. 2012

Aux îles Canaries 1 / En las islas Canarias

À l'aube d'un jour blanc / En el amanecer de un día blanco


Depuis le temps que Espaces Instants existe, ici mais ailleurs auparavant, jamais nous n'avons débarqué sur les îles Canaries. L'année que j'y ai passée, ma première en Espagne juste après la mort de Franco, m'a laissé des souvenirs glissés dans le fond d'un tiroir, un dossier consciemment « oublié ».
Pas par la faute des îles ni de leurs habitants, mais par celle d'un dur apprentissage de la langue, des coutumes et la découverte de ce qui pour moi s'assimilait au tiers-monde. Je n'y étais pas préparée.
Alors trois billets vont rétablir cette injustice. À chaque fois une poétesse et un artiste.
Desde que existe Espaces Instants, aquí pero en otros sitios antes, nunca hemos desembarcado en las islas Canarias. El año que pasé allí, para mi el primero en España, justo después de la muerte de Franco, me dejó unos recuerdos metidos en el fondo de un cajón, un expediente conscientemente «olvidado».
No por culpa de las islas ni de sus habitantes, sino por la de un duro aprendizaje de la lengua, de las costumbres y del descubrimiento de lo que para mí se asimilaba al tercer mundo. No estaba preparada.
Tres entradas van a reparar esa injusticia. Cada vez una poetisa y un artista.



Toi du haut du balcon... Josefina de la Torre (1907-202)

Toi du haut du balcon de ton silence
moi dans la barque sans cap de mon mal,
tous deux perdus sur le même chemin,
toi qui attends ma voix et moi qui attends.

Esclave toi de l'horizon inutile,
enchaînée moi à mon passé.
Pas une silhouette de navire dans ta pupille
ni boussole et timon pour mes bras.

Debout sur la haute balustrade marine
en vain tu attendrais ma venue.
Je devrais arriver sur l'écume
à l'aube d'un jour blanc.

Mais le haut balcon de ton silence
oublia le signal pour mon navire.
Et je me perdis dans le brouillard de ta rencontre
-comme un oiseau aveugle- pour toujours.
(Trad: Colo)

Andrés Delgado


Tú en el alto balcón... Josefina de la Torre

Tú en el alto balcón de tu silencio,
yo en la barca sin rumbo de mi daño,
los dos perdidos por igual camino,
tú esperando mi voz y yo esperando.

Esclavo tú del horizonte inútil,
encadenada yo de mi pasado.
Ni silueta de nave en tu pupila,
ni brújula y timón para mis brazos.

En pie en el alto barandal marino
tú aguardarías mi llegada en vano.
yo habría de llegar sobre la espuma
en el amanecer de un día blanco.

Pero el alto balcón de tu silencio
olvidó la señal para mi barco.
Y me perdí en la niebla de tu encuentro
–como un pájaro ciego– por los años.